Marc Levy a publié huit romans








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Je me souviens d’un jour au jardin des roses. Je jouais assis parterre, j’avais six ans, peut-être sept. C’était l’aube de notre dernière année. Tu es sortie de la cuisine pour t’installer sur la véranda. Je ne t’avais pas vue. Antoine était descendu vers la mer alors je profitais je profitais de son absence pour jouer à l’interdit. Je taillais les rosiers avec son sécateur bien trop grand pour ma main. Tu as abandonné la balancelle et tu as descendu les marches du perron pour me protéger d’une blessure à venir

. Quand j’ai entendu tes pas j’ai cru que tu allais crier, parce que j’avais trahi la confiance que tu me donnais bien volontiers, m’enlever l’outil comme on ôte une médaille à celui qui n’en est plus digne. Mais rien de cela, tu t’es assise près de moi et tu m’as regardé. Puis tu as pris ma main dans la tienne pour la guider le long de la tige. De ta voix adoucie de sourires tu m’as dit qu’il faudrait toujours couper au dessus des yeux, au risque de blesser la rose ; et un homme ne doit jamais blesser une rose, n’est-ce pas ? Mais qui pense à ce qui blesse les hommes ?

Nos regards se sont croisés. Tu as passé ton doigt sous mon menton et tu m’as demandé si je me sentais seul. J’ai balancé ma tête pour dire non, avec toute la force qu’il fallait pour mieux chasser un mensonge. Tu ne pouvais pas toujours me rejoindre dans l’écart de nos âges que je peuplais à ma manière. Maman, crois-tu à une fatalité qui nous pousse à reproduire les mêmes comportements que nos parents ?

Je me souviens de tes mots dans la dernière lettre que tu m’as laissée. Moi aussi j’ai renoncé, maman.

Je n’imaginais pas pouvoir aimer comme je l’ai aimée. J’ai cru à elle comme on croit à un rêve. Quand il s’est évanoui, j’ai disparu avec lui. Je pensais agir par courage, par abnégation, mais j’aurais pu refuser d’entendre tous ceux qui m’ordonnaient de ne pas la revoir. Sortir du coma est comme une renaissance. Lauren avait besoin de sa famille auprès d’elle. Et sa seule famille c’était sa mère et un petit ami avec lequel elle a renoué. Qui suis-je pour elle d’autre qu’un inconnu ? En tous cas, pas celui qui lui fera découvrir que tous ceux qui l’entourent ont accepté qu’on la laisse mourir ! Je n’avais pas le droit de briser les équilibres incertains dont elle avait tant besoin.

Sa mère me suppliait de ne pas lui dire qu’elle aussi avait renoncé. Le neurochirurgien me jurait que cela provoquerait un choc dont elle pouvait ne pas se remettre. Son petit ami, qui est revenu dans sa vie, a été la dernière barrière qui se dressait entre elle et moi.

Je sais ce que tu penses. La vérité est ailleurs, la peur est plurielle. Il m’a fallut du temps pour m’avouer que j’ai eu peur de ne pas savoir l’entraîner au bout de mes rêves, peur de ne pas être à leur hauteur, peur de ne pas pouvoir les réaliser, peur de ne pas être finalement l’homme qu’elle attendait, peur de m’avouer qu’elle m’avait oublié.

J’ai pensé mille fois la retrouver, mais là aussi j’ai eu peur qu’elle ne me croie pas, peur de ne pas savoir réinventer le rire à deux, peur qu’elle ne soit plus celle que j’avais aimée, et surtout, peur de la perdre à nouveau, ça, je n’en aurais pas eu la force. Je suis parti vivre à l’étranger pour m’éloigner d’elle. Mais il n’y a pas de distance assez lointaine quand on aime. Il suffisait qu’une femme dans la rue lui ressemble pour que je la voie marcher, que ma main griffonne son nom sur une feuille de papier pour la faire apparaître, que je ferme les yeux pour voir les siens, que je m’enferme dans le silence pour entendre sa voix. Et pendant ce temps, j’ai raté le plus beau projet de ma carrière. J’ai construit un centre culturel dont la façade est tout en carrelage, on dirait un hôpital !

En partant là-bas, c’est aussi ma lâcheté que je fuyais, j’ai renoncé, maman, et si tu savais comme je m’en veux. Je vis dans la contradiction de cet espoir où la vie nous remettrait en présence l’un de l’autre, sans savoir si j’oserais lui parler. Maintenant, il faut que j’avance, je sais que tu comprendras ce que je suis en train de faire avec ta maison et que tu ne m’en voudras pas. Mais ne t’inquiètes pas, maman, je n’ai pas oublié que la solitude est un jardin où rien ne pousse. Même si aujourd’hui je vis sans elle, je ne suis plus jamais seul, puisqu’elle existe quelque part.
Arthur caressa le marbre blanc et s’assis sur la pierre encore empreinte de la tiédeur du jour. Le long du mur qui borde la tombe de Lili, pousse une vigne. Elle donne chaque été quelques grappes d’un raisin que picorent les oiseaux de Carmel.

Arthur entendit crisser des pas sur le gravier, il se retourna pour voir Paul qui s’asseyait devant une stèle à quelques mètres de lui. Son ami se mettait, lui aussi, à parler sur le ton de la confidence.

– Ca ne va pas très fort, hein, madame Tarmachov ! Votre sépulture est dans un état, c’est une honte ! Ca fait si longtemps, mais je n’y suis pour rien, vous savez. A cause d’une femme dont il voyait le fantôme, l’abruti là-bas avait décidé d’abandonner son meilleur ami. Bon, enfin voilà, il n’est jamais trop tard, et j’ai apporté tout ce qu’il fallait.

D’un sac d’épicerie, Paul sorti une brosse, du savon liquide, une bouteille d’eau et commença à frotter énergiquement la pierre.

– Je peux savoir ce que tu es en train de faire ? demanda Arthur. Tu la connais, cette Mme Tarmachov ?

– Elle est morte en 1906 !

– Paul, tu ne veux pas arrêter tes idioties deux secondes ? C’est un lieu de recueillement ici quand même !

– Eh bien je me recueille, en nettoyant !

– Sur la tombe d’une inconnue ?

– Mais ce n’est pas une inconnue, mon vieux, dit Paul en se relevant. Avec le nombre de fois où tu m’as forcé à t’accompagné au cimetière pour rendre visite à ta mère, tu ne vas quand même pas me faire une scène de jalousie parce que je sympathise un peu avec sa voisine !

Paul rinça la pierre qui avait retrouvé de sa blancheur et contempla son travail, satisfait de lui. Arthur le regarda, consterné, et se leva à son tour.

– Donne-moi les clés de la voiture !

– Au revoir, madame Tarmachov, dit Paul, ne vous inquiétez pas, parti comme il est, on se reverra au moins deux fois d’ici à noël. De toute façon, là, vous êtes propre jusqu’à l’automne.

Arthur prit son ami par le bras.

– J’avais des choses importantes à lui dire.

Paul l’entraîna sur le chemin qui menait à la grande porte en fer forgé du cimetière.

– Allez, viens maintenant, j’ai acheté une côte de bœuf dont tu vas me dire des nouvelles.

Dans l’allée où Lili reposait face à l’océan, l’ombre d’un vieux jardinier ratissait le gravier. Arthur et Paul marchèrent jusqu’à la voiture garée en contrebas. Paul regarda sa montre, Le soleil ne tarderait pas à décliner derrière la ligne d’horizon.

– Tu conduis ou je conduis ? demanda Paul.

– La vieille Ford de maman ? Tu rigoles, tout à l’heure, c’était une exception !

La voiture s’éloignait sur la route qui descend le long de la colline.

– Je m’en moque de la conduire, ta vieille Ford.

– Alors pourquoi tu me le demandes à chaque fois ?

– Tu m’emmerdes !

– Tu veux la faire dans la cheminée ta côte de bœuf ce soir ?

– Non, je pensais plutôt la cuire dans la bibliothèque !

– Et si après la plage, nous allions plutôt déguster des langoustes sur le port ? proposa Arthur.

L’horizon s’étoffait déjà d’une soie rose pâle, tressée en longs rubans qui semblaient joindre le ciel à l’océan.
*
Lauren avait couru à perdre haleine. Elle reprenait son souffle, le temps de manger un sandwich, assise sur un banc face au petit port de plaisance. Les mâts des voiliers se balançaient sous la brise légère. Robert apparut dans l’allée, mains dans les poches.

– Je savais que je te trouverais là.

– Tu es extralucide ou tu me fais suivre ?

– Pas besoin d’être un devin, dit Robert en s’asseyant sur le banc. Je te connais, tu sais, quand tu n’es pas à l’hôpital ou dans ton lit, tu es en train de courir.

– J’évacue !

– Moi aussi tu m’évacues ? Tu n’as pas répondu à mes appels.

– Robert, je n’ai aucune envie de reprendre cette conversation. Mon internat se termine à la rentrée et j’ai encore beaucoup de travail à accomplir si je veux avoir une chance d’être titularisée.

– Tu n’as d’ambition que pour ton métier. Depuis ton accident les choses ont changés.

Lauren lança le reste de son sandwich dans une corbeille à papier, elle se leva pour renouer les lacets de ses chaussures de sport.

– J’ai besoin de me défouler, tu ne m’en veux pas si je continue à courir ?

– Viens, dit Robert en retenant sa main.

– Où ?

– Pour une fois, si tu te laissais faire, ce serait bien, non ?

Il abandonna le banc pour l’entraîner sous un bras protecteur vers le parking. Quelques instants plus tard, la voiture s’éloignait vers Pacific Heights.
*
Les deux compères avaient pris place au bout de la jetée. Les vagues avaient des reflets d’huile, le ciel était maintenant couleur de feu.

– Je me mêle de ce qui ne me regarde pas mais au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, le soleil se couche exactement de l’autre côté, dit Arthur à Paul qui était tourné en direction de la plage.

– Tu ferais bien de te mêler justement ! Ton soleil a toutes les chances d’être là demain matin, alors que les deux filles là-bas, c’est beaucoup moins sûr.

Arthur étudia les deux jeunes femmes assises sur le sable, elles riaient. Un coup de vent souleva la chevelure de l’une, l’autre chassait le sable qui entrait dans ses yeux.

– C’est une bonne idée ces langoustes, s’exclama Paul en tapotant sur le genou d’Arthur. De toute façon je mange trop de viande, un peu de poisson me fera le plus grand bien.

Les premières étoiles s’élevaient dans le ciel de la baie de Monterey. Sur la plage, quelques couples profitaient encore de l’instant calme.

– Ce sont des crustacés, reprit Arthur en abandonnant la jetée.

– Quelles frimeuses ces langoustes ! Ce n’est pas du tout ce qu’elles m’avaient dis ! Bon, la fille de gauche c’est tout à fait ton genre, elle ressemble un peu à lady Casper, moi j’aborde celle de droite, ajouta Paul en s’éloignant
*
– Tu as ta clé ? demanda Robert en fouillant ses poches, j’ai laissé la mienne au bureau.

Elle entra la première dans l’appartement. Elle avait envie de se rafraîchir et abandonna Robert au salon. Assis sur le canapé, il entendit aussitôt couler l’eau dans la douche. Robert poussa doucement la porte de la chambre. Il jeta un à un ses vêtements sur le lit et avança à pas de loup jusqu’à la salle de bains. Le miroir était recouvert de buée. Il repoussa le rideau et entra dans la cabine.

– Tu veux que je te frotte le dos ?

Lauren ne répondit pas, elle se plaqua à la paroi carrelée. La sensation sur son ventre était douce. Robert posa ses mains sur sa nuque et massa ses épaules avant de l’enlacer beaucoup plus tendrement. Elle baissa la tête et s’abandonna à ses caresses.
*
Le maître d’hôtel les avait installés devant la baie vitrée. Onega riait du récit de Paul. L’adolescence partagée avec Arthur au pensionnat, les années de facultés, les premières heures du cabinet d’architecture qu’ils avaient fondé ensemble… L’histoire lui permettrait de divertir ses hôtes jusqu’à la fin du repas. Arthur, silencieux, avait le regard perdu vers l’océan. Lorsque le chef de rang présenta les gigantesques langoustes, Paul lui administra un coup de pied sous la table.

– Vous avez l’air ailleurs, chuchota Mathilde, sa voisine, pour ne pas interrompre Paul.

– Vous pouvez parler plus fort, il ne nous entendra pas ! Je suis désolé, c’est vrai, j’étais un peu absent, mais je viens de faire un long voyage et je connais cette histoire par cœur, j’y étais !

– Et votre ami la raconte chaque fois que vous invitez des femmes à diner ? s’amusa Mathilde.

– A quelques variantes près et en enjolivant souvent mon rôle, oui, répondit Arthur.

Mathilde le détailla longuement.

– Quelqu’un vous manque n’est ce pas ? C’est écrit en gros caractères dans vos yeux, dit-elle.

– Ce sont juste ces lieux un peu hantés qui font ressurgir quelques souvenirs.

– Il m’aura fallu six longues semaines pour me remettre de ma dernière séparation. On dit que guérir d’une histoire prend la moitié du temps qu’elle a duré. Et puis on se réveille un matin, le poids du passé a disparu, comme par enchantement. Vous n’imaginez pas à quel point on se sent alors léger. En ce qui me concerne je suis libre comme l’air.

Arthur retourna la main de Mathilde comme pour en lire les lignes de la paume.

– Vous avez beaucoup de chance, dit-il.

– Et vous, depuis combien de temps dure cette convalescence ?

– Quelques années !

– Vous étiez restés si longtemps ensemble ? demanda la jeune femme d’une voix attendrie.

– Quatre mois !

Mathilde Berkane baissa les yeux et coupa sauvagement sa langouste.
*
Robert était allongé sur le lit, il s’étira pour prendre son jean.

– Qu’est-ce que tu cherches ?interrogea Lauren en se séchant les cheveux avec une serviette.

– Mon paquet !

– Tu n’as pas l’intention de fumer ici ?

– Chewing-gum ! dit Robert en montrant fièrement la petite boîte extraite de la poche de son pantalon.

– Tu veux bien les mettre dans du papier avant de les jeter, c’est vraiment dégoûtant pour les autres.

Elle enfila un pantalon et une chemise bleue au sigle de San Francisco Memorial Hospital.

– C’est drôle quand même, reprit Robert, les mains derrière la tête. Tu ne vois que des trucs horribles dans ton hôpital et mes chewing-gums te dégoûtent.

Lauren enfila sa blouse et ajusta le col devant le miroir. A l’idée de retrouver son travail et l’atmosphère des urgences, sa bonne humeur revenait. Elle attrapa ses clés sur la desserte et quitta la chambre ; elle s’arrêta au milieu du salon et revint sur ses pas. Elle regarda Robert, allongé nu sur son lit.

– Ne fais pas tête d’épagneul, dans le fond, tu as juste besoin d’une femme à ton bras pour ton avant-première ce soir. Tu es vraiment centré sur toi… et moi je suis de garde !

Elle referma la porte de l’appartement et descendit vers le parking. Quelques minutes plus tard, elle repartait dans la nuit tiède au volant de sa Triumph. Les réverbères s’allumaient un à un sur Green Street, comme s’ils voulaient saluer son passage. L’idée la fit sourire.


3.


La vieille Ford grimpait la côte sous une lune rousse qui illuminait toute la baie de Monterey. Paul n’avait dit mot depuis qu’ils avaient raccompagné les deux jeunes femmes à leur petit hôtel. Arthur éteignit la radio et se rangea sur l’aire de stationnement qui bordait la falaise. Il coupa le moteur et appuya son menton sur ses mains, accrochées au volant en bakélite. L’ombre de la maison se détaillait en contrebas. Il baissa la vitre, laissant entrer dans l’habitacle le parfum de la menthe sauvage qui tapissait les collines.

– Pourquoi fais-tu cette tête ? demanda Arthur.

– Tu me prends pour un imbécile ?

Paul frappa le tableau de bord.

– Et cette voiture, tu comptes aussi t’en débarrasser ? Tu vas te délester de tous tes souvenirs ?

– De quoi tu parles ?

– Je viens de comprendre ton manège, « passons d’abord par le cimetière, et puis la plage et allons plutôt manger des langoustes… ». Tu croyais que de nuit je ne verrais pas le panneau à vendre sur la clôture ? Depuis quand as-tu pris cette décision ?

– Depuis quelques semaines, mais je n’ai pas encore eu d’offres sérieuses.

– Je t’ai dit de tourner la page sur une femme, pas de brûler la bibliothèque de ton passé. Si tu te sépares de la demeure de Lili, tu le regretteras. Un jour tu reviendras marcher le long de cette clôture, tu sonneras au portail, des inconnus te feront visiter ta propre maison, et quand ils te raccompagneront à la porte de ce qui a été ton enfance, tu te sentiras seul, très seul.

Arthur mit la Ford en route, le moteur ronronna aussitôt. Le portail vert de la propriété était ouvert, et le break s’arrêta bientôt sous les canisses qui remplaçaient la toiture du parking.

– Tu es plus têtu qu’un âne ! ronchonna Paul en sortant de la voiture.

– Tu en as fréquenté beaucoup ?

Le ciel était sans nuages. A la clarté de la lune Arthur devinait le paysage qui l’entourait. Ils empruntèrent le petit escalier de pierre qui bordait le chemin. A mi-course Arthur devina les restes de la roseraie sur sa droite. Le parc était à l’abandon mais une multitude de parfums mêlés réveillait à chaque pas une farandole de souvenirs olfactifs. La maison endormie était telle qu’il l’avait laissée, au dernier matin partagé ici avec Lauren. La façade aux volets clos avait encore vieilli, mais sur le toit les tuiles étaient intactes. Paul avança jusqu’au perron, grimpa les marches et appela Arthur depuis la véranda.

– Tu as les clés ?

– Elles sont à l’agence. Attends-moi là, j’ai un double à l’intérieur.

– Tu comptes passer à travers les murs pour aller les récupérer ?

Arthur ne répondit pas. Il se dirigea vers la fenêtre d’angle et retira sans hésitation une petite cale coincée sous le volet qui pivota sur ses gonds. Puis il souleva le châssis à baïonnette de la fenêtre en le déboîtant légèrement et le fit coulisser sur ses cordeaux. Plus rien ne l’empêchait de se glisser à l’intérieur de la maison.

Le petit bureau était plongé dans l’obscurité, Arthur n’avait aucun besoin de lumière pour s’y diriger. Sa mémoire d’enfant était intacte et il en connaissait chaque recoin. Evitant de se retourner de peur de voir le lit, il s’approcha du placard, ouvrit la porte et s’agenouilla. Il lui suffisait de tendre le bras pour sentir sous sa main le cuir de la petite valise noire qui renfermait toujours les secrets de Lili. Il fit riper les deux loquets et repoussa lentement le rabat. L’essence de deux parfums que Lili mélangeait dans un grand carafon de cristal jaune au cabochon en argent dépoli s’en échappait encore. Mais ce n’était plus le seul souvenir de sa mère qui venait de submerger son cœur.

Arthur prit la longue clé qui se trouvait là où il l’avait laissée, le jour où il avait refermé cette demeure pour la dernière fois. C’était juste après le départ d’un inspecteur de police qui avait ramené Lauren vers la chambre d’hôpital d’où Arthur et Paul l’avaient enlevée pour la sauver d’une mort programmée.

Arthur sortit du petit bureau. Une fois dans le couloir, il alluma la lumière. Le parquet craquait sous ses pas, il introduisit la clé dans la serrure et la fit tourner à l’envers. Paul entra dans la maison.

– Tu te rends compte ? Magnum et Mac Gyver dans la même maison !

Dès qu’ils furent dans la cuisine, Arthur ouvrit le robinet de la bouteille de gaz, sous l’évier, et alla s’asseoir à la grande table en bois. Penché sur la gazinière, Paul surveillait la cafetière italienne qui frémissait sur le brûleur. L’arôme suave se dispersait déjà dans la pièce. Paul attrapa deux bols sur l’étagère en bois brun et vint s’asseoir en face de son ami.

– Garde ces murs et sors cette femme de ton crâne, elle y a fait suffisamment de dégâts comme ça.

– On ne va pas recommencer cette conversation ?

– Ce n’est pas moi qui fais une tête d’enterrement quand on dîne avec deux créatures de rêve, reprit Paul en servant le liquide brûlant.

– Tes rêves, pas les miens !

Paul s’insurgea.

– Il est temps de remettre un peu d’ordre dans ta vie. Tu as un nouvel appartement, un métier qui te passionne, un associé génial et les filles que je drague me regardent en croisant les doigts pour que ce soit toi qui les rappelles.

– Tu parles de celle qui te dévorait des yeux ?

– Je ne parle pas d’Onega mais de l’autre ! Il est temps que tu t’amuses !

– Mais je m’amuse, Paul, peut-être pas comme toi, mais je m’amuse. Lauren n’est plus dans ma vie, mais elle fait partie de moi. Et puis je te l’ai déjà dit, je ne m’interdis pas de vivre. C’était nôtre première soirée depuis mon retour et nous n’avons pas dîné seuls à ce que je sache.

Paul faisait tourner sans fin sa petite cuillère dans sa tasse.

– Tu ne prends pas de sucre dans ton café… Souffla Arthur en posant sa main sur celle de son ami.

Au milieu de la nuit claire, dans l’intimité de la cuisine d’une vieille maison au bord de l’océan, deux complices se regardaient en silence.

– dès que je repense à cette histoire absurde que nous avons vécue, j’ai envie de te mettre des gifles pour te réveiller une bonne fois pour toutes, dit Paul. Et si tu avais la folie d’essayer de la revoir, qu’est-ce que tu lui dirais ? Quand tu m’as raconté ce que tu vivais, je t’ai fait passer un scanner… et je suis ton meilleur ami ! Elle, elle est médecin, si tu lui avais dit la vérité, tu crois qu’elle t’aurait passé la camisole avec ou sans la cagoule d’Hannibal Lecter ? Tu as fait ce que tu devais faire, et je t’admire pour ça. Tu as eu le courage de la protéger jusqu’au bout.

– Je crois qu’il vaut mieux que j’aille me coucher, je suis fatigué, dit Arthur en se levant.

Il s’éloignait déjà dans le couloir quand Paul le rappela, Arthur repassa la tête par la porte.

– Je suis ton ami, Tu le sais ? dit Paul

– Oui !

Arthur sorti par la porte arrière et contourna la maison. Il effleura l’armature rouillée de la balancelle et regarda tout autour de lui. Les lattes du plancher de la véranda étaient disjointes, celles de la façade écaillées par les brûlures d’été et les embruns salés d’hiver et le jardin en friche avait triste mine.

Arthur frissonna au vent qui venait de se lever. Il prit dans son veston l’enveloppe d’une lettre qu’il avait commencée à Paris, sur un banc, place de Fürstenberg, il en écrivit la dernière page et la rangea dans sa poche.
*
Les brumes du Pacifique étiraient leur voile de nuit jusqu’à la ville. Au comptoir désert du Parisian Coffee qui faisait face à l’entrée des Urgences, Lauren lisait le menu du jour.

– Qu’est-ce que vous pouvez encore bien faire à cette heure de la nuit, seule à mon bar ? demanda le patron en lui servant un soda.

– Une pause par exemple ?

– La soirée a été chargée à en croire le ballet des ambulances ! reprit-il en essuyant ses verres ? C’est bien de sauver la terre entière, mais vous avez déjà pensé à avoir une vie ?

Lauren se pencha vers lui comme pour lui faire une confidence.

– Rassurez-moi, je suis l’objet de toutes les conversations ou est-ce que Fernstein est venu dîner ici ce soir ?

– Il est assis là-bas, avoua le restaurateur en désignant le fond de la salle.

Lauren abandonna son tabouret et alla rejoindre le professeur dans le box qu’il occupait.

– Si vous continuez à faire cette tête, je retourne dîner seule au comptoir, dit Lauren en posant son verre sur la table.

– Asseyez-vous au lieu de dire des bêtises.

– Vos remontrances devant mon patient hier n’étaient pas indispensables. Par moments vous me traitez comme si j’étais votre petite fille.

– Vous êtes plus que ça, vous êtes ma créature ! Après votre accident j’ai tout recousu…

– Merci de m’avoir enlevé les boulons de chaque côté du crâne, professeur.

– J’ai mieux réussi mon coup que Frankenstein, sauf pour le caractère peut-être. Partageriez-vous une assiette de crêpes avec un vieux toubib et beaucoup de sirop d’érable ?

– Dans cet ordre, oui.

– Combien avons-nous traité de patients cette nuit ? demanda Fernstein en poussant son assiette vers elle.

– Une petite centaine, répondit-elle en se servant une portion généreuse de pancakes. Et vous, qu’est-ce que vous faites encore ici, vous n’avez quand même pas besoin de cumuler les gardes pour arrondir vos fins de mois ?

– Joli score pour un samedi, consentit Fernstein, la bouche pleine.

Derrière la vitrine d’un bistrot sans âges, un vieux professeur de médecine et son élève dînaient, complices, goûtant tout deux l’instant de répit que leur offrait la fin de la nuit.

Sur le trottoir d’en face, le service des urgences ignorerait leur absence pour quelques heures encore. La lumière d’un lampadaire qui vacillait dans la rue déserte s’éteignit. Le petit matin au ciel pâle venait de se lever.
*
Arthur s’était assoupi sur la balancelle. Le jour naissant enveloppait les lieux de douceur. Il ouvrit les yeux et regarda la maison qui semblait dormir, paisible. En contrebas l’océan léchait le sable, achevant son ouvrage de la nuit. La plage avait retrouvé son habit lisse, immaculé. Il se releva et inspira profondément l’odeur du matin frais. Il se précipita vers le perron, traversa le couloir pour gravir à toute hâte l’escalier. A l’étage, Arthur tambourina à la porte et entra essoufflé dans la chambre de Paul.

– Tu dors ?

Paul sursauta et se redressa d’un bond dans son lit. Il chercha tout autour de lui et aperçut Arthur dans l’entrebâillement de la porte.

– Tu vas aller te recoucher, maintenant ! Tu vas oublier que j’existe jusqu’à ce que la petite aiguille de ce réveil atteigne un chiffre décent, disons onze heures. Alors, et seulement alors, tu me reposeras ta question stupide.

Paul se retourna et sa tête disparut sous le gros oreiller. Arthur quitta la chambre, il fit demi-tour au milieu du couloir et revint sur ses pas.

– Tu veux que j’aille chercher une baguette pour le petit déjeuner ?

– Dehors ! hurla Paul.
*
Lauren actionna la télécommande de la porte de son garage et coupa le contact aussitôt la voiture garée. Kali détestait la Triumph et aboyait aux premières pétarades du moteur. Passant par le corridor intérieur, elle gravit quatre à quatre les marches de l’escalier principal et entra dans son appartement.

Les chiffres de la pendulette posée sur la cheminée marquaient la demie de six heures du matin. Kali abandonna le canapé pour venir fêter sa maîtresse, Lauren la prit dans ses bras. Après ce câlin, la chienne s’en alla reprendre le cours de sa nuit sur le tapis coco au milieu du salon et Lauren se rendit derrière le comptoir pour infuser une tisane. Un petit mot de sa mère, fixé à la porte du réfrigérateur par une grenouille aimantée, l’informait que Kali avait dîné et fait sa promenade. Elle enfila une chemise de pyjama bien trop grande pour elle et alla se blottir sous sa couette. Elle s’endormit aussitôt.


4.


Paul descendit l’escalier, son bagage à la main. Il prit celui d’Arthur dans le couloir et l’informa qu’il l’attendait dehors. Il alla s’installer dans la ford à la place du passager, regarda autour de lui et se mit à siffloter. Il enjamba discrètement le levier de vitesses et se faufila derrière le volant.

Arthur referma la porte d’entrée depuis l’intérieur. Il entra dans le bureau de Lili, ouvrit le placard et regarda la valise en cuir noir qui reposait sur l’étagère. Il effleura du doigt les fermetures en cuivre et déposa l’enveloppe cachée dans sa poche avant de remettre la clé en place.

Il sortit par la fenêtre. En remettant la cale qui coinçait la persienne, il entendit sa mère qui pestait chaque fois qu’ils partaient tous deux faire des courses en ville, parce qu’Antoine n’avait toujours pas réparé ce fichu volet. Et il revit Lili dans le jardin, haussant les épaules et disant qu’après tout les maisons avait le droit d’avoir des rides. Ce petit bout de bois contre la pierre témoignait d’un temps qui ne serait jamais tout à fait résolu.

– Pousse-toi ! dit-il à Paul en ouvrant la portière.

Il entra dans la voiture et fronça le nez.

– Il y a une odeur bizarre, non ?

Arthur démarra. Un peu plus haut dans le chemin, la vitre de Paul se baissa. Sa main apparut, tenant du bout des doigts un sac en plastique au sigle d’une boucherie qu’il abandonna dans une poubelle à la sortie du domaine. Ils étaient partis bien avant l’heure du déjeuner et éviteraient ainsi les embouteillages des retours de week-end. En début d’après-midi, ils seraient à San Francisco.
*
Lauren étira ses bras vers le plafond. Elle abandonna son lit et sa chambre à regret. Comme à l’accoutumée, elle commença par préparer le repas de sa chienne dans la lourde gamelle en terre cuite et composa ensuite son propre plateau. Elle alla s’asseoir dans l’alcôve du salon où le soleil du matin entrait par la fenêtre. De là, elle pouvait admirer le Golden Gate, tendu comme un trait d’union entre les deux rives de la baie, les petites maisons accrochées sur les collines de Sausalito et même Tiburon et son petit port de pêche. Seules les cornes de brume des grands cargos en partance, mêlées aux cris des mouettes, venaient rythmer la langueur de ce dimanche matin.

Après avoir dévoré une bonne partie de son copieux petit déjeuner, elle déposa le plateau dans l’évier et se rendit dans la salle de bains. Le puissant jet d’eau de la douche, qui n’effacerait jamais les cicatrices sur sa peau, acheva de la réveiller.

– Kali, arrête de tourner en rond comme ça, je vais t’emmener te promener.

Lauren enroula une serviette autour de sa taille, laissant libres ses seins nus. Elle renonça à tout maquillage, ouvrit le placard, enfila un jean et un polo, enleva le polo, passa une chemise, enleva le chemise et remit le polo. Elle regarda sa montre, sa mère ne la rejoindrait à la marina que dans une heure et Kali c’était rendormie sur le canapé écru. Alors Lauren s’assit à côté de sa chienne, attrapa un épais manuel de neurochirurgie au milieu des dossiers éparpillés sur la table basse et plongea dans sa lecture en mâchonnant son crayon.
*
La Ford se rangea devant le 27 Cervantes Boulevard. Paul prit son sac sur la banquette arrière et descendit de la voiture.

– Tu veux aller au cinéma ce soir ? dit-il en se penchant à la portière d’Arthur.

– Impossible, j’ai promis ma soirée à quelqu’un.

– Quelqu’un ou quelqu’une ? s’exclama Paul, radieux.

– Plateau télé en tête à tête !

– Mais en voilà une bonne nouvelle, et avec qui sans être indiscret ?

– Tu l’es !

– Quoi ?

– Indiscret !

La voiture s’éloignait dans Fillmore Street. A l’intersection d’Union Street, Arthur marqua l’arrêt pour laisser passer un camion qui avait atteint le stop avant lui. Un cabriolet Triumph caché derrière la remorque en profita pour se faufiler sans marquer l’arrêt, La voiture verte descendait vers la marina. Un chien ceinturé sur la place du passager aboyait à tue-tête. Le camion traversa le carrefour et la Ford grimpa vers la colline de Pacific Heights.

*
Les mouvements saccadés de sa queue témoignaient que Kali était heureuse. Elle reniflait le gazon avec beaucoup de sérieux, cherchant quel animal avait bien pu fouler l’herbe avant elle. De temps à autre, elle relevait la tête et courait rejoindre sa famille. Après avoir tracé quelques lacets entre les jambes de Lauren et de Mme Kline, elle s’en allait ouvrir la route et inspecter un autre lopin de terre ; lorsqu’elle témoignait d’un peu trop d’affection à des couples de promeneurs, ou à leurs enfants, la mère de Lauren la rappelait à l’ordre.

– Tu as vu comme ses hanches lui font mal, dit Lauren en regardant Kali s’éloigner.

– Elle vieillit ! Nous aussi d’ailleurs, si tu ne t’en rends pas compte.

– Tu es de merveilleuse humeur, tu as perdu ton tournoi de bridge ?

– Tu plaisantes, j’ai battu toutes ces vieilles filles ! Je me fais juste du souci pour toi.

– Eh bien, c’est inutile, je vais bien, je fais un métier que j’aime, je n’ai presque plus de migraine et je suis heureuse.

– Oui, tu as raison, je devrais voir les choses du bon côté, c’est une belle semaine, tu as réussi à prendre deux heures pour t’occuper de toi, c’est bien !

Lauren désigna un homme et une femme qui marchaient devant elles sur la jetée du petit port.

– Il était un peu comme ça ? demanda Lauren à sa mère.

– Qui ?

– Je ne sais pas pourquoi, mais je repense à nouveau à lui depuis hier. Et arrête d’esquiver cette conversation chaque fois que j’aborde le sujet.

Mme Kline soupira.

– Je n’ai rien à te dire, ma chérie. Je ne sais pas qui était ce type qui venait te voir à l’hôpital. Il était gentil, très poli, sans doute un patient qui s’ennuyait, heureux d’être là.

– Les patients ne se promènent pas dans les couloirs de l’hôpital habillés d’une veste en tweed. Et puis j’ai contrôlé la liste de tous les gens hospitalisés dans cette aile du bâtiment à cette période, aucun ne lui correspondait.

– Tu es allée vérifier une chose pareille ? Ce que tu peut être têtue ! Qu’est-ce que tu cherches exactement ?

– Ce que tu me caches en me prenant pour une idiote. Je veux savoir qui il était, pourquoi il était là tous les jours.

– A quoi bon ! C’est du passé tous ça.

Lauren appela Kali qui s’éloignait un peu trop. La chienne fit demi-tour et regarda sa maîtresse avant de revenir en courant vers elle.

– Quand je suis sortie du coma, il était là ; la première fois que j’ai pu faire bouger ma main, il l’a prise dans la sienne pour me rassurer ; au moindre sursaut au milieu de la nuit il était encore là… Un matin, il m’a promis de me raconter une histoire incroyable et il a disparu.

– Cet homme est un prétexte pour ignorer ta vie de femme et ne penser qu’à ton travail. Tu as fait de lui une sorte de prince charmant. C’est facile d’aimer quelqu’un que l’on ne peut pas atteindre, on ne prend aucun risque.

– C’est pourtant bien ce que tu as réussi à faire pendant vingt ans de vie à côté de papa.

– Si tu n’étais pas ma fille, je t’aurais donné une gifle et tu ne l’aurais pas volée.

– Tu es étrange, maman. Jamais tu n’as douté que je trouve la force de me sortir toute seule de mon coma, alors pourquoi me fais-tu aussi peu confiance maintenant que je suis en vie ? Et si pour une fois je cessais d’écouter mon bon sens et ma logique, pour entendre cette petite voix qui me parle au fond de moi ? Pourquoi mon cœur s’emporte-t-il chaque fois que je crois le reconnaître ? Ca ne vaut pas la peine de se poser la question ? Je suis désolée que papa ait disparu, désolée qu’il t’ait trompée, mais ce n’est pas une maladie héréditaire. Tous les hommes ne sont pas mon père !

Mme Kline rit aux éclats. Elle posa la main sur l’épaule de sa fille et la toisa.

– Tu veux me donner des leçons , toi qui n’a jamais fréquenté que de braves garçons qui te regardent comme la vierge Marie, un miracle dans leur propre vie ! C’est rassurant n’est-ce pas de savoir l’autre incapable de te quitter, quoi que tu fasses ? Moi au moins j’ai aimé !

– Si tu n’étais pas ma mère c’est moi qui te giflerais maintenant.

Mme Kline poursuivit sa marche. Elle ouvrit son sac, en sortit un paquet de bonbons et en offrit un à sa fille qui le refusa.

– La seule chose qui me touche dans ce que tu dis, c’est de constater qu’en dépit de la vie que tu mènes brille encore en toi une toute petite étincelle de romantisme, ce qui me désole c’est que tu la gâches avec un telle naïveté. Attendre quoi ? Si ce type était vraiment l’homme de ta vie, il serait venu te chercher, ma pauvre fille ! Personne ne la chassé, il a disparu tout seul. Alors arrête d’en vouloir à la terre entière et plus particulièrement à ta mère comme si c’était moi la fautive.

– Il avait peut être ses raisons ?

– Comme une autre femme ou des enfants, par exemple ? reprit Mme Kline d’une voix sournoise.

On aurait pu croire que Kali en avait assez de la tension qui régnait entre la mère et la fille. Elle ramassa un bâton, le posa au pied de Lauren et aboya avec insistance. Lauren saisi le jouet improvisé et le lança au loin.

– Tu n’as rien perdu de ton savoir-faire pour rendre coup sur coup. Je ne vais pas m’attarder, je dois relire un dossier pour demain, dit Lauren.

– Tu as des devoirs le dimanche, à ton âge ? Je me demande quand tu seras lassée de ta course à la réussite ! Peut-être t’ennuies-tu à mourir avec ton petit ami mais, suis-je bête, tu ne t’ennuies jamais puisque justement le dimanche tu dors ou tu fais tes devoirs !

Lauren se campa devant sa mère avec une irrésistible envie de l’étrangler.

– L’homme de ma vie sera fier que j’aime mon métier et il ne comptera pas mes heures ! La colère froide faisait saillir de petites veines sous ses tempes.

– Demain matin, nous allons essayer d’enlever une tumeur dans le cerveau d’une petite fille, reprit Lauren. Dit comme ça, ça a peut-être l’air d’un truc de rien du tout mais imagine-toi que cette tumeur la rend aveugle. Alors à la veille de l’intervention j’hésitais entre aller voir un bon film et rouler des pelles à Robert en bouffant du pop-corn où bien réviser à fond la procédure pour demain !

Lauren siffla sa chienne. Elle quitta la promenade qui longeait le port de plaisance et se dirigea vers le parking. La chienne prit sa place sur le siège avant droit, Lauren boucla la ceinture de sécurité à son harnais et la Triumph quitta Marina Boulevard dans un concert d’aboiements. Elle bifurqua dans Cervantes et remonta Fillmore. Au croisement de Greenwich Lauren ralentit, hésitant à s’arrêter pour louer un film. Elle rêvait de revoir Cary Grant et Déborah Kerr dans
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