Marc Levy a publié huit romans








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La roseraie était splendide, éclatante de roses de mille couleurs. Une cardinale blanche, d’une taille comme il n’en avait encore jamais vu, s’ouvrait devant lui. Miss Morrisson arriva en fredonnant. Elle prit soin de couper la fleur bien au-dessus du nœud formé par la tige et l’emporta sous la véranda. Elle s’installa confortablement sur la balancelle, Pablo dormait à ses pieds Elle préleva les pétales un à un et se mit à les coudre sur la veste en tweed avec une infinie délicatesse. C’était une belle idée de les utiliser ainsi pour remplacer la poche manquante. La porte de la maison s’ouvrit, sa mère descendit les marches du perron. Elle portait, sur un plateau en osier, une tasse de café et quelques biscuits pour le chien. Elle se pencha vers l’animal pour les lui donner.

C’est pour toi, Kali, dit-elle.

Pourquoi Miss Morrissson ne disait-elle pas la vérité à Lili ? Ce petit chien répondait au nom de Pablo, quelle idée étrange de l’appeler Kali.

Mais Lili ne cessait de répéter de plus en plus fort « Kali, Kali, Kali » et Miss Morrisson qui se balançait de plus en plus haut répétait à son tour en riant : « Kali, Kali, Kali ». Les deux femmes se tournèrent vers Arthur et signifièrent d’un doit autoritaire posé sur leurs lèvres qu’il fallait qu’il se taise. Arthur était furieux. Cette complicité soudaine l’agaçait au plus haut point. Il se leva et le vent de même. L’orage arrivait de l’océan, à grande vitesse. De lourdes gouttes ricochèrent sur la toiture. Les nuages gorgés d’eau qui s’étalaient dans le ciel de Carmel éclataient sans manière au-dessus de la roseraie. Sous les impacts de la pluie, des dizaines de petits cratères se formaient dans la terre, tout autour de lui. Miss Morrisson abandonna la veste sur la balancelle et rentra pour se protéger à l’intérieur de la maison. Pablo la suivit aussitôt, la queue entre les jambes, mais sur le pas de la porte, l’animal fit volte-face, aboyant comme pour prévenir d’un danger. Arthur appela sa mère, il cria de toutes ses forces pour lutter contre le vent qui repoussait les mots dans sa gorge. Lili se retourna, elle regarda son fils, son visage semblait si désolé, et puis elle disparut, avalée par l’ombre du couloir. Grinçant de tous ses gonds, le volet accroché à la fenêtre du bureau giflait la façade. Pablo avança jusqu’à la première marche du perron, il hurlait à la mort. En contrebas de la demeure, l’océan se déchirait. Arthur pensa qu’il serait impossible d’atteindre la grotte au pied de la falaise. C’était pourtant l’endroit idéal pour se cacher. Il regarda au loin, vers la baie, la houle voluptueuse lui communiqua une violente nausée.
Il eut un haut-le-cœur et se pencha en avant.

– Je ne suis pas sûr que je vais supporter ça longtemps, dit Paul, le bassinet à la main.

Infirmière Cybile retenait Arthur par les épaules pour qu’il ne tombe pas de la table d’examen à chacun des spasmes qui le secouaient.

– Il va bientôt venir ce connard de médecin ou il faut que j’aille le chercher avec une batte de base-ball ? Tempêta Paul.
*
Au dernier étage du Mission San Pedro Hospital. Assis sur une chaise dans l’obscurité de la chambre d’un malade, l’interne Brisson était en conversation téléphonique avec sa petite amie. Elle avait décidé de le quitter et l’appelait de chez lui, détaillant la liste des incompatibilités qui ne leur laissaient d’autre issue que de se séparer. Le jeune docteur Brisson refusait d’entendre qu’il était égoïste et arriviste et Véra Zlicker refusait, elle, de lui avouer que son ex-petit ami l’attendait en bas dans une voiture pendant qu’elle était en train de faire sa valise. Et puis cette conversation ne pouvait se poursuivre depuis une chambre d’hôpital, même leur rupture aurait manqué d’intimité, conclut-elle. Brisson approcha son portable du moniteur cardiaque pour faire entendre à Véra les bips faibles et réguliers du cœur de son patient. Il précisa d’une voix pincée que, dans son état, celui-ci ne risquait pas de les déranger.

Se demandant si le tee-shirt qu’elle était en train de plier était bien à elle, Véra marqua une courte pause. Il lui était très difficile de se concentrer sur deux sujets en même temps.

Brisson crut qu’elle hésitait enfin, mais Véra demanda alors s’il n’était pas imprudent de continuer cette conversation, on lui avait toujours dit que les téléphones portables perturbaient les appareils médicaux. L’interne vociféra qu’à cette minute précise il s’en fichait pas mal et ordonna à sa déjà ex petite amie d’avoir au moins la courtoisie d’attendre son retour de garde, au matin.

Exaspéré, Brisson coupa le beeper qui retentissait pour la troisième fois dans sa poche ; à l’autre bout de la ligne téléphonique, Véra venait de raccrocher.
*
La veinule située à l’arrière du cerveau avait souffert au moment du choc dans la vitrine. Au cours des trois premières heures qui suivirent l’accident, une quantité minime de sang filait du vaisseau endommagé, mais en début de soirée l’hémorragie était suffisante pour provoquer les premiers troubles de l’équilibre et de la vision. Mille milligrammes d’aspirine ingérés par voie sublinguale avait modifié la donne de façon significative. Dix minutes suffirent aux molécules d’acide acétylsalicylique pour fluidifier le sang auquel elles se mélangeaient. Au travers de la blessure, le liquide s’épancha tout autour du cerveau comme un fleuve déborde de son lit. Alors qu’Arthur était en route pour l’hôpital, l’hémorragie ne trouva plus de territoire pour accueillir sa progression sous la voûte du crâne, elle se mit alors à comprimer les méninges.

La première des trois membranes qui recouvraient l’encéphale réagit aussitôt. Croyant à une forme d’infection, elle joua le rôle qui lui était attribué. A vingt deux heures dix, elle s’enflammait pour tenter de contenir l’agresseur. Dans quelques heures, l’hématome qui se formait autour aurait suffisamment comprimé le cerveau pour entraîner l’arrêt des fonctions vitales. Arthur sombrait dans l’inconscience. Paul retourna chercher l’infirmière ; elle le prit de bien vouloir attendre sur un fauteuil, l’interne de garde était très à cheval sur le respect du règlement. Paul n’avait pas le droit de se trouver de ce côté de la vitre.

Brisson appuya, rageur, sur le bouton du rez-de-chaussée.
*
Non loin de là, les portes de l’ascenseur s’ouvraient sur le hall des urgences d’un autre hôpital. Lauren avança jusqu’à la guérite de l’accueil et prit un nouveau dossier des mains de Betty.

L’homme âgé de quarante cinq ans était arrivé avec une plaie profonde à l’abdomen, suite à un fâcheux coup de couteau. Juste après son admission, la saturation avait chuté en deçà du seuil critique, signe d’une importante hémorragie. Son cœur montrait les signes d’une fibrillation imminente et Lauren s’était décidée à intervenir chirurgicalement avant qu’il ne soit trop tard. Elle avait pratiqué une franche incision pour aller clamper la veine qui saignait abondamment ; mais en se retirant, l’arme blanche avait commis d’autres dégâts. Dès que la pression sanguine du blessé remonta, plusieurs autres dissections se développèrent en aval de la première blessure.

Lauren avait dû plonger sa main dans le ventre de l’homme ; du pouce et de l’index, elle avait pincé toute une partie de l’intestin grêle pour stopper les principaux saignements.

La prise avait été habile et déjà la tension remontait. Betty avait pu reposer les poignées du défibrillateur qu’elle tenait à bout de bras et d’augmenter le débit de la perfusion de molécules.

Lauren se trouvait dans une posture peu confortable, il lui était désormais impossible de se libérer, la pression qu’elle maintenait était vitale.

Quand l’équipe de chirurgie arriva, cinq minutes plus tard, Lauren dut les accompagner jusqu’au bloc, la main dans l’abdomen de son patient.

Vingt minutes après, le chirurgien en charge lui signifia qu’elle pouvait retirer sa main et les laisser finir, l’hémorragie était contenue.

Le poignet engourdi, Lauren était redescendue vers le hall des urgences où l’encombrement de blessés était, lui, loin de se résorber.
*
Brisson entra dans le box. Il prit connaissance du dossier et releva les constantes vitales d’Arthur, elles étaient stable. Dès lors, seul l’état de somnolence pouvait être inquiétant. N’obéissant pas aux consignes de l’infirmière, Paul interpella l’interne dès qu’il sortit de la salle d’examens.

Le médecin de garde le pria aussitôt d’aller attendre dans la zone réservée au public. Paul rétorqua que dans cet hôpital désert, les murs ne s’offusqueraient pas qu’il franchisse de quelques mètres une ligne jaune tracée sur le sol assez défraîchi d’ailleurs. Brisson gonfla le torse et lui montra d’un doigt autoritaire que si conversation il devait y avoir, elle se tiendrait de l’autre côté de la ligne en question.

Hésitant entre étrangler l’interne tout de suite ou attendre d’avoir pris connaissance de son diagnostic, Paul obtempéra. Satisfait, le jeune médecin indiqua qu’il ne pouvait rien prédire pour l’instant. Il enverrait Arthur à la radiographie dès que possible. Paul parla de scanner, mais l’hôpital n’es disposait pas. Brisson le rassura du mieux qu’il le pouvait, si les clichés radiographiques laissaient apparaître le moindre problème, il ferait transférer Arthur dès le lendemain vers un centre d’imagerie médicale.

Paul demanda pourquoi on ne pouvait pas le transférer maintenant, mais le jeune médecin opposa son véto. Depuis son admission au Mission San Pedro Hospital, Arthur était sous sa seule responsabilité. Cette fois Paul réfléchit à l’endroit où il pourrait bien cacher le corps de l’interne après la strangulation.

Brisson fit demi-tour et remonta vers les étages. Il allait chercher un appareil de radiographie mobile. Dès qu’il eut disparu, Paul entra dans le box et secoua Arthur.

– Ne t’endors pas, tu ne dois pas te laisser aller, tu m’entends ?

Arthur ouvrit les paupières, il avait le regard vitreux et chercha à tâtons la main de son ami.

– Paul tu te souviens du jour précis de la fin de notre adolescence ?

– Ce n’est pas très difficile, c’était tout à l’heure !... Tu as l’air d’aller mieux, tu devrais te reposer maintenant.

– Quand nous sommes revenus de la pension, les choses n’était plus à leur place ; tu as dit « un jour on n’est plus chez soi là où on a grandi ». Moi je voulais revenir en arrière mais pas toi.

– Garde tes forces, nous aurons le temps de parler de tout cela plus tard.

Paul regarda Arthur, il prit une serviette et fit couler de l’eau au robinet de la vasque. Il serra le linge et le posa sur le front de son ami. Arthur semblait soulagé.

– Je lui ai parlé aujourd’hui. Pendant tout ce temps, quelque chose au fond de moi me disait que j’entretenais peut être une illusion. Qu’elle était un refuge, une façon de se rassurer, parce qu’à vouloir atteindre l’inaccessible on ne court pas de risque.

– C’est moi qui t’ai dit ça ce week-end, crétin, maintenant oublie mes âneries philosophiques, j’étais juste en colère.

– Qu’est-ce qui te mettais en colère ?

– Que nous n’arrivions plus à être heureux au même moment. Pour moi, c’est ça vieillir.

– C’est bien de vouloir vieillir, tu sais, c’est une drôle de chance. Il faut que je te confie un secret. Quand je regarde des personnes âgées, souvent je les envie.

– De leur vieillesse ?

– D’y être arrivé, d’avoir vécu jusque là !

Paul regarda le tensiomètre. La pression sanguine avait encore baissé, il serra les poings, convaincu qu’il fallait agir. Ce toubib allait tuer ce qu’il avait de plus précieux au monde, l’ami qui valait pour lui toute une famille.

– Même si je ne m’en sors pas, ne dit rien à Lauren.

– Si c’est pour raconter des trucs aussi idiots, économise tes mots.

Et Arthur sombra à nouveau, sa tête roula sur le côté de la civière. Il était une heure cinquante deux et à la pendule de la salle d’examens, la trotteuse continuait son tic-tac sournois .Paul se leva et força Arthur à rouvrir les yeux.

– Tu vas vieillir encore longtemps, mon crétin, je vais m’en occuper et quand tu seras pétri de rhumatismes, quand tu ne pourras même plus soulever ta canne pour me taper dessus, je te dirais que c’est à cause de moi que tu souffres, qu’un des pires soirs de ma vie j’aurais pu t’éviter tout ça. Mais tu n’avais qu’à pas commencer.

– Jai commencé quoi ? demanda Arthur.

– A ne plus t’amuser des mêmes choses que moi, à être heureux d’une façon que je ne comprenais pas, à m’obliger à vieillir aussi.

Brisson entra dans la salle d’examens accompagné de l’infirmière qui poussait le chariot de radiographie.

– Vous, sortez tout de suite ! cria-t-il à Paul d’un ton courroucé.

Paul le regarda de pied en cap, jeta un œil à la machine que l’infirmière Cybile mettait en place à la tête du lit et s’adressa à elle d’une voix posée.

– Ca pèse dans les combiens ce truc-là ?

– Bien trop lourd pour mes reins quand je dois pousser ce satané appareil.

Paul se retourna brusquement et saisit Brisson par le col de sa blouse. Il lui détailla d’une façon un peu ferme les amendements au règlement du Mission San Pedro Hospital qui entrerait en vigueur à la minute où il relâcherait son emprise.

– Et là, vous avez bien compris ce que j’ai dit ? ajouta-t-il, sous le regard amusé de l’infirmière Cybile.

Libéré, Brisson exagéra une quinte de toux qui cessa au premier mouvement de sourcil de Paul.

– Rien qui m’inquiète, dit l’interne, dix minutes plus tard, en consultant les clichés accrochés au panneau lumineux.

– Mais est-ce que cela inquièterait un médecin ? demanda Paul.

– Tout cela peut attendre demain matin, répondit Brisson d’un ton pincé. Votre ami est juste sonné.

Brisson ordonna à l’infirmière de ramener l’appareil en salle de radiologie, mais Paul s’interposa.

– L’hôpital n’est peut être pas le dernier refuge de la galanterie, mais on va faire un essai quand même ! dit-il.

Dissimulant mal sa rage, Brisson s’exécuta et reprit le chariot des mains de Cybile. Dès qu’il eut disparu dans l’ascenseur, l’infirmière tapota à la vitre de sa guérite et fit signe à Paul de venir la voir.

– Il est en danger, n’est-ce pas ? demanda Paul de plus en plus anxieux.

– Je ne suis qu’infirmière, mon avis compte vraiment.

– Plus que celui de certains toubibs, l’assura Paul.

– Alors écoutez-moi bien, murmura Cybile. J’ai besoin de ce job, si un jour vous faites un procès à cet abruti, je ne pourrais pas témoigner. Ils sont aussi corporatistes que les flics ; ceux qui parlent en cas de bavure peuvent ensuite chercher du boulot à vie. Plus aucun hôpital ne les engage. Il n’y a de place que pour ceux qui se serrent les coudes quand il y a un pépin. Les cols blancs oublient que chez nous les pépins sont des êtres humains. Cela dit, tirez-vous d’ici tous les deux avant que Brisson ne le tue.

– Je ne vois pas comment, et où voulez-vous qu’on aille ?

– Je serais tentée de vous dire que seul le résultat compte, mais fiez-vous à mon instinct, dans son cas le temps compte aussi.

Paul faisait les cent pas, furieux contre lui-même. Dès qu’ils étaient entrés dans cet hôpital, il avait su que c’était une erreur. Il essaya de retrouver son calme, la peur l’empêchait de trouver une solution.

– Lauren ?

Paul se précipita au chevet d’Arthur qui gémissait. Il avait les yeux grands ouverts et son regard semblait se fixer sur un autre monde.

– Désolé, ce n’est que moi, dit Paul en lui prenant la main.

La voix d’Arthur était saccadée. ;

– Jure-moi… Sur ma tête… Que tu ne lui dira jamais la vérité.

– En ce moment je préfère jurer plutôt sur la mienne, dit Paul.

– Du moment que tu tiens ta promesse !

Ce furent là les dernières paroles d’Arthur. L’hémorragie noyait maintenant toute la partie arrière de son cerveau. Pour protéger les centres vitaux encore intacts, la formidable machine décidé de mettre hors service tous ses terminaux périphériques. Les centres de la vue de la parole, de l’ouïe et de la motricité avaient cessé d’être opérationnels. Il était deux heures vingt à la pendule de la salle d’examens. Arthur était désormais dans le coma.

9.


Paul arpentait le hall. Il prit son téléphone portable au fond de sa poche mais Cybile lui fit aussitôt comprendre qu’il était interdit d’en faire usage dans l’enceinte de l’établissement.

– Et quel appareil scientifique pourrait bien être perturbé ici, à par le distributeur de boissons ? cria-t-il.

Cybile réitéra l’interdiction d’un mouvement de tête et lui désigna le parking des urgences.

– Article 2 du nouveau règlement intérieur, insista Paul. Mon téléphone est autorisé dans le hall !

– Ca ne marche qu’avec Brisson, votre règlement, allez donc téléphoner dehors. Si la sécurité passe, je me fais virer.

Paul râla avant de franchir les partes coulissantes. Pendant de longues minutes, Paul continua à faire les cent pas sur le parking des ambulances, regardant défiler le répertoire téléphonique sur l’écran de son portable.

– Et merde, grommela-t-il à voix basse, c’est un cas de force majeure !

Il appuya sur une touche et le portable composa aussitôt un numéro préenregistré.

– Memorial Hospital, que puis-je faire pour vous ? interrogea la standardiste.

Paul insista pour qu’on lui passe les urgences. Il patienta quelques minutes. Betty prit l’appel. Une ambulance, lui expliqua-t-il, avait conduit chez eux, en début de soirée, un jeune homme percuté par un side-car sur Union Square.

Betty demanda aussitôt à son interlocuteur s’il était un membre de la famille de la victime, Paul répondit qu’il était son frère, il mentait à peine. L’infirmière se souvenait très bien de ce dossier. Le patient avait quitté l’hôpital par ses propres moyens vers vingt et une heures. Il était en bonne santé.

– Pas vraiment, reprit Paul, pouvez-vous me passer le médecin qui s’est occupé de lui ? Je crois que c’était une femme. C’est urgent, ajouta-t-il.

Betty comprit qu’il y avait un problème, ou plutôt que l’hôpital risquait d’avoir un problème. Dix pour cent des patients reçus aux urgences revenaient dans les vingt quatre heures, en raison d’une erreur ou d’une sous-estimation de diagnostique. Le jour où les procès coûteraient plus d’argent que n’en économisaient les réductions d’effectifs, les administrateurs prendraient enfin les mesures que le corps médical ne cessait de réclamer. Elle replongea dans ses fiches à la recherche du double de celle d’Arthur.

Betty ne décela aucun manquement au protocole d’examen ; rassurée, elle tapota à la vitre, Lauren remontait le couloir. Elle lui fit signe de venir la voir, il y avait un appel pour elle.

– Si c’est ma mère, dis-lui que je n’ai pas de temps. Je devrais être partie depuis une demi-heure et j’ai encore deux patients à traiter.
– Si c’était ta mère qui appelait à deux heures trente du matin, je te la passerais même au bloc opératoire. Prends-moi ce téléphone, ça semble important.

Perplexe, Lauren porta le combiné à son oreille.

–Vous avez examiné ce soir un homme qui a été renversé par un side-car, vous vous en souvenez ? dit la voix dans l’appareil.

– Oui très bien, répondit Lauren, vous êtes de la police ?

– Non, je suis son meilleur ami. Votre patient a fait un malaise en rentrant chez lui. Il est inconscient.

Lauren sentit son cœur accélérer dans sa poitrine.

– Appelez immédiatement le 911 et amenez-le-moi ici tout de suite, je l’attendrai !

– Il est déjà hospitalisé. Nous sommes au Mission San Pedro Hospital et ça ne va pas bien du tout.

– Je ne peux rien faire pour votre ami s’il est déjà dans un autre hôpital, répondit Lauren. Mes collègues s’occuperont très bien de lui, j’en suis certaine. Je peux leur parler si vous le souhaitez mais à part signaler une légère tachycardie, je n’ai rien de particulier à leur indiquer, tout était normal quand il est parti d’ici.

Paul décrivit la condition dans laquelle Arthur se trouvait ; le docteur en charge prétendait qu’il n’y avait pas de danger à attendre jusqu’au matin, mais il ne partageait pas du tout cet avis, il fallait être un âne pour ignorer que son meilleur ami n’allait pas bien du tout.

– Il m’est difficile de contredire un confrère sans avoir pu consulter moi-même les radios. Que dit le scanner ?

– Il n’y a pas de scanner ! dit Paul.

– Quel est le nom de l’interne de garde ? demanda Lauren.

– Un certain docteur Brisson, dit Paul.

– Patrick Brisson ?

– Il y avait écrit « Pat » sur sa plaque, ça doit être ça, vous le connaissez ?

– Je l’ai connu en quatrième année de médecine, c’est effectivement un âne.

– Qu’est-ce que je dois faire ? supplia Paul.

– Je n’ai absolument pas le droit d’intervenir, mais je peux essayer de lui parler au téléphone. Avec l’accord de Brisson, nous pourrions organiser le transfert de votre ami et lui faire passer un scanner dès cette nuit. Le nôtre est ouvert vingt quatre heures sur vingt quatre. Pourquoi n’êtes-vous donc pas venu tout de suite ici ?

– C’est une longue histoire et nous avons peu de temps.

Paul aperçut l’interne qui entrait dans la guérite de Cybile ; il pria Lauren de rester en ligne et traversa le hall en courant. Il arriva haletant devant Brisson et lui colla son portable sous l’oreille.

– C’est un appel pour vous, dit-il.

Brisson le regarda, étonné, et prit l’appareil.

L’échange de point de vue entre les deux médecins fut bref. Brisson écouta Lauren et la remercia d’une aide qu’il n’avait pas sollicitée. L’état de son patient était sous contrôle, ce qui était loin d’être le cas de la personne qui l’accompagnait ; cet homme l’avait inutilement dérangée, avait une certaine tendance à l’hystérie. Pour se débarrasser de lui, il avait même failli appeler la police.

Maintenant que Lauren était rassurée, il allait raccrocher, ravi d’avoir eu de ces nouvelles après toutes ces années, et avec l’espoir de la revoir, pour un café ou pourquoi pas in dîner. Il coupa la communication et rangea l’appareil dans sa poche.

– Alors ? demanda Paul, les pieds qui mordaient la ligne jaune.

– Je vous rendrais votre téléphone quand vous partirez d’ici ! dit Brisson d’un air hautain. Leur usage est interdit dans l’enceint de l’établissement. Cybile vous l’a probablement déjà signifié.

Paul se posta devant le médecin et lui barra la route.

– Bon, d’accord, je vous le restitue, mais vous me jurer de sortir sur le parking si vous avez d’autres appels ? reprit Brisson beaucoup moins fier.

– Qu’a dit vitre confrère ? demanda Paul en arrachant son portable des mains de l’interne.

– Qu’elle me faisait confiance, ce qui d’évidence n’est pas le cas de tout le monde.

Brisson pointa du doigt l’inscription qui délimitait la zone réservée exclusivement au personnel médical.

– Si vous repassez encore une fois de l’autre côté de cette ligne, ne serait-ce que pour parcourir dix centimètres dans ce corridor, Cybile appellera la police et je vous ferai évacuer. J’espère que j’ai été assez clair.

Et Brisson tourna les talons avant de s’éloigner dans le couloir. L’infirmière en chef Cybile haussa les épaules.
*
Lauren venait de faire hospitaliser le dernier des blessés de la rixe du bar.

Une infirmière stagiaire lui demanda d’examiner sa patiente. Il suffisait de regarder le tableau des horaires, explosa Lauren, pour vérifier que sa garde s’achevait à deux heures du matin. A presque trois heures, il était donc impossible que la personne à laquelle s’adressait la jeune infirmière soit encore Lauren. Emily Smith la regarda, interdite.

– Bon, d’accord, dans quel box est votre malade ? demanda-t-elle en la suivant, résignée.

Un petit garçon qui souffrait d’une forte fièvre se plaignait de douleurs à l’oreille. Lauren l’examina et diagnostiqua une otite carabinée. Elle prescrivit une ordonnance et pria Betty d’aider la jeune stagiaire à administrer les soins appropriées. Fourbue, elle quitta enfin les urgences, sans même prendre le temps d’enlever sa blouse.

En traversant le parking désert, Lauren rêvait d’un bain, d’une couette et d’un gros oreiller. Elle consulta sa montre, sa prochaine garde débutait dans moins de seize heures, il lui aurait fallu le double de sommeil pour tenir le coup jusqu’à la fin de la semaine.

Elle prit place au volant et attacha sa ceinture. La voiture s’engagea dans Potrero Avenue et bifurqua dans la 23ième rue.

Lauren aimait rouler dans San Francisco au milieu de la nuit quand la ville calme s’offrait à elle. L’asphalte défilait sous les roues de son cabriolet. Elle alluma la radio et passa la troisième vitesse. La Triumph filait sous la voûte étoilée d’un magnifique ciel d’été.
Les services de la ville réparaient les canalisations au croisement de MC Allister Street, la circulation était bloquée. Le chef de chantier se pencha à la portière de la Triumph, son équipe n’en avait plus que pour quelques minutes. La rue était à sens unique, Lauren songea à faire marche arrière, mais la présence d’une voiture de police qui balisaient la zone où les ouvriers intervenaient la fit renoncer.

La silhouette du Mission San Pedro Hospital se dessinait dans son rétroviseur, l’établissement se situait à deux pâtés de maison derrière elle.

Le chauffeur referma la bâche du camion municipal avant de remonter dans sa cabine. Sur le côté du véhicule, une publicité de la prévention routière mettait en garde le citoyen. « Il suffit d’une seconde de négligences… »

Le policier fit signe à Lauren qu’elle pouvait enfin passer. Elle se faufila entre les engins de chantier qui abandonnaient le centre de la chaussée pour se regrouper le long du trottoir. Mais au feu, elle changea d’itinéraire. De mémoire d’interne, elle n’avait jamais connu d’étudiant plus imbu de lui-même que Brisson.

Appuyé à la vitre qui donnait sur le parking désert, Paul réfléchissait. Gyrophares éteints, une ambulance au sigle de l’établissement hospitalier s’immobilisa sur un emplacement réservé aux véhicules de secours. Le chauffeur descendit, verrouilla les portières et entra dans le hall de l’hôpital. Après avoir salué l’infirmière de garde, il accrocha son trousseau à un petit clou planté au mur de la guérite. Cybile lui remit la clé d’une salle d’examens, il la remercia et alla se coucher dans un des box inoccupés.

Par la baie vitrée, Paul contemplait l’ambulance. Une Triumph verte vint se ranger juste à côté.

Il reconnut aussitôt la jeune femme qui se dirigeait d’un pas décidé vers les portes automatiques du sas des urgences. Elle fit demi-tour au milieu du parking, ôta sa blouse et la jeta en boule dans le coffre de sa voiture. Quelques instants plus tard, elle entrait dans le hall. Paul vint à sa rencontre.

– Docteur Kline, je présume ?

– C’est vous qui m’avez appelée ?

– Oui, comment le savez-vous ?

– Il n’y a que vous dans ce hall. Et vous, comment avez-vous su qui j’étais ?

Gêné, Paul fixa le bout de ses chaussures.

– Je pris tous les dieux de la terre depuis deux heures pour qu’on me vienne en aide, vous êtes le premier messie à se présenter… Je vous ai vu enlever votre blouse sur le parking.

– Brisson est dans les parages ? interrogea Lauren.

– Pas loin, dans les étages.

– Et votre ami ?

Paul désigna le premier box derrière la guérite de l’infirmière.

– Allons-y ! dit Lauren en l’entraînant.

Mais Paul hésita, il avait eu une petite altercation avec Brisson et ce dernier lui avait interdit de franchir la ligne jaune à l’entrée du couloir, sous peine de le faire expulser par la police. Il se demandait si en cas d’infraction Cybile mettrait la sentence à exécution. Lauren soupira ; cette attitude de petit caporal collait bien à l’interne qu’elle avait côtoyé en quatrième année de faculté. Elle invita Paul à ne pas compliquer la situation, elle irait le trouver seule et se présenterait comme la petite amie du patient.

– Ils me laisseront passer, le rassura-t-elle.

– Essayez quand même de l’appeler plutôt par son prénom, « patient », ça peut éveiller des soupçons.

Paul craignait que Brisson ne soit pas dupe de la supercherie.

– Nous ne nous sommes pas croisés depuis de nombreuses années, et vu le temps qu’il passe à se regarder lui-même, je doute qu’il reconnaisse le visage de s propre mère.

Lauren alla se présenter à la guérite de Cybile.

L’infirmière de garde posa son livre et sortit de sa cage de verre. La zone derrière elle n’était accessible qu’au personnel médical.
Mais en vingt ans de carrière elle avait acquis un flair infaillible : que la jeune femme qu’elle accompagnait vers le box soit ou non la petite amie du patient importait peu, elle était, avant tout, médecin. Brisson ne pourrait lui faire aucun reproche.

Lauren entra dans la pièce où Arthur reposait. Elle étudia les mouvements de la cage thoracique. La respiration était lente et régulière, la couleur de la peau, normale. Sous prétexte de prendre la main de son petit ami, elle étudia son pouls. Le cœur semblait battre moins vite que lors du précédent examen, bien que le rythme pulsatif ait augmenté sous ses doigts. Si elle réussissait à le tirer de ce mauvais pas, elle lui ferait passer un électrocardiogramme de contrôle et ce ? de grés ou de force.

Elle s’approcha du panneau lumineux où étaient suspendues les radiographies du crâne. Elle demanda à Cybile si c’était « des photos » du cerveau de son fiancé qui étaient exposées sur ce mur.

Cybile la regarda, dubitative, et leva les yeux au ciel.

– Je vais vous laissez avec votre « fiancé » ; vous devez avoir besoin d’intimité.

Lauren la remercia du fond du cœur.

Sur le pas de la porte l’infirmière se retourna et regarda à nouveau Lauren.

– Vous pouvez étudier les clichés de plus près, docteur, la seule chose que je vous recommande c’est de finir votre bilan avant que Brisson redescende. Je ne veux pas avoir d’ennuis. Et cela étant dit, j’espère que vous êtes meilleur médecin que comédienne.

Lauren entendit ses pas s’éloigner dans le couloir.

Elle s’approcha du tableau pour étudier attentivement les radios. Brisson était encore plus incapable qu’elle l’avait imaginé. Un bon interne aurait suspecté l’épanchement hémorragique à l’arrière du crâne.

Cet homme sur la table devait être opéré au plus vite, elle redoutait déjà que le cerveau souffre du temps perdu. Pour confirmer son diagnostique, il fallait lui faire passer un scanner de toute urgence.

Les mains dans les poches de sa blouse, Brisson entra dans la guérite de Cybile.

– Il est encore là, celui-là ? s’étonna-t-il en désignant Paul assis sur une chaise à l’autre bout du hall.

– Oui, et son ami est toujours dans le box, docteur.

– Il s’est réveillé ?

– Non, mais il respire très bien et ses constantes sont stables, je viens de les prendre.

– Vous croyez à un risque d’hématome intracrânien, vous ? s’enquit Brisson d’une voix faible.

Cybile fouilla dans ses papiers pour ne pas croiser le regard du médecin, sa foi dans le genre humain approchait son seuil de tolérance.

– Je ne suis qu’une infirmière, vous me l’avez suffisamment remarqué depuis que vous êtes chez nous, docteur.

Brissson adopta aussitôt une attitude plus assurée.

– Ne soyez pas insolente ! Je peux vous faire muter quand je veux ! Ce type est juste sonné, il va récupérer. Au matin, nous lui ferons passer un scanner, par précaution. Remplissez-moi une fiche de transfert et cherchez-moi un scan libre dans une clinique du quartier ou dans un centre d’imagerie.

Dites bien que le docteur Brisson en personne souhaite que l’examen soit pratiqué dans la matinée.

– Je n’y manquerais pas, grommela Cybile.

En s’engageant dans le couloir, il entendit l’infirmière lui crier qu’elle avait autorisé la compagne du patient à lui rendre visite dans la salle d’examens.

– Sa femme est là, demanda Brisson en se retournant.

– Sa petite amie !

– Ne hurlez pas comme ça, Cybile, nous sommes dans un hôpital !

– Il n’y a que nous, docteur, dit Cybile. Et heureusement, murmura-t-elle dès que Brisson s’éloigna.

L’infirmière retourna à sa guérite. Paul la fixait du regard, elle haussa les épaules.

Il entendit la porte de la salle d’examens se refermer sur les pas de l’interne, hésita quelques secondes et se leva pour franchir d’un pas volontaire la ligne jaune.

Brisson se présenta à la jeune femme assise sur le tabouret à côté de son fiancé.

– Bonjour, Lauren. Ca fait un sacré bail.

– Tu n’as pas changé, répondit-elle.

– Toi non plus.

– A quoi joues-tu avec ce patient ?

– Qu’est-ce que cela peut bien te faire ? Tu manques de clients au Mémorial ?

– Je suis là parce que cet homme était mon patient en début de soirée, je sais que cela peut te paraître déroutant, mais certains d’entre nous font ce métier par amour de la médecine.

– Tu veux dire, ont peur d’avoir des ennuis parce qu’ils ont peut être sous-estimés la condition clinique d’un blessé avant de la laisser quitter leur service.

Le ton de Lauren monta d’un cran, et sa voix résonna dans le couloir.

– Tu te trompes, mais apparemment ce ne sera pas la plus grave erreur d’appréciation que tu auras faites ce soir. Je suis ici parce que le copain de ce type m’a appelé au secours, et même par téléphone j’ai pu me rendre compte que tu t’étais encore gouré de diagnostique.

– Tu as peut être quelque chose à me demander pour être aussi aimable ?

– A te demander, certainement pas, à te conseiller ! Je vais appeler le Mémorial et les prier de m’envoyer une ambulance pour rapatrier cet homme à qui l’on doit probablement faire une ponction intracrânienne dans les plus brefs délais. Tu vas me laisser intervenir, et en contrepartie je te laisserai modifier ton rapport d’examen. Tu auras prescrit le transfert toi-même et ton chef de service te congratulera. Penses-y, un patient sauvé, ca ne peut pas faire de tort à ta carrière.

Brisson accusa le coup, il s’avança vers Lauren et lui ôta des mains les clichés de radiographie.

– C’est ce que j’aurai fait si j’avais pensé que son état de santé justifiait de tel dépenses. Mais ce n’est pas le cas, il va bien et il se réveillera demain matin avec une salle migraine. En attendant, Je t’autorise à sortir de mon hôpital et à retourner dans le tien.

– Cet endroit est au mieux un dispensaire ! reprit Lauren.

Elle arracha une radio des mains de Brisson et l’accrocha au tableau lumineux. Le cliché était pris depuis la face.

Elle délimita l’épiphyse calcifiée.

La petite glande aurait dû se trouver parfaitement à cheval de la ligne médiane qui délimite les deux hémisphères du cerveau, mais sur cette image elle était décalée.

Ce qui laissait présumer une compression anormale à l’arrière du cerveau.

– Tu n’es pas capable d’interpréter cette anomalie ? reprit-elle en criant.
– Ce n’est qu’un défaut sur le cliché, l’appareil portable est de mauvaise qualité ! répondit Brisson avec la voix d’un petit garçon surpris la main dans le pot de confiture.

– L’épiphyse est décalée de la ligne médiane, et la seule explication possible est la formation d’un hématome pariétaux-occipital. Ton entêtement va tuer cet homme et je te jure que je te le ferais regretter.

Brisson se ressaisit, gonflé d’orgueil, il avança vers Lauren, l’obligeant à reculer vers la porte du box.

– Il faudra d’abord que tu justifies ton intrusion dans ces lieux, ta présence dans une salle d’examens où tu n’as ni autorité ni légitimité. Dans cinq minutes je téléphone aux flics pour te faire déguerpir, à moins que tu ne préfères que nous allions prendre un café quelque part ? C’est très calme ce soir, je peux m’absenter quelques instants.

Lauren toisa le résident, ses lèvres tremblaient de colère.

Appuyé au mur, le bras négligemment posé au dessus de son épaule, Brisson approcha son visage. Elle le repoussa sans ménagement.

– A la faculté, Patrick, tu transpirais déjà la concupiscence et la jalousie. La personne que tu as le plus déçu dans la vie c’est toi-même et tu as décidé de le faire payer aux autres. Si tu continues, cet homme s’en sortira sur une chaise roulante dans le meilleur des cas.

D’un geste brutal, Brisson la chassa vers la porte.

– Fous le camp d’ici avant que je te fasse arrêter. Barre-toi, et transmet mes amitiés à Fernstein ; dis-lui qu’en dépit de son jugement sévère je m’en sors très bien. Quant à lui, dit-il en désignant Arthur, il reste là, c’est mon patient !

Les veines de Brisson saillaient de rage. Lauren avait retrouvé son calme. Elle posa une main compatissante sur l’épaule de l’interne.

– Dieu que je plais ton entourage ; je t’en supplie, Patrick, si il y a encore en toi un brin d’humanité, reste célibataire !

Paul entra brusquement dans la pièce, les yeux ivres d’émotion. Brisson sursauta.

– Est-ce que je viens de vous entendre dire qu’Arthur allait être paralysé ?

Il regardait Brisson avec l’envie irrésistible de l’étrangler pour de bon quand l’infirmière Cybile apparut à son tour. Elle s’excusa auprès du résident, elle avait fait tout son possible pour retenir Paul, elle n’avait pas eu la force physique nécessaire pour lui interdire l’accès au couloir.

– Cette fois vous êtes allés trop loin tous les deux, Cybile, Appelez les flics tout de suite ! Je porte plainte.

Brisson jubilait, l’infirmière s’approcha, sortit la main de sa poche et glissa quelque chose dans celle de Lauren. La jeune interne identifia aussitôt l’objet et comprit l’intention de l’infirmière. Elle la remercia d’un œil complice et, sans aucune hésitation, elle planta la seringue dans le cou de Brisson et appuya sur le piston.

Le résident la regarda, stupéfait, il recula, cherchant à ôter l’aiguille de sa nuque, mais il était trop tard et déjà le sol se dérobait sous ses pieds. Lauren fit un pas pour le retenir dans sa chute.

– Valium et hypnovel ! Il va faire un très grand voyage, annonça Cybile, humblement.

Aidée de Paul, Lauren allongea Brisson à terre.

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