Prologue La ville d’Avignon








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Roland


Le retour fut muet et triste ; on eût dit qu’en voyant s’évanouir ses chances de mort, Roland avait perdu toute sa gaieté.

La catastrophe dont il venait d’être l’auteur pouvait bien être pour quelque chose dans cette taciturnité ; mais, hâtons-nous de le dire, Roland, sur le champ de bataille, et surtout dans sa dernière campagne contre les Arabes, avait eu trop souvent à enlever son cheval par-dessus les cadavres qu’il venait de faire, pour que l’impression produite sur lui par la mort d’un inconnu l’eût si fort impressionné.

Il y avait donc une autre raison à cette tristesse ; il fallait donc que ce fût bien réellement celle que le jeune homme avait confiée à sir John. Ce n’était donc pas le regret de la mort d’autrui, c’était le désappointement de sa propre mort.

En rentrant à l’hôtel du Palais-Royal, sir John monta dans sa chambre pour y déposer ses pistolets, dont la vue pouvait exciter dans l’esprit de Roland quelque chose de pareil à un remords ; puis il vint rejoindre le jeune officier pour lui remettre les trois lettres qu’il en avait reçues.

Il le trouva tout pensif et accoudé sur sa table.

Sans prononcer une parole, l’Anglais déposa les trois lettres devant Roland.

Le jeune homme jeta les yeux sur les adresses, prit celle qui était destinée à sa mère, la décacheta et la lut.

À mesure qu’il la lisait, de grosses larmes coulaient sur ses joues.

Sir John regardait avec étonnement cette nouvelle face sous laquelle Roland lui apparaissait.

Il eût cru tout possible à cette nature multiple, excepté de verser les larmes qui coulaient silencieusement de ses yeux.

Puis, secouant la tête et sans faire le moins du monde attention à la présence de sir John, Roland murmura :

– Pauvre mère ! elle eût bien pleuré ; peut-être vaut-il mieux que cela soit ainsi : des mères ne sont pas faites pour pleurer leurs enfants !

Et, d’un mouvement machinal, il déchira la lettre écrite à sa mère, celle écrite à sa sœur, et celle écrite au général Bonaparte.

Après quoi, il en brûla avec soin tous les morceaux.

Alors, sonnant la fille de chambre :

– Jusqu’à quelle heure peut-on mettre les lettres à la poste ? demanda-t-il.

– Jusqu’à six heures et demie, répondit celle-ci ; vous n’avez plus que quelques minutes.

– Attendez, alors.

Il prit une plume et écrivit :

« Mon cher général,

« Je vous l’avais bien dit, je suis vivant et lui mort. Vous conviendrez que cela a l’air d’une gageure.

« Dévouement jusqu’à la mort.

« Votre paladin,

Roland. »

Puis il cacheta la lettre, écrivit sur l’adresse : Au général Bonaparte, rue de la victoire, à Paris, et la remit à la fille de chambre en lui recommandant de ne pas perdre une seconde pour la faire mettre à la poste.

Ce fut alors seulement qu’il parut remarquer sir John et qu’il lui tendit la main.

– Vous venez de me rendre un grand service, milord, lui dit-il, un de ces services qui lient deux hommes pour l’éternité. Je suis déjà votre ami ; voulez-vous me faire l’honneur d’être le mien ?

Sir John serra la main que lui présentait Roland.

– Oh ! dit-il ; je vous remercie bien beaucoup. Je n’eusse point osé vous demander cet honneur ; mais vous me l’offrez... je l’accepte.

Et, à son tour, l’impassible Anglais sentit s’amollir son cœur et secoua une larme qui tremblait au bout de ses cils.

Puis, regardant Roland :

– Il est très malheureux, dit-il, que vous soyez si pressé de partir ; j’eusse été heureux et satisfait de passer encore un jour ou deux avec vous.

– Où alliez-vous, milord, quand je vous ai rencontré ?

– Oh ! moi, nulle part, je voyageais pour désennuyer moi ! J’ai le malheur de m’ennuyer souvent.

– De sorte que vous n’alliez nulle part ?

– J’allais partout.

– C’est exactement la même chose, dit le jeune officier en souriant. Eh bien, voulez-vous faire une chose ?

– Oh ! très volontiers, si c’est possible.

– Parfaitement possible : elle ne dépend que de vous.

– Dites.

– Vous deviez, si j’étais tué, me reconduire mort à ma mère, ou me jeter dans le Rhône ?

– Je vous eusse reconduit mort à votre mère et pas jeté dans le Rhône.

– Eh bien, au lieu de me reconduire mort, reconduisez-moi vivant, vous n’en serez que mieux reçu.

– Oh !

– Nous resterons quinze jours à Bourg ; c’est ma ville natale, une des villes les plus ennuyeuses de France ; mais, comme vos compatriotes brillent surtout par l’originalité, peut-être vous amuserez-vous où les autres s’ennuient. Est-ce dit ?

– Je ne demanderais pas mieux, fit l’Anglais ; mais il me semble que c’est peu convenable de ma part.

– Oh ! nous ne sommes pas en Angleterre, milord, où l’étiquette est une souveraine absolue. Nous, nous n’avons plus ni roi ni reine, et nous n’avons pas coupé le cou à cette pauvre créature qui s’appelait Marie-Antoinette, pour mettre Sa Majesté l’Étiquette à sa place.

– J’en ai bien envie, dit sir John.

– Vous le verrez, ma mère est une excellente femme, d’ailleurs fort distinguée. Ma sœur avait seize ans quand je suis parti, elle doit en avoir dix-huit ; elle était jolie, elle doit être belle. Il n’y a pas jusqu’à mon frère Édouard, un charmant gamin de douze ans, qui vous fera partir des fusées dans les jambes et qui baragouinera l’anglais avec vous ; puis, ces quinze jours passés, nous irons à Paris ensemble.

– J’en viens, de Paris, fit l’Anglais.

– Attendez donc, vous vouliez aller en Égypte pour voir le général Bonaparte : il n’y a pas si loin d’ici à Paris que d’ici au Caire ; je vous présenterai à lui ; présenté par moi, soyez tranquille, vous serez bien reçu. Puis vous parliez de Shakespeare tout à l’heure.

– Oh ! oui, j’en parle toujours.

– Cela prouve que vous aimez les comédies, les drames.

– Je les aime beaucoup, c’est vrai.

– Eh bien, le général Bonaparte est sur le point d’en faire représenter un à sa façon, qui ne manquera pas d’intérêt, je vous en réponds.

– Ainsi, dit sir John hésitant encore, je puis, sans être indiscret, accepter votre offre ?

– Je le crois bien, et vous ferez plaisir à tout le monde, à moi surtout.

– J’accepte, alors.

– Bravo ! Eh bien, voyons, quand voulez-vous partir ?

– Aussitôt qu’il vous plaira. Ma calèche était attelée quand vous avez jeté cette malheureuse assiette à la tête de Barjols ; mais comme, sans cette assiette, je ne vous eusse jamais connu, je suis content que vous la lui ayez jetée ; oui, très content.

– Voulez-vous que nous partions ce soir ?

– À l’instant. Je vais dire au postillon de renvoyer un de ses camarades avec d’autres chevaux, et, le postillon et les chevaux arrivés, nous partons.

Roland fit un signe d’assentiment.

Sir John sortit pour donner ses ordres, remonta en disant qu’il venait de faire servir deux côtelettes et une volaille froide.

Roland prit la valise et descendit.

L’Anglais réintégra ses pistolets dans le coffre de sa voiture.

Tous deux mangèrent un morceau pour pouvoir marcher toute la nuit sans s’arrêter, et, comme neuf heures sonnaient à l’église des Cordeliers, tous deux s’accommodèrent dans la voiture et quittèrent Avignon, où leur passage laissait une nouvelle tache de sang, Roland avec l’insouciance de son caractère, sir John Tanlay avec l’impassibilité de sa nation.

Un quart d’heure après, tous deux dormaient, ou du moins le silence que chacun gardait de son côté pouvait faire croire qu’ils avaient cédé au sommeil.

Nous profiterons de cet instant de repos pour donner à nos lecteurs quelques renseignements indispensables sur Roland et sa famille.

Roland était né le 1er juillet 1773, quatre ans et quelques jours après Bonaparte, aux côtés duquel, ou plutôt à la suite duquel il a fait son apparition dans ce livre.

Il était fils de M. Charles de Montrevel, colonel d’un régiment longtemps en garnison à la Martinique, où il s’était marié à une créole nommée Clotilde de la Clémencière.

Trois enfants étaient nés de ce mariage, deux garçons et une fille : Louis, avec qui nous avons fait connaissance sous le nom de Roland ; Amélie, dont celui-ci avait vanté la beauté à sir John, et Édouard.

Rappelé en France vers 1782, M. de Montrevel avait obtenu l’admission du jeune Louis de Montrevel (nous verrons plus tard comment il troqua son nom de Louis contre celui de Roland) à l’École militaire de Paris.

Louis était le plus jeune des élèves.

Quoiqu’il n’eût que treize ans, il se faisait déjà remarquer par ce caractère indomptable et querelleur dont nous lui avons vu, dix-sept ans plus tard, donner un exemple à la table d’hôte d’Avignon.

Bonaparte avait, lui, tout enfant aussi, le bon côté de ce caractère, c’est-à-dire que, sans être querelleur, il était absolu, entêté, indomptable ; il reconnut dans l’enfant quelques-unes des qualités qu’il avait lui-même, et cette parité de sentiments fit qu’il lui pardonna ses défauts et s’attacha à lui.

De son côté, l’enfant, sentant dans le jeune Corse un soutien, s’y appuya.

Un jour, l’enfant vint trouver son grand ami, c’est ainsi qu’il appelait Napoléon – au moment où celui-ci était profondément enseveli dans la solution d’un problème de mathématiques.

Il savait l’importance que le futur officier d’artillerie attachait à cette science qui lui avait valu, jusque-là, ses plus grands, ou plutôt ses seuls succès.

Il se tint debout près de lui, sans parler, sans bouger.

Le jeune mathématicien devina la présence de l’enfant et s’enfonça de plus en plus dans ses déductions mathématiques, d’où, au bout de dix minutes, il se tira enfin à son honneur.

Alors, il se retourna vers son jeune camarade avec la satisfaction intérieure de l’homme qui sort vainqueur d’une lutte quelconque, soit contre la science, soit contre la matière.

L’enfant était debout, pâle, les dents serrées, les bras roides, les poings fermés.

– Oh ! oh ! dit le jeune Bonaparte, qu’y a-t-il donc de nouveau ?

– Il y a que Valence, le neveu du gouverneur, m’a donné un soufflet.

– Ah ! dit Bonaparte en riant, et tu viens me chercher pour que je le lui rende ?

L’enfant secoua la tête.

– Non, dit-il, je viens te chercher parce que je veux me battre.

– Avec Valence ?

– Oui.

– Mais c’est Valence qui te battra, mon enfant ; il est quatre fois fort comme toi.

– Aussi, je ne veux pas me battre contre lui comme se battent les enfants, mais comme se battent les hommes.

– Ah bah !

– Cela t’étonne ? demanda l’enfant.

– Non, dit Bonaparte. Et à quoi veux-tu te battre ?

– À l’épée.

– Mais les sergents seuls ont des épées, et ils ne vous en prêteront pas.

– Nous nous passerons d’épées.

– Et avec quoi vous battrez-vous ?

L’enfant montra au jeune mathématicien le compas avec lequel il venait de faire ses équations.

– Oh ! mon enfant, dit Bonaparte, c’est une bien mauvaise blessure que celle d’un compas.

Tant mieux, répliqua Louis, je le tuerai.

– Et, s’il te tue, toi ?

– J’aime mieux cela que de garder son soufflet.

Bonaparte n’insista pas davantage : il aimait le courage par instinct : celui de son jeune camarade lui plut.

– Eh bien soit ! reprit-il ; j’irai dire à Valence que tu veux te battre avec lui, mais demain.

– Pourquoi demain ?

– Tu auras la nuit pour réfléchir.

– Et d’ici à demain, répliqua l’enfant, Valence croira que je suis un lâche !

Puis, secouant la tête :

– C’est trop long d’ici à demain.

Et il s’éloigna.

– Où vas-tu ? lui demanda Bonaparte.

– Je vais demander à un autre s’il veut être mon ami.

– Je ne le suis donc plus, moi ?

– Tu ne l’es plus, puisque tu me crois un lâche.

– C’est bien, dit le jeune homme en se levant.

– Tu y vas ?

– J’y vais.

– Tout de suite ?

– Tout de suite.

– Ah ! s’écria l’enfant, je te demande pardon : tu es toujours mon ami.

Et il lui sauta au cou en pleurant.

C’étaient les premières larmes qu’il avait versées depuis le soufflet reçu.

Bonaparte alla trouver Valence et lui expliqua gravement la mission dont il était chargé.

Valence était un grand garçon de dix-sept ans, ayant déjà, comme chez certaines natures hâtives, de la barbe et des moustaches : il en paraissait vingt.

Il avait, en outre, la tête de plus que celui qu’il avait insulté.

Valence répondit que Louis était venu lui tirer la queue de la même façon qu’il eût tiré un cordon de sonnette (on portait des queues à cette époque), qu’il l’avait prévenu deux fois de ne pas y revenir, que Louis y était revenu une troisième, et qu’alors, ne voyant en lui qu’un gamin, il l’avait traité comme un gamin.

On alla porter la réponse de Valence à Louis, qui répliqua que tirer la queue d’un camarade n’était qu’une taquinerie, tandis que donner un soufflet était une insulte.

L’entêtement donnait à un enfant de treize ans la logique d’un homme de trente.

Le moderne Popilius retourna porter la guerre à Valence.

Le jeune homme était fort embarrassé : il ne pouvait, sous peine de ridicule, se battre avec un enfant : s’il se battait et qu’il le blessât, c’était odieux ; s’il était blessé lui-même, c’était à ne jamais s’en consoler de sa vie.

Cependant l’entêtement de Louis, qui n’en démordait pas, rendait l’affaire grave.

On assembla le conseil des grands, comme cela se faisait dans les circonstances sérieuses.

Le conseil des grands décida qu’un des leurs ne pouvait pas se battre avec un enfant ; mais que, puisque cet enfant s’obstinait à se regarder comme un jeune homme, Valence lui dirait devant tous ses compagnons qu’il était fâché de s’être laissé emporter à le traiter comme un enfant et que désormais il le regarderait comme un jeune homme.

On envoya chercher Louis, qui attendait dans la chambre de son ami ; on l’introduisit au milieu du cercle que faisaient dans la cour les jeunes élèves.

Là, Valence, à qui ses camarades avaient dicté une sorte de discours longtemps débattu entre eux pour sauvegarder l’honneur des grands à l’endroit des petits, déclara à Louis qu’il était au désespoir de ce qui était arrivé, qu’il l’avait traité selon son âge, et non selon son intelligence et son courage, le priant de vouloir bien excuser sa vivacité et de lui donner la main en signe que tout était oublié.

Mais Louis secoua la tête.

– J’ai entendu dire un jour à mon père, qui est colonel, répliqua-t-il, que celui qui recevait un soufflet et qui ne se battait pas était un lâche. La première fois que je verrai mon père, je lui demanderai si celui qui donne le soufflet et qui fait des excuses pour ne pas se battre n’est pas plus lâche que celui qui l’a reçu.

Les jeunes gens se regardèrent ; mais l’avis général avait été contre un duel qui eût ressemblé à un assassinat, et les jeunes gens à l’unanimité, Bonaparte compris, affirmèrent à l’enfant qu’il devait se contenter de ce qu’avait dit Valence, ce que Valence avait dit étant le résumé de l’opinion générale.

Louis se retira pâle de colère, et boudant son grand ami, qui, disait-il avec un imperturbable sérieux, avait abandonné les intérêts de son honneur.

Le lendemain, à la leçon de mathématiques des grands, Louis se glissa dans la salle d’études, et, tandis que Valence faisait une démonstration sur la table noire, il s’approcha de lui sans que personne le remarquât, monta sur un tabouret, afin de parvenir à la hauteur de son visage, et lui rendit le soufflet qu’il en avait reçu la veille.

– Là, dit-il, maintenant nous sommes quittes et j’ai tes excuses de plus ; car, moi, je ne t’en ferai pas, tu peux bien être tranquille.

Le scandale fut grand ; le fait s’était passé en présence du professeur, qui fut obligé de faire son rapport au gouverneur de l’école, le marquis Tiburce Valence.

Celui-ci qui ne connaissait pas les antécédents du soufflet reçu par son neveu, fit venir le délinquant devant lui, et après une effroyable semonce, lui annonça qu’il ne faisait plus partie de l’école, et qu’il devait le même jour se tenir prêt à retourner à Bourg, près de sa mère.

Louis répondit que, dans dix minutes, son paquet serait fait, et que, dans un quart d’heure, il serait hors de l’école.

Du soufflet qu’il avait reçu lui-même, il ne dit point un mot.

La réponse parut plus qu’irrévérencieuse au marquis Tiburce Valence ; il avait bonne envie d’envoyer l’insolent pour huit jours au cachot, mais il ne pouvait à la fois l’envoyer au cachot et le mettre à la porte.

On donna à l’enfant un surveillant qui ne devait plus le quitter qu’après l’avoir déposé dans la voiture de Mâcon ; Mme de Montrevel serait prévenue d’aller recevoir son fils à la descente de la voiture.

Bonaparte rencontra le jeune homme suivi de son surveillant, et lui demanda une explication sur cette espèce de garde de la connétablie attaché à sa personne.

– Je vous raconterais cela si vous étiez encore mon ami, répondit l’enfant ; mais vous ne l’êtes plus : pourquoi vous inquiétez-vous de ce qui m’arrive de bon ou de mauvais ?

Bonaparte fit un signe au surveillant, qui, tandis que Louis faisait sa petite malle, vint lui parler à la porte.

Il apprit alors que l’enfant était chassé de l’école.

La mesure était grave : elle désespérait toute une famille et brisait peut-être l’avenir de son jeune camarade.

Avec cette rapidité de décision qui était un des signes caractéristiques de son organisation, il prit le parti de faire demander une audience au gouverneur, tout en recommandant au surveillant de ne pas presser le départ de Louis.

Bonaparte était un excellent élève, fort aimé à l’école, fort estimé du marquis Tiburce Valence ; sa demande lui fut donc accordée à l’instant même.

Introduit près du gouverneur, il lui raconta tout, et, sans charger le moins du monde Valence, il tâcha d’innocenter Louis.

– C’est vrai, ce que vous me racontez là, monsieur ? demanda le gouverneur.

– Interrogez votre neveu lui-même, je m’en rapporterai à ce qu’il vous dira.

On envoya chercher Valence. Il avait appris l’expulsion de Louis et venait lui même raconter à son oncle ce qui s’était passé.

Son récit fut entièrement conforme à celui du jeune Bonaparte.

– C’est bien, dit le gouverneur ; Louis ne partira pas, c’est vous qui partirez ; vous êtes en âge de sortir de l’école.

Puis, sonnant :

– Que l’on me donne le tableau des sous-lieutenances vacantes, dit-il au planton.

Le même jour, une sous-lieutenance était demandée d’urgence au ministre pour le jeune Valence.

Le même soir, Valence partait pour rejoindre son régiment.

Il alla dire adieu à Louis, qu’il embrassa moitié de gré, moitié de force, tandis que Bonaparte lui tenait les mains.

L’enfant ne reçut l’accolade qu’à contre-cœur.

– C’est bien pour maintenant, dit-il ; mais, si nous nous rencontrons jamais et que nous ayons tous deux l’épée au côté...

Un geste de menace acheva sa phrase.

Valence partit.

Le 10 octobre 1785, Bonaparte recevait lui-même son brevet de sous-lieutenant : il faisait partie des cinquante-huit brevets que Louis XVI venait de signer pour l’école militaire.

Onze ans plus tard, le 15 novembre 1796, Bonaparte, général en chef de l’armée d’Italie, à la tête du pont d’Arcole, que défendaient deux régiments de Croates et deux pièces de canon, voyant la mitraille et la fusillade décimer ses rangs, sentant la victoire plier entre ses mains, s’effrayant de l’hésitation des plus braves, arrachait aux doigts crispés d’un mort un drapeau tricolore et s’élançait sur le pont en s’écriant : « Soldats ! n’êtes-vous plus les hommes de Lodi ? » lorsqu’il s’aperçut qu’il était dépassé par un jeune lieutenant qui le couvrait de son corps.

Ce n’était point ce que voulait Bonaparte ; il voulait passer le premier ; il eût voulu, si la chose eût été possible, passer seul.

Il saisit le jeune homme par le pan de son habit, et, le tirant en arrière :

– Citoyen, dit-il, tu n’es que lieutenant, je suis général en chef ; à moi le pas.

– C’est trop juste, répondit celui-ci.

Et il suivit Bonaparte, au lieu de le précéder.

Le soir, en apprenant que deux divisions autrichiennes avaient été complètement détruites, en voyant les deux mille prisonniers qu’il avait faits, en comptant les canons et les drapeaux enlevés, Bonaparte se souvint de ce jeune lieutenant qu’il avait trouvé devant lui au moment où il croyait n’avoir devant lui que la mort.

– Berthier, dit-il, donne l’ordre à mon aide de camp Valence de me chercher un jeune lieutenant de grenadiers avec lequel j’ai eu une affaire ce matin sur le pont d’Arcole.

– Général, répondit Berthier en balbutiant, Valence est blessé.

– En effet, je ne l’ai pas vu aujourd’hui. Blessé, où ? comment ? sur le champ de bataille ?

– Non général ; il a pris hier une querelle et a reçu un coup d’épée à travers la poitrine.

Bonaparte fronce le sourcil :

– On sait cependant autour de moi que je n’aime pas les duels ; le sang d’un soldat n’est pas à lui, il est à la France. Donne l’ordre à Muiron, alors.

– Il est tué, général.

– À Elliot, en ce cas.

– Tué aussi.

Bonaparte tira un mouchoir de sa poche et le passa sur son front inondé de sueur.

– À qui vous voudrez, alors ; mais je veux voir ce lieutenant.

Il n’osait plus nommer personne, de peur d’entendre encore retentir cette fatale parole : « Il est tué. »

Un quart d’heure après, le jeune lieutenant était introduit sous sa tente.

La lampe ne jetait qu’une faible lueur.

– Approchez, lieutenant, dit Bonaparte.

Le jeune homme fit trois pas et entra dans le cercle de lumière.

– C’est donc vous, continua Bonaparte, qui vouliez ce matin passer avant moi ?

– C’était un pari que j’avais fait, général, répondit gaiement le jeune lieutenant, dont la voix fit tressaillir le général en chef.

– Et je vous l’ai fait perdre ?

– Peut-être oui, peut-être non.

– Et quel était ce pari ?

– Que je serais nommé aujourd’hui capitaine.

– Vous avez gagné.

– Merci, général.

Et le jeune homme s’élança comme pour serrer la main de Bonaparte ; mais presque aussitôt il fit un mouvement en arrière.

La lumière avait éclairé son visage pendant une seconde ; cette seconde avait suffi au général en chef pour remarquer le visage comme il avait remarqué la voix.

Ni l’un ni l’autre ne lui étaient inconnus.

Il chercha un instant dans sa mémoire ; mais, trouvant sa mémoire rebelle :

– Je vous connais, dit-il.

– C’est possible, général.

– C’est certain même ; seulement je ne puis me rappeler votre nom.

– Vous vous êtes arrangé, général, de manière qu’on n’oublie pas le vôtre.

– Qui êtes-vous ?

– Demandez à Valence, général.

Bonaparte poussa un cri de joie.

– Louis de Montrevel, dit-il.

Et il ouvrit ses deux bras.

Cette fois, le jeune lieutenant ne fit point difficulté de s’y jeter.

– C’est bien, dit Bonaparte, tu feras huit jours le service de ton nouveau grade, afin qu’on s’habitue à te voir sur le dos les épaulettes de capitaine, et puis tu remplaceras mon pauvre Muiron comme aide de camp. Va !

– Encore une fois, dit le jeune homme en faisant le geste d’un homme qui ouvre les bras.

– Ah ! ma foi ! oui, dit Bonaparte avec joie.

Et, le retenant contre lui après l’avoir embrassé une seconde fois :

– Ah çà ! c’est donc toi qui as donné un coup d’épée à Valence ? lui demanda-t-il.

– Dame ! général, répondit le nouveau capitaine et le futur aide de camp, vous étiez là quand je le lui ai promis : un soldat n’a que sa parole.

Huit jours après, le capitaine Montrevel faisait le service d’officier d’ordonnance près du général en chef qui avait remplacé son prénom de Louis, malsonnant à cette époque, par le pseudonyme de Roland.

Et le jeune homme s’était consolé de ne plus descendre de saint Louis en devenant le neveu de Charlemagne.

Roland – nul ne se serait avisé d’appeler le capitaine Montrevel Louis, du moment où Bonaparte l’avait baptisé Roland –, Roland fit avec le général en chef la campagne d’Italie, et revint avec lui à Paris, après la paix de Campo-Formio.

Lorsque l’expédition d’Égypte fut décidée, Roland, que la mort du général de brigade de Montrevel, tué sur le Rhin tandis que son fils combattait sur l’Adige et le Mincio, avait rappelé près de sa mère, Roland fut désigné un des premiers par le général en chef pour prendre rang dans l’inutile mais poétique croisade qu’il entreprenait.

Il laissa sa mère, sa sœur Amélie et son jeune frère Édouard à Bourg, ville natale du général de Montrevel ; ils habitaient à trois quarts de lieue de la ville, c’est-à-dire aux Noires-Fontaines, une charmante maison à laquelle on donnait le nom de château, et qui, avec une ferme et quelques centaines d’arpents de terre situés aux environs, formait toute la fortune du général, six ou huit mille livres de rente à peu près.

Ce fut une grande douleur au cœur de la pauvre veuve que le départ de Roland pour cette aventureuse expédition ; la mort du père semblait présager celle du fils, et Mme de Montrevel, douce et tendre créole, était loin d’avoir les âpres vertus d’une mère de Sparte ou de Lacédémone.

Bonaparte, qui aimait de tout son cœur son ancien camarade de l’École militaire, avait permis à celui-ci de le rejoindre au dernier moment à Toulon.

Mais la peur d’arriver trop tard empêcha Roland de profiter de la permission dans toute son étendue. Il quitta sa mère en lui promettant une chose qu’il n’avait garde de tenir : c’était de ne s’exposer que dans les cas d’une absolue nécessité, et arriva à Marseille huit jours avant que la flotte ne mît à la voile.

Notre intention n’est pas plus de faire une relation de la campagne d’Égypte que nous n’en avons fait une de la campagne d’Italie. Nous n’en dirons que ce qui sera absolument nécessaire à l’intelligence de cette histoire et au développement du caractère de Roland.

Le 19 mai 1798, Bonaparte et tout son état-major mettaient à la voile pour l’Orient ; le 15 juin, les chevaliers de Malte lui rendaient les clefs de la citadelle. Le 2 juillet, l’armée débarquait au Marabout ; le même jour, elle prenait Alexandrie ; le 25, Bonaparte entrait au Caire après avoir battu les mameluks à Chébreïss et aux Pyramides.

Pendant cette suite de marches et de combats, Roland avait été l’officier que nous connaissons, gai, courageux, spirituel, bravant la chaleur dévorante des jours, la rosée glaciale des nuits, se jetant en héros ou en fou au milieu des sabres turcs ou des balles bédouines.

En outre, pendant les quarante jours de traversée, il n’avait point quitté l’interprète Ventura ; de sorte qu’avec sa facilité admirable, il était arrivé, non point à parler couramment l’arabe, mais à se faire entendre dans cette langue.

Aussi arrivait-il souvent que, quand le général en chef ne voulait point avoir recours à l’interprète juré, c’était Roland qu’il chargeait de faire certaines communications aux muftis, aux ulémas et aux cheiks.

Pendant la nuit du 20 au 21 octobre, le Caire se révolta ; à cinq heures du matin, on apprit la mort du général Dupuy, tué d’un coup de lance ; à huit heures du matin, au moment où l’on croyait être maître de l’insurrection, un aide de camp du général mort accourut, annonçant que les Bédouins de la campagne menaçaient Bab-el-Nasr ou la porte de la Victoire.

Bonaparte déjeunait avec son aide de camp Sulkowsky, grièvement blessé à Salahiéh, et qui se levait à grand’peine de son lit de douleur.

Bonaparte, dans sa préoccupation, oublia l’état dans lequel était le jeune Polonais.

– Sulkowsky, dit-il, prenez quinze guides, et allez voir ce que nous veut cette canaille.

Sulkowsky se leva.

– Général, dit Roland, chargez-moi de la commission ; vous voyez bien que mon camarade peut à peine se tenir debout.

– C’est juste, dit Bonaparte ; va.

Roland sortit, prit quinze guides et partit.

Mais l’ordre avait été donné à Sulkowsky, et Sulkowsky tenait à l’exécuter.

Il partit de son côté avec cinq ou six hommes qu’il trouva prêts.

Soit hasard, soit qu’il connût mieux que Roland les rues du Caire, il arriva quelques secondes avant lui à la porte de la Victoire.

En arrivant à son tour, Roland vit un officier que les Arabes emmenaient ; ses cinq ou six hommes étaient déjà tués.

Quelquefois les Arabes, qui massacraient impitoyablement les soldats, épargnaient les officiers dans l’espoir d’une rançon.

Roland reconnut Sulkowsky ; il le montra de la pointe de son sabre à ses quinze hommes, et chargea au galop.

Une demi-heure après, un guide rentrait seul au quartier général, annonçant la mort de Sulkowsky, de Roland et de ses vingt et un compagnons.

Bonaparte, nous l’avons dit, aimait Roland comme un frère, comme un fils, comme il aimait Eugène ; il voulut connaître la catastrophe dans tous ses détails et interrogea le guide.

Le guide avait vu un Arabe trancher la tête de Sulkowsky et attacher cette tête à l’arçon de sa selle.

Quant à Roland, son cheval avait été tué. Pour lui, il s’était dégagé des étriers et avait combattu un instant à pied ; mais bientôt il avait disparu dans une fusillade presque à bout portant.

Bonaparte poussa un soupir, versa une larme, murmura : « Encore un ! » et sembla n’y plus penser.

Seulement, il s’informa à quelle tribu appartenaient les Arabes bédouins qui venaient de lui tuer deux des hommes qu’il aimait le mieux.

Il apprit que c’était une tribu d’Arabes insoumis dont le village était distant de dix lieues à peu près.

Bonaparte leur laissa un mois, afin qu’ils crussent bien à leur impunité ; puis, un mois écoulé, il ordonna à un de ses aides de camp, nommé Croisier, de cerner le village, de détruire les huttes, de faire couper la tête aux hommes, de mettre les têtes dans des sacs, et d’amener au Caire le reste de la population, c’est-à-dire les femmes et les enfants.

Croisier exécuta ponctuellement l’ordre ; on amena au Caire toute la population de femmes et d’enfants que l’on put prendre, et, parmi cette population, un Arabe vivant, lié et garrotté sur son cheval.

– Pourquoi cet homme vivant ? demanda Bonaparte ; j’avais dit de trancher la tête à tout ce qui était en état de porter les armes.

– Général, dit Croisier, qui, lui aussi, baragouinait quelques mots d’arabe, au moment où j’allais faire couper la tête de cet homme, j’ai cru comprendre qu’il offrait d’échanger sa vie contre celle d’un prisonnier. J’ai pensé que nous aurions toujours le temps de lui couper la tête, et je l’ai amené. Si je me suis trompé, la cérémonie qui aurait dû avoir lieu là-bas se fera ici même ; ce qui est différé n’est pas perdu.

On fit venir l’interprète Ventura et l’on interrogea le Bédouin.

Le Bédouin répondit qu’il avait sauvé la vie à un officier français, grièvement blessé à la porte de la Victoire ; que cet officier, qui parlait un peu l’arabe, s’était dit aide de camp du général Bonaparte ; qu’il l’avait envoyé à son frère, qui exerçait la profession de médecin dans la tribu voisine ; que l’officier était prisonnier dans cette tribu, et que, si on voulait lui promettre la vie, il écrirait à son frère de renvoyer le prisonnier au Caire.

C’était peut-être une fable pour gagner du temps, mais c’était peut-être aussi la vérité ; on ne risquait rien d’attendre.

On plaça l’Arabe sous bonne garde, on lui donna un thaleb qui écrivit sous sa dictée, il scella la lettre de son cachet, et un Arabe du Caire partit pour mener la négociation.

Il y avait, si le négociateur réussissait, la vie pour le Bédouin, cinq cents piastres pour le négociateur.

Trois jours après, le négociateur revint ramenant Roland.

Bonaparte avait espéré ce retour, mais il n’y avait pas cru.

Ce cœur de bronze, qui avait paru insensible à la douleur, se fondit dans la joie. Il ouvrit ses bras à Roland comme au jour où il l’avait retrouvé, et deux larmes, deux perles – les larmes de Bonaparte étaient rares – coulèrent de ses yeux.

Quant à Roland, chose étrange ! il resta sombre au milieu de la joie qu’occasionnait son retour, confirma le récit de l’Arabe, appuya sa mise en liberté, mais refusa de donner aucun détail personnel sur la façon dont il avait été pris par les bédouins et traité par le thaleb : quant à Sulkowsky, il avait été tué et décapité sous ses yeux ; il n’y fallait donc plus songer.

Seulement, Roland reprit son service d’habitude, et l’on remarqua que ce qui, jusque-là, avait été du courage chez lui, était devenu de la témérité ; que ce qui avait été un besoin de gloire, semblait être devenu un besoin de mort.

D’un autre côté, comme il arrive à ceux qui bravent le fer et le feu, le fer et le feu s’écartèrent miraculeusement de lui ; devant, derrière Roland, à ses côtés, les hommes tombaient : lui restait debout, invulnérable comme le démon de la guerre.

Lors de la campagne de Syrie, on envoya deux parlementaires sommer Djezzar-Pacha de rendre Saint-Jean-d’Acre ; les deux parlementaires ne reparurent plus : ils avaient eu la tête tranchée.

On dut en envoyer un troisième : Roland se présenta, insista pour y aller, en obtint, à force d’instances, la permission du général en chef, et revint.

Il fut de chacun des dix-neuf assauts qu’on livra à la forteresse ; à chaque assaut on le vit parvenir sur la brèche : il fut un des dix hommes qui pénétrèrent dans la tour Maudite ; neuf y restèrent, lui revint sans une égratignure.

Pendant la retraite, Bonaparte ordonna à ce qui restait de cavaliers dans l’armée de donner leurs chevaux aux blessés et aux malades ; c’était à qui ne donnerait pas son cheval aux pestiférés, de peur de la contagion.

Roland donna le sien de préférence à ceux-ci : trois tombèrent de son cheval à terre ; il remonta son cheval après eux, et arriva sain et sauf au Caire.

À Aboukir, il se jeta au milieu de la mêlée, pénétra jusqu’au pacha en forçant la ceinture de noirs qui l’entouraient, l’arrêta par la barbe, et essuya le feu de ses deux pistolets, dont l’un brûla l’amorce seulement ; la balle de l’autre passa sous son bras et alla tuer un guide derrière lui.

Quand Bonaparte prit la résolution de revenir en France, Roland fut le premier à qui le général en chef annonça ce retour. Tout autre eût bondi de joie ; lui resta triste et sombre, disant :

– J’aurais mieux aimé que nous restassions ici, général ; j’avais plus de chance d’y mourir.

Cependant, c’eût été une ingratitude à lui de ne pas suivre le général en chef ; il le suivit.

Pendant toute la traversée, il resta morne et impassible. Dans les mers de Corse, on aperçut la flotte anglaise ; là seulement, il sembla se reprendre à la vie. Bonaparte avait déclaré à l’amiral Gantheaume que l’on combattrait jusqu’à la mort, et avait donné l’ordre de faire sauter la frégate plutôt que d’amener le pavillon.

On passa sans être vu au milieu de la flotte, et, le 8 octobre 1799, on débarqua à Fréjus.

Ce fut à qui toucherait le premier la terre de France ; Roland descendit le dernier.

Le général en chef semblait ne faire attention à aucun de ces détails, pas un ne lui échappait ; il fit partir Eugène, Berthier, Bourrienne, ses aides de camp, sa suite, par la route de Gap et de Draguignan.

Lui, prit incognito la route d’Aix, afin de juger par ses yeux de l’état du Midi, ne gardant avec lui que Roland.

Dans l’espoir qu’à la vue de la famille, la vie rentrerait dans ce cœur brisé d’une atteinte inconnue, il lui avait annoncé, en arrivant à Aix, qu’il le laisserait à Lyon, et lui donnait trois semaines de congé à titre de gratification pour lui et de surprise à sa mère et à sa sœur.

Roland avait répondu :

– Merci, général ; ma sœur et ma mère seront bien heureuses de me revoir.

Autrefois Roland aurait répondu : « Merci, général, je serai bien heureux de revoir ma mère et ma sœur. »

Nous avons assisté à ce qui s’était passé à Avignon ; nous avons vu avec quel mépris profond du danger, avec quel dégoût amer de la vie Roland avait marché à un duel terrible. Nous avons entendu la raison qu’il avait donnée à sir John de son insouciance en face de la mort : la raison était-elle bonne ou mauvaise, vraie ou fausse ? Sir John dut se contenter de celle-là ; évidemment, Roland n’était point disposé à en donner d’autre.

Et maintenant, nous l’avons dit, tous deux dormaient ou faisaient semblant de dormir, rapidement emportés par le galop de deux chevaux de poste sur la route d’Avignon à Orange.

VI



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