Marc Levy a publié huit romans








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Arthur et Paul se levèrent et saluèrent leurs hôtes avant de prendre congé. Dans l’ascenseur ? Paul bâilla longuement.

– Je crois qu’on s’en est bien tiré, non ?

– Probablement, répondit Arthur à voix basse.

– Quelque chose te tracasse ? questionna son ami.

– Tu crois qu’ils vendent des laisses extensibles chez Macy’s ?

Paul leva bras et yeux au ciel. La sonnette retentit et les portes de la cabine s’ouvrirent au troisième sous-sol du parking.

Avant de prendre place derrière le volant, Paul fit quelques flexions.

– Je suis vidé, dit-il. Des journées comme ça sont trop crevantes.

Arthur entra dans la voiture sans faire de commentaire.
*

Le rythme cardiaque de Marcia était stable. Fernstein demanda l’augmentation progressive de l’anesthésie. Une deuxième série d’échographies confirma que l’exérèse suivait son court normal. Millimètre par millimètre, les bras électroniques manipulés par le docteur Lalonde taillait la tumeur située dans le lobe occipital du cerveau de Marcia et remontaient les coupes vers la surface. A la quatrième heure, il leva la tête.

– Relève ! demanda le chirurgien dont les yeux avaient atteint le seuil limite de fatigue.

Fernstein fit signe à Lauren de s’asseoir devant l’appareil. Elle eut un moment d’hésitation et trouva la force qui lui manquait dans le regard apaisant de son professeur. Mille fois elle avait répété ces gestes au cours de simulations, mais aujourd’hui une vie dépendait de sa performance. Dès qu’elle fut aux commandes, le trac disparut. Lauren rayonnait. Du bout de deux pinces, elle touchait à un rêve.

Son maniement était excellent, son habileté probante. Toute l’équipe la regardait à l’œuvre et Norma sut lire dans les yeux du professeur la fierté qu’il ressentait pour son élève.

Lauren opéra sans relâche jusqu’à la septième heure. Quand elle souhaita être remplacée à son tour, l’ordinateur indiquait que l’exérèse était accomplie à soixante-seize pour cent. Lalonde reprit sa place. Dun clin d’œil, il congratula sa jeune collègue pour sa performance.
*
– Je te dépose au bureau et je file à la maison, dit Paul.

– Laisse-moi sur Union Square, je dois faire une course.

– Je pourrais savoir pourquoi tu veux acheter une laisse alors que tu n’as pas de chien ?

– Pour une amie !

– Rassure-moi, elle a un chien au moins ?

– Elle a soixante-dix-neuf ans si cela peut te tranquilliser.

– Pas vraiment, soupira Paul en se rangeant le long du trottoir devant le grand magasin Macy’s.

– Où se retrouve-t-on pour notre dîner ? demanda Arthur en descendant de la voiture.

– Au Cliff House, à vingt heures, et fais un effort, On ne peut pas dire que tu aies brillé par ta courtoisie la dernière fois. Tu as une deuxième chance de faire une première bonne impression, essaie de ne pas la rater !

Arthur regarda le cabriolet s’éloigner, il jeta un coup d’œil à la vitrine et entra dans la porte à tambour du grand magasin.
*
L’anesthésiste remarqua l’inflexion du tracé sur le moniteur. Il vérifia aussitôt la saturation sanguine. L’équipe nota le changement qui venait de s’opérer sur les traits du médecin. Son instinct venait de le mettre en alerte.

– Vous avez un saignement ? interrogea-t-il.

– Rien à l’image pour l’instant, dit Fernstein en se penchant sur le moniteur du docteur Peterson.

– Quelque chose ne va pas ! affirma l’anesthésiste.

– Je refais une écho, reprit le spécialiste en charge de l’imagerie.

L’atmosphère sereine qui régnait dans le bloc opératoire venait soudain de disparaître.

– La petite plonge ! reprit sèchement le docteur Cobbler en augmentant le débit d’oxygène.

Lauren se sentit impuissante. Elle fixa Fernstein du regard et comprit dans les yeux du professeur que la situation était en passe de devenir critique.

– Prenez sa main, lui murmura son patron.

– Que fait-on ? demanda Lalonde à Fernstein.

– On continue ! Adam, que nous dit l’écographie ?

– Pas grand-chose pour l’instant, répondit le médecin.

– J’ai un début d’arythmie, indiqua Norma en avisant l’électrocardiographe qui clignotait.

Richard Lalonde tata rageusement du plat de la main sur sa console.

– Dissection sur l’artère cérébrale postérieure ! énonça-t-il sèchement.

Tous les membres de l’équipe se regardèrent. Lauren retint son souffle et ferma les yeux. Il était dix-sept heures vingt-deux. En une minute, la paroi endommagée de l’artère qui irriguait la partie postérieure du cerveau de Marcia se déchira sur deux centimètres. Sous la pression du sang qui jaillit en trombe, la déchirure s’allongea encore. La vague qui déferlait par la plaie béante envahit la cavité crânienne. En dépit du drain que Fernstein implanta aussitôt, le niveau ne cessa de monter à l’intérieur du crâne, noyant le cerveau à une vitesse fulgurante. A dix-sept heures vingt-sept, sous les yeux impuissants de quatre médecins et infirmières, Marcia cessa de respirer pour toujours. La main de la petite fille que Lauren retenait dans la sienne s’ouvrit, comme pour libérer un ultime souffle de vie qu’elle aurait caché au creux de sa paume.

Silencieuse, l’équipe sortit du bloc opératoire et se dispersa dans le couloir. Personne n’y pouvait rien. La tumeur, dans sa malignité, avait caché aux appareils les plus sophistiqués de la médecine moderne l’anévrisme d’une petite artère dans le cerveau de Marcia.

Lauren resta seule, retenant quelque temps encore les doigts inertes de la petite fille. Norma s’approcha et desserra les doigts de la main de la jeune neurochirurgienne.

– Venez maintenant.

– J’avais promis, murmura Lauren.

– C’est bien la seule erreur que vous aurez commise aujourd’hui.

– Où est Fernstein ? demanda-t-elle.

– Il a dû aller voir les parents de la petite.

– J’aurais voulu le faire, moi.

– Je crois que vous avez eu votre compte d’émotions pour aujourd’hui. Et si je peux me permettre un conseil, avant de rentrer chez vous, allez traîner dans un grand magasin.

– Pour quoi faire ?

– Pour voir de la vie, plein de vies !

Lauren caressa le front de Marcia et recouvrit les yeux de l’enfant du drap vert ; elle quitta la salle.

Norma la regardait s’éloigner dans le couloir. Elle hocha la tête et éteignit le bloc de lumière suspendu au-dessus de la table d’opération, la pièce plongea dans la pénombre.
*
Arthur avait trouvé son bonheur au troisième étage du grand magasin : la laisse à enrouleur qui ferait la joie de Miss Morrisson. Les jours gris, elle pourrait rester sous l’auvent de l’immeuble à l’abri de la pluie tandis que Pablo irait vaquer à son gré dans le caniveau. Il quitta la caisse centrale où il venait de régler son achat ; en chemin une femme qui choisissait des pyjamas pour homme lui adressa un sourire, Arthur le lui rendit et se dirigea vers l’escalator.

Sur l’escalier mécanique, une main délicate se posa sur son épaule. Arthur se retourna et la femme descendit une marche pour se rapprocher de lui.

De toutes ses liaisons amoureuses, il n’y en avait qu’une qu’il regrettait d’avoir vécue…

– Ne me dis pas que tu ne m’as pas reconnue ? demanda Carol-Ann.

– Pardonne-moi, j’étais ailleurs.

– Je sais, j’ai appris que tu vivais en France. Tu vas mieux ? demanda son ex d’un air compatissant.

– Oui, pourquoi ?

– J’ai aussi appris que cette fille pour laquelle tu m’avais quittée… enfin j’ai su que tu était veuf, quelle tristesse…

– De quoi parles-tu ? répliqua Arthur perplexe.

– J’ai croisé Paul dans un cocktail le moi dernier. Je suis vraiment désolée.

– J’ai été ravi de te croiser mais je suis un peu en retard, reprit Arthur.

Il voulut descendre quelques marches mais Carol-Ann agrippa son bras et lui montra fièrement la bague qui brillait à son doigt.

– Nous célébrons la semaine prochaine notre première année de mariage. Tu te souviens de Martin ?

– Pas très bien, répondit Arthur en contournant la rambarde pour emprunter l’escalator qui descendait vers le premier étage.

– Tu n’as pas pu oublier Martin ! Capitaine de l’équipe de hockey ! le réprimanda Carol-Ann avec beaucoup de fierté.

– Ah oui, un grand type blond !

– Très brun.

– Brun, mais grand ?

– Très grand.

– Voilà, dit Arthur en regardant le bout de ses chaussures.

– Alors tu n’as toujours pas refait ta vie ? demanda Carol-Ann l’air compatissant.

– Si ! Fait et puis défait, la vie quoi ! dit Arthur de plus en plus exaspéré.

– Tu ne vas pas me dire qu’un garçon comme toi est toujours célibataire ?

– Non, je ne vais pas te le dire parce que tu l’auras probablement oublié dans dix minutes et ça n’a pas grande importance, marmonna Arthur.

Nouvelle rambarde, nouvel espoir que Carol-Ann ait d’autres courses à faire à cet étage, mais elle le suivit vers le rez-de-chaussée.

– J’ai plein d’amies célibataires ! Si tu viens à notre fête d’anniversaire je te présenterai à la prochaine femme de ta vie. Je suis une extraordinaire marieuse, j’ai un don pour savoir qui va avec qui. Tu aimes toujours les femmes ?

– J’en aime une ! Je te remercie, ce fut un plaisir de te revoir et mes amitiés à Martin.

Arthur salua Carol-Ann et s’échappa à vive allure. Il passait devant le rayon d’une marque française de cosmétiques quand un souvenir ressurgit, aussi doux que ce parfum évadé d’un flacon que manipulait la vendeuse devant sa cliente. Il ferma les yeux et se souvint d’un jour où il marchait dans cette allée, fort d’un amour invisible et certain. A ce moment, il était heureux comme il ne l’avait jamais été de sa vie. Il s’engouffra dans la porte à tambour.

Le tourniquet l’abandonna sur la trottoir D’Union Square. Le mannequin dans la vitrine portait une robe du soir, élégante et cintrée à la taille. La fine main en bois pointait d’un doigt nonchalant la passant de la rue. Dans les reflets orangés du soleil, la chaussure semble légère. Arthur est immobile, absent. Il n’entend pas le side-car qui arrive dans son dos. Le pilote en a perdu le contrôle dans le virage de Polk Street, l’une des quatre rues qui bordent la grande place. La moto tente d’éviter la femme qui traverse, se penche, zigzague, le moteur rugit. Dans la rue, les gens paniquent ; un homme en complet se jette à terre pour esquiver l’engin, un autre recule et trébuche en arrière, une femme crie et s’abrite derrière une cabine téléphonique. Le side-car poursuit sa course folle. La nacelle franchit le parapet, arrachant un panneau, mais le parcmètre qu’elle heurte est solidement ancré dans le sol et la sépare, d’une section franche, de la moto. Plus rien ne la retient, elle a la forme d’un obus et presse sa vitesse, elle file droit devant. Lorsqu’elle atteint les jambes d’Arthur elle le soulève et le projette en l’air. Le temps semble prendre son aise et s’étire tout à coup comme un long silence. L’avant fuselé de la machine percute le verre. L’immense vitrine explose en une myriade d’éclats. Arthur roule au sol jusqu’au bras du mannequin désormais allongé sur le tapis de verre. Un voile s’est posé sur ses yeux, la lumière est opaque, la bouche a prit le goût ferreux du sang. Dans la torpeur qui l’envahit il voudrait dire aux gens que ce n’est qu’un bête accident. Les mots sont bloqués dans sa gorge.

Il veut se lever mais c’est trop tôt encore. Ses genoux vacillent un peu, et cette voix qui crie si fort de rester allongé. Les secours vont venir.

Paul sera furieux s’il est en retard. Il faut aller promener le chien de Miss Morrisson, nous sommes dimanche ? Non, peut être lundi ? Il doit repasser à l’agence signer les plans. Où est le ticket du parking ? Sa poche est certainement déchirée, il avait la main dedans, elle est maintenant sous son dos et lui fait un peu mal. Ne pas se frotter la tête, tous ces éclats de verre sont coupants. La lumière est aveuglante, mais les sons reviennent peu à peu. L’éblouissement s’estompe. Ouvrir les yeux. C’est le visage de Carol-Ann. Elle ne va donc pas le lâcher, il ne veut pas qu’on lui présente la femme de sa vie, il la connait déjà bon sang ! Il devrait porter une alliance pour qu’on lui foute la paix. Tout à l’heure il retournera en acheter une. Paul détestera ça, mais lui ça l’amusera beaucoup.

Au loin une sirène, il faut absolument se redresser avant que l’ambulance arrive, il est inutile de les inquiéter, il n’a mal nulle part, peut être un peu dans la bouche, il s’est mordu la joue. Ce n’est pas grave la joue, c’est désagréable à cause des aphtes mais ce n’est vraiment pas grave. Quelle bêtise, sa veste doit être fichue, Arthur adore cette veste en tweed. Sarah trouvait que le tweed faisait vieux, mais il se moquait de ce que pensait Sarah, elle portait les escarpins les plus vulgaires de la terre avec des bouts bien trop pointus. C’est bien d’avoir dit à Sarah que cette nuit passée ensemble était aussi un accident, ils n’étaient pas fait l’un pour l’autre, ce n’était la faute de personne. Est-ce que le motard va bien ? C’est sûrement cet homme avec le casque. Il a l’air de s’en être bien tiré avec son air contrit.

« Je vais tendre la main à Carl-Ann, elle racontera à toutes ses amies qu’elle m’a sauvé la vie puisque c’est elle qui m’aura aidé à me relever. »

– Arthur ?

– Carol-Ann ?

– J’étais certaine que c’était toi au milieu de cet épouvantable catastrophe, dit la jeune femme affolée.

Il épousseta calmement les épaules de sa veste, arracha le morceau de poche qui pendouillait tristement, secoua la tète pour se débarrasser des éclats.

– Quelle peur ! Tu as eu beaucoup de chance, reprit Carol-Ann d’une voix perchée.

Arthur la dévisagea l’air grave

– Tout est relatif, Carol-Ann. Ma veste est foutue, j’ai des coupures partout et j’enchaîne les rencontres désastreuses, même lorsque je vais juste acheter une laisse à ma voisine.

– Une laisse à ta voisine… Tu as beaucoup de chance de sortir presque indemne de cet accident ! s’indigna Carol-Ann.

Arthur la regarda, il adopta un air pensif, tentant du mieux qu’il le pouvait de rester civilisé. Ce n’était pas seulement la voix de Carol-Ann qui l’agaçait, tout en elle lui était insupportable. Il essaya de retrouver un semblant d’équilibre et parla d’un ton volontaire et calme.

– Tu as raison, je ne suis pas très juste. J’ai eu la chance de te quitter, puis de rencontrer la femme de ma vie, mais elle était dans le coma ! Sa propre mère voulait qu’on l’euthanasie, mais j’ai eu une chance folle parce que mon meilleur ami a bien voulu me donner un coup de main pour aller la kidnapper à l’hôpital.

Inquiète, Carol-Ann fit un pas en arrière, Arthur un pas en avant.

– Qu’est-ce que tu veux dire par « aller la kidnapper » ? demanda-t-elle d’une voix timide en serrant son sac contre sa poitrine.

– Nous avons volé son corps ! C’est Paul qui a subtilisé l’ambulance, c’est pour cela qu’il se sent obligé de raconter à tout le monde que je suis veuf ; mais en fait Carol-Ann, je ne suis que demi-veuf ! C’est un genre très particulier.

Les jambes d’Arthur manquaient de force, il chancela légèrement Carol-Ann voulut le soutenir mais Arthur se redressa seul.

– Non, la vraie chance, c’est que Lauren pouvait m’aider à la maintenir en vie. C’est quand même un avantage d’être médecin quand ton corps et ton esprit se dissocient. Tu peux t’occuper de toi-même !

La bouche de Carol-Ann s’entrouvrit à la recherche d’un peu d’air. Arthur n’avait nul besoin de reprendre son souffle, juste de l’équilibre. Il s’accrocha à la manche de Carol-Ann qui sursauta et poussa aussitôt un cri.

– Et puis elle s’est réveillée, et finalement ça aussi, c’était une sacrée chance ! Alors voilà, Carol-Ann, tu vois, la vraie chance, ce n’était pas notre rupture, ce n’était pas ce musée à Paris, ce n’était pas le side-car, c’était elle, la vraie chance dans ma vie ! dit-il épuisé, en s’asseyant sur la carcasse de l’engin.

Le fourgon flambant neuf du centre hospitalier venait de se ranger le long du trottoir. Le chef d’équipe se précipita vers Arthur, que Carol-Ann fixait, béate.

– Ca va Monsieur ? demanda le secouriste.

– Pas du tout ! affirma Carol-Ann.

Le secouriste le prit par le bras et voulut l’accompagner vers l’ambulance.

– Tout va bien, je vous assure, dit Arthur en se dégageant.

– Il faut suturer cette plaie sur votre front, insista l’ambulancier à qui Carol-Ann faisait de grands signes pour qu’il embarque Arthur au plus vite.

– Je n’ai mal nulle part, je me sens très bien, soyez gentil, laissez-moi rentrer chez moi.

– Avec tout ce verre éparpillé, il est fort probable que vous ayez des micro-éclats dans les yeux. Je dois vous emmener.

Fatigué, Arthur se laissa faire. Le secouriste l’allongea sur la civière. Il recouvrit ses yeux de deux gazes stériles, tant qu’ils ne seraient pas nettoyés, il fallait leurs éviter un mouvement susceptible de déchirer la cornée. Le bandage qui entourait maintenant le visage d’Arthur le plongeait dans une obscurité inconfortable.

L’ambulance remonta Sutter Street sirènes hurlantes, elle tourna dans Van Ness Avenue et prit la direction du San Francisco Memorial Hospital.

6.


Un tintement de clochette retentit. Les portes de l’ascenseur s’ouvraient sur le troisième palier. L’inscription sur la plaque apposée au mur indiquait l’entrée du service de neurologie. Lauren sortit de la cabine sans saler ses collègues qui descendaient vers les étages inférieurs de l’hôpital. Les néons suspendus au plafond du long couloir se reflétaient dans les vernis colorés du sol. Ses chaussures crissaient sur le linoléum à chacun de ses pas. Elle leva la main pour gratter doucement à la porte 307, mais son bras retomba le long du corps, lourd. Elle entra.

Il n’y avait plus de draps ni d’oreiller à la tête du lit. La perche à perfusion se tenait, nue, droite comme un squelette, poussée dans un coin près du rideau immobile de la salle de bains. La radio posée sur la table de nuit était muette, Les peluches qui souriaient encore ce matin au rebord de la fenêtre étaient parties remplir leur office dans d’autres chambres. Des dessins d’enfants accrochés aux murs, il ne restait que quelques bouts de scotch.

La petite Marcia s’était évanouie dans l’après-midi, diront certains, d’autres diront simplement qu’elle était morte, mais pour tous ceux qui travaillaient à l’étage, cette chambre serait encore la sienne pour quelques heures.

Lauren s’assit sur le matelas, elle caressa l’alèse. Sa main fébrile avança jusqu’à la table de nuit et ouvrit le tiroir. Elle prit la feuille pliée en quatre et attendit un peu pour en lire le secret. La petite fille qui s’était envolée aveugle avait vu juste. La couleur des yeux de Lauren s’effaça sous les larmes. Elle se courba pour chasser un spasme.
La porte s’entrouvrit, mais Lauren n’entendit pas le souffle de l’homme aux tempes blanches qui la regardait pleurer.

Aussi digne qu’élégant dans son costume noir, la barbe grise taillée tout près des joues, Santiago vint à pas feutrés s’asseoir à côté d’elle, il posa sa main sur son épaule.

– Vous n’y êtes pour rien, murmura-t-il d’une voix teintée d’un accent argentin. Vous n’êtes que des médecins, pas des dieux.

– Et vous, qui êtes-vous ? murmura Lauren entre deux sanglots.

– Son père, je suis venu chercher ses dernières affaires, sa mère n’a plus la force. Il faut que vous vous ressaisissiez. D’autres enfants ici ont besoin de vous.

– Ca devrait être le contraire, dit Lauren dans un hoquet de larmes.

– Le contraire ? interrogea l’homme, perplexe.

– C’est moi qui devrais vous consoler, pleura-t-elle de plus belle.

L’homme, prisonnier de sa pudeur, hésita un instant ; il prit Lauren au creux de ses bras et la serra tout contre lui. Ses yeux ridés aux iris azur s’embuèrent à leur tour ; alors, pour accompagner Lauren, comme par courtoisie, il accepta enfin de laisser libre sa peine.
*
L’ambulance s’arrêta sous l’auvent des urgences. Le chauffeur et le secouriste guidèrent les pas d’Arthur jusqu’à la vitre du bureau des admissions.

– Vous êtes arrivé, dit le brancardier.

– Vous ne voulez pas m’ôter ce bandeau ? Je vous assure que je n’ai rien, je voudrais juste rentrer chez moi.

– Ca tombe bien ! reprit Betty d’une voix autoritaire en consultant la fiche d’intervention que venait de lui remettre le secouriste. Moi aussi je voudrais que vous rentriez chez vous, poursuivit-elle, je voudrais que tous les gens qui attendent dans ce hall rentrent chez eux et pour finir, moi aussi je rentrerais bien chez moi. Mais en attendant que Dieu nous exauce, on va devoir vous examiné et eux aussi. On viendra vous chercher.

– Dans combien de temps ? demanda Arthur d’une voix presque timide.

Betty regarda le plafond, elle leva les bras au ciel et s’exclama.

– Lui seul le sait ! Installez-le dans la salle d’attente, dit-elle aux brancardiers en s’éloignant.
*
Le père de Marcia se leva et ouvrit la porte du placard. Il prit le carton qui contenait les affaires de sa petite fille.

– Elle vous aimait beaucoup, dit-il sans se retourner

Lauren baissa la tête.

– En fait, ce n’est pas ce que je voulais dire, reprit l’homme.

Et comme Lauren restait silencieuse, il lui posa une autre question.

– Quoi que je dise entre ces murs, vous êtes tenue au secret médical, n’est-ce pas ?

Lauren répondit qu’il avait sa promesse, alors Santiago avança jusqu’au lit, il s’assit près d’elle et murmura :

– Je voudrais vous remercier de m’avoir permis de pleurer.

Et tous les deux restèrent là, presque immobiles.

– Vous racontiez parfois des histoires à Marcia ? demanda Lauren à voix basse.

– Je vivais loin de ma fille, je suis revenu pour l’opération. Mais chaque soir, je lui téléphonais de Buenos Aires, elle posait le combiné sur son oreiller et je lui racontais l’histoire d’un peuple d’animaux et de végétaux qui vivait au milieu d’une forêt, dans une clairière jamais découverte par les hommes. Et ce conte a duré plus de trois ans. Entre le lapin au pouvoir magique, les cerfs, les arbres qui avaient chacun leur nom, l’aigle qui tournait toujours en rond parce qu’il avait une aile plus courte que l’autre, il m’arrivait parfois de me perdre dans mon récit, Mais Marcia me reprenait à la moindre erreur. Pas question de retrouver la tomate savante, ou le concombre aux fous rires impossibles, ailleurs que là où nous les avions quittés la veille.

– Il y a un hibou dans cette clairière ?

Santiago sourit.

– Celui-là c’était un drôle de numéro ! Emilio était gardien de nuit. Pendant que tous les autres animaux dormaient, il restait éveillé pour les protéger. En fait, ce boulot, c’était un prétexte, ce hibou est un sacré trouillard. Au lever du jour, il volait à toute vitesse jusqu’à une grotte. Il se cachait là parce qu’il a peur de la lumière. Mais le lapin a toujours été un type bien, il le savait et il n’a jamais trahi son secret.. Marcia s’endormait souvent avant la fin de l’histoire, moi j’écoutais son souffle pendant quelques minutes avant que sa mère raccroche le combiné. Sa petite respiration, c’était comme de la belle musique, j’emmenais ses notes dans ma nuit ;

Le père de la petite fille se tut. Il se leva et avança jusqu’à la porte.

– Vous savez, là-bas, en Argentine, je construis des barrages, ce sont de grands ouvrages, mais ma fierté, c’était elle !

– Attendez ! dit Lauren d’une voix douce.

Elle se pencha et regarda sous le lit. A l’ombre du sommier, un petit hibou blanc attendait, les ailes croisées. Elle prit la peluche et la tendit à Santiago. L’homme revint vers elle, il recueillit l’oiseau et caressa délicatement sa fourrure.

– Tenez, dit-il à Lauren en lui rendant le hibou blanc. Réparez lui les yeux, vous êtes médecin, vous devriez pouvoir faire ça. Rendez-lui la liberté, faites qu’il n’est plus jamais peur.

Il la salua et quitta la pièce. Lorsqu’il fut seul dans le couloir il serra contre lui le petit carton.
Le beeper de Lauren vibrait. On la cherchait à l’accueil des urgences. Elle se rendit dans la salle des infirmières d’étage et décrocha le téléphone. Betty remercia le ciel qu’elle soit encore dans les murs, le service ne désemplissait pas, elle avait besoin de renfort immédiat.

– Je descends tout de suite, dit Lauren en raccrochant.

Avant de sortir de la chambre, elle enfouit dans la poche de sa blouse un drôle de hibou ; la petite bête avait bien besoin de chaleur humaine, cet après-midi, il avait perdu sa meilleure amie.
*
Arthur n’en pouvait plus d’attendre, il chercha son téléphone portable dans la poche droite de sa veste, mais il n’y avait plus de poche droite à sa veste.

Les yeux bandés, il essayait de deviner l’heure qu’il était. Paul allait être furieux, il se souvenait d’avoir déjà pensé aujourd’hui que Paul serait furieux mais il avait oublié pourquoi. Il se leva et avança à l’aveuglette vers le bureau d’accueil. Betty se précipita à sa rencontre.

– Vous êtes impossible !

– J’ai horreur des hôpitaux.

– Bon, puisque vous êtes là, profitons-en pour remplir le questionnaire d’admission. Vous êtes déjà venu ?

– Pourquoi ? répondit Arthur, inquiet, qui se tenait au comptoir.

– Parce que si vos coordonnées sont déjà dans l’ordinateur ? ça va plus vite.

Arthur répondit par la négative. Betty avait la mémoire des visages et, malgré le bandage qui recouvrait les yeux, les traits de cet homme lui disaient quelque chose. Peut-être l’avait-elle croisé ailleurs ? Et finalement peu lui importait, elle avait trop à faire pour réfléchir à cela maintenant.

Arthur voulait rentrer chez lui, l’attente n’avait que trop duré et il voulut se débarrasser de son pansement.

– Vous êtes débordés et moi je me sens vraiment bien, dit-il, je vais rentrer chez moi.

Betty lui immobilisa les mains sans ménagement.

– Essayez pour voir !

– Et qu’est-ce que je risque ? demanda Arthur presque amusé.

– La moindre petite douleur qui surgirait dans les six à douze mois et en cas de soins nécessaires vous pouvez faire une croix sur votre assurance ! Si vous franchissez la porte de ce sas, ne serait-ce que pour aller allumer une cigarette dehors, je renverrais votre questionnaire en mentionnant que vous avez refusé de faire un bilan médical. Même pour une petite rage de dents votre compagnie vous dira d’aller vous faire voir.

– Je ne fume pas ! dit Arthur en reposant les bras sur le comptoir.

– Je sais que c’est angoissant d’être dans le noir, mais soyez patient, voilà le docteur, elle vient de sortir de l’ascenseur derrière vous.

Lauren s’approcha de l’accueil. Depuis qu’elle avait quitté la chambre de Marcia, elle n’avait pu prononcer aucun mot. Elle prit le dossier des mains de l’infirmière et se plongea dans la lecture du rapport de l’ambulancier tout en guidant Arthur par le bras vers la salle numéro 4. Elle tira le rideau du box et l’aida à s’installer sur le lit. Dès qu’il fut allongé, elle commença à dérouler le bandage.

– Gardez les yeux fermés pour l’instant, dit-elle.

Les quelques mots qu’elle avait prononcés d’une voix portant apaisante avait suffit à élancer le cœur d’Arthur. Elle retira les deux morceaux de gaze et souleva les paupières, inondant les yeux de sérum physiologique.

– Vous avez mal ?

– Non.

– Vous avez eu l’impression de recevoir un éclat ?

– Aucunement, ce pansement c’était une idée de l’ambulancier, je n’ai vraiment rien.

– Il a bien fait. Vous pouvez rouvrir les yeux maintenant !

Quelques secondes furent nécessaires pour dissiper le liquide. Quand la vision d’Arthur redevint nette, son cœur se mit à battre plus fort encore. Le vœu qu’il avait formulé sur la tombe de Lili venait de se réaliser.

– Ca va ? demanda Lauren, qui remarquait la pâleur sur le visage de son patient.

– Oui, dit-il la gorge serrée.

– Détendez-vous !

Lauren se pencha au-dessus de lui pour étudier les deux cornées à la loupe. Pendant qu’elle pratiquait cet examen, leurs visages étaient si proches que leurs lèvres se frôlaient presque.

– Vous n’avez absolument rien aux yeux, vous avez eu beaucoup de chance !

Et Arthur ne fit aucun commentaire…

– Pas de perte de connaissance ?

– Pas encore, non !

– C’était de l’humour ?

– Une vague tentative.

– Des migraines ?

– Non plus.

Lauren passa la main sous le dos d’Arthur et palpa la colonne vertébrale.

– Aucune douleur ?

– Absolument rien.

– Vous avez une belle ecchymose à la lèvre. Ouvrez la bouche !

– C’est indispensable ?

– Puisque je viens de vous le demander.

Arthur s’exécuta, Lauren prit sa petite lampe.

– Oh là, il y a au moins cinq points à faire pour recoudre ça.

– Tant que ça ?

– C’était de l’humour aussi ! Un bain de bouche pendant quatre jours suffira amplement.

Elle désinfecta la blessure au front et en souda les bords avec un gel. Elle ouvrit ensuite un tiroir et déchira la pochette d’un pansement qu’elle colla sur la plaie.

– J’ai un peu mordu sur le sourcil, vous aurez un moment difficile à passer quand vous enlèverez ce sparadrap. Les autres coupures sont mineures, elles cicatriseront toutes seules. Je vois vous prescrire quelques jours d’un antibiotique à spectre large, juste en prévention.

Arthur boutonna le poignet de sa chemise et se redressa, il remercia Lauren.

– Pas si vite, dit-elle en le repoussant contre la table d’examen. Je dois aussi prendre votre tension. Elle décrocha l’appareil de mesure de son support mural et le passa autour du bras d’Arthur. Le tensiomètre était automatique. Le brassard se gonflait et se dégonflait à intervalles réguliers. Quelques secondes suffirent pour que les chiffres s’inscrivent sur le cadran fixé à la tête de la table d’examen.

– Vous êtes sujet à de la tachycardie ? demanda Lauren.

– Non, répondit Arthur très embarrassé.

– Pourtant vous faites une belle crise, votre cœur bat à plus de cent vingt pulsations par minute et votre tension est à dix-huit, ce qui est beaucoup trop élevé pour un homme de votre âge.

Arthur regarda Lauren, il cherchait une excuse à son cœur.

– Je suis un peu hypocondriaque, et l’hôpital me terrorise.

– Mon ex tournait de l’œil rien qu’en voyant ma blouse.

– Votre ex.

– Aucune importance.

– Et votre actuel, il supporte le stéthoscope ?

– J’aimerais quand même mieux que vous consultiez un cardiologue, je peux en beeper un si vous le souhaitez.

– C’est inutile, dit Arthur d’une voix chevrotante. Ce n’est pas la première fois que cela m’arrive ; enfin dans un hôpital, c’est la première fois ; lorsque je présente des concours, j’ai la poitrine qui s’emballe un peu, je suis sujet au trac.

– Qu’est-ce que vous faites comme métier pour présenter encore des concours ? questionna Lauren, amusée, en rédigeant une ordonnance.

Arthur hésita avant de répondre. Il profitait de ce qu’elle était concentrée sur sa feuille pour la regarder, silencieux et attentif. Lauren n’avait pas changé, à part la coiffure peut-être. La petite cicatrice qu’il avait tant aimée sur son front avait presque disparu. Et toujours ce même regard, indescriptible et fier. Il reconnaissait chaque expression de son visage, comme le mouvement de l’arc de Cupidon, sous son nez, quand elle parlait. La beauté de son sourire le ramenait aux souvenirs heureux. Était-il possible que quelqu’un vous manque à ce point ? Le brassard se regonfla aussitôt et de nouveaux chiffres s’affichèrent. Lauren releva la tête pour les consulter.

– Je suis architecte.

– Et vous travaillez aussi le week-end ?

– Parfois même la nuit, nous sommes toujours « charrette ».

– Je sais de quoi vous parlez !

Arthur se redressa sur la table.

– Vous avez connu un architecte ? demanda-t-il d’une voix fébrile.

– Pas que je m’en souvienne, non, mais je parlais de mon métier, nous avons cela en commun, travailler sans compter les heures.

– Et que fait votre ami ?

– Cela fait deux fois que vous me demandez si je suis célibataire… Votre cœur bat beaucoup trop vite, je préférerais vous faire examiner par un de mes collègues.

Arthur arracha le brassard du tensiomètre et se releva.

– Là, c’est vous qui êtes angoissée !

Il voulait rentrer se reposer. Demain tout irait bien. Il promit de faire vérifier sa tension dans les prochains jours, et s’il y avait quoi que ce soit d’anormal, il consulterait aussitôt.

– C’est une promesse ? insista Lauren.

Arthur supplia le ciel qu’elle cesse de le regarder ainsi. Si son cœur n’explosait pas d’une minute à l’autre, il la prendrait dans ses bras pour lui dire qu’il était fou d’elle, qu’il était impossible de revivre dans la même ville, et de ne pas se parler. Il lui raconterait tout, en imaginant qu’il ait le temps de le faire avant qu’elle n’appelle la sécurité et le fasse interner pour de bon. Il prit sa veste, ou plutôt ce qu’il en restait, se refusa de la passer devant elle et la remercia. Il sortait du box quand il l’entendit l’appeler dans son dos.

– Arthur ?

Cette fois, il sentit pulser son cœur jusque dans sa tête. Il se retourna.

– C’est bien votre prénom, n’est-ce pas ?

– Oui, articula-t-il d’une bouche qui ne contenait plus de salive.

– Votre ordonnance ! dit Lauren en lui tendant la feuille rose.

– Merci, répondit Arthur en prenant le papier.

– Vous m’avez déjà remercié. Mettez votre veste, à cette heure les soirées sont fraîches et votre organisme a eu sa dose d’agression pour aujourd’hui.

Arthur enfila une manche maladroitement, juste avant de s’en aller il se retourna et regarda longuement Lauren.

– Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-elle.

– Vous avez un hibou dans la poche, dit-il avec un sourire triste aux lèvres.

Et Arthur quitta le box.

Alors qu’il traversait le hall, Betty l’appela de derrière la vitre. Il revint vers elle, hébété.

– Signez et vous êtes libre, dit-elle en lui présentant un gros cahier noir.

Arthur parapha le registre des urgences.

– Vous êtes certain que vous allez bien ? s’enquit l’infirmière en chef. Vous avez l’air sonné.

– C’est bien possible, répondit-il en s’éloignant.
Arthur guettait un taxi devant le sas des urgences, et depuis la guérite où Betty classait ses fiches d’admissions, Lauren le regardait sans qu’il s’en aperçoive.

– Tu ne trouves pas qu’il lui ressemble un peu ?

– Je ne sais pas de quoi tu parles, répondit l’infirmière, la tête plongée dans ses dossiers. Par moments, je me demande si nous travaillons dans un hôpital ou dans une administration.

– Les deux, je crois. Regarde-le vite et dis-moi comment tu le trouves. Il est plutôt pas mal, non ?

Betty souleva ses lunettes, elle jeta un regard bref et replongea dans ses papiers. Un véhicule de la Yellow Cab Compagny venait de s’arrêter, Arthur grimpa à bord et la voiture s’éloigna.

– Aucun rapport ! dit Betty.

– Tu l’as regardé deux secondes !

– Oui mais c’est la centième fois que tu me demandes ça, alors j’ai de l’entraînement, et puis je t’ai déjà dit que j’avais un don pour la mémoire des visages. Si c’était ton type, je l’aurais tout de suite reconnu, je n’étais pas dans le coma, moi.

Lauren prit une pile de feuilles et aida l’infirmière dans son classement.

– Tout à l’heure, pendant que je l’examinais, j’ai eu un vrai doute.

– Pourquoi ne lui as-tu pas posé la question ?

– Je me vois bien dire à un patient : « pendant que je sortais du coma, vous n’auriez pas passé quinze jours assis au pied de mon lit, par le plus grand des hasards ? »

Betty rit de bonne grâce.

– Je crois que je l’ai encore rêvé cette nuit. Mais au réveil je n’arrive jamais à me souvenir de ses traits.

– Si c’était lui, il t’aurait reconnue. Tu as vingt « clients » qui t’attendent, Tu devrais te sortir ces idées de la tête et aller travailler. Et puis tourne la page, tu as quelqu’un dans ta vie, non ?

– Mais tu es certaine que ce n’était pas lui ? insista Lauren à voix basse.

– Tout à fait !

– Parle-moi encore de lui.

Betty abandonna sa pile de documents et pivota sur son tabouret.

– Qu’est-ce que tu veux que je te dise !

– C’est quand même incroyable, s’insurgea Lauren. Un service entier a côtoyé cet homme pendant deux semaines et je n’arrive pas à trouver une seule personne qui sache quoi que ce soit de lui.

– Il faut croire qu’il était d’un naturel discret !

grommela Betty en agrafant une liasse de feuilles roses.

– Et personne ne se demandait ce qu’il faisait là ?

– A partir du moment où ta mère tolérait sa présence, nous n’avions pas à nous en mêler. Tout le monde ici pensait que c’était un de tes amis, ton petit ami même ! Tu as fait des jalouses à l’étage. Il y en a plus d’une qui te l’aurait bien piqué.

– Maman pense que c’était un patient, Fernstein que c’était un parent de la famille et toi qu’il était mon petit ami. Décidément, personne n’arrive à se mettre d’accord.

Betty toussota et se leva pour prendre une ramette de papier. Elle laissa retomber ses lunettes sur son nez et regarda Lauren d’un air grave.

– Toi aussi tu étais là !

– Qu’est-ce que vous chercher à me cacher, tous ?

Masquant son embarras, l’infirmière replongea la tête dans sa paperasserie.

– Rien du tout ! Je sais que ça paraît bizarre mais la seule chose incroyable, c’est que tu t’en sois sortie sans séquelles et tu devrais remercié le ciel au lieu de t’entêter à t’inventer des mystères.

Betty assena un coup à la petite cloche devant elle et appela le numéro 125. Elle mit un dossier dans les bras de Lauren et lui fit signe de retourner à son poste.

– Mais merde, c’est moi le médecin chef ici, râla Lauren en entrant dans le box numéro 4.


7.

Le taxi déposa Arthur au pied de son immeuble. Il chercha ses clés sans pouvoir les trouver et hésita à sonner à l’interphone de Miss Morrisson, elle ne l’entendrait pas. Un filet d’eau coulait d’un balcon, il leva la tête et aperçut sa voisine qui arrosait ses plantes. Il lui fit un signe de la main. Miss Morrisson s’inquiéta en le voyant en si piteux état. La gâche de la porte grésilla.

Miss Morrisson l’attendait sur le palier. Elle avait posé ses mains sur ses hanches et le regardait, circonspecte.

– Vous flirtez avec une boxeuse ?

– Non, c’est un side-car qui est tombé amoureux de moi, dit Arthur.

– Vous avez eu un accident de moto ?

– De piéton ! Et pour couronner le tout, je ne traversais même pas la rue, je me suis fait renverser devant chez Macy’s.

– Qu’est-ce que vous faisiez là-bas ?

La laisse étant ensevelie dans les décombres de la vitrine, Arthur préféra ne rien dire à sa voisine. Miss Morrisson regarda le veste déchirée d’une épaule à l’autre.

– J’ai peur qu’on voie la reprise ! Vous n’avez pas gardé la poche ?

– Non, dit Arthur en souriant, mais la douleur s’élançait déjà sur sa lèvre gonflée.

– La prochaine fois que vous faites un câlin à votre petite amie, passez-lui des gants ou coupez-lui les ongles, c’est quand même plus prudent.

– Ne me faites pas rire, Rose, ça me fait un mal de chien !

– Si j’avais su qu’il suffisait qu’une moto vous renverse pour que vous m’appeliez en fin par mon prénom, j’aurais appelé un de mes vieux copains hell’s Angel. A propos de chien, Pablo a aboyé cet après-midi, j’ai cru qu’il était en train de mourir, mais non, il aboyait tout simplement.

– Je vous laisse, Rose, je vais me mettre au lit.

– Je vous apporterai une tisane et puis je dois avoir de l’arnica quelque part.

Arthur la remercia et prit congé mais il avait à peine fait quelques pas que sa voisine l’appelait à nouveau. Elle tenait un jeu de clés entre ses doigts.

– J’imagine que vous n’avez pas dû retrouver les vôtres dans l’ascenseur ? C’est le double que vous m’avez confié, vous allez en avoir besoin si vous voulez rentrer chez vous.

Il ouvrit sa porte et rendit le trousseau à sa voisine ; il en avait un autre au bureau et préférait que celui-ci reste chez elle. Il entra dans son appartement, alluma le lampadaire halogène dans le salon et l’éteignît aussitôt, ébloui par une migraine d’une rare intensité. Il se rendit dans la salle de bains et prit deux sachets d’aspirine dans l’armoire à pharmacie. Une double dose était nécessaire pour calmer la tempête qui se levait sous son crâne. Il fit glisser la poudre sous sa langue, pour que le produit se diffuse directement dans son sang et agisse plus vite. Quatre mois d’une vie partagée avec une étudiante en médecine lui avait permis d’apprendre quelques petites astuces. Le goût amer le fit frissonner. Il se pencha au robinet pour boire. Tout se mit à tourner autour de lui et il dut prendre appui sur la vasque.

Arthur se sentait faible. Cela n’avait rien d’étonnant, depuis ce matin il n’avait rien avalé. En dépit de cette nausée naissante, il fallait se forcer à manger quelque chose. Estomac vide et mal de cœur s’entendaient à merveille. Il jeta sa veste sur le canapé et se rendit dans la cuisine. En ouvrant la porte du réfrigérateur, il frissonna de tous son corps. Arthur prit la petite assiette où reposait un morceau de fromage et attrapa sur la clayette un paquet de toasts. Il composa un vague sandwich, mais, dès la première bouchée, il renonça à le manger.

Il valait mieux cesser de lutter, Il était KO. Il entra dans sa chambre, avança jusqu’à la table de nuit, suivit le cordon de la lampe de chevet et appuya sur l’interrupteur. Il tourna la tête vers la porte, un fusible avait dû sauter, le salon était plongé dans le noir.

Arthur ne comprit pas ce qui se passait, sur sa gauche, la lampe de chevet semblait être presque éteinte, la lumière qu’elle diffusait était trouble et pâle, presque orangée, mais dès qu’il la regardait de face tout redevenait normal. La nausée redoublait, il aurait voulu se précipiter vers la salle de bains mais ses jambes se dérobèrent sous lui et il tomba à terre.

Allongé au pied du lit, incapable de se relever, il tenta de se traîner jusqu’au téléphone. Dans sa poitrine, son cœur battait à rompre les amarres, chaque pulsation résonnait d’une douleur indicible. Il chercha l’air qui lui manquait et entendit la sonnerie de la porte, juste avant de perdre connaissance.
*
Paul consulta sa montre, furieux. Il fit signe au maître d’hôtel et demanda l’addition. Quelques instants plus tard, traversant le parking du restaurant, il s’excusa encore auprès de ses hôtes. Ce n’était pas sa faute s’il était associé à un mufle.

Onega prit la défense d’Arthur : à une époque où l’engagement amoureux ressemblait à un vestige du passé, quelqu’un qui avait voulu épouser sa petite amie au bout de quatre mois ne devait pas être foncièrement mauvais.

– Ils n’étaient pas tout à fait mariés, bougonna Paul en ouvrant la portière de la voiture à Onega.
*
Arthur devait être couché, mais Miss Morrisson n’étai pas tranquille, il avait une drôle de mine tout à l’heure. Elle referma la porte de son appartement, posa le tube d’arnica sur la table de la cuisine et retourna dans son salon. Pablo dormait, paisible, dans son panier. Elle le prit dans ses bras et se cala dans le gros fauteuil face à la télévision. Son ouïe n’était plus très bonne mais ses yeux n’avaient rien perdu de leur acuité et elle avait bien remarqué comme Arthur avait le teint pâle.
*
– Tu fais la nuit ? demanda Betty.

– Je termine ma garde à deux heures du matin, répondit Lauren.

– Un lundi soir, pas une goutte de pluie, nous sommes encore loin de la pleine lune, tu verras, la nuit sera calme.

– Croisons les doigts, dit Lauren en attachant ses cheveux.

Betty allait profiter de cette accalmie pour ranger ses armoires à médicaments. Lauren se proposa de l’aider mais son bip retentit dans la poche de sa blouse. Elle reconnut le numéro sur le cadran, on avait besoin d’elle dans une chambre au second étage.
*
Paul et Onega avaient raccompagné Mathilde, avant d’aller faire une promenade nocturne au bout de Pier 39. C’est Onega qui avait choisi cet endroit, au grand étonnement de Paul. Les commerces à touristes, les restaurants bruyants et les attractions trop éclairées se succédaient le long de la grande jetée en bois surplombant l’océan. Tout au bout du ponton, sur l’esplanade battue par les embruns, une batterie de jumelles sur pied offraient, moyennant vingt cinq cents, une vue rapprochée de la prison d’Alcatraz, perchée sur son îlot au milieu de la baie. Devant les optiques, quelques plaques en cuivre rivées à la balustrade rappelaient aux visiteurs que les courants et les requins qui sillonnaient la baie n’avait jamais permis à un prisonnier de s’évader à la nage, « sauf Clint Eastwood », précisait entre parenthèse l’inscription.

Paul prit Onega par la taille. Elle se retourna pour le regarder droit dans les yeux.

– Pourquoi voulais-tu venir là ? demanda-t-il.

– J’aime cet endroit, les émigrants de mon pays racontent souvent leur arrivée à New York par bateau

et le bonheur qui les a envahi lorsque, entassés sur le pont du navire, ils ont enfin vu Manhattan se dévoiler dans la brume. Moi je suis venue par l’Asie en avion. La première chose que j’ai vu par le hublot quand nous avons traversé la couche de nuages, c’est la prison d’Alcatraz. Je l’ai interprété comme un signe que la vie m’envoyait. Ceux qui à New York ont vu la liberté l’ont souvent compromise ou gâchée, moi, j’aurai tout à gagner !

– Tu arrivais de Russie ? demanda Paul émue.

– D’Ukraine, malheureux, dit Onega en roulant les « r » avec beaucoup de sensualité. Ne dis jamais à un de mes compatriotes qu’il est Russe !Pour une telle ignorance, tu mérites que je ne t’embrasse plus, pendant quelques heures au moins, ajouta-t-elle en adoucissant sa voix.

– Quel âge avais-tu quand tu es arrivée ? questionna Paul, sous le charme.

Onega s’éloigna vers le bout de la jetée. Elle rit aux éclats.

– Je suis née à Sausalito, idiot ! J’ai fait mes études à Berkeley et je suis juriste à l’hôtel de ville. Si tu m’avais posé un peu plus de questions au lieu de parler tout le temps, tu le saurais déjà.

Paul se sentit ridicule, il s’appuya à la balustrade et regarda vers le grand large. Onega s’approcha et se serra contre lui.

– Pardonne-moi, mais tu étais tellement mignon que je n’ai pas pu m’empêcher de continuer à te faire marcher. Et puis ce n’était pas un gros mensonge ; à une génération près, cette histoire est vraie, c’est arrivé à ma mère. Tu me ramènes ? Je travaille tôt demain, dit-elle juste avant de poser ses lèvres sur celles de Paul.

*
La télévision était éteinte, Miss Morrisson aurait dû regarder son film, mais ce soir le cœur n’y était pas. Elle déposa Pablo à ses pieds et prit le double des clés de son voisin. Elle trouva Arthur inconscient, allongé au pied du canapé. Elle se pencha sur lui et lui tapota les joues. Il ouvrit les yeux. Le visage calme de Miss Morrisson se voulait rassurant, mais c’était tout le contraire. Il entendait sa voix dans le lointain et ne la voyait pas. Il essaya en vain de prononcer quelques paroles, il lui était difficile d’articuler. Sa bouche était desséchée. Miss Morrisson alla remplir un verre d’eau, et humecta ses lèvres.

– Restez tranquille, je vais appeler les secours tout de suite, lui dit-elle en caressant son front.

Elle se dirigea vers le bureau à la recherche du téléphone. Arthur réussit à tenir le verre de sa main droite, la gauche n’obéissait à aucune commande. Le liquide glacé coula dans sa gorge, il déglutit. Il voulut se relever mais sa jambe restait immobile. La vieille dame se retourna pour le surveiller, il avait reprit quelques couleurs. Elle allait soulever le combiné quand la sonnerie du téléphone retentit.

– Tu te fous de ma gueule ! hurla Paul.

– Par qui ai-je l’honneur de me faire engueuler ? demanda Miss Morrisson.

– Je ne suis pas chez Arthur ?
*
Le répit avait été de courte durée. Betty entra en trombe dans le box où Lauren dormait.

– Dépêche-toi, le dispatch vient de nous prévenir, dix ambulances arrivent. Une bagarre dans un bar.

– Les salles d’examens sont libres ? questionna Lauren en se levant d’un bond.

– Un seul patient, rien de grave.

– Alors sors-moi ce type de là et appelle du renfort, dix unités mobiles peuvent nous envoyer jusqu’à vingt blessés.
*
Paul entendit la sirène hurler dans le lointain, il jeta un coup d’œil à son rétroviseur. Par instants, il pouvait y voir scintiller les gyrophares des secours qui se rapprochaient de lui. Il accéléra, tambourinant d’inquiétude sur le volant. Sa voiture s’immobilisa enfin devant le petit immeuble où vivait Arthur. La porte du hall était ouverte, il se précipita vers la cage d’escalier, grimpa les marches en courant et arriva, haletant, dans l’appartement.

Arthur était allongé au pied du canapé, Miss Morrisson lui tenait la main.

– Il nous a fait une sacrée peur, dit-elle à Paul, mais je crois que cela va mieux. J’ai appelé une ambulance.

– Elle arrive, dit Paul en s’approchant de lui. Comment te sens-tu ? demanda-t-il à son ami, d’une voix qui masquait mal son inquiétude.

Arthur tourna la tête dans sa direction et Paul réalisa aussitôt que quelque chose clochait.

– Je ne te vois pas, murmura Arthur.

8.


Le secouriste s’assura que la civière était bien en place et referma la ceinture de sécurité. Il cogna à la vitre qui le séparait du conducteur, l’ambulance se mit en route. Penchée au balcon de l’appartement d’Arthur, Miss Morrisson regarda le véhicule de secours tourner au carrefour avant de disparaître toutes sirènes hurlantes. Elle referma la fenêtre, éteignit les lumières et rentra chez elle. Paul avait promis de l’appeler dès qu’il en saurait un peu plus. Elle s’assit dans son fauteuil, attendant dans le silence que le téléphone sonne.

Paul avait prit place au côté du secouriste qui surveillait la tension d’Arthur. Son ami lui fit signe de s’approcher.

– Il ne faut pas qu’il nous emmène au Memorial, murmura-t-il à son oreille. J’y étais tout à l’heure.

– Raison de plus pour y retourner et leur faire un scandale. T’avoir laissé sortir dans cet état là relève de la faute professionnelle.

Paul s’interrompit, le temps de regarder Arthur d’un air circonspect.

– Tu l’as vue ?

– C’est elle qui m’a examiné.

– Je ne te crois pas !

Arthur tourna la tête sans répondre ;

– C’est pour ça que tu as fait ce malaise, mon vieux ; tu as le syndrome du cœur brisé, tu souffres depuis trop longtemps.

Paul ouvrit la petite lucarne de séparation et demanda au chauffeur vers quel hôpital ils se dirigeaient.

– Mission San Pedro, répondit le conducteur.

– Parfait, maugréa Paul avant de fermer la vitre.

– Tu sais, j’ai croisé Carol-Ann cet après-midi, murmura Arthur.

Paul le regarda, cette fois l’air compatissant.

– Ce n’est pas grave, détends-toi, tu délires un petit peu et tu crois revoir toutes tes ex petites amies, mais ca va passer.

L’ambulance arriva à destination dix minutes plus tard. Dès que les brancardiers entrèrent dans le hall désert du Mission San Pedro Hospital, Paul réalisa l’idiotie qu’il avait commise en les laissant venir ici. L’infirmière Cybile abandonna son livre et sa guérite pour conduire les ambulanciers vers une salle d’examens. Ils installèrent Arthur sur le lit et prirent congé.

Pendant ce temps, Paul complétait le rapport d’accident au comptoir de l’accueil. Il était plus de minuit quand Cybile revint vers lui ; elle avait déjà beeper l’interne de service et jura qu’il ne tarderait pas à venir. Le docteur Brisson achevait sa visite d’étage. Dans la salle d’examens, Arthur ne souffrait plus, il plongeait doucement dans les limbes d’un sommeil abyssal. La migraine avait enfin cessé, comme par enchantement. Et depuis que la douleur s’était envolée, Arthur, heureux, voyait à nouveau…

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