Marc Levy a publié huit romans








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happy to do liste.

– Qu’est-ce qui vous a empêché de l’écrire ?

– Le temps nous a séparés avant.

– Vous ne vous êtes pas revus ?

Le serveur posa l’addition sur la table, Arthur voulut la prendre mais Lauren l’enleva d’un geste plus rapide que le sien.

– J’apprécie votre galanterie, dit-elle, mais n’y pensez même pas, la seule chose que vous avez consommée ici, ce sont mes paroles, je ne suis pas féministe, mais il y a des limites quand même !

Arthur n’eut pas le temps de d’argumenter, Lauren avait déjà remis sa carte de crédit à l’employé du restaurant.

– Je devrais rentrer et travailler dit Lauren, et en même temps je n’en ai pas du tout envie.

– Alors allons nous promener, la journée est magnifique et moi je n’ai pas dut tout envie de vous laisser aller travailler.

Elle repoussa sa chaise et se leva.

– J’accepte la ballade.

Le serveur hocha la tête quand elle quitta l’établissement.

Elle voulait marcher dans le parc Presidio, elle aimait y flâner sous les grands séquoias. Souvent, elle descendait jusqu’à l’avancée de terre où vient s’ancrer l’une des piles du Golden Gate. Arthur connaissait bien l’endroit. De là, le pont suspendu s’étendait comme un trait dans le ciel entre la baie et l’océan.

Lauren devait récupérer sa chienne. Arthur promit de la retrouver là-bas. Lauren le quitta au bout de la jetée, il la regarda s’éloigner sans rien dire. Certains moments ont un goût d’éternité.


15.


Il l’attendait au pied du grand pont, assis sur un tabouret en brique. A cet endroit, les vagues de l’océan affrontaient celle de la baie, dans un combat qui durait depuis la nuit des temps.

– J e vous ai fait attendre ? s’excusa-t-elle.

– Où est Kali ?

– Je n’en ai pas la moindre idée, Maman n’était pas là. Vous connaissez son nom ?

– Venez, allons marcher de l’autre côté du pont, j’ai envie de voir l’océan, répondit Arthur.

Ils gravirent une colline et la redescendirent par son autre versant. En contrebas, la plage s’étendait à des kilomètres.

Ils marchèrent le long de l’eau.

– Vous êtes différent, dit Lauren.

– De qui ?

– De personne en particulier.

– Alors ce n’est pas très difficile.

– Ne soyez pas idiot.

– Quelque chose chez moi vous gêne ?

– Non, rien ne me gêne, vous semblez toujours serein, c’est tout.

– C’est un défaut.

– Non, mais c’est très déroutant, comme si rien n’avait l’air de vous poser de problème.

– J’aime chercher les solutions, c’est de famille, ma mère était comme moi.µ– Vos parents vous manquent ?

– J’ai à peine eu le temps de connaître mon père. Maman avait un certain regard sur la vie, différent, comme vous dites.

Arthur s’agenouilla pour ramasser du sable.

– Un jour, dit-il, j’avais trouvé dans le jardin une pièce de un dollar, je croyais être drôlement riche, j’ai couru vers elle, mon trésor serré dans la paume. Je le lui ai montré, j’étais si fière de ma découvert. Après m’avoir écouté lui dicter la liste de tout ce que j’allais acheter avec une telle fortune, elle aa refermé mes doigts sur la pièce, retourné délicatement ma main et m’a demandé de l’ouvrir.

– Et alors ?

– Le dollar est tombé par terre. Maman m’a dit « voilà, c’est ce qui arrive quand on meurt, même à l’homme le plus riche de la terre. L’argent et le pouvoir ne nous survivent pas. L’homme n’invente l’éternité de son existence que dans les sentiments qu’il partage ». Et c’était vrai ; elle est morte hier, il y a des années de cela, depuis si longtemps que j’ai cessé de compter les mois sans en perdre un seul jour. Elle apparaît parfois dans l’instant d’un regard qu’elle m’a appris à poser sur les choses, sur un paysage, un vieillard qui traverse la rue en portant son histoire ; Elle surgit dans un rayon de pluie, dans un reflet de lumière, au détour d’un mot dans une conversation, elle est immortelle.

Arthur laissa filer les grains de sable entre ses doigts. Il y a des chagrins d’amour que le temps n’efface pas et qui laissent aux sourires des cicatrices imparfaites.

Lauren s’approcha d’Arthur, elle prit son bras et l’aida à se relever, ils continuèrent à marcher sur la plage.

– Comment fait-on pour attendre quelqu’un aussi longtemps ?

– Pourquoi me reparlez-vous de ça ?

– Parce que cela m’intrigue.

– Nous avons vécu le début d’une histoire, elle était comme une promesse que la vie n’a pas tenue ; moi je tiens toujours mes promesses.

Lauren lâcha son bras. Arthur la regarda s’éloigner seule, vers la grève. Il attendit quelques instants pour la rejoindre, elle jouait à effleurer les vagues du bout du pied.

– J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ?

– Non, murmura Lauren, au contraire. Je crois qu’il est temps que je rentre, j’ai vraiment du travail.

– Et ça ne peut pas attendre demain ?

– Demain ou cet après-midi, qu’est-ce que cela change ?

– Une envie peut tout changer, vous ne croyez pas ?

Et de quoi avez-vous envie ?

– De continuer à marcher sur cette plage avec vous à accumuler les gaffes.

– Nous pourrions dîner ensemble ce soi ? suggéra Lauren.

Arthur plissa les yeux comme s’il hésitait. Elle lui donna une tape sur l’épaule.

– Je choisis l’endroit, dit-il en riant, juste pour vous prouver que tourisme et gastronomie ne font pas toujours mauvais ménage.

– Où allons-nous ?

– Au Cliff House, là-bas, dit-il en montrant au loin une falaise.

– J’habite cette ville depuis toujours et je n’y ai jamais mis les pieds !

– J’ai connu des Parisiens qui n’étaient jamais montés sur la Tour Eiffel.

– Vous êtes déjà allé en France ? demanda-t-elle les yeux émerveillés.

– A Paris, à Venise, à Tanger…

Et Arthur entraîna Lauren tout autour du monde, le temps de quelque pas que la mer montante effacerait derrière eux à la tombée du jour.
*
La salle aux boiseries sombres était presque vide. Lauren entra la première. Un maître d’hôtel en livrée vint l’accueillir. Elle demanda une table pour deux. Il lui suggéra d’attendre son hôte au bar. 2tonnée, Lauren se retourna, Arthur avait disparut. Elle revint sur ses pas et le chercha dans l’escalier, elle le trouva sur la plus haute marche, il l’attendait, un sourire aux lèvres.

– Qu’est-ce que vous faites là ?

– La salle du bas est sinistre, celle-ci est beaucoup plus gaie.

– Vous trouvez ?

– Tout l’endroit est sinistre, n’est-ce pas ?

Lauren hocha la tête partagée.

C’est exactement ce que je me disais, allons ailleurs.

– J’ai réservé auprès de maître d’hôtel ! dit-elle gênée.

– Alors ne lui dites surtout rien, cette table sera la nôtre, nous essayerons de nous en souvenir toujours, ce sera là l’endroit où nous n’aurons pas partagé notre premier dîner !

Arthur entraîna Lauren sur le parking de l’établissement. Il lui demanda si elle voulait bien appeler un taxi. Il n’avait pas de téléphone sur lui, Lauren prit le sien et appela la compagnie.

Un quart d’heure plus tard, ils se firent déposer sur la jetée du Pier 39, décidés à tester tous les lieux touristiques de la ville. S’ils n’étaient pas trop fatigués, ils iraient même prendre un verre dans Chinatown, Arthur connaissait un immense bar où des autocars d’étrangers se déversaient du début à la fin de la soirée.

Ils marchaient sur les planches quand Lauren crut reconnaître Paul au loin, il était accoudé à la balustrade, en pleine conversation avec une ravissante jeune femme aux jambes infinies.

– Ce n’est pas votre ami ? demanda-t-elle.

– Si, c’est bien lui, répondit Arthur en faisant demi-tour.

Lauren le rejoignit.

– Vous ne voulez pas que nous allions le saluer ?

– Non, je ne tiens pas à interrompre leur tête-à-tête, venez, allons plutôt par là.

– C’est vous qui redoutez qu’ils nous voient ensemble ?

– Quelle idée, pourquoi pensez-vous une chose pareille ?

– Parce que vous avez eu l’air d’avoir peur.

– Je vous assure que non. Il serait terriblement jaloux que ma première visite ait été pour vous ; suivez-moi, je vous emmène à Ghirardelli Square, l’ancienne chocolaterie est truffée de Japonais à cette heure de la soirée.

Le long de la promenade, la fête battait son plein. Chaque année, les pêcheurs de la ville y fêtaient l’ouverture de la saison de la pêche au crabe.

Le jour avait perdu ses derniers reflets lumière de feu et déjà la lune s’élevait dans le ciel étoilé de la baie. Sur des bûchers, de grands chaudrons d’eau de mer regorgeaient de crustacés que l’on distribuait aux passants. Lauren dégusta du plus bel appétit six gigantesques pinces qu’un marin bienveillant avait décortiquées pour elle. Arthur la regardait se régaler, émerveillé. Elle arrosa ce repas improvisé de trois gobelets pleins à ras bord d’un cabernet sauvignon de la Nappa Vallée. Après s’être léché les doigts, elle se pendit au bras d’Arthur, l’air coupable.

– Je crois que je viens de compromettre notre dîner, dit-elle, un carré de chocolat et je meurs !

– Je crois surtout que vous êtes un peu pompette !

– Ce n’est pas du tout impossible, la mer s’est levée ou est-ce que c’est moi qui tangue ?

– Les deux ! Venez, allons prendre l’air un peu plus loin.

Il l’entraîna à l’écart de la foule et la fit s’asseoir sur un banc éclairé par un vieux réverbère solitaire.

Lauren posa sa main sur le genou d’Arthur, elle emplit ses poumons de l’ai frai du soir.

– Vous n’êtes pas venu me voir ce matin juste pour me dire merci ?

– Je suis venu vous voir parce que, sans que je puisse vous l’expliquer, vous me manquiez.

– Il ne fait pas dire ce genre de choses.

– Pourquoi ? C’est mots font peur ?

– Mon père aussi disait de jolies phrases à ma mère quand il voulait la séduire.

– Mais vous n’êtes pas elle.

– Non, j’ai un métier, une carrière, un but à atteindre, et rien ne m’en écarte, c’est ma liberté.

– Je sais, c’est pour cela que…

– Que quoi ? dit-elle en l’interrompant.

– Rien, mais je pense que ce n’est pas seulement l’endroit où l’on va qui donne un sens à la vie, mais la façon dont on s’y rend.

– C’est ce que vous disait votre mère ?

– Non, c’est ce que je pense.

– Alors pourquoi avoir rompu avec cette femme qui vous manque tant ? Pour quelques incompatibilités ?

– Disons que nous sommes passés très près l’un de l’autre. Je n’étais que locataire de ce bonheur, elle n’a pas pu renouveler mon bail.

– Lequel des deux a rompu ?

– Elle m’a quitté et moi je l’ai laissée partir.

– Pourquoi ne pas vous être battu ?

– Parce que c’est un combat qui lui aurait fait du mal. C’était une question posée à l’intelligence du cœur. Privilégiez le bonheur de l’autre au détriment du sien, c’est une jolie raison, non ?

– Vous n’êtes toujours pas guéri.

– Je n’étais pas malade !

– Je ressemble à cette femme ?

– Vous avez quelques mois de plus qu’elle.

De l’autre côté de la rue, un magasinier fermait son échoppe à touristes. Il rentrait les tourniquets à cartes postales.

– Nous aurions dû en acheter une, dit Arthur, je vous aurais écrit quelques mots et vous l’aurais postée.

– Vous croyez vraiment que l’on peut aimer toute une vie la même personne ? demanda Lauren.

– Je n’ai jamais eu peur du quotidien, l’habitude n’est pas une fatalité. On peut réinventer chaque jour le luxe et le banal, la démesure et le commun. Je crois à la passion qui se développe, à la mémoire du sentiment. Je suis désolé, tout cela est de la faute de ma mère, elle m’a gavé d’idéaux amoureux. Cela place la barre très haute.

– Pour l’autre ?

– Non, pour soi-même, je fais vieux jeu, n’est-ce pas ?

– La vieillesse à ses charmes.

– J’ai pris soin de conserver une part d’enfance.

Lauren releva la tête et regarda Arthur dans les yeux. Imperceptiblement leurs deux visages se rapprochaient.

– J’ai envie de t’embrasser, dit Arthur.

– Pourquoi est-ce que tu me le demandes au lieu de le faire ? répondit Lauren.

– Je t’ai dis que j’étais terriblement vieux jeu.

Le rideau du magasin grinçait sur ses rails de fer. Une alarme retentit. Arthur se redressa, interdit, retenant la main de Lauren dans la sienne, il se leva d’un bond.

– Il faut que je parte !

Les traits d’Arthur avaient changé, Lauren devina sur son visage les marques d’une douleur soudaine.

– Qu’est-ce qui ne va pas ?

L’alarme du magasin sonnait de plus en plus fort, bourdonnant jusque dans leurs oreilles.

– Je ne peux pas t’expliquer mais il faut que je m’en aille.

– Je ne sais pas où tu vas, mais je t’accompagne ! dit-elle en se levant.

Arthur la prit dans ses bras, il ne la quitta pas des yeux, il était incapable de resserrer son étreinte autour d’elle.

– Ecoute-moi, chaque seconde compte. Tout ce que je t’ai dit est vrai. Si tu le peux, je voudrais que tu te souviennes de moi, moi je ne t’oublierai pas. Un autre instant de toi, même si court, cela valait vraiment la peine.

Arthur s’éloigna à reculons.

– Pourquoi dis-tu un autre instant ? demanda Lauren, paniquée.

– La mer est pleine de merveilleux crabes maintenant.

– Pourquoi dis-tu un autre instant, Arthur ? hurla Lauren.

– Chaque minute de toi fut comme un moment volé. Rien ne pourra me l’enlever. Fais bouger le monde, Lauren, ton monde.

Il s’éloigna encore de quelques pas et se mit à courir à toutes jambes. Lauren hurla son nom. Arthur se retourna.

– Pourquoi as-tu dit un autre instant de toi ?

– Je savais que tu existais ! Je t’aime et ça ne te regarde pas.

Et Arthur disparut dans l’ombre au coin de la ruelle.

Le rideau de fer acheva lentement sa course contre la butée du trottoir. Le magasinier tourna sa clé dans le petit boîtier accroché au mur, la sirène infernale se tut. A l’intérieur du magasin, la centrale de l’alarme continuait d’émettre un bip à intervalles réguliers.
*
Un moniteur diffusait un halo de lumière verte dans la pénombre de la chambre. L’électroencéphalographe émettait une série de bips stridents à intervalles réguliers. Betty entra dans la pièce, elle alluma la lumière et se précipita vers le lit. Elle consulta la bande de papier qui sortait de la petite imprimante et décrocha aussitôt le téléphone.

– J’ai besoin d’un chariot de réa à la 307, bipez-moi Fernstein, trouvez-le, où qu’il se trouve, et dites-lui de venir ici dans les plus brefs délais. Mettez-le bloc de neuro en alerte et faites monter un anesthésiste.
*
Une bruine s’étendait sur les bas quartiers de la ville. Lauren abandonna son banc, et traversa la rue où tout lui semblait en noir et blanc. Quand elle entra dans Green Street, la nuit se chargeait de nuages. La pluie fine céda la place à un orage d’été. Lauren leva la tête et regarda le ciel. Elle s’assit sur un petit muret d’enceinte et resta là un long moment, sous l’averse, à contempler la maison victorienne qui s’élevait dans les hauteurs de Pacific Heights.

Quand l’ondée cessa, elle pénétra dans le hall, gravit les marches de l’escalier et entra dans son appartement.

Ses cheveux étaient trempés, elle abandonna ses vêtements dans le salon, se frotta la tête avec un chiffon arraché au crochet de la cuisine et s’emmitoufla dans un plaid emprunté au dosseret d’un fauteuil.

Dans la cuisine, elle ouvrit un placard et déboucha une bouteille de bordeaux. Elle se servit un grand verre, avança jusqu’à l’alcôve et contempla les tourelles de Ghirardelli Square, en contrebas. Au loin, la corne de brume d’un grand cargo en partance pour la Chine résonna dans la baie. Lauren jeta un regard en coin au canapé qui lui tendait les bras. Elle l’ignora et avança d’un pas décidé vers la petite bibliothèque. Elle prit un livre, la laissa tomber à ses pieds, recommença avec un autre et, gagnée par une colère froide, elle poussa tous les manuels à terre.

Quand les étagères furent vidées de leur contenu, elle repoussa la bibliothèque, libérant la petite fenêtre qui se cachait derrière. Elle s’attaqua au canapé, et usant de ses forces le fit pivoter de quatre-vingt-dix degrés. Titubante, elle récupéra le verre qu’elle avait abandonné sur le rebord de l’alcôve et s’affala sur les coussins. Arthur avait raison ; de là, la vue sur les toits des maisons était splendide. Elle but son vin presque d’un trait.

Dans la rue encore humide, une vieille dame promenait son chien, elle releva la tête vers une petite maison où seul une fenêtre versait encore un rai de lumière dans la nuit grise. La main de Lauren, engourdie de sommeil, s’ouvrit lentement, et le verre vide roula au pied du canapé.
*
– Je l’emmène au bloc, cria Betty à l’interne de réanimation.

– Laisse-moi faire remonter la saturation d’abord.

– Nous n’avons pas le temps.

– Bordel Betty, c’est moi l’interne ici.

– Docteur Stern, j’étais infirmière quand vous étiez encore en barboteuse. Et si nous remontions sa saturation sanguine en même temps que les étages ?

Betty poussait le lit dans le couloir, le docteur Philipp Stern la suivait, entraîna dans leur sillage le chariot de réanimation.

– Qu’est-ce qu’il a ? demanda-t-il, tout était normal.

– Si tout était normal il serait chez lui et conscient ! Il était somnolent ce matin, et j’ai préféré le remettre sous monitoring encéphalique, ça c’est le métier d’infirmière, quand à savoir ce qu’il a, ça c’est votre boulot de médecin !

Les roues du lit tournaient à toutes vitesses, les portes de l’ascenseur allait se refermer, Betty hurla.

– Attendez-nous, c’est une urgence !

Un interne retint les battants métalliques, Betty s’engouffra dans la canine, le docteur Stern fit pivoter son chariot de réanimation pour se trouver une petite place.

– De quel type cette urgence ? interrogea le médecin, curieux.

Betty le regarda de haut et répondit « du type qui est allongé sur ce lit » et elle appuya sur le bouton du cinquième étage.

Pendant que la cabine s’élevait, elle voulut s’emparer du téléphone portable enfoui au fond de la poche de sa blouse , mais les portes s’ouvrirent sur le palier du service de neurologie. Elle poussa de toutes ses forces le lit vers les blocs opératoires si=tuées à l’autre bout du corridor. Granelli l’attendait à l’entrée de la salle de préparation. Il se pencha sur le patient.

– On se connait, non ?

Et comme Arthur ne répondait pas, Granelli regarda Betty.

– On le connaît, non ?

– Réduction d’un hématome sous-dural fulgurant lundi dernier.

– Ah, alors nous avons là un petit problème. Fernstein est prévenu ?

– Mais il est encore ici, celui-là ! dit le chirurgien en entrant à son tour, on ne va quand même pas l’opérer toutes les semaines.

– Opérez-le une bonne fois pour toutes ! râla Betty en quittant les lieux.

Elle courut dans le couloir, et descendit en toute hâte vers le standard des urgences.
*
La sonnerie du téléphone tira Lauren de son sommeil. Elle chercha le combiné à tâtons.

– Enfin ! dit la voix de Betty, c’est la troisième fois que j’appelle, où étais-tu ?

– Quelle heure est-il ?

– Je vais me faire tuer si Fernstein apprend que je t’ai prévenue.

Lauren se redressa sur le canapé, Betty expliqua qu’elle avait dû remonter au bloc le patient de la 307, celui qu’elle avait opéré récemment. Le cœur de Lauren se mit à battre à tout rompre.

– Mais pourquoi l’avez-vous laissé sortir aussi tôt ? demanda-t-elle en colère.

– De quoi parles-tu ? l’interrogea Betty.

– Vous n’auriez jamais dû l’autoriser à quitter l’hôpital ce matin, tu sais très bien de quoi je parle c’est toi qui lui a dit où j’habitais§

– Tu as bu ?

– Un tout petit peu, pourquoi ?

– Qu’est-ce que tu racontes ? Je n’ai jamais cessé de m’occuper de ton patient, il n’est même pas sorti de son lit aujourd’hui ! Et puis je ne lui ai rien dit du tout.

– Mais j’ai déjeuné avec lui !

Il y eut un moment de silence, Betty toussota.

– Je le savais, je n’aurais jamais dû te prévenir !

– Mais bien sûr que si, pourquoi, dis-tu ça ?

– Parce que telle que je te connais, tu vas débarquer dans la demi-heure et ivre morte, ça ne va rien arranger.

Lauren regarda la bouteille posée sur le comptoir de la cuisine. Il manquait le contenu d’un grand verre de vin, pas plus.

– Betty, le patient dont tu me parles, c’est bien… ?

– Oui ! Et si tu me dis que tu as déjeuné avec lui alors qu’il est sous monitoring depuis ce matin, je t’hospitalise dès que tu arrives, et pas dans sa chambre !

Betty raccrocha. Lauren regarda autour d’elle. Le canapé n’était plus à la même place, à voir les livres amoncelés au pied de la bibliothèque on aurait cru que son appartement avait été cambriolé. Elle refusa de se laisser aller à la sensation absurde qui l’envahissait. Il y avait une explication rationnelle à ce qu’elle était en train de vivre, il suffisait de la trouver, il y en avait toujours une ! En se levant, elle marcha sur le verre vide et se fit une profonde entaille au talon. Un sang rouge jaillit sur le tapis de coco.

– Il ne manquait plus que Cela.

Elle sautilla sur une jambe jusqu’à la salle de bains, mais il n’y avait pas d’eau au robinet. Elle mit son pied dans la baignoire, tendit le bras vers l’armoire à pharmacie et attrapa la bouteille d’alcool à 90° ; elle la vida sur la plaie. La douleur était saisissante, elle inspira à fond pour repousser le vertige et retira un à un les éclats enfichés dans sa chair. Soigner les autres était un chose, intervenir sur son propre corps, une autre. Dix minutes s’écoulèrent sans qu’elle arrive à stopper l’hémorragie. Elle regarda à nouveau le blessure, une simple compression ne suffirait pas à en refermer les bords, il faudrait suturer. Elle se releva, fit dégringoler tous les flacons d’une étagère, à la recherche d’une boîte de gazes stériles, en vain. Elle enroula sa cheville d’une serviette de toilette, fit un nœud qu’elle serra du mieux qu’elle le pouvait et repartit à cloche-pied vers la penderie.
*
– Il dort comme un ange ! dit Granelli.

Fernstein consulta les clichés de l’IRM ;

– J’ai craint que ce ne soit cette petite anomalie que je n’avais pas opérée, mais ce n’est pas le cas ; le cerveau a suinté, nous avons retiré les drains trop tôt. C’est une petite surpression intracrânienne, je repose une voie d’extraction et tout devrais rentrer dans l’ordre. Donnez-moi une heure d’anesthésie.

– Très volontiers, cher collègue, reprit Granelli, d’excellente humeur.

– J’espérais le faire sortir lundi, mais nous allons prolonger son séjour d’au moins une semaine et cela ne m’arrange pas du tout, râla Fernstein en pratiquant son incision.

– Et pourquoi cela ? demanda Granelli en vérifiant les constantes vitales sur ses moniteurs.

– J’ai mes raisons, dit le vieux professeur.
*
Enfiler un jean ne fut pas une simple affaire. Un pull passé à même la peau, un pied chaussé, l’autre nu, Lauren referma la porte de son appartement. L’escalier lui semblait soudain des plus inamical. Au second palier, la douleur se fit bien trop vive pour continuer debout. Elle s’assit sur les marches et se laissa glisser comme sur la pente d’une journée chaotique. Elle claudiqua jusqu’à sa voiture et actionna la télécommande du garage. Sous un ciel d’orage, la vieille Triumph filait vers le San Francisco Memorial Hospital. Chaque fois qu’il lui fallait changer de vitesse, la douleur l’élançait à en perdre conscience. Elle ouvrit à la recherche d’un peu d’air frais.
*
La Saab de Paul descendait California Street à vive allure. Depuis qu’ils avaient quitté le restaurant, il n’avait pas dit un mot. Onega posa sa main sur sa jambe et caressa doucement sa cuisse.

– Ne t’inquiètes pas, ce n’est peut-être pas si grave que cela.

Paul ne répondit pas, il bifurqua sur Market Street et remonta vers la 20e rue. Tous deux dînaient au sommet de la tour de la Bank of América quand le portable de Paul avait sonné. Une infirmière l’avait prévenu que l’état d’Arthur Ashby s’était aggravé, le patient n’était pas en mesure d’accepter l’intervention qu’il devait subir. Paul figurant sur sa fiche d’admission, il fallait qu’il vienne aussitôt que possible signer l’autorisation d’intervention chirurgicale. Il avait donné son accord par téléphone et, après avoir quitté précipitamment le restaurant, il filait dans la nuit en compagnie d’Onega.
*
La Triumph se rangea sous l’auvent du hall des urgences ; un officier de sécurité s’approcha de la portière pour indiquer à la conductrice qu’elle ne pouvait pas stationner à cet endroit. Lauren eut à peine le temps de répondre qu’elle était interne de l’hôpital et blessée. L’agent demanda de l’assistance dans son talkie-walkie, Lauren venait de s’évanouir.
*
Granelli se pencha sur son moniteur de contrôle, Fernstein remarqua aussitôt l’inquiétude qui figeait les traits de l’anesthésiste.

– Vous avez un problème ? Interrogea le chirurgien.

– Une légère arythmie ventriculaire, plus vite vous aurez fini et mieux ce sera, je souhaiterais le réveiller dès que possible.

– Je fais de mon mieux, cher collègue.

Derrière la vitre, Betty, qui avait réussi à se faire remplacer quelques minutes, ne perdait rien de ce qui se déroulait dans la salle d’opération. Elle regarda sa montre, Lauren ne tarderait pas à arriver.
*
Paul entra dans le hall des urgences, il se présenta à l’accueil. L’hôtesse le pria de bien vouloir patienter dans la salle d’attente. L’infirmière en chef était montée dans les étages, elle ne tarderait pas à revenir. Onega l’enlaça par la taille et l’entraîna vers une chaise. Elle le laissa quelques instants et inséra un pièce dans la fente du distributeur de boissons chaudes. Elle choisit un café court sans sucre et rejoignit Paul, le gobelet à la main.

– Tiens, dit-elle de sa belle voix éraillée, tu n’as pas eu le temps d’en prendre au restaurant.

– Je suis désolé pour cette soirée, dit Paul en relevant la tête, triste.

– Tu n’as pas à être désolé, et puis ce poisson n’était pas très bon.

– C’est vrai ? demanda Paul, l’air inquiet.

– Non. Mais ici ou ailleurs, nous passons quand même la nuit ensemble. Bois, ça va être froid.

– Il a fallu que cela arrive le seul jour où je n’ai pas pu venir le voir !

Onega passa sa main dans la chevelure ébouriffée de Paul, elle le caressa avec une infinie tendresse. Il la regardait avec l’air d’un enfant oublié au milieu d’un monde d’adultes.

– Je ne peux pas le perdre, je n’ai que lui.

Onega encaissa le coup sans rien dire, elle s’assit à ses côtés et le prit au creux de ses bras.

– Il y a un chant chez nous qui dit que tant que l’on pense à une personne, elle ne meurt jamais, alors pense à lui et pas à ton chagrin.
*
Le docteur Stern entra dans le box numéro2, il avança jusqu’au lit et prit la feuille d’admission de sa patiente.

– Votre visage m’est familier, dit-il.

– Je travaille ici, répondit Lauren.

– Oui, mais moi je viens d’arriver, j’étais encore résident à Boston vendredi dernier.

– Alors nous ne nous sommes jamais vus, je suis en congé forcé depuis huit jours et je n’ai jamais mis les pieds là-bas.

– A propos de pied, le vôtre est dans un sale état, comment vous êtes-vous fait cette blessure ?

– Bêtement !

– Mais encore ?

– En marchant sur un verre … à pied !

– Et le contenu de ce verre est dans votre estomac ?

– En quelque sorte.

– Vos analyses sont éloquentes, j’ai quand même réussi à trouver un peu de sang dans votre alcool.

– Il ne faut rien exagérer, dit Lauren en essayant de se redresser, je n’ai bu que quelques gorgées de bordeaux.

La tête lui tourna, elle sentit son cœur se soulever et l’interne eut juste le temps de lui présenter le bassinet. Il lui tendit un mouchoir en papier et sourit.

J’en doute chère collègue, d’après les résultats du labo que j’ai devant moi, je dirais que vous avez ingurgités la moitié des crabes de la baie et une bonne bouteille de cabernet sauvignon à vous toute seule. Très mauvaise idée de mélanger ces deux couleurs dans la même soirée. Rouge sur blanc tout fout le camp§

Qu’est-ce que vous venez de dire ? demanda Lauren.

Moi rien, votre estomac, en revanche…

Lauren s’allongea et prit sa tête entre ses mains, ne comprenant plus rien de ce qu’il lui arrivait.

Il faut que je sorte d’ici au plus vite. Je vais faire de mon mieux, reprit Stern, mais je dois d’abord vous recoudre et aussi faire un rappel antitétanique. Vous préférez une anesthésie locale ou…

Lauren l’interrompit pour le sommer de refermer cette plaie au plus vite. Le jeune résident s’empara d’un kit de suture et prit place sur le petit tabouret à côté d’elle. Il resserrait son troisième point quand Betty entra dans le box.

– Mais qu’est-ce qui t’est arrivé ? demanda l’infirmière en chef.

– Une cuite, je crois ! répondit Stern à sa place.

– Sale blessure, reprit Betty en regardant le pied que Stern opérait.

– Comment va-t-il ? demanda Lauren en ignorant l’interne.

– Je redescends à l’instant du bloc, ce n’est pas encore gagné mais je pense qu’il va s’en sortir.

– Que s’est-il passé ?

– Sudation encéphalique postopératoire, on a retiré les drains trop tôt.

– Betty, je peux te poser une question ?

– Ai-je vraiment le choix ?

Lauren saisit le poignet du docteur Stern et le pria de les laisser seules quelques instants. Le résident tenait à terminer d’abord son travail. Betty lui enleva l’aiguille des doigts, elle finirait de suturer elle-même. Il y avait dans le hall des urgences une foule de patients qui avaient plus besoin de ses compétences que Lauren.

Stern regarda Betty. Il abandonna son tabouret, après tout, elle n’avait qu’à se charger du pansement et du rappel de tétanos. Les infirmières en chef des services hospitaliers avaient une certaine autorité sur les jeunes résidents.

Betty s’assit près de Lauren.

– Je t’écoute, dit-elle.

– Je sais que ce que je vais te demander va te paraître bizarre, mais est-il possible que le patient de la chambre 307 ait échappé à ton attention au cours de la journée ? Je te jure que cela restera entre nous.

– Précise ta question ! répliqua Betty d’un ton presque indigné.

– Je ne sais pas, est-ce qu’il aurait pu mettre un polochon dans son lit pour faire croire à sa présence et disparaître quelques heures sans que tu t’en rendes compte, il a l’air très doué pour ça ?

Betty jeta un regard au bassinet posé près de la vasque et leva les yeux au ciel.

– J’ai honte pour toi, ma chérie !

Stern réapparut dans le box.

Vous êtes absolument certaine que nous ne nous sommes pas vus quelque part ? J’ai fais un stage ici il y a cinq ans…

– Dehors ! ordonna Betty.
*
Le professeur Fernstein consulta sa montre.

– Cinquante-quatre minutes ! Vous pouvez le réveiller, dit Fernstein en s’éloignant de la table.

Le professeur salua l’anesthésiste et quitta le bloc opératoire de mauvaise humeur.

– Qu’est-ce qu’il a ? demanda Granelli.

– Il est fatigué en ce moment, répondit Norma d’une voix triste.

L’infirmière se chargea du pansement, pendant que Granelli ramenait Arthur à la vie.

Les portes de la cabine d’ascenseur s’ouvrirent sur le palier des urgences. Fernstein traversa le couloir d’un pas pressé. Une voix dans un box attira son attention ; suspicieux, il passa la tête par le rideau et découvrit Lauren assise sur un lit en conversation avec Betty.

– Quelque chose vous a échappé ? L’accès à cet hôpital vous est interdit, bon sang ! Vous n’êtes pas encore réintégrée dans vos fonctions de médecin !

– Je me suis réintégrée toute seule en tant que patiente.

Fernstein la regarda, dubitatif. Lauren leva fièrement la jambe en l’air, et Betty confirma au professeur qu’on venait de lui faire sept points de suture au talon. Fernstein grommela.

– Vous êtes vraiment capable de faire n’importe quoi pour le plaisir de me contrarier.

Lauren eu envie de répliquer mais Betty, qui tournait le dos au professeur, lui fit de gros yeux pour qu’elle se taise ; Fernstein avait déjà disparu, ses pas résonnaient dans le couloir. Il traversa le hall et prévint la standardiste d’un ton autoritaire qu’il rentrait chez lui ; il ne fallait plus les déranger, même si le gouverneur de Californie se cassait la gueule pendant sa gymnastique.

– Qu’est-ce que je lui ai fait ? demanda Lauren, secouée.

– Tu lui manques ! Depuis qu’il t’a mise à l’écart, il en a après la terre entière. Tout le monde l’emmerde ici, à part toi.

– Eh bien je préférerais lui manquer un peu moins, tu as entendu comment il m’a parlé ?

Betty récupéra les bandages inutilisés et commença à les ranger dans les tiroirs de la desserte.

– Là, ma chérie, on ne peut pas dire que tu manques de vocabulaire non plus ! Ton pansement est terminé, tu peux aller gambader où bon te semble, hormis dans les étages de cet hôpital.

– Tu crois qu’ils l’ont redescendu dans sa chambre ?

– Qui ? interrogea Betty d’une voix hypocrite en refermant la porte de l’armoire à pharmacie.

– Betty !

– Je vais aller voir, si tu me jures que tu pars d’ici dès que j’ai eu ton renseignement.

Lauren promit d’un signe de la tête et Betty quitta la salle d’examens.
Fernstein traversa le parking. La douleur le saisit à nouveau, à quelques mètres de son véhicule. C’était la première fois qu’elle s’était manifesté au cours d’une opération. Il savait que Norma avait deviné sur ses traits la morsure qui le saisissait au bas du ventre. Les six minutes qu’il avait gagnées sur l’intervention ne furent pas salvatrices que pour son patient. De grosses gouttes perlaient à son front, sa vue se troublait un peu plus à chaque pas. Un goût de métal envahi son palais. Plié en deux, il porta la main à la bouche ; une quinte de toux et le sang coula entre ses doigts. Quelques mètres encore, Fernstein priait pour que le gardien ne le voie pas. Il s’adossa à la portière et chercha dans sa poche le petit boîtier qui en commandait l’ouverture. Réunissant le peu de forces qui lui restait, il s’assit derrière le volant et attendit que la crise passe. Le paysage disparut derrière un voile sombre.
*
Betty n’était pas là. Lauren se faufila dans le couloir et claudiqua vers le vestiaire. Elle ouvrit un casier et emprunta la première blouse qu’elle trouva avant de ressortir aussi discrètement qu’elle était entrée. Elle ouvrit une porte de service, traversa un long corridor où filait une multitude de tuyaux au-dessus de sa tête et réapparut au service de pédiatrie, dans une autre aile de l’immeuble. Elle emprunta les ascenseurs ouest du bâtiment jusqu’au troisième étage, reprit une coursive technique en sens inverse et se retrouva enfin dans le service de neurologie. Elle s’arrêta devant la porte de la chambre 307.
*
Paul se leva d’un bond, le visage pétri d’inquiétude. Mais le sourire de Betty qui venait vers lui était apaisant.

– Le pire est derrière nous, dit-elle.

L’intervention s’était bien déroulée, Arthur reposait déjà dans sa chambre, il n’était même pas resté en réanimation. L’incident de ce soir n’était qu’un petit trouble postopératoire sans conséquence. Il pourrait lui rendre visite dès le lendemain. Paul aurait voulu rester toute la nuit à ses côtés, mais Betty le rassura à nouveau, il n’y avait aucune raison de continuer à s’inquiéter. Elle avait son numéro et l’appellerait s’il arrivait quoi que ce soit.

– Mais vous me promettez qu’il ne peut plus rien se passer de grave ? demanda Paul d’une voix fébrile.

– Viens, dit Onega en le prenant par le bras, rentrons.

– Tout est sous contrôle, affirma Betty, allez vous reposer, vous avez une mine de papier mâché, une bonne nuit de sommeil vous fera le plus grand bien. Je veille sur lui.

Paul prit la main de l’infirmière et la secoua énergiquement, se confondant en mercis et en excuses.

Onega dut presque le tirer de force vers la sortie.

– Si j’avais su, j’aurais choisi le rôle de meilleur ami ! Tu es bien plus démonstratif dans ce domaine ! dit-elle en traversant le parking.

– Mais je n’ai jamais eu l’occasion de m’occuper de toi malade, répondit-il avec une mauvaise foi redoutable en lui ouvrant la portière.

Paul s’installa derrière le volant et regarda d’un air perplexe la voiture stationnée à côté de la sienne.

– Tu ne démarres pas ? demanda Onega.

– Regarde ce type à droite, il n’a pas l’air d’aller bien.

– Nous sommes sur le parking d’un hôpital, et tu n’es pas médecin ! Ton tonnelet de Saint-bernard est vide pour ce soir, rentrons. La Saab quitta son emplacement et disparue à l’angle de la rue.
*
Lauren poussa la porte et entra dans la pièce. La chambre silencieuse était plongée dans une semi-obscurité. Arthur entrouvrit les yeux, il sembla lui sourire et se rendormit aussitôt. Elle avança au pied du lit et le regarda attentive. Quelques mots de Santiago surgirent de sa mémoire ; en quittant la chambre de sa petite fille, l’homme aux cheveux blancs s’était retourné une dernière fois pour dire en espagnol : « Si la vie était comme un long sommeil, le sentiment en serait la rive ». Lauren avança dans la pénombre, elle se pencha à l’oreille d’Arthur et murmura :

– J’ai fait un drôle de songe aujourd’hui. Et depuis que je me suis réveillée, je rêve d’y retourner, sans savoir pourquoi ni comment faire. Je voudrais te revoir, là où tu dors.

Elle posa un baiser sur son front et la porte de la chambre se referma lentement sur ses pas.


16.


Le jour se levait sur la baie de San Francisco. Fernstein rejoignit Norma dans la cuisine, il s’assit au comptoir, prit la cafetière et remplit deux tasses.

– Tu es rentré tard hier ? dit Norma.

– J’avais du travail.

– Tu as pourtant quitté l’hôpital bien avant moi ?

– Je devais régler quelques affaires en ville.

Norma se tourna vers lui, les yeux rougis.

– Moi aussi j’ai peur, mais tu ne la vois jamais ma peur, tu ne penses qu’à la tienne, tu crois que je ne crève pas de trouille à l’idée de te survivre ?

Le vieux professeur abandonna son tabouret et prit Norma dans ses bras.

– Je suis désolé, je ne pensais pas que mourir serait si difficile.

– Tu as côtoyé la mort toute ta vie.

– Celle des autres, pas la mienne.

Norma serra le visage de son amant dans le creux des mains, ses lèvres se posèrent sur sa joue.

– Je te demande juste de te battre, une rallonge, dix-huit mois, un an, je ne suis pas prête.

– Pour ne rien te cacher, moi non plus.

– Alors accepte ce traitement.

Le vieux professeur s’approcha de la fenêtre. Le soleil apparaissait derrière les collines de Tiburon, il inspira profondément.

– Dès que Lauren sera titularisée, je donnerai ma démission. Nous irons à New York, j’ai un vieil ami là-bas qui veut bien me prendre dans son service. Tentons le coup.

– C’est vrai ? demanda Norma, en larmes.

– Je t’ai drôlement fait chier mais je ne t’ai jamais menti !

– Pourquoi pas tout de suite ? Partons dès demain.

– Je t’ai dit dès que Lauren sera titularisée. Je veux bien démissionner de mes fonctions, mais pas tout laisser en friche quand même ! Maintenant, tu me la fais cette tartine ?
*
Paul déposa Onega en bas de chez elle. Il se gara en double file, descendit et contourna la voiture en toute hâte. Il se colla à la portière, empêchant sa passagère de l’ouvrir. Onega le regarda, ne comprenant pas à quoi il jouait. Il tapa au carreau et lui fit signe de baisser la vitre.

– Je te laisse la voiture, je vais prendre un taxi pour aller à l’hôpital. Sur le trousseau de clés il y a celle de la maison. Garde-la, c’est la tienne, j’en ai une autre dans ma poche.

Onega le regarda, intriguée.

– Bon, j’avoue que c’est une façon idiote de te dire que j’aimerais bien que nous vivions plus souvent ensemble, ajouta Paul. Enfin, en ce qui me concerne tous les soirs, cela m’irait même très bien, mais maintenant que tu as ta clé, c’est toi qui décides, tu fais comme tu veux.

– Oui, tu as raison, c’est une façon idiote, répondit-elle d’une voix douce.

– Je sais j’ai perdu pas mal de neurones cette semaine.

– Tu ma plais quand même beaucoup, même aussi stupide.

– C’est une bonne nouvelle.

– File, tu vas rater son réveil.

Paul se pencha dans l’habitacle.

– Fais très attention, elle est fragile, enfin surtout l’embrayage.

Il embrassa Onega avec fougue et courut vers le carrefour. Un taxi l’emmenait déjà vers le San Francisco Memorial Hospital ; quand il dirait à Arthur ce qu’il venait de faire, ce dernier lui prêterait certainement sa vieille Ford.
*
Lauren se réveilla au rythme des marteaux-piqueurs qui frappaient dans sa tête. Son pied l’élançait et elle ne put s’empêcher de défaire le pansement pour vérifier la plaie.

– Et merde ! dit-elle, en constatant que la cicatrice suintait. Il ne manquait plus que ça !

Elle se leva à cloche-pied et se rendit vers la salle de bains ; elle ouvrit l’armoire à pharmacie, déboucha une bouteille d’antiseptique et arrosa son talon. La douleur fut si violente qu’elle lâcha le flacon d’alcool qui roula dans la baignoire. Lauren savait très bien qu’elle ne s’en sortirait pas comme ça. Il fallait nettoyer à nouveau cette plaie en profondeur et prescrire un traitement antibiotique. Une infection de cette nature pouvait avoir des conséquences redoutables. Elle s’habilla et appela la compagnie de taxis. Il n’était pas envisageable de conduire dans cet état.

Elle arriva dix minutes plus tard à l’hôpital, claudiquant au milieu du hall. Un patient qui attendait son tour depuis deux heures lui suggéra avec véhémence de faire la queue comme tout le monde. Elle lui montra son badge et franchit la porte vitrée qui ouvrait sur les salles d’examens.

– Qu’est-ce que tu fais là ? demanda Betty. Si Fernstein te voit…

– Occupe-toi de moi, j’ai un mal de chien.

– Pour que tu te plaignes ça doit être sérieux, installe-toi dans ce fauteuil roulant.

– N’exagérons rien, quel box est libre ?

– Le 3 ! Et dépêche-toi, je suis là depuis vingt-six heures, je ne sais même pas comment je tiens encore debout.

– Tu as pu te reposer un peu cette nuit ?

– Quelques minutes de répit à l’aube.

Betty la fit asseoir sur le lit et défit le pansement pour inspecter la plaie.

– Comment as-tu fait pour que ça s’infecte aussi vite ?

L’infirmière prépara un e seringue de Lidocaïne. Dés que l’anesthésique local eut délivré Lauren de la douleur, Betty écarta les bords de la cicatrice et commença un curetage en profondeur des tissus infectés. Elle prépara ensuite un nouveau kit de suture.

– Tu te recouds toi-même ou tu me fais confiance ?

– Fais-le, mais mets-moi un drain d’abord, je ne veux prendre aucun risque.

– Tu vas avoir une belle cicatrice, je suis désolée.

– Une de plus, une de moins !

Pendant que l’infirmière opérait, Lauren triturait le drap du lit entre ses doigts. Quand Betty lui tourna le dos, elle en profita pour lui poser une question qui lui brûlait les lèvres.

– Comment va-t-il ?

– Il s’est réveillé en pleine forme. Ce type a faillit mourir dans la nuit et la seule chose qui l’intéresse, c’est de savoir quand il va sortir d’ici. Je te jure, nous avons de sacré numéro dans ce service !

– Ne serre pas trop le pansement.

– Je fais ce que je peux et toi, je te défends de monter dans les étages !

– Même si je me perds dans les couloirs ?

– Lauren ne fait pas l’andouille ! Tu joues avec le feu. Tu es à quelques mois de la fin de ton internat, ne va pas tout mettre en péril maintenant !

– Jai beaucoup pensé à lui cette nuit, d’une façon assez étrange d’ailleurs.

– Eh bien penses-y encore cette semaine et tu le verras dimanche prochain. A priori on le libérera samedi. Contrairement à ton fantôme de l’Opéra, celui-là a une identité, une adresse et un téléphone, si tu veux le revoir, appelle-le quand il sortira !

– C’est tout à fait mon genre ! reprit Lauren d’une voix timide.

Betty lui souleva le menton et la regarda, attendrie.

– Mais dis-moi toi, tu n’es pas en train de ma faire un petit épanchement sentimental ? Je ne t’ai jamais entendue parler aussi doucement !

Lauren repoussa la main de Betty.

– Je ne sais pas bien ce qui m’arrive, j’ai juste envie de le voir et de vérifier moi-même qu’il va bien. C’est mon patient quand même !

– Moi j’ai une petite idée de ce qui t’arrive, tu veux que je te l’explique ?

– Arrête de te moquer de moi, ce n’est pas aussi simple !

Betty éclata de rire.

– Je ne me moque pas, je trouve ça déroutant ; bon, je te laisse, je file me coucher. Ne fais pas de bêtises.

Elle prit une attelle et la posa sous le pied de Lauren.

– Voilà qui t’aidera à marcher. Passe à la pharmacie centrale chercher des antibiotiques. Il y a une paire de béquilles dans le placard.

Betty disparut derrière le rideau, elle revint aussitôt.

– Et au cas où tu ne saurais plus te repérer dans cet hôpital, la pharmacie centrale est au premier sous-sol, ne te trompe pas avec le service de neurologie, ce sont les mêmes ascenseurs !

Lauren l’entendit s’éloigner dans le couloir.
*
Paul était devant le lit d’Arthur. Il ouvrit un sachet plein de croissants et de pains au chocolat.

– C’est moche de retourner au bloc opératoire en mon absence. J’espère qu’ils ont pu se débrouiller sans moi ! Comment te sens-tu ce matin ?

– Très bien, a part que j’en ai assez d’être ici. Toi, tu n’as pas bonne mine.

– Tu m’as fait passer une sale nuit.
*
Lauren prit le bloc d’ordonnances sur le comptoir et se prescrivit un antibiotique puissant. Elle signa la feuille et la tendit au préposé.

– Vous n’y allez pas de main morte, vous soignez une septicémie ?

– Mon cheval a une grosse fièvre !

– Avec ça, il devrait être remis sur ses sabots dans la journée !

L’employé se retira derrière ses rayonnages, il revint quelques instants plus tard, un flacon à la main.

– Allez-y doucement quand même, j’aime les animaux ; avec ça vous pourriez le tuer.

Lauren ne répondit pas, elle récupéra les médicaments et retourna vers les ascenseurs. Elle hésita avant d’appuyer sur le troisième étage. Au rez-de chaussée, un technicien entra dans la cabine, poussant un appareil d’électroencéphalographie. L’écran était entouré d’une bande de plastique jaune.

– Quel étage ? demanda Lauren.

– Neurologie !

– Il est en panne ?

– C’est machine sont de plus en plus capricieuses. Celle-ci a déroulé toute sa bobine de papier hier avec un tracé incompréhensible. Ce n’était plus de hyperactivité cérébrale mais le courant d’une centrale électrique qu’elle enregistrait. Les types de la maintenance ont passé trois heures dessus et ils disent qu’elle n’a rien ! Probablement des interférences.
*
– Qu’est-ce que tu faisais hier soir ? demanda Arthur.

– Je te trouve bien curieux, je dînais en compagnie d’une jeune femme.

Arthur regarda son ami d’un air inquisiteur.

– Onega, avoua Paul.

– Vous vous revoyez ?

– En quelque sorte.

– Tu as une drôle de voix.

– J’ai peur d’avoir fait une connerie.

– De quel genre ?

– Je lui ai donné les clés de chez moi.

Le visage d’Arthur s’éclaira, il aurait presque voulu taquiner Paul, mais son ami se leva et se posta devant la fenêtre, l’air soucieux ?

– Tu le regrette déjà ?

– J’ai peur de l’avoir effrayée, je suis peut-être allé un peu vite.

– Tu es tombé amoureux ?

– Ce n’est pas impossible.

– Alors fie-toi à ton instinct, si tu as fait ce pas c’est que tu en avais envie, et c’est ce qu’elle ressentira. Il n’y a pas de honte à partager ses sentiments, crois-moi.

– Alors tu penses que je n’ai pas eu tort ? demanda Paul, le visage plein d’espoir.

– Je ne t’ai jamais vu dans cet état, tu n’as aucune raison d’être inquiet !

– Elle ne m’a pas téléphoné.

– Depuis combien de temps ?

Paul regarda sa montre.

– Deux heures.

– Tout ce temps-là ? Tu es gravement atteint ! Laisse-lui le temps de profiter de ton geste, et puis aussi de libérer sa ligne de téléphone, elle doit appeler toutes ces copines pour leur dire qu’elle a réussi à faire craquer le célibataire le plus coriace de San Francisco.

– Oui, ben, fais le mariole, j’aimerais t’y voir ; je ne sais pas du tout ce qui m’arrive, j’ai chaud, j’ai froid, j’ai les mains moites, j’ai mal au ventre et je manque de salive.

– Tu es amoureux !

– Je savais bien que je n’était pas fait pour ça, ça me rend malade.

– Tu verras, les effets secondaires sont magnifiques.

Une interne passait devant la vitre de la chambre, Paul écarquilla les yeux.

– Je vous dérange ? demanda Lauren en entrant dans la pièce.

– Non, dit Paul.

Il s’apprêtait justement à aller chercher un café au distributeur. Il en proposa un à Arthur, Lauren répondit à sa place que ce n’était pas recommandé. Paul s’éclipsa.

– Vous êtes blessée ? s’inquiéta Arthur.

– Un accident stupide, confia Lauren en décrochant la feuille de soins au pied du lit.

Arthur regarda l’attelle.

– Qu’est-ce qui vous est arrivé ?

– Une indigestion à la fête du crabe !

– Et on peut se casser le pied comme ça ?

– Ce n’est qu’une méchante coupure.

– Ils vous ont pincée ?

– Vous n’avez aucune idée de ce que je vous raconte, n’est-ce pas ?

– Pas vraiment, mais si vous voulez bien m’en dire un peu plus…

– Et vous, comment s’est déroulée votre nuit ?

– Assez agitée.

– Vous avez quitté votre lit ? demanda Lauren, pleine d’espoir.

– Je m’y suis plutôt enfoncé ; mon cerveau a surchauffé à ce qu’il paraît, ils ont dû me remonter au bloc en urgence.

Lauren le regarda attentivement.

– Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Arthur. Vous avez l’air étrange.

– Non, rien, c’est idiot.

– Il y a un problème avec mes résultats ?

– Non, rassurez-vous, ça n’a rien à voir, dit-elle d’une voix douce.

– Alors de quoi s’agit-il ?

Elle s’appuya à la rambarde du lit.

– Vous n’avez aucun souvenir de …

– De quoi ? l’interrompit Arthur, fébrile.

– Non, c’est vraiment ridicule, ça n’a aucun sens.

– Dites-le-moi quand même ! insista Arthur.

Lauren se dirigea vers la fenêtre.

– Je ne bois jamais d’alcool, et là, je crois que j’ai pris la plus grande cuite de ma vie !

Arthur restait silencieux, elle se retourna, et les mots sortirent de sa gorge sans même qu’elle puisse les retenir.

– Ce que je voudrais vous dire n’est pas facile à entendre…

Une femme entra dans la pièce, portant une immense gerbe de fleurs qui masquait son visage. Elle posa le bouquet sur la table roulante et avança jusqu’au lit.

– Mon dieu que j’ai eu peur ! dit Carol-Ann en prenant Arthur dans ses bras.

Lauren regarda l’anneau serti de diamants que la femme portait à l’annulaire de la main gauche.

– C’était absurde, murmura Lauren, je voulais juste prendre de vos nouvelles, je vous laisse avec votre fiancée.

Carol-Ann serrait Arthur encore plus fort, elle caressa ses joues.

– Tu sais que dans certains pays, on appartient pour toujours à celui qui vous a sauvé la vie !
– Carol-Ann, tu m’étouffes.

La jeune femme, un peu confuse, desserra son étreinte, elle se redressa et ajusta sa jupe. Arthur chercha le regard de Lauren mais elle n’était déjà plus là.
*
Paul remontait le couloir, au loin il vit Lauren qui avançait vers lui. En la croisant, il lui fit un sourire complice qu’elle ne lui rendit pas. Il haussa les épaules, poursuivit son chemin vers la chambre d’Arthur et n’en crut pas ses yeux quand il découvrit Carol-Ann assise sur la chaise près de la fenêtre.

– Bonjour, Paul, dit Carol-Ann.

– Mon dieu ! cria Paul en lâchant son café.

Il se baissa pour ramasser son gobelet.

– Une catastrophe n’arrive jamais seule, dit-il en se redressant.

– Je dois prendre cela comme un compliment ? demanda Carol-Ann d’un ton pincé.

– Si j’étais bien élevé je te dirais oui, mais tu me connais, j’ai une nature grossière !

Carol-Ann se leva de sa chaise, offusquée, et fixa Arthur du regard.

– Et toi, tu ne dis rien ?

– Carol-Ann, je me demande vraiment si tu ne me porte pas la poisse !

Carol-Ann reprit le bouquet de fleurs et quitta la chambre en claquant la porte.

– Ey maintenant, que comptes-tu faire ? reprit Paul.

– Sortir d’ici au plus vite !

Paul tournait en rond dans la pièce.

– Qu’est-ce que tu as ?

– Je m’en veux, dit Paul.

– De quoi ?

– D’avoir été si long à comprendre…

Et Paul recommença à faire les cent pas dans la chambre d’Arthur.

– Tu reconnaîtras, à ma décharge, que je n’avais jamais pu vous voir véritablement ensemble, enfin je veux dire, conscients tous les deux au même moment. C’est quand même quelque chose qui a l’air d’être assez compliqué entre vous.

Mai en les regardant tous deux au travers de la vitre, Paul avait compris : sans peut-être même le savoir eux-mêmes, Lauren et Arthur composaient une partition unique, une évidence.

– Alors je ne sais pas ce que tu dois faire, mais ne passe pas à côté d’elle.

– Et que veux-tu que je lui dise ? Que nous nous sommes aimés au point de faire ensemble tous les projets du monde, mais qu’elle ne s’en souvient plus !

– Dis-lui plutôt que pour la protéger tu es parti construire un musée de l’autre côté de l’océan en ne pensant qu’à elle, dis-lui que tu es revenu de ce voyage toujours atteint de la même folie d’elle.

Arthur avait la gorge nouée, et il ne pouvait répondre aux mots de son ami. Alors la voix de Paul s’éleva un peu plus encore dans la chambre d’hôpital.

– Tu as tellement rêvé cette femme que tu m’as convaincu d’entrer dans ton rêve. Tu m’as dit un jour : « Pendant qu’on calcule, qu’on analyse les pour et les contre, la vie passe, et il ne se passe rien », alors réfléchit vite. C’est grâce à toi que j’ai donné mes clés à Onega. Elle ne m’a toujours pas téléphoné, et pourtant je ne me suis jamais senti aussi léger de ma vie. A charge de revanche, mon vieux. Ne renonce pas à Lauren avant même d’avoir eu le temps de l’aimer dans la vraie vie.

– Je suis dans une impasse, Paul. Je ne pourrais jamais vivre à ses côtés dans le mensonge, et je ne peux pas lui raconter tout ce qui c’est vraiment passé… et la liste est longue ! Etrangement, on en veut souvent à la personne qui vous dit une vérité difficile à entendre, impossible à croire.

Paul s’approcha du lit.

– C’est de dire la vérité sur sa mère qui te fais peur , mon vieux. Souviens-toi de ce que nous disait Lili : il vaut mieux se battre pour réaliser un rêve qu’un projet.

Paul se leva et avança à la porte, il mit un genou à terre, et un sourire malicieux aux lèvres déclama :

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