Marc Levy a publié huit romans








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Au cours de ma carrière, j’ai résolu la plupart des énigmes en cherchant la solution sur les lieux du crime. Voici une photo et l’adresse de la maison où je vous ai retrouvée. Je compte sur votre discrétion. Ce dossier s’est égaré par mégarde…

Bonne chance.
George Pilguez

Inspecteur de police à la retraite
Ps : Vous n’avez pas changé.
Lauren referma l’enveloppe, consulta sa montre et se rendit aussitôt dans sa penderie. Pendant qu’elle préparait son sac de voyage, elle appela sa mère.

– Ce n’est pas une très bonne idée, tu sais. La dernière fois que tu es partie en week-end à Carmel…

– Maman, je te demande juste de garder Kali encore un peu de temps.

– Tu m’as fait promettre de ne pas avoir peur de toi, mais tu ne peux pas m’interdire d’avoir peur pour toi. Sois prudente et appelle-moi de là-bas pour me dire que tu es bien arrivée.

Lauren raccrocha. Elle retourna dans la penderie et se hissa pour attraper d’autres sacs de voyage. Elle commença à les remplir, empilant vêtements… Et une quantité d’autres affaires.
*
Arthur avait enfilé un pantalon et une chemise. Il fit ses premiers pas dans la rue au bras de Rose. Derrière eux, Pablo tirait sur sa laisse, freinait des quatre pattes.

– Nous verrons la fin du film quand tu auras fait ce que tu as à faire ! dit Miss Morrisson à son chien.
*
La porte de l’appartement s’ouvrit. Robert entra dans le salon. Il arriva dans le dos de Lauren et la prit dans ses bras.

Lauren sursauta.

– Je ne voulais pas te faire peur !

– C’est raté.

Robert regarda les bagages entassés au milieu de la pièce.

– Tu pars en voyage ?

– En week-end seulement.

– Et tu as besoin de tous ces sacs ?

– Uniquement du petit rouge qui est dans l’entrée, tous les autres sont les tiens.

Elle s’approcha de lui et posa ses mains sur ses épaules.

– Tu me disais que les choses avaient changé depuis mon accident, mais c’est faux. Même avant nous n’étions pas si heureux. Moi j’ai mon métier qui m’empêchait de m’en rendre compte. Ce qui me fascine c’est que toi tu ne t’en sois pas aperçu.

– Parce que je t’aime ?

– Non, c’est notre couple que tu aimes, nous nous protégeons l’un l’autre de la solitude.

– Ce n’est déjà pas si mal.

– Si tu étais sincère, tu serais plus lucide. Je voudrais que tu t’en ailles, Robert. J’ai regroupé tes affaires pour que tu les emportes chez toi.

Robert la regarda, l’air désemparé.

– Alors ça y est, tu as décidé que c’était fini ?

– Non, je crois que nous avons décidé ça ensemble, je suis la première à le formuler, c’est tout.

– Tu ne veux pas nous laisser une seconde chance ?

– Ce serait une troisième. Cela fait très longtemps que nous nous contentons d’être ensemble, mais c’est un confort qui ne suffit pas, aujourd’hui j’ai besoin d’aimer.

– Je peux rester cette nuit ici ?

– Tu vois, l’homme de ma vie n’aurait jamais posé cette question.

Lauren prit son sac. Elle embrassa Robert sur la joue et sortit de l’appartement sans se retourner.

Le moteur de la vieille anglaise Répondit au quart de tour. La porte du garage se souleva et la Triumph s’élança sur Green Street. Elle tourna au coin de la rue. Sur le trottoir, un jack Russell trottinait vers le petit parc ; un homme et une vieille dame passait derrière un platane.

Il était presque seize heures quand elle emprunta la route N°1, celle qui borde le Pacifique. Au lointain, les falaises semblaient se découper dans la brume, comme une dentelle d’ombre bordée de feu.

Elle arriva à la tombée du jour dans une ville presque déserte. Elle se gara sur le parking le long de la plage et s’installa, seule, sur la jetée. De gros nuages masquaient l’horizon. Au loin, le ciel virait du mauve au noir.

En début de soirée, elle descendit au Carmel Valley Inn. La réceptionniste lui remit les clés d’un bungalow qui domine la baie de Carmel. Lauren défaisait son sac quand les premiers éclairs déchirèrent le ciel. Elle courut dehors pour mettre la Triumph à l’abri d’un auvent et rentra sous une pluie diluvienne. Enfouie dans un peignoir épais, elle commanda un plateau et s’installa devant la télévision. ABC diffusait son film préféré, An affair to remember 2. Elle se laissa bercer par les gouttes qui frappaient aux carreaux. Au baiser que Cary Grant posait enfin sur les lèvres de Déborah Kerr, elle prit son oreiller et le serra contre elle.

La pluie cessa au petit matin. Les arbres s’égouttaient dans le grand par cet Lauren ne trouvait toujours pas le sommeil. Elle s’habilla, passa une gabardine sur ses épaules et quitta sa chambre.

La voiture parcourait les dernières minutes de cette longue nuit, les phares éclairaient les bandes orange et blanche qui alternaient entre chaque virage taillé au creux des falaises. Au loin, elle devina les bordures de la propriété et s’engagea dans un chemin de terre battue. Au détour d’une courbe, elle se gara dans un renfoncement, cachant sa voiture derrière un rang de cyprès. Le portique vert en fer forgé se dressait devant elle. Elle repoussa la grille, fermée par la cordelette d’un panneau indiquant les coordonnées d’une agence immobilière de la baie de Monterey. Lauren se faufila entre les deux ventaux.

Elle contempla le paysage qui l’entourait. De larges bandes de terre ocre, plantées de quelques pins parasols ou argentés, de séquoias, de grenadiers et de caroubiers, semblaient couler jusqu’à l’océan. Elle emprunta le petit escalier de pierre qui bordait le chemin. A mi-course elle devina les restes d’une roseraie sur sa droite. Le parc était à l’abandon mais une multitude de parfums mêlés provoquaient à chaque pas une farandole de souvenirs. Les grands arbres se courbaient aux vents légers de l’aube.

Face à elle, elle vit la maison aux volets clos. Elle avança vers le perron, grimpa les marches et s’arrêta sous la véranda. L’océan semblait vouloir briser les rochers, les vagues charriaient des amas d’algues entrelacés d’épines. Le vent soufflait dans ses cheveux, elle les repoussa en arrière.

Elle contourna la maison, cherchant le moyen d’y entrer. Sa main effleurait la façade, ses doigts s’arrêtèrent sur une cale, au bas d’un volet. Elle la retira et le panneau de bois s’ouvrit en grinçant sur ses gonds.

Lauren appuya sa tête contre la vitre. Elle essaya de soulever la fenêtre en guillotine ; elle insista, déboîtant légèrement le châssis qui accepta de coulisser sur ses cordeaux. Plus rien ne l’empêchait de se glisser à l’intérieur.

Elle referma le volet et la fenêtre derrière elle. Puis elle traversa le petit bureau, jeta un coup d’œil furtif au lit et sortit.

Elle avançait à pas lents dans le couloir, derrière les murs, chaque pièce contenait un secret. Et Lauren se demandait si cette sensation intime émanait d’un récit entendu dans une chambre d’hôpital ou de plus loin encore.

Elle entra dans la cuisine, son cœur battait plus fort ; elle regarda autour d’elle, les yeux humides. Sur la table, une vieille cafetière italienne lui semblait familière. Elle hésita, prit l’objet et le caressa avant de la reposer.

La porte suivante ouvrait sur le salon. Un long piano dormait dans l’obscurité du lieu. Elle s’approcha d’un pas timide, s’assit sur le tabouret ; ses doigts posés sur le clavier délièrent les premières notes fragiles d’un « Clair de lune » de Werther. Elle s’agenouilla sur le tapis et fit flotter sa main sur les écheveaux de laine.

Elle revisitait chaque endroit, grimpant jusqu’à l’étage, courant de chambre en chambre ; et petit à petit les souvenirs de la maison se muait en instant présent.

Un peu plus tard, elle descendit l’escalier et retourna dans le bureau. Elle regarda le lit, s’approcha pas à pas du placard et avança sa main. À peine l’effleura-t-elle que la poignée se mit à tourner. Sous ses yeux brillaient les deux serrures d’une petite valise noire.

Lauren s’assit en tailleur, elle fit glisser les deux loquets et le rabat s’ouvrit.

La valise débordait d’objets de toutes tailles, elle contenait des lettres, quelques photos, un avion en pâte de sel, un collier de coquillages, une cuillère en argent, des chaussons de bébé et une paire de lunette de soleil d’enfant. Une enveloppe en feuille de rives portait son prénom. Elle la prit dans ses mains, huma le papier, la décacheta et se mit à la lire.

Au fil des mots qu’elle découvrait d’une main tremblante, les fragments de souvenirs recomposaient enfin l’histoire…

Elle avança jusqu’au lit et posa sa tête sur l’oreiller, pour relire encore et encore la dernière page, qui disait :

Ainsi se referme l’histoire, sur tes sourires et le temps d’une absence. J’entends encore tes doigts sur le piano de mon enfance. Je t’ai cherchée partout, même ailleurs. Je t’ai trouvée, où que je sois, je m’endors dans tes regards. Ta chair était ma chair. De nos moitiés, nous avions inventé des promesses ; ensemble nous étions nos demain. Je sais désormais que les rêves les plus fous s’écrivent à l’encre du cœur. J’ai vécu là où les souvenirs se forment à deux, à l’abri des regards, dans le secret d’une seule confidence où tu règnes encore.

Tu m’as donné ce que je ne soupçonnais pas, un temps où chaque seconde de toi comptera dans ma vie bien plus que toute autre seconde. J’étais de tous les villages, tu as inventé un monde. Te souviendras-tu un jour ? Je t’ai aimée comme je n’imaginais pas que cela serait possible. Tu es entrée dans ma vie comme on entre en été.

Je ne ressens ni colère ni regrets. Les moments que tu m’as donnés portent un nom, l’émerveillement. Ils le portent encore, ils sont faits de ton éternité. Même sans toi, je ne serais plus jamais seul, puisque tu existes quelque part.
Arthur

Lauren ferma les yeux, elle serra le papier contre elle. Bien plus tard, le sommeil qui avait manqué à la nuit arriva enfin.
*
Il était midi, une lumière dorée filtrait par les persiennes. Les pneus d’une voiture crissèrent sur le gravier, juste devant le porche. Lauren sursauta. Elle chercha aussitôt un endroit sûr pour se cacher.
*
– Je vais chercher la clé et je reviens t’ouvrir, dit Arthur en ouvrant la portière de la Saab.

– Tu ne veux pas que j’y ailles, moi ? proposa Paul.

– Non, tu ne sauras pas ouvrir le volet, il y a une astuce.

Paul descendit de la voiture, il ouvrit le coffre et s’empara de la trousse à outils.

– Qu’est-ce que tu fais ? demanda Arthur en s’éloignant.

– Je vais aller démonter le panneau « à vendre » il gâche la vue.

– Une minute et je t’ouvre, reprit Arthur en s’éloignant vers le volet clos.

– Prends tout ton temps, mon vieux ! répondit Paul, une clé anglaise à la main.
*
Arthur referma la fenêtre et alla récupérer la longue clé dans la valise noire. Il ouvrit la porte du placard et sursauta. Un petit hibou blanc tenu à bout de bras le fixait dans le noir, le regard à l’abri d’une paire de lunette d’enfants, qu’Arthur reconnut aussitôt.

– Je crois qu’il est guéri, il n’aura plus jamais peur du jour, dit une voix timide cachée dans l’obscurité.

– Je veux bien le croire, ces lunettes, c’est moi qui les portais ; on y voit des merveilles en couleurs.

– Il paraît ! répondit Lauren.

– Je ne veux surtout pas être indiscret, mais qu’est-ce que vous faires là, tous les deux ?

Elle avança d’un pas et elle sortit de l’ombre.

– Ce que je vais vous dire n’est pas facile à entendre, impossible à admettre, mais si vous voulez bien écouter notre histoire, si tu veux bien me faire confiance, alors peut-être que tu finiras par me croire, et c’est très important, car maintenant je le sais, tu es la seule personne au monde avec qui je puisse partager ce secret.
Et Arthur entra enfin dans le placard…

Epilogue

Paul et Onega emménagèrent à Noël dans un appartement qui bordait la marina.
Mme Kline gagna le tournoi de bridge de la ville, l’été suivant celui de l’Etat de Californie. Elle s’est mise au poker et, à l’heure où s’écrivent ces lignes, elle dispute la demi-finale des championnats nationaux à Las Vegas.
Le professeur Fernstein est mort dans la chambre d’un hôtel à Paris. Norma l’a conduit en Normandie pour qu’il repose non loin de son oncle, tombé en terre de France un jour de juin 1944.
George Pilguez et Nathalia se sont mariés dans une petite chapelle de Venise. Chez Da Ivo, une merveilleuse petite trottaria, ils ont dîné sans le savoir en face du docteur Lorenzo Granelli. Ils poursuivent un long voyage en Europe. Le commissariat du 7e district aurait reçu récemment une carte postée d’Istanbul.

Miss Morrisson a réussi l’impossible pari de marier Pablo à une femelle jack Russell qui s’est révélé être, après naissance de leurs chiots, un fox terrier. Pablo élève deux de ses six enfants.
Betty est toujours infirmière en chef des urgences du San Francisco Memorial Hospital.
Quant à Arthur et Lauren, ils ont demandé à ce qu’on ne les dérange pas…

Pendant quelque temps…


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1 Serveur informatique

2 Titre original de Elle et lui
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