Ce matin je me suis levé à quinze heures, hier j’avais pris la douloureuse décision de me reprendre, plus de grasses matinées jusqu’à des dix-huit, dix-neuf








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BANG
L’ocelot s’est écrasé au sol comme une enclume arrivée en droite ligne de la lune, c’est-à-dire sans aucune délicatesse, il a bien failli m’entraîner dans sa chute tant il m’a frôlé. D’ailleurs il s’est vengé de son infortune en ma balafrant la joue au passage, c’est douloureux mais j’aurai une belle cicatrice à montrer en société pour attester de mon histoire. Les femmes se pâmeront devant mon aspect baroudeur et cela fera plus authentique, personne ne pourra mettre ma parole en doute même s’il m’arrive d’affabuler, d’enjoliver le quotidien. D’ailleurs je serai certainement obligé de le faire, mais dans le sens inverse, qui voudrait croire à la réalité de mon aventure ? C’est bien trop fantasque pour les esprits cartésiens, donc bornés, de notre beau pays trop éloigné des réalités shamaniques du reste du monde. La réalité dépasse souvent la fiction, mais c’est toujours difficile à faire admettre. Non, je raconterai que j’ai sauté sur Juan lorsque j’ai senti l’ocelot se préparer à me dévorer, à la dernière minute avant de devenir une proie. Comme Juan était fort occupé à faire choir au sol la dernière goutte, je l’ai surpris et je n’ai eu aucun mal à lui briser les vertèbres comme je l’ai vu faire dans les films. C’est juste un mouvement nerveux post mortem qui m’a ainsi griffé. Oui, cela pourrait être une version plausible. J’espère seulement que l’écrivaillon cévenol n’est pas en train de nous survoler avec son hélicoptère blindé, il serait malvenu que nos deux versions divergent à un tel point. D’autant que son imagination famélique lui fera préférer l’authentique. Je me vois mal vivre les affres d’un procès après ma libération, j’aurai trop besoin de réapprendre la liberté pour me perdre dans de vaines polémiques. Mais je m’inquiète pour rien, le bruit des pales aurait assurément fait fuir l’homme et l’animal. Pour le moment je suis le seul maître à bord de mon histoire.

Chut, silence, j’entends des voix et une galopade. Normal, le bruit du coup de feu a rameuté tout le monde. Le guérilléro est un être curieux de nature, il en va de sa survie. Oh là-là, c’est inconfortable, ils sont tous autour du fauve en train de regarder Juan lui arracher ses canines dantesques. Il va certainement s’en faire un collier afin de prouver sa bravoure et, par là même, hériter enfin d’un surnom. Le Tigre des sous-bois, joli, quoique un peu ridicule, les seuls tigres de cette région résident dans les zoos. Mais bon, la femme du coin n’est pas très instruite, l’homme d’ici n’en ressent pas les bienfaits, et cela lui apportera certainement quelques bonnes fortunes sexuelles. Sacré Juan, l’homme le plus opportuniste de la guérilla. Il est fort occupé à raconter son histoire, je ne saisis pas très bien mais j’ai l’impression qu’il se vante un peu, pourtant je ne vois aucune femme. La situation devient périlleuse pour moi, je n’ai plus affaire à une seule paire d’yeux mais à une multitude. Après une telle chance, il serait assez malvenu d’être découvert par le seul fait du hasard et du nombre. J’espère qu’il ne va pas leur passer par la tête de bivouaquer ici, j’aurai du mal à supporter de rester plusieurs heures sur ma branche. Ce n’est pas confortable et, pire, je risque de retourner en France. Qui me dit que je ne ronfle pas lorsque je suis dans un autre pays ? Finalement cela serait l’occasion de savoir si je possède deux corps, un ici et un là-bas. S’ils me tuent ici, peut-être serai-je toujours vivant en France. Si mon corps est mort ici, je ne pourrai pas le réintégrer. Je ne suis pas suicidaire, je refuserai de prendre ce risque. Si je suis toujours vivant en France, cela serait une bonne chose, je pourrai ainsi me consacrer à Jeanne. J’ai l’impression ces temps-ci que le temps passé dans la jungle obère mon histoire d’amour. je ne suis plus si jeune, je n’ai plus de temps à perdre. Par contre, si jamais je mourrai ici, il faudrait que j’envisage de changer de visage en France. Je ne pourrai expliquer cette évasion hors du commun, déjà que le reste est incrédible. Décidemment, cette histoire dépasse mon entendement. Ouf, ils repartent. C’est vrai que nous sommes encore à l’heure de la rosée, ils ne peuvent se permettre de me laisser prendre trop d’avance. C’est une bonne nouvelle, je commençais à ressentir des fourmis dans tout mon corps. Je vais tout de même attendre une petite demi-heure avant de descendre.

Voilà, maintenant je pense que je peux y aller. Je ne crois pas qu’ils aient prévu une arrière-garde, je n’entends aucun bruit humain. Les oiseaux m’affirment de leurs trilles routinières qu’aucun intrus n’est resté. Ils vaquent à leurs occupations habituelles et seuls les vers crient en s’enfouissant pour leur échapper.

Bon, ce n’est pas le moment de faire une erreur. Quelle est la meilleure direction à prendre ? Soit je continue sur ma lancée, en direction du soleil positionné à ma droite, soit je les suis. J’avais la sensation d’avoir choisi le bon chemin, mais ils connaissent mieux le terrain que moi. S’ils ont choisi cette route, c’est certainement parce que c’est le chemin de la liberté. Ils doivent en avoir l’expérience. Je vais les suivre de loin, cela me donnera un sérieux avantage. Je saurai à peu près où ils se situeront, à environ une demi-heure en aval, et je serai enfin dans la position du chasseur. C’est une très bonne idée, surtout qu’ils ne sont pas très délicats, il me sera facile de trouver le chemin en suivant les branches cassées, la terre retournée et la mousse éventrée par les croquenots militaires. J’aurai également la possibilité de récupérer les reliefs de leurs repas, cela ne sera pas du luxe vu que j’ai égaré l’arbalète. C’est la meilleure des solutions, je les suis.

Heureusement, j’ai pu voir par où ils sont partis, la jungle me semble plus utilisée que l’autoroute du sud par les aoûtiens. Comme je n’ai pas encore mon diplôme d’indien d’honneur, j’ai des difficultés à faire la différence entre les traces de passage d’une meute d’hommes et de celles des animaux. Il va falloir que j’ouvre toutes mes compréhensions forestières, il en va de ma survie, les oreilles surtout.

Ah, je suis sur la bonne voie, cette canette de cola n’a certainement pas été abandonnée ici par un singe. Quoique, à notre époque de grande empathie avec les animaux on ne peut plus jurer de rien. Je vais continuer à suivre cette direction, de toutes manières celle là ou une autre… Et puis j’ai la vague sensation d’avoir entendu des conversations assourdies loin devant, cela ne ressemble pas aux sons cacophoniques des perroquets, cela doit provenir d’une bande d’humains. Je suis dans la bonne direction. Au pire, je tomberai sur une équipe d’assassins des arbres, ils ne sont pas très fréquentables, mais au moins ils me remettront aux autorités légales. Leur salaire est suffisant pour ne pas avoir besoin de rançonner les gens de passage.

Finalement je n’aurai pas dû attendre une demi-heure avant de descendre de mon arbre, je risque d’être semé. Tant pis, je vais me fier à mon instinct et je vais continuer tout droit en prenant soin de ne pas laisser trop de marques de mon passage. Oh ce n’est pas pour préserver la nature sauvage, en ce moment elle n’est pas mon problème premier, non, c’est pour éviter d’être repéré si jamais je dépassais sans le vouloir la bande à Arturo. Je marche droit sans me soucier des petites fleurs avoisinantes, malgré leur grande beauté irréelle, eux louvoient certainement comme un chien alléché par les odeurs printanières des femelles enfin en état de les accepter.
Je ne pensais pas que la solitude puisse être autant pesante dans la jungle, je m’ennuie plus ici en une heure malgré tout l’entourage luxuriant qu’en une année posé sur mon canapé sans occupation particulière, si ce n’est de regarder les séries américaines à la télévision. J’en arrive presque à regretter de ne plus être accompagné par les êtres surnaturels du début de mon évasion. Ils n’étaient pas sympathiques, mais je n’avais pas la sensation de solitude. Maintenant j’ai très peur, chaque bruit me fait sursauter comme un usager sans ticket dans le métro parisien. Et, croyez-moi sur parole, les bruits ce n’est pas ce qui manque ici. Un moine auto condamné au silence y perdrait le bénéfice de ses études de latin. Je suis dans une véritable sonothèque naturelle. C’était un bonheur à l’époque où je vivais dans le monde enchanté de la canopée, mais j’étais accompagné et un compère permet toujours de se rassurer, ne serait-ce que par forfanterie. Aujourd’hui je suis seul et effrayé, j’ai l’impression d’être dans un château lors du grand raout annuel de tous les fantômes du pays, ainsi que les vampires écornifleurs, incités par cet anniversaire particulier. Pensez donc, nous ne changeons pas de siècle tous les ans !

Mais je n’ai pas le choix, je dois me reprendre et continuer à avancer. Le fantôme n’est pas obligatoirement une entité belliqueuse. Et puis j’ai la chance d’être dans une région où ils ont droit de cité, chez nous, excepté dans le Berry évidemment, on a le parti pris de les nier. Lors de mon prochain retour en France en homme libre, je pourrai évoquer leurs manifestations, cela aura l’avantage de m’ouvrir le lit des vieilles folles encore aptes à aimer. Au pire, si je n’arrive à vaincre mes terreurs, je vais presser le pas et je rejoindrai la troupe d’Arturo. Je serai certainement frappé, voire torturé pour le principe, mais cela est facilement compréhensible, rien de surnaturel là-dedans. Juste la propension millénaire de l’homme à faire souffrir. Du banal ordinaire, en définitive.

Mes cheveux se sont dressés sans l’aide d’une brise d’été, elle est étrangement absente pour la saison. Certainement le mouvement d’air induit par la cape d’un vampire centenaire. Vous voyez bien, ce que je vous raconte n’est pas du délire. Et ce n’est pas tout. Une hydre à neuf têtes, oui deux de plus que l’ancêtre, m’attend là-bas, à la croisée des chemins. Elle sait que je n’ai pas d’autre choix, toutes les routes sont obstruées et je dois en passer par elle. Il va falloir que je réponde à ses questions si je veux avoir la chance de continuer ma fuite. J’espère juste que c’est une hydre de ma culture, sinon je n’ai aucune chance de m’en sortir. Une chose me paraîtétrange, Arturo et sa bande ont dû passer par ici. De deux choses l’une, soit ils ont répondu et l’hydre devrait être morte, soit ils ont failli et je devrais voir des cadavres sans tête. Pourtant, des corps, que nenni. Peut-être ont-ils un passe-droit ? Les habitants de la jungle sont parfois favorisés par ses éléments. Décidemment cette histoire est invivable, mon écrivain jurassien vient de s’acheter une culture internationale et il a décidé de la tester sur moi, évidemment confortablement attablé devant son café germanopratin hors de prix. J’en ai assez de cette histoire, je ne suis pas né pour être cobaye. A mon âge, j’espérais avoir le droit d’être tranquille avec ma Jeanne. Je vous l’avais dit, il m’a inventé un amour et il ne peut le gérer. Il pensait tout pouvoir contrôler, mais non. Il a été dépassé et maintenant il se venge. Jamais il ne m’offrira la possibilité de rencontrer mon amour. Je dois juste crapahuter dans la souffrance afin de lui offrir l’éventualité d’un vague prix littéraire. J’espère qu’il a compris que cette histoire n’est pas digne d’un prix reconnu juste pour sa qualité. Malheureusement, je n’ai pas le choix. Soit je m’assois et j’attends la mort par dessèchement, soit je tente de répondre aux questions et je continue ma route. Si je me loupe, à condition que cela ne soit pas à la première réponse, j’aurai au moins le plaisir de couper une tête avant de perdre la mienne.

Bon du courage, je vais affronter l’hydre à neuf têtes, je n’ai pas le choix. Je vais tout de même tenter de lui couper une tête ou deux, je n’ai pas beaucoup fréquenté l’école et mon savoir est loin d’être encyclopédique. Mais comment faire ? Peut-être avec ce roseau desséché, son fil acéré par la sécheresse sera certainement suffisant.
Cela a fonctionné, j’ai réussi à couper trois têtes, je n’en espérais pas tant. Elles sont amusantes à grimacer ainsi sur le sol moussu, elles ressemblent à des dragons sans corps mariés à des extincteurs. Il n’est pas l’heure de rire, je dois me concentrer si je ne veux pas perdre la mienne, de tête.

Une des trois têtes coupées semble être celle à qui la présentation du jeu a été dévolue, elle n’est évidemment plus reliée au corps, mais elle n’a pas besoin d’oxygène pour survivre. Elle est en train d’humecter sa langue bicornue afin de pouvoir me lancer ses questions futiles sans bafouiller. Je suis prêt, concentré, il serait dommage d’arrêter mon aventure par une mort aussi banale.
Mes amis fidèles indiens et les nouveaux venus toujours les bienvenus, nous sommes aujourd’hui dans la jungle amazonienne, dernier îlot forestier rescapé de l’appétit humain pour les meubles en bois exotiques. Aujourd’hui nous sommes dans le sous-bois de Macalaumani. Macalaumani, premier bastion de la révolte contre les coupeurs incendiaires occidentaux. C’était en mille sept cents soixante dix-neuf. Après avoir été colonisé par les découvreurs espagnols, portugais pour la plupart, la population a réussi à éloigner ces crédules croyants en leur projetant des films de zombis. Cela a parfaitement fonctionné, l’envahisseur s’est enfui vers des contrées réputées plus aurifères, malheureusement en abandonnant derrière lui son hydre à neuf têtes ramenée des Indes. Jusqu’à aujourd’hui l’hydre, c’est-à-dire moi en partie, a réussi à se préserver de la découpe fatale grâce à des questions pertinentes. Je vous parlerai de la généreuse nature, exfoliante de nos mauvaises habitudes, et des ses grands arbres dans l’émission de demain. Evidemment, si je n’ai pas trouvé mon maître.

Alors je voudrais recevoir mon candidat d’aujourd’hui sous vos encouragements, et oui il est seul cette fois-ci. Il a été très brillant pendant les sélections et il s’appelle Je. Evidemment ce n’est pas un prénom, mais son biographe berrichon n’a pas su le nommer. Certainement une sorte de paresse. Alors Je, d’où êtes-vous ? Ah, vous venez de ce merveilleux pays qu’est la France, et que faites-vous dans la vie ? Oh, extraordinaire, vous êtes un otage évadé. Très intéressant, c’est la première fois que je rencontre cette profession. Quels sont vos hobbies, en dehors de la marche à pieds évidemment ? Mais bien sûr, vous êtes naturaliste. Que faire d’autre ici, soit on est bûcheron, soit on est guérilléro, mais vous n’avez l’allure ni de l’un ni de l’autre. Et alors, dites-moi, vous partagez vos découvertes, je ne sais pas, dans des conférences. Non, c’est juste pour votre plaisir personnel. Dommage, il faudra nous parler un jour de tous ces animaux fabuleux que l’on peut rencontrer dans la jungle. C’est la première fois pour vous le jeu ? Evidemment, suis-je bête, sinon vous seriez déjà mort.

Encouragez le très fort de vos bruissements de feuilles et nous commençons par une question bleue.

C’est une question d’Arturo, de Pirogue sur Amazonen c’est en Amérique du Sud d’où on nous écoute tous les jours.

  • Je, l’enfant de Rosita est-il de moi ?



  • Vous avez évidemment droit à plusieurs réponses à ce stade du jeu, Je. Mais je vous sens bouillant, vous connaissez la réponse. Je, je vous écoute.

  • Non, mais j’ignore de qui il est.

  • Bravo, je coupe une tête bleue. Encore une question bleue, Je. Je, en mille neuf cents quatre vingt-deux Werner Herzog tourna dans nos contrées son fim Fitzcarraldo, qui devait originellement tenir le rôle principal ?

  • Je sais, Mick Jagger.

  • Bravo, mais il va falloir vous calmer, je n’ai plus beaucoup de têtes. Une question blanche maintenant…


Oh là-là, je divague gravement. J’ai dû absorber une plante hallucinogène de manière inopinée. Peut-être une substance encore inconnue des trafiquants, une poussière très volatile, il lui suffit d’une simple risée pour s’insinuer dans les sinus du passant sans souci.

Je voyage en pleine mythologie, pourtant elle est morte depuis plusieurs siècles. Il faut que je reprenne mon chemin pragmatique sans délires, c’est bien trop dangereux. La grande solitude peut amener des hallucinations, mais ce n’est pas le moment. Je vais les remiser dans mon cerveau pour l’époque où j’aurai le loisir de rêver sans entraves, après avoir enfin conquis ma liberté.
Avec tout ça, je n’ai pas fait attention à l’avancée inexorable du temps. Le soleil est en train de s’en aller, peu de rayons arrivent encore à amener une petite ambiance cosy dans mon sous-bois. Il va être l’heure de me trouver une cache confortable, pas dans un arbre cette fois-ci.

Ici, ce n’est pas mal. Un fourré de fougères sans épines et assez éloigné du sentier, si on peut appeler ça un sentier. Je vais me coucher ici, cela serait bien le diable si j’étais découvert. Je suis invisible et je suppose qu’aucun animal, ni guérilléro sauvage, n’aura l’idée saugrenue de farfouiller dans ce fatras touffu.
Me voilà de retour chez moi, enfin. Cette journée a été très éprouvante, certainement le fait d’avoir dû obliger ma tête à réfléchir pour répondre à l’hydre. Suis-je bête, c’est juste une hallucination due à la faim, ou à la fatigue. Je sens particulièrement mauvais, j’ai des épines plein la plante des pieds, mais je suis rentré dans mon petit chez-moi préservé des agressions extérieures. Je me sens rassuré, d’autant que je suppose n’avoir plus qu’une seule journée de marche avant de rejoindre la liberté, la mer et son cortège d’idées audacieuses.

Maintenant je vais prendre une douche et ensuite j’irai voir si j’ai un petit mot de Jeanne. Cela serait appréciable, j’ai grand besoin de réconfort. La cavale est un sport solitaire, mais c’est elle qui nous apprend les vertus du partage, de l’amour.
Cela fait un bien fou, inimaginable pour vous les nantis sans plus de réflexion sur les petits plaisirs de la vie. Lorsque je serai nommé indien d’honneur, je monterai un programme humanitaire pour leur installer une douche tout les dix arbres. Eux aussi ont droit au bonheur. Le bain dans la rivière est un moment toujours agréable, mais une bonne installation sanitaire permet de filtrer l’eau et d’éliminer tout le mercure, ainsi que les autres saloperies par nous importées.

Toutefois, l’eau a emmené mes peintures de camouflage. Finalement ce n’est pas important, je suis bien placé pour avoir constaté à quel point cela est inutile. Que ce soit pour les fauves ou pour les animaux mythologiques. Le seul humain que j’ai été amené à côtoyer a été abusé par l’ocelot et non pas par mon maquillage. Cela est peut-être très cinématographique, faussement viril, mais il est totalement inutile de se maculer ainsi. Nous ne sommes pas en période de guerre, même si la situation mondiale tend à prouver le contraire. Et puis les femmes d’ici sont plus sensibles au système pileux et aux grosses armes, alors à quoi bon ?

Bon, il est l’heure d’aller relever mon courrier.

Heureusement la nuit est tombée depuis longtemps ici, les bienfaits du décalage horaire, je vais pouvoir rejoindre ma boite aux lettres sans être repéré par les voisins. A cette heure plus très chrétienne, ils sont profondément endormis et fort occupés à rêver à leurs achats accessoires du lendemain.
Oh, je les avais oublié ceux-là. Mon intuition était la bonne, une meute de journaliste campe devant la porte de mon immeuble. C’est étrange, pourquoi m’attendent-ils ici alors que je suis sensé être otage à plusieurs milliers de kilomètres ? J’avais oublié, le journalisme de terrain est mort et enterré. Il est plus confortable de recevoir les confidences, souvent malsaines, des voisins. C’est malheureusement bien plus lucratif. Comment faire ? Je ne peux décemment pas passer devant eux pour rejoindre ma boite aux lettres. D’autant que je suis l’habitant le plus fin de l’immeuble, la faute à ma grande indigence et à la pauvreté alimentaire offerte par la guérilla, ils vont me reconnaître par la faute de mes mensurations.

Je sais, je vais sortir par derrière et je vais feindre d’être un distributeur de prospectus. C’est facile, je n’en ai jeté aucun depuis plusieurs semaines. Du développement durable en quelque sorte. Le journaliste d’aujourd’hui n’est pas physionomiste, il ne pensera pas qu’un pollueur de boites aux lettres puisse être l’objet de sa traque. Il faut dire qu’ils ont la belle vie, l’alcool coule à flots sous les tentes.
Parfait, ils n’y ont vu que du feu. A peine l’un d’entre eux, sorti pour uriner sur le muret, m’a-t-il demandé si j’avais déjà eu des mots avec l’otage. Mais il était ivre, il n’a pas écouté ma réponse. Sa question, c’était juste par éthique professionnelle.
Je sens une odeur digne des paradis hédonistes, j’ai une lettre de Jeanne. Désormais, et ce jusqu’à ma mort, l’odeur du foin coupé siègera à ma droite lors du conseil des admissions dans mon panthéon personnel. J’ai hâte de lire tes mots, de me délecter des rondeurs de ton écriture, d’avoir une petite érection en discernant les étoiles roses dans ton encre verte. Malheureusement, je vais être obligé de trier entre tous les prospectus obsolètes. Cela tue la poésie. Non, aujourd’hui c’est la fête des sens. Je vais fermer les yeux et laisser mes narines guider la finesse tactile de mes doigts.

Je le savais, ma sensualité n’est pas morte, c’est elle. Mes doigts ressentent la couleur saumon, pourtant ce n’est pas la seule enveloppe. Mais celle-ci est bien plus érotique que celle de la compagnie d’électricité, plus alléchante qu’une offre spéciale adressée à moi seul et imprimée en plusieurs milliers d’exemplaires. Je tiens ta réponse entre mes doigts amoureux et rien ne peut me tromper. Dommage que je n’ai pas appris le braille, j’aurai ainsi pu pousser le plaisir tactile tout en gardant mes yeux fermés. Tes mots sont certainement encore plus beaux lorsque l’on arrive à les rêver au bout de ses doigts.

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