Semestre le tour du monde








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Volume 14 -1866-2nd semestre LE TOUR DU MONDE /

(Pages 353-368)




Une loge au Teatro principal, à Seville, Dessin de Gustave Doré.

VOYAGE EN ESPAGNE,

PAR MM. GUSTAVE DORÉ ET CH. DAVILLIER.



SÉVILLE

1862 - DESSINS INEDITS DE GUSTAVE DORÉ - TEXTE INEDIT DE CH.DAVILLIER
L'Alcazar de Séville; le Patio de las Doncellas. La Sala de Embajadores. Le Patio de las Muñecas. Pierre le Cruel et Maria de Padilla; le rey Bermejo et ses trésors. Les Baños de Padilla. La Capilla de AXulejos. Les jardins de l'Alcazar. La Casa de Pilatos. La Judería et la Moreria. La Calle del Ca,ndilcjo; la Cabeza del rey don Pedro. La Universidad. Le couvent de Santa-Paula; une façade d'église en faïence. Le musée de Séville; la salle de Murillo; le Torrigiano.
Si l'Alhambra de Grenade n'existait pas, l'Alcazar de Séville serait certainement le plus merveilleux monument moresque de toute l'Espagne. On a répété souvent que le touriste ne devait visiter l'Alcazar qu'après avoir vu l'Alhambra. Nous pensons que cela importe peu : chacun de ces deux monuments se distingue par des beautés et des mérites particuliers, tant sous le rapport de l'architecture que sous celui de la situation. Si le palais de Grenade est bâti sur un des plus beaux sites du monde, l'Alcazar de Séville est environné de jardins qui font penser au paradis terrestre et aux séjours enchanteurs décrits par l'Arioste.

Les origines de l'Alcazar ne sont pas parfaitement connues : suivant l'opinion la plus répandue, il fut commencé au onzième siècle par un architecte arabe venu de Tolède, et des ouvriers qui avaient travaillé aux décorations de l'Alhambra auraient été envoyés de Grenade pour exécuter les ornements de stuc. Quoiqu'il en soit, il ne reste plus aujourd'hui la moindre trace de la construction primitive qui devait être, suivant toute apparence, de ce style arabe si noble et si majestueux, dont la mosquée de Cordoue offre le plus beau spécimen existant.

L'édifice actuel ne remonte guère plus haut que le commencement du treizième siècle ; de même que l'Alhambra de Grenade, avec laquelle il offre certaines analogies, l'ancien palais des rois de Séville appartient au style purement moresque. L'Alcazar avait autrefois deux portes principales : la puerta de las Banderas, la porte des bannières, et la puerta de la Monteria ou porte de la vénerie, ainsi nommée parce que c'était là que se réunissaient les Monteros ou veneurs, quand le roi partait pour la chasse. L'entrée actuelle fait face à la petite place del Triunfo : au-dessus de la façade principale, nous lûmes cette inscription en grandes lettres gothiques, d'une forme particulière à l'Espagne , et qu'on prendrait au premier abord, à leur aspect archaïque et majestueux, pour des caractères kufiques de la plus ancienne époque.

El muy alto, y muy noble, y muy poderoso y coiiquistado-r don Pedro, por la gracia de Dios rey de Castilla y de Leon, mandó facer estos Alcdzares y estas façadas que faé hecho en la era mil cuatrocientos y dos.

« Le très haut, très noble et très puissant et conquérant don Pedro, par la grâce de Dieu, roi de Castille et de Léon, ordonna de construire ces Alcazars et ces façades, ce qui fut fait en l'ère de mil quatre cent et deux. »

L'Alcazar était appelé par les Arabes Al-Kasr, le plais de César; car le nom du conquérant romain était resté pour eux le synonyme de puissance et de majesté. La curieuse inscription qu'on vient de lire fait voir qu'une grande partie du monument fut construite sous le règne de Pierre le Cruel; c'est précisément à cette époque que furent exécutés les travaux les plus importants de l'Alhambra, et le roi de Castille entretenait parfois de relations amicales avec ses 'lobes de Grenade, fit venir de cette ville les ouvriers qui furent chargés de la décoration de son palais.

Charles-Quint, à l'occasion de son mariage avec doña Isabelle, infante de Portugal, fit ajouter à l'Alcazar de nouvelles constructions de style gréco-romain qui existent encore et dont l'aspect lourd et tant soit peu pédant contraste singulièrement avec la légèreté capricieuse de l'architecture moresque. Sous les successeurs du César allemand, des additions maladroites furent faites à l'édifice, et les délicates arabesques de stuc disparurent presque entièrement sous d'épaisses couches de badigeon. Les auteurs espagnols du siècle dernier tenaient eu fort médiocre estime l'architecture moresque, et ne faisaient pas plus de cas de l'architecture gothique  ; aussi un des historiens de Séville, Arana de Valflora, dans son Compendio de Sevilla, considère-t-il les travaux postérieurs comme des « obras de mejor arquitectura. »

Le Patio de las Doncellas, vaste cour intérieure, est d'un aspect très imposant : des colonnes de marbre blanc accouplées soutiennent des arcades découpées en plusieurs lobes et surmontées de colonnettes, de rinceaux et d'entrelacs d'un travail extrêmement précieux.

Cette pièce, ainsi que les principales salles de l'Alcazar, a été restaurée dans le style primitif par l'ordre de M. le duc de Montpensier, qui a habité, il y a plusieurs années, l'ancien palais moresque.

Le Patio de las Doncellas, ou Cour des jeunes filles. est ainsi nommé parce que, suivant une ancienne tradition, les rois de Séville y recevaient cent jeunes vierges qui, chaque année, leur étaient envoyées par un de leurs tributaires. Ce magnifique patio, restauré sous Charles-Quint, a conservé une partie des azulejos de faïence qui garnissaient les murs sur une hauteur de près de deux mètres à partir du sol : ces azulejos, semblables à ceux que nous avons signalés dans les salles de l'Alhambra, forment de grands dessins à la fois symétriques et capricieux, et l'harmonie des couleurs ne saurait être mieux entendue. Malheureusement, aux endroits où les azulejos ont disparu, on les a remplacés par des peintures à la détrempe appliquées au moyen de poncifs qui ne produisent aucune illusion. Au centre e'élève un jet d'eau dont la gerbe retombe dans une vasque de style moresque et va rejaillir jusque sur les dalles de marbre qui garnissent le sol du patio. A l'étage supérieur, règne une galerie supportée par des arceaux au-dessus desquels se voient les armes de Castille et de Léon accompagnées des colonnes d'Hercule, entre lesquelles se lit sur une banderole l'ambitieuse devise de Charles-Quint : nec plus ultrà.

Le gardien qui nous conduisait nous fit' remarquer au-dessus d'une arcade en fer à cheval deux petites fenêtres garnis de rejas, ou grillages, suivant l'usage si commun en Espagne; au-dessus de ces rejas sont peints deux portraits représentant un homme et une femme en costume arabe : d'après la tradition, l'une de ces figures serait celle d'un architecte grenadin que Pierre le Cruel et l’autre celle de sa femme les guides ne sont jamais embarrassé, et pour eux il n’existe pas de portraits inconnus.

Comme l'Alhambra, l' Alcazar de Smille a aussi sa sala de Embajadores : le salon des Ambassadeurs est une vaste pièce carrée d'un aspect très-majestueux. et qui rappelle tout à fait celui du palais moresque de Grenade; une de ces coupoles dont nous avons parlé précédemnientet que les Espagnols nomment media narana, parce qu'elles rappellent la forme d'une moitié d'orange, s'élève à une grande hauteur. Cette media naranja, entièrement faite de bois résineux tels que le cèdre et le mélèze, a merveilleusement résisté aux ans, et ses stalactites variées à l'infini., où l'ail se perd dans des complications inextricables, sont encore aussi intactes qu'au premier jour. Ce chef-d'oeuvre des carpinteros de Grenade, grâce à la hauteur à laquelle il est placé, a échappé aux injures du badigeon, et les couleurs primitives, le bleu, le rouge et l'or, brillent encore de tout leur éclat, adouci seulement par l'action des années. Il est à regretter qu'au-dessous de la media naranja on ait eu l'idée de placer une suite de portraits qui jurent singulièrement avec l'ensemble de la décoration; ces peintures, qui nous ont paru dater de la fin du seizième siècle et qui n'ont aucun mérite, représentent la suite des rois d'Espagne, ornés des costumes les plus grotesques.

Si les salles de l'Alhambra ont leurs légendes empruntées au massacre des Abencerrages, celles de l'Alcazar ont aussi les leurs, et c'est Pierre le Cruel qui en fait en grande partie les frais : le guide qui nous accompagnait ne manqua pas de nous faire remarquer sur une des dalles de marbre du Salon des Ambassadeurs, non loin de la porte qui communique avec le patio de las Doncellas, quelques taches rougeâtres qui, avec de la bonne volonté, peuvent passer pour des taches de sang. C'est la place même où, suivant la légende, le 29 mai 1358, le roi Pierre le Cruel fit assassiner par ses gardes le malheureux infant don Fadrique, son frère; il l'accusait de conspirer contre lui, et il fit partager le même sort à ceux qu'il soupçonnait d'être ses partisans. Fatale destinée de ce roi fratricide qui avait fait périr trois de ses frères, sa femme, sa tante et plusieurs autres de ses parents ! quelques années plus tard, à Insulte de l'entrevue de Montiel, il mourait lui-même à l'âge de trente-quatre ans, poignardé par son frère, Henri de Transtamare, qui lui faisait ensuite trancher la tête et envoyait à Séville ce trophée sanglant.

De l'autre côté du patio de las Doncellas se trouve l'entrée du Patio de las Muñecas, c'est-à-dire la Cour des Poupées ; malgré ce nom grotesque, tiré de quelques figures qui le décorent, ce patio, entièrement couvert de marbres et d'arabesques de stuc, est une petite merveille d'ornementation.

On retrouve à chaque pas, dans l'Alcazar moresque, les souvenirs de ce terrible roi de Castille auquel la postérité a conservé le surnom de cruel, bien que certains écrivains plus indulgents lui aient donné celui de justicier. C'est dans l'Alcazar qu'il reçut un roi de Grenade, Abois-Said, surnommé et rey Berniejo, le Roi Rouge; après lui avoir octroyé un sauf-conduit, il donna en son honneur les fêtes les plus brillantes. Suivant l'usage oriental, le roi More était accompagné d'une suite nombreuse, et avait déployé un luxe extraordinaire d'étoffes magnifiques d'or et de soie, de perles et de pierres précieuses; un manuscrit contemporain, qui rend compte de l'événement, mentionne notamment trois énormes rubis d'une beauté extraordinaire, aussi gros qu'un neuf de pigeon, un huevo de palomar1. Le roi de Castille ne put résister à la vue de tant de trésors, et pour s'en emparer il tua traîtreusement de sa main, dans une des salles de l'Alcazar, le malheureux Abou Saïd, qui se croyait sans doute protégé par les lois de l'hospitalité.

Après avoir parcouru les différentes salles de l'Alcazar, nous allâmes visiter d'anciens bains voûtés qu'on appelle les Baños de Padilla; c'étaient des bains moresques que Pierre le Cruel avait fait réparer pour la célèbre Maria de Padilla, demoiselle de famille noble, d'une grande beauté et d'un esprit cultivé  ; le P. Mariana, dans son histoire d'Espagne, fait d'elle un portrait des plus séduisants, ce qui explique en partie l'ascendant extraordinaire qu'elle avait su prendre sur le roi de Castille; la voix publique accusait Maria de Padilla de l'avoir ensorcelé, et la légende populaire la représentait même comme la reine des sorcières. Ce qui est certain, c'est que dès le lendemain de son mariage avec Blanche de Bourbon, Pierre le Cruel abandonna sa femme pour aller retrouver Maria de Padilla, qui l'attendait au château de Montalvan.

La plupart des historiens espagnols pensent que le roi de Castille avait épousé secrètement Maria de Padilla; quoi qu'il en soit, elle occupait dans l'Alcazar de Séville le rang d'une souveraine. La tradition rapporte que le roi permettait à ses favoris d'accompagner sa maîtresse au baño, et que ceux-ci, croyant plaire à leur maître, poussaient la flatterie jusqu'à boire l'eau du bain encore tiède. Un jour, le roi ayant remarqué que l'un d'eux s'était abstenu de porter l'eau à ses lèvres, lui demanda ce qui l'empêchait de suivre l'exemple des autres courtisans.

Señor, répondit-il, despues de haver catado la salsa, yo quisiera Gambien catar la perdiz.

On ne dit pas si Pierre le Cruel eut la fantaisie de lui faire trancher la tète pour une si belle réponse.

Quand Maria de Padilla mourut, le roi de Castille lui fit faire à Séville des obsèques dignes d'une reine. On voit encore dans la Capilla real, la chapelle principale de la cathédrale, son tombeau à côté de celui de saint Ferdinand.

Nous parcourûmes, au premier étage de l'Alcazar, quelques pièces qui servent d'habitation aux princes de la famille royale, lorsqu'ils séjournent à Séville : dans une de ces pièces, qui passe pour avoir été occupée autrefois par Pierre le Cruel, on nous fit remarquer quatre têtes de mort peintes sur la muraille. Suivant la tradition, Pierre le Cruel aurait, comme exemple, fait accrocher à ce mur les têtes de quatre juges prévaricateurs, et les peintures auraient été faites plus tard pour perpétuer le souvenir de la justice du roi.

Cet étage, du reste, n'aurait rien de remarquable sans une très jolie chapelle qu'on appelle la capilla de Azulejos, parce qu'elle est en partie revêtue de carreaux de faïence peinte. Le fond de cet oratoire est occupé par un autel large d'un peu plus de trois mètres dont le devant et le retable sont entièrement revêtus d'azulejos. Sur le devant de l'autel, un tableau du plus beau style de la renaissance italienne représente divers ornements dans le goût du temps, parmi lesquels on remarque des grenades, emblème de la récente conquête ¿n royaume moresque; ces gracieux ornements, qu'on pourrait croire composés par Nicoletto de Modène, un des plus habiles ornemanistes de la grande- époque italienne, servent de cadre à un grand sujet représentant l'Annonciation. Les flèches et le joug, ainsi que FF et l'Y plusieurs fois répétés, montrent que ces faïences ont été peintes sous le règne de Ferdinand et d'Isabelle, les reyes catolicos.

F
açade de l’Alcazar de Séville - Dessin de Gustave Doré.
Le retable se compose d'un grand tableau carré à cintre surbaissé occupant le fond, et de deux parties saillantes peintes dans le même style que le tableau que nous venons de décrire  ; la bordure, qui représente l'arbre de Jessé et plusieurs prophètes, rappelle beaucoup les enluminures des manuscrits du quinrième siècle. La composition

principale, comprenant une dizaine de figures, représente la Visitation; sur des carreaux de faïence se lit le nom de l'artiste écrit en caractères romains :
NICVLOSO FRANCISCO ITALIANO ME FECIT
… et un peu plus bas la date de 1504. Nous recommandions particulièrement à l'attention des amateurs de céramique la Capilla de azulejos, dont nous n'avons vu nulle part l'équivalent, pas même en Italie. Ajoutons que cette chapelle, outre son rare mérite artistique, est riche en souvenirs, et qu'elle fut notamment témoin du mariage de Charles-Quint avec l'infante Isabelle de Portugal.

Avant de quitter l'Alcazar, nous parcourrons un instant ses jardins, dont la végétation fait penser aux tropiques : nous vîmes là des bananiers chargés de régimes mûrs, fruits qu'on réserve pour la reine, à ce que nous assura le jardinier; des orangers et des grenadiers énormes, contemporains peut-être de Pierre le Cruel, sont plantés en espalier le long des murs : au milieu des bosquets de citronniers s'élèvent des kiosques bâtis sous Charles-Quint et revêtus
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