Pourquoi le métro ne fonctionne-t-il pas vingt-quatre heures sur vingt-quatre ?








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Holiday Inn en soit témoin. Ca me mènerait où ? Ce n’est pas à l’organisation des Rendez-Vous que je dois ce qui m’arrive. J’ai été contactée de manière fort gratifiante, j’ai été accueillie avec chaleur. Ma chambre est confortable et si je l’avais voulu j’aurais pu diner « à l’œil » dans un des restaurants de la ville. On a montré à mon égard une confiance évidente – ce que l’appel de Jean-Marc Néjard en fin de matinée démontrait aussi – en me faisant comprendre qu’on comptait sur moi. Et, parce que ce vieux grincheux tombé dans le nationalisme m’a agressé à une heure de grande écoute, je trahirais cette confiance, je piétinerais ce qui a été fait pour moi ? Ce n’est même pas la peine de poser la question, la réponse coule de source. C’est non.

Je pourrais écrire un pamphlet anti-Lagault où je pourrais déverser cette rage qui ne cesse de monter au fur et à mesure que j’écarte une à une les réactions possibles. Pour en faire quoi ? Il y aura bien un éditeur pour oser sortir l’opuscule, escomptant un effet publicitaire qui paraît garanti par avance. Mais un tel brûlot ne s’écrit pas en une heure, même si les mots se bousculent déjà dans ma tête, même si ma nuit est déjà par avance parée de sa chemise d’insomnie. Demain, après-demain, la rage retombera forcément. Mon esprit, un peu apaisé par le temps qui aura coulé, trouvera tout cela puéril et choisira d’en revenir à ce qui est essentiel dans ma vie. Je rouvrirai le dossier Louis XIII et j’enverrai Lagault se faire pendre ailleurs.

Je pourrais… Je pourrais ne rien faire. Calmer l’impulsion, dompter la frénésie, détendre mes nerfs surexcités. Surtout - oui surtout ! - éviter de tomber dans le piège qu’on me tend. Cette situation, je l’ai déjà affrontée lors de Sept jours en danger. Chaque fois que j’ai réagi, j’ai sur-réagi et je me suis retrouvée où on voulait que j’aille. Chaque fois que j’ai pris du recul, je les ai possédés. Des baffes, j’en ai déjà encaissées mais je m’en suis remise d’autant plus vite que je n’ai pas foncé en recevoir d’autres dans la foulée.

Oui, je pourrais me coucher, fermer les yeux, me concentrer sur ma récupération physique et nerveuse. Demain matin, j’irai donner ma conférence, faire le job pour lequel on m’a contactée. Après je ferai face à mes obligations de représentation en dédicaçant la version abrégée de ma thèse sur le stand du CNRS qui l’a éditée, puis en soutenant les éditions Bouchain de ma présence souriante. Et ensuite, on verra bien…

Peu à peu, Maximilien Lagault s’efface de mon esprit. Je ne suis pas don Quichotte. Ce n’est pas à moi de conduire la charge contre ce moulin qui s’agite sans cesse dans les médias. Je dois me replier sur moi-même, rentrer dans mon monde, revenir à mes bases personnelles. Rompre avec le monde.

J’étais si heureuse quand j’étais totalement asociale.
Minuit.

Je rumine encore tout cela. Madame Delmas et ses souvenirs apaisants ne parviennent pas à effacer Lagault et sa haine froide. Au contraire, ce passé ressurgi par surprise suscite lui aussi son lot de questions sans réponses. Et quand, par hasard, je réussis à m’égarer sur des chemins de traverse, à penser « boulot » ou à me demander si j’ai bien fait de salarier Ludmilla pour classer les archives des Rinchard, tout s’effondre avant la fin du raisonnement. Retour express au présent douloureux.

Plus je me dis qu’il faut que je dorme, plus mon esprit fait de la résistance.

Je ne m’en sortirai pas comme cela. De la manière dont les choses sont parties, je vais arriver demain matin avec des cernes d’un kilomètre sous les yeux, des lapsus plein la bouche et autant de réactivité qu’une limace de compétition. Autant activer tout de suite le processus d’autodestruction…

Je rejette les draps, me rhabille. L’insomnie c’est du temps perdu ! Autant travailler. D’abord ça occupe, ensuite ça aide à accumuler de la fatigue. Si je m’endors sur mes notes à trois heures du matin, ce sera un moindre mal.

Et puis non ! Il doit bien avoir une autre solution ! Travailler, travailler, cela ne résoudra rien. Si j’en suis là, c’est peut-être justement parce que j’ai trop travaillé.

Je chausse mes escarpins, attrape mon sac et redescend à la réception. La jeune femme qui m’avait donné le code wifi a terminé son service et c’est un homme qui préside à l’accueil des derniers clients, ceux qui, le regard un peu flou, reviennent du cinéma ou d’un restaurant en ville. Si c’est le veilleur de nuit, il n’a pas le physique habituel de l’emploi. Les veilleurs de nuit, je les ai toujours vus plutôt âgés, bas du ventre et binoclard… et guère brillant niveau intellect (ils lisent en général l’édition de L’Equipe de la veille ou l’Auto-Journal). Evidemment, c’est un préjugé… Surtout quand on le compare avec le type de la réception. Il fait bien son mètre quatre-vingt-cinq, a une allure sportive et bouquine un traité de géopolitique (rien que ça !). S’il a vingt-cinq ans, c’est un grand maximum. Sans être exactement un Apollon, le « gamin » a beaucoup de charme et il le sait. Ses yeux clairs sont plein de feu. Il ne serait pas en train de me draguer des fois ?

- Bonsoir mademoiselle…

- Est-ce que vous savez s’il y a une pharmacie ouverte la nuit en ville ?

- Il y a forcément une pharmacie de garde, assure le jeune homme. Je peux vous trouver l‘information en passant un coup de téléphone au 3237.

- Ce serait gentil, oui, dis-je.

Evidemment, il va le faire… D’abord parce qu’il est là pour servir la clientèle de l’hôtel, mais aussi parce que je lui fais un petit effet. Il me désarçonne en reposant le téléphone avant même d’avoir tapoté sur le clavier.

- Pourquoi voulez-vous aller à une pharmacie ? demande-t-il. Vous êtes malade ?

Je ne suis pas sûre que ce genre de questionnement soit spécialement prévu par le manuel du parfait gardien de nuit. Il doit vraiment avoir une idée derrière la tête pour être si curieux.

- Mon copain vient de déchirer son dernier préservatif, ça vous va comme explication ?

Cela se voulait drôle, genre deuxième degré. Il n’a pas l’air d’apprécier vraiment et replonge les yeux vers le téléphone.

- Pour ça, il y a des distributeurs automatiques. Il doit même y en avoir un dans la rue… A la Pharmacie Normale, au numéro 10…

- Et il me croit en plus !… Non, j’ai juste des difficultés à trouver le sommeil. Journée éprouvante et besoin d’être en forme demain. Il me faudrait un petit quelque chose pour m’endormir.

- Pas de petit copain alors ?…

- Vous êtes bien curieux, jeune homme.

Cela me fait toujours bizarre d’être l’aînée dans une conversation. Avec mes étudiants, ça se comprend et j’accepte, mais dans la « vie réelle » j’ai l’impression d’avoir soudain cent ans.

- Non, pas de petit copain… Et pas envie d’en avoir… En tous cas, pas ce soir… Là je voudrais pouvoir dormir sereinement.

- C’est là qu’un petit copain, ça peut aider, lâche-t-il en plantant son regard bleu dans le mien.

Il est vraiment gonflé ! Et regonflé par l’aveu de mon célibat.

- La pharmacie ?

Voilà ! Retour au point de départ ! Par principe professionnel, je suis hostile aux digressions et aux hors-sujets. C’est comme ça.

- Vous tenez vraiment à sortir ?… Si vous avez de la chance, vous n’aurez qu’une dizaine de mètres à faire pour trouver la pharmacie de garde… Mais vous pouvez aussi bien être obligée de courir à l’autre bout de la ville. Cela va vous faire cher le comprimé !

- Je crois encore que c’est moi que cela regarde…

Allons bon, voilà que je parle comme une rombière prétentieuse, le genre de perruche ennuyeuse et infatuée d’elle-même que j’ai toujours été incapable de souffrir plus de dix secondes. Ce que c’est que vieillir quand même…

- J’ai de l’Imovan dans ma sacoche.

- C’est quoi ?

La question est un peu bête, j’en conviens. Je me doute bien qu’il ne s’agit pas d’un médicament destiné à favoriser la digestion.

- Un somnifère léger, répond-il. Ca aide à s’endormir.

- Ce n’est pas bizarre qu’un veilleur de nuit ait des somnifères sur lui ?…

Petit regard moqueur. Je dois avoir dit une grosse bêtise.

- Vous n’arrivez pas à dormir la nuit alors que c’est tout ce qu’il y a plus naturel… Alors, même fatigué par une nuit sans sommeil, vous imaginez comme c’est facile de s’endormir quand il fait jour dehors.

- Un point pour vous. Combien facturez-vous un exemplaire de cette merveille ?

Il ne répond pas, me déshabille du regard plus qu’il ne me dévisage. C’était bien sûr la question à ne pas poser. Du moins sous cette forme-là.

- Je crois que pour vous ce sera gratuit. A condition que…

Tiens donc ?! Une condition ?! Je m’attends au pire.

- Vous êtes libre demain soir ? Je veux dire pour diner…

J’éclate de rire.

- Mon pauvre ami…

- Jules…

- Jules ?!… Mais il y a encore des jeunes qui s’appellent Jules ?…

Je ne suis pas très fière de ma remarque, mais c’est vrai que c’est quand même étonnant d’avoir une vingtaine d’années et de s’appeler Jules et pas Kevin comme tout le monde. En fait, je suis persuadée qu’il se moque de moi.

- Il y en a au moins un, moi, répond-il. Que voulez-vous ? Je n’avais pas les moyens de faire un procès à mes parents pour choix de prénom périmé.

- Admettons que je n’ai rien dit… Donc, on va mettre les choses au point. Je ne cherche pas de petit copain ni pour cette nuit, ni pour demain. Là je voudrais juste dormir. Pour ce qui concerne une invitation à diner, je trouve cela flatteur mais un peu déplacé pour tout vous dire. En plus, vous perdriez votre argent bêtement car moi et les restaurants cela fait deux. Blois n’est pas une si petit ville que cela. Vous trouverez bien une jeune fille de votre âge à qui la perspective d’un petit repas à deux paraîtra séduisante.

Je farfouille dans mon sac.

- Voilà un billet de cent euros… Vous pensez que cela suffira pour un comprimé ? Et ça payera largement en plus votre restaurant.

Je mesure aussitôt l’immensité de ma gaffe. Je suis en train d’acheter à un prix exorbitant une petite dose pharmaceutique comme une camée le ferait à son dealer. Je mets l’argent au cœur de ma relation avec ce garçon comme le ferait un femme sur le retour avec un gigolo.

- Allez, c’est bon, vous avez gagné… Gardez le billet pour le service et j’accepte en plus de diner demain soir avec vous…

- Je vais compter les minutes jusque là, mademoiselle Toussaint.
VENDREDI MATIN
Le somnifère avait fait très convenablement son boulot. Revenue dans mon lit, j’avais commencé à disserter sur ces gestes, ces décisions qui ne me ressemblaient et sur cette troublante sensation de ne plus m‘appartenir vraiment. Je n’avais pas dépassé l’entame de la deuxième partie de mon raisonnement ; la science médicamenteuse l’avait emporté en un peu plus de cinq minutes sur l’insidieuse insomnie. Rideau sur cette journée à rallonge !
A sept heures trente, la sonnerie du portable me tire sans ménagement d’un sommeil pour le coup vraiment réparateur. Au réveil, pas de sensations de nausée ou de cerveau embrumé, je suis reposée et en forme. Et finalement cela ne m’avait couté qu’une invitation à diner. Ce n’était pas un mauvais investissement.

Douche et shampoing finissent de me remettre d’aplomb et me permettent de répéter tranquillement les grandes lignes de mon intervention matinale. Je sais que je possède mon sujet mais tout ce qui peut me donner de la confiance est bon à prendre. Je poursuis ma préparation par des activités plus féminines, activités dont j’aurais été incapable il y a cinq ans de saisir l’intérêt (et, a fortiori, de les réaliser). Me raser les jambes était alors inutile, je portais invariablement jeans ou pantalons de jogging quelles que soient les occasions. Me maquiller me paraissait totalement superflu puisque je ne demandais rien de mieux que de faire disparaître mon corps, de le soustraire aux regards des autres. Quant à donner du volume à ma chevelure par une action conjointe du séchoir et d’une brosse, j’aurais trouvé cela du dernier ridicule.

Heureusement – ou hélas – les temps ont changé et j’exige désormais que le miroir me renvoie l’image d’une femme aussi parfaite que possible dans son apparence. Pas question de laisser un détail ternir l’ensemble. Quelques touches de fond de teint suffisent pour effacer les petites cernes provoquées par une soirée compliquée. Un peu de parfum pour ajouter un cadre odorant à cette enveloppe charmante et me voilà prête à partir.
Depuis que je connais la date, l’heure et le lieu de mon intervention, j’ai bien sûr repéré sur le plan de la ville l’emplacement de la CCI, la Chambre de Commerce et d’Industrie, qui met à la disposition du festival ses deux amphithéâtres. Bien décidée à m’y rendre tranquillement à pied, je quitte l’hôtel dès neuf heures avec comme seul « bagage » mon sac et une chemise à rabats contenant le texte de ma communication. J’aime « voyager » léger…

Avant même d’avoir franchi la porte coulissante en verre, je remarque la voiture de location garée devant l’entrée ; sa portière arrière droite est ouverte comme une invitation. L’idée d’être transportée comme le serait un ministre me répugne toujours autant. Je feins donc de ne rien remarquer, tourne brusquement à droite pour m’engager sur l’avenue Maunoury, presse le pas en espérant qu’on ne m’ait pas remarquée.

Peine perdue ! Voilà qu’on m’appelle !

- Mademoiselle Toussaint ! Mademoiselle Toussaint ! Ne partez pas !

Impossible de faire en plus la sourde. Je m’arrête, me retourne et tombe nez à nez avec Jules qui me courait après.

- Jules ?! Que faites-vous ici ?

- Je suis votre chauffeur. Je dois vous conduire à la CCI…

- Chauffeur ? Après avoir veillé toute la nuit ?…

- Toute la nuit est un bien grand mot… Il y a ici ou là des petites pauses qui me permettent de recharger les batteries… Et puis, je ne travaille que pendant quatre jours pour les Rendez-Vous. Les matinées en plus, cela me laisse l’après-midi pour dormir.

- De là, le « petit somnifère léger » qui vous accompagne…

- On peut le penser, oui, convient-il en riant. Cela peut aider à dormir quand il le faut… Visiblement, il vous a bien servi en tous cas. Vous êtes resplendissante ce matin et cette robe, bien que toute simple, vous va à ravir.

- Jules, vous n’êtes qu’un vil flatteur…

Ce n’est même pas une phrase de pure circonstance destinée à masquer un rosissement de satisfaction. Je le pense vraiment. Il en fait trop pour que ce soit vraiment sincère et dénué d’arrière-pensées.

Et en même temps…

En même temps, je ne peux me détacher du regard bleu magnétique du jeune homme.

- Allez, vilain garçon ! Je vous renvoie ! Vous direz à Agnès Farini que j’ai préféré me dégourdir les jambes. Elle comprendra…

- Ce n’est pas prévu dans le contrat cela, mademoiselle, proteste Jules. Moi, j’ai pour mission de convoyer les VIP et il n’est dit nulle part qu’ils aient le choix de se soustraire à ce convoyage… D’autant que de toutes les façons, je dois descendre vers la Loire pour aller chercher monsieur Chaline à l’hôtel Mercure. Il doit intervenir au Café littéraire à la Halle aux Grains à 10h15.

- Sur les chagrins de Louis XIV, oui… Je regrette d’ailleurs de ne pas pouvoir écouter sa communication.

- Eh bien, montez donc avec moi et je vous amène. Je passe récupérer monsieur Chaline dans un premier temps, puis je vous dépose à la CCI ensuite. Dans l’intervalle, vous trouverez bien à échanger quelques phrases avec votre collègue.

Le bougre est habile et je le soupçonne, au vu de sa lecture de la nuit, de faire des études d’Histoire ou de Géographie. Ne m’a-t-il pas appelé par mon nom en me saluant a terme de notre rencontre nocturne ? Ne semble-t-il pas savoir que les travaux d’Olivier Chaline portent sur le même siècle que les miennes ? Tout ceci sent le coup monté à plein nez mais, au milieu de mes soucis actuels, je trouve cette rouerie-là rafraîchissante.

- J’accepte, mais de grâce… Ne vous prenez pas pour Schumacher… Je ne suis pas pressée.

- Cela ne risque pas, mademoiselle Toussaint, dit-il en me montrant la portière ouverte de la voiture, j’ai fait Anglais-Espagnol au lycée.

La remarque n’est peut-être ni très fine, ni très drôle mais elle produit sur moi l’effet escompté : j’esquisse un grand sourire auquel Jules répond par un pouce levé. S’il voulait me détendre avant la suite des événements, il y a parfaitement réussi. Ce garçon m’offre à chaque fois que je le croise une véritable récréation. Pourquoi n’en profiterais-je pas après tout ?

Jules s’installe au volant, tourne la clé. En même temps que le moteur démarre, la radio s’allume et commence à sonoriser l’ensemble de la voiture. Le jeune homme a le bon goût – mais peut-être est-ce un choix fixé par l’organisation ? – d’écouter une radio d’informations en continu. Voilà qui me permettra de me tenir un petit peu au courant, chemin faisant, de la marche du monde. Hormis Maximilien Lagault, j’ai l’impression depuis la veille que plus rien n’existe sur la planète.

- Interrogé hier soir à la télévision, le ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, a annoncé qu’il ne démissionnerait pas en dépit des voix nombreuses qui se sont élevées pour…

Je décroche déjà de l’écoute des infos. La Renault Laguna passe à la hauteur de la Halle aux Grains à la vitesse d’un escargot.

- Jules ! Vous n’êtes pas drôle ! Roulez normalement…

- Bien, mademoiselle… Vos désirs sont des…

Il s’interrompt soudain et, comme moi, apprend des ondes l’incroyable nouvelle.

- … Et puis je vous rappelle l‘information apprise dans le courant de ce journal… L’agression commise cette nuit à Blois contre monsieur Maximilien Lagault. Les rumeurs les plus contradictoires courent à l’heure actuelle, sur son état de santé, certaines donnant le romancier et historien, proche du chef de l’Etat, pour mort.
- C’est pas possible ! C’est pas possible !

Prostrée sur la banquette arrière, les deux mains sur le visage, c’est tout ce que j’arrive à dire. Je n’avais aucune raison valable d’apprécier ce type mais hier encore, il était vivant et là… J’ai encore la sensation de sa main posée sur ma jupe, l’odeur de son eau de toilette qui me picote le nez. Mais tout cela, qui me paraît encore si réel, n’est déjà plus. C’est un cauchemar !

- Cela ne va pas, mademoiselle ?

- Mais enfin, Jules ? Vous n’avez pas entendu l’info ?

- Si. Comme vous… Mais qu’est-ce qu’on y peut ?

Evidemment, en voyant les choses ainsi… Je le trouve très détaché de toutes ces choses, le petit Jules. La jeunesse sans doute…

- Vous ne savez pas ce qui s’est passé ? Vous qui ne dormez pas, vous n’avez rien entendu ?… Je veux dire, dans la nuit…

- Si… Vers quatre heures du matin, il y a eu une sirène de police dans le lointain. Mais rien ne dit que cela ait un rapport… D’un autre côté, Blois c’est en général calme pendant la nuit… Faudra attendre qu’ils donnent des précisions.

Ces précisions, je les voudrais tout de suite. Mais la radio continue à débiter des infos au kilomètre, la météo, le sport…

- Vous voulez que je vous dépose d’abord ? questionne Jules qui comprend bien que je ne suis pas en état pour l’instant de soutenir une conversation avec un confrère.

- Oui. Merci, Jules… Je crois que j’ai besoin de prendre l’air et d’essayer d’encaisser tout ça.

Le veilleur de nuit-chauffeur me laisse deux minutes plus tard rue Anne de Bretagne devant l’entrée de la CCI. Je n’en reviens toujours pas. La nouvelle de la mort présumée de Maximilien Lagault a littéralement ravagé mon esprit. Je ne sais même plus vraiment ce que je fais là, ce que j’ai à dire. Je suis à la limite du KO technique.

Les trois préposées de l’organisation, assises dans l’entrée autour d’une petite table, remarquent sans peine mon air perdu et la pâleur de mon visage. Elles ont à peine vingt ans, semblent tout juste sorties du lycée et doivent jeter un regard sans aménité véritable sur ce défilé de « vieux croutons » et de « vieilles peaux » dans leur ville.

- Madame ?… Ca ne va pas ?

- Si, si… Je crois que ça va aller… Il faut juste que je me reprenne… Vous n’avez pas entendu la nouvelle ?…

- Quelle nouvelle ? demande l’une d’entre elles tout en mâchouillant frénétiquement son pain au chocolat.

- Maximilien Lagault. Il a été agressé cette nuit, ici, à Blois…

- Lagault ?… Le type qui passait hier au journal de la Une ?…

Je hoche la tête sans pouvoir en dire plus. Ca tangue de plus en plus et je dois m’appuyer sur le dossier d’une chaise pour garder un semblant d’équilibre.

- Ils nous ont fait tout un pataquès, explique la fille à ses copines, parce qu’ils voulaient filmer devant la porte du Château et que l’éclairage nocturne était trop puissant… Bref, il a fallu appeler le conservateur, les services techniques pour débrancher une rampe de lumières…

- Vous êtes vraiment sûre que vous ne voulez pas vous asseoir ? demande sa voisine de gauche. Vous êtes blanche comme c’est pas possible.

J’accepte l’invitation à m’asseoir, puis le pain au chocolat qu’on me propose. Je ne me savais pas si émotive. Depuis des années, j’ai tout encaissé sans vraiment broncher, du moins en apparence. Les fêlures chez moi ne se voient pas, elles sont généralement intérieures. Là, ce n’est pas le cas. Jules s’est rendu compte de mon malaise et les filles au badge orangé tout autant.

- Vous venez pour assister à quelle conférence ? me demande la grande bavarde qui officiait la veille au Château.

- J’assiste pas ? c’est moi qui fais la conférence, dis-je en extirpant péniblement de mon sac le passe plastifié de couleur verte à mon nom.

- C’est vous Fiona Toussaint ?! s’exclame alors la dernière des trois, la seule à n’avoir rien dit jusqu’alors. Je ne vous aurais pas reconnue…

Me reconnaître ?…

Forcément ! Il fallait bien que ça arrive ! Une ancienne spectatrice de
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