Marc Levy a publié huit romans








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– Je ne faisais que regarder.

– Regardez avec vos yeux, pas avec vos doigts ! Vous n’avez pas le droit d’être là, si Fernstein me voit avec vous je vais en prendre…
– … Pour deux bonnes heures de réprimande, poursuivit la voix du vieux professeur qui sortait d’un haut-parleur. Vous avez décidé de saboter votre carrière pour contrarier ma retraite ou vous agissez par pure inconscience ?

Lauren se retourna, Fernstein la dévisageait depuis le sas de préparation de l’autre côté de la vitre.

– C’est vous qui m’avez fait prêter serment d’Hippocrate, je respecte mes engagements, voilà tout ! répondit Lauren dans l’intercom.

Fernstein se pencha sur la console, il appuya sur le bouton du micro pour s’adresser à ce « médecin » qu’il ne connaissait pas.

– Je lui ai fait jurer de donner son corps à la médecine, je pense que lorsque les générations futures étudieront son cerveau, la science fera de grands progrès dans la compréhension du phénomène de l’entêtement.

– Ne vous inquiétez pas, depuis qu’il m’a sauvée sur la table d’opération, il me prend pour sa créature ! reprit Lauren à l’attention de Paul en ignorant totalement Fernstein.

Elle s’empara d’un rasoir stérile dans un tiroir et d’une paire de ciseau, découpa la chemise d’Arthur et en jeta les lambeaux dans une corbeille. Paul ne put réfréner un sourire en la voyant débarrasser le torse d’Arthur de toute pilosité.

– Cette coupe va beaucoup lui plaire à son réveil ! dit-il.

Lauren apposa des électrodes aux poignets, aux chevilles et en sept points autour du cœur d’Arthur. Elle relia les fils électriques à l’électrocardiographe et vérifia le bon fonctionnement de la machine. Un tracé lent et régulier s’afficha sur l’écran vert luminescent.

– Je suis devenue son grand jouet ! Je me fais en-

gueuler si je fais trop d’heures, je me fais engueuler si je ne suis pas au bon étage au bon moment, je me fais engueuler si nous ne traitons pas assez de patients au urgences, je me fais engueuler parce que j’arrive trop vite sur le parking, je me fais même engueuler parce que j’ai mauvaise mine ! Le jour où j’étudierai son cerveau, la médecine fera un grand pas dans la compréhension du machisme chez les toubibs !

Paul toussota, gêné. Fernstein invita Lauren à le rejoindre.

– Je suis en milieu stérilisé, proteste-t-elle ; je sais déjà ce que vous voulez me dire !

– Vous croyez que je me suis levé au milieu de la nuit pour le seul plaisir de vous passer un savon ? J’aimerais m’entretenir avec vous du protocole opératoire, dépêchez-vous, c’est un ordre !

Lauren fit claquer ses gants et sortit du bloc, laissant Paul seul en compagnie d’Arthur.

– Qui est le réanimateur ? demanda-t-elle alors que la porte du sas coulissait sur ses glissières.

– Je croyais que c’était ce médecin avec vous !

– Non ? ce n’est pas lui, murmura Lauren en regardant le bout de ses chaussures.

– Norma s’en occupe, elle nous rejoindra dans quelques minutes. Bon, vous avez réussi à former une équipe de pointe au milieu de la nuit, dites-moi qu’il ne s’agit pas d’une appendicite.

Les traits de Lauren se détendirent, elle posa une main sur l’épaule de son vieux professeur.

– Ponction intracrânienne et réduction d’un hématome sous –dural.

– A quand remontent les premiers saignements ?

– Dix neuf heures, avec une augmentation probable de l’intensité vers vingt et une heures, suite à l’absorption d’une forte dose d’aspirine.

Fernstein regarda sa montre, il était quatre heures du matin.

– Quel est votre pronostique de récupération ?

– L’opérateur du scan est optimiste.

– Je ne vous ai pas demandé son avis mais le vôtre !

– Je n’en sais rien, pour tout vous dire, mais mon instinct me dit que ça valait le coup de vous réveiller.

– Alors si nous ne le sortons pas de là, je blâmerai votre instinct. Où sont les clichés ?

– Déjà introduits dans le neuronavigateur, les périmètres des champs opératoires sont établis, nous les avons envoyés par la Dicom. J’ai allumé l’échographe et initialisé les protocoles opératoires.

– Bien, nous devrions pouvoir opérer dans le quart d’heure. Vous allez tenir le coup ? interrogea le professeur en enfilant sa blouse.

– Précisez votre question ! le nargua Lauren en lui nouant les cordons dans le dos.

– Je parle de votre fatigue.

– C’est une obsession chez vous ! râla-t-elle en prenant une nouvelle paire de gants stériles dans l’armoire.

– Si je dirigeais une compagnie aérienne, je m’inquièterais de la vigilance de mes pilotes.

– Ne vous inquiétez pas, j’ai les pieds sur terre.

– Alors qui est ce chirurgien dans la salle d’opération ? Je ne le reconnais pas sous son calot, questionna Fernstein en se lavant les mains.

– C’est une longue histoire, dit-elle, embarrassée, il va s’en aller, il est juste venu m’aider.

– Quelle est sa spécialité ? Nous ne seront pas trop ce soir, toute aide sera la bienvenue.

– Psychiatre !
Fernstein resta interloqué. Norma entra dans la salle de préparation.

Elle aida le professeur à enfiler ses gants et ajusta le reste de sa tenue. L’infirmière regarda le vieux professeur, fière de son élégance.

Fernstein se pencha à l’oreille de son élève et murmura :

– Elle trouve qu’en vieillissant je ressemble à Sean Connery.

Et Lauren put voir le sourire qui s’étirait sous le masque du chirurgien. Le docteur Lorenzo Granelli, réanimateur réputé, fit une entrée fracassante. Installé depuis vingt ans en Californie, titulaire d’une chaire au centre hospitalier universitaire, il ne s’était jamais départi de cet accent élégant et ensoleillé qui soulignait ses origines vénitiennes.

– Alors, s’exclama-t-il les bras grands ouverts. Qu’est-ce donc que cette urgence qui ne peut pas attendre ?

L’équipe entra dans le bloc. Au grand étonnement de Paul, Chacun le salua en l’appelant docteur.

Du regard, Lauren lui suggéra fermement de sortir, mais alors qu’il se dirigeait vers la porte du sas, l’anesthésiste lui demanda de l’aider à installer la poche de perfusion. Granelli regarda, perplexe, les gouttes qui perlaient sous le calot de Paul.

– Mon petit doigt me dit que vous avez déjà chaud, cher collègue.

Paul répondit d’un mouvement de tête et accrocha, tremblotant, le sac de plasma à la perche.

De son côté, Lauren exposait rapidement la situation au reste de l’équipe. Elle fit défiler sur l’écran de l’ordinateur les différentes coupes du scanner.

– Je demanderai une nouvelle échographie lorsque nous aurons soulagé la pression intracrânienne.

Fernstein se détourna de l’écran et s’approcha du patient.

En découvrant le visage d’Arthur, il recula d’un pas et remercia le ciel que le masque chirurgical qu’il portait dissimule ses traits.

– Tout va bien ? lui demanda Norma qui ressentait le trouble du professeur.

Fernstein s’écarta de la table d’opération.

– Comment ce jeune homme est-il arrivé chez nous ?

– C’est une histoire qui vous semblera difficile à croire, répondit Lauren d’une voix à peine audible.

– Nous allons avoir tout le temps de l’entendre, insista-t-il en prenant place derrière le neuronavigateur.

Lauren expliqua le parcours chaotique qui avait conduit Arthur pour la deuxième fois aux urgences du Memorial Hospital et l’avait soustrait aux mains malheureuses de Brisson.

– Pourquoi ne pas avoir pratiqué un contrôle neurologique plus approfondi lorsque vous l’avez examiné la première fois ? demanda Fernstein en vérifiant le bon fonctionnement de son appareil.

– Il n’y avait pas de traumatisme crânien, pas de perte de connaissance, le bilan neuromoteur était satisfaisant. Nous avons pour consignes de limiter les examens inutilement couteux…

– Vous n’avez jamais respecté les consignes, ne me dites pas que vous avez subitement décidé de vous y plier aujourd’hui, pour une première fois ce ne serait vraiment pas de chance !

– Je n’avais aucune raison d’être inquiète.

– Et Brisson…

– Fidèle à lui-même, rétorqua Lauren.

– Il vous a laissé emmener son patient ?

– Pas vraiment…

Paul simula une incroyable quinte de toux. Toute l’équipe chirurgicale le regarda.

Granelli abandonna son poste et vint lui tapoter le dos.

– Vous êtes sûr que vous allez bien, cher confrère ?

Paul rassura l’anesthésiste d’un signe de la tête et s’éloigna de lui.

– Alors voilà une excellente nouvelle ! s’exclama Granelli. Maintenant et tout à fait confidentiellement, si vous pouviez éviter de badigeonner cette pièce de vos bacilles, le corps médical dont je fais partie vous en serait infiniment reconnaissant. Je parle au nom de ce cher patient qui souffre déjà à l’idée que vous vous approchez de lui.

Paul, qui avait l’impression qu’une colonie de fourmis avait élue domicile dans ses jambes, se rapprocha de Lauren et murmura à son oreille, suppliant :

– Sortez-moi d’ici avant que ça ne commence, je ne supporte pas la vue du sang !

– Je fais de mon mieux, chuchota la jeune interne.

– Ma vie se transforme en calvaire quand vous êtes réunis tous les deux, si un jour vous pouviez essayer de vous fréquenter un tout petit peu comme tout le monde, ça m’arrangerait beaucoup.

– De quoi parlez-vous ? demanda Lauren étonnée.

– Je me comprends ! Trouvez-moi un moyen de quitter cet endroit avant que je tourne de l’œil.

Lauren s’écarta de Paul.

– Vous êtes prêt ? demanda-t-elle à Granelli.

– Plus près serait presque impossible, ma chère, j’attends le signal, répondit l’anesthésiste.

– Encore quelques minutes, annonça fernstein.

Norma posa le champ opératoire sur la tête d’Arthur. Son visage disparut sous un linge vert.

Fernstein voulait vérifier une dernière fois les clichés, il se retourna vers le panneau rétro-éclairé mais ce dernier était vierge de toute image. Il fustigea Lauren du regard.

– Elles sont restées de l’autre côté de la vitre, je suis désolée.

Lauren ressortit de la pièce pour chercher les planches d’IRM. La porte du bloc opératoire se referma pendant que Norma apaisait Fernstein d’un sourire complice.

– Tout cela est inadmissible, dit-il en prenant les poignées du neuronavigateur. Elle nous réveille au milieu de la nuit, personne n’est prévenu de cette intervention, nous avons à peine eu le temps de nous préparer, il y a quand même un minimum de procédures à respecter dans cet hôpital !

– Mais mon cher collègue, s’exclama Granelli, le talent s’exprime souvent dans la spontanéité de l’imprévu.

Tous les visages se tournèrent vers l’anesthésiste, Granelli toussota.

– Enfin quelque chose comme ça ! Non ?

Les portes de la salle de préparation où Lauren recueillait les derniers comptes-rendus d’analyses s’ouvrirent brusquement. Un policier en uniforme précédait un inspecteur de police. Lauren reconnut aussitôt le médecin en blouse qui la pointait du doigt.

C’est elle, arrêtez-la tout de suite !

– Comment êtes-vous arrivés jusque là ? demanda Lauren, stupéfaite, au policier.

– Il semblait y avoir urgence, nous l’avons emmené avec nous pour qu’il nous guide, répondit l’inspecteur en désignant Brisson.

– Je suis venu assister à votre interpellation pour tentative d’assassinat, séquestration de médecin dans l’exercice de ses fonctions, enlèvement d’un de ses patients et vol d’une ambulance !

– Si vous le permettez, docteur, je vais faire mon métier, reprit l’inspecteur Erik Brame à l’attention de Brisson.

Il demanda à Lauren si elle reconnaissait les faits. Elle inspira profondément et jura qu’elle n’avait agi que dans l’intérêt du blessé. Il s’agissait d’un cas de légitime défense… L’inspecteur Brame était désolé, il ne lui appartenait pas de juger de cela, et il n’avait d’autre choix que de lui passer les menottes.

– C’est vraiment nécessaire ? Supplia Lauren.

– C’est la loi ! jubila Brisson.

– J’en ai une deuxième paire, si vous parlez encore une fois à ma place, dit l’inspecteur, je vous embarque pour usurpation de la fonction d’agent de la force publique !

– Ca existe ce délit ? demanda l’interne.

– Vous voulez le vérifier ? répondit Brame d’un ton ferme.

Brisson recula d’un pas, laissant le policier poursuivre son interrogatoire.

– Qu’avez-vous fait de l’ambulance ?

– Elle est sur le parking. Je l’aurais ramenée au petit matin.

Le haut-parleur crépita, Lauren et le policier se retournèrent pour voir Fernstein qui s’adressait à eux depuis le bloc opératoire.

– Pouvez-vous me dire ce qui se passe ?

Les joues de la jeune neurologue avait viré au pourpre, elle se pencha sur le pupitre, les épaules lourdes, et appuya sur la touche de l’interphone.

– Pardon, murmura-t-elle, je suis tellement désolée.

– Est-ce que cette intrusion policière a un rapport avec le patient qui se trouve sur cette table ?

– En quelque sorte, avoua Lauren.

Granelli s’approcha de la vitre.

– S’agit-il d’un bandit ? demanda-t-il, presque extatique.

– Non, répondit Lauren. Tout est de ma faute, je suis tellement confuse.

– Ne soyez pas confuse, reprit l’anesthésiste, moi-même lorsque j’avais votre âge, j’ai fais deux ou trois plaisanteries qui m’ont valu quelques soirées en compagnie d’un carabinieri, leurs costumes sont bien plus élégants que ceux de votre police, d’ailleurs.

Le réanimateur fut coupé dans son élan par l’inspecteur Brame qui s’approcha du micro.

– Elle a volé une ambulance et enlevé ce patient dans un autre hôpital.

Toute seule ? s’exclama l’anesthésiste au comble de l’excitation, mais cette fille est épatante !

– Elle avait un complice, souffla Brisson, je suis certain qu’il est dans le hall, il faut l’embarquer, lui aussi.

Fernstein et Norma se tournèrent vers le seul médecin qui ne s’était toujours pas présenté, mais à leur grande surprise il avait disparu. Recroquevillé dans le compartiment qui se trouvait sous la table d’opération, Paul ne comprenait pas comment sa soirée avait pu virer au cauchemar. Il y a quelques heures, il était un homme heureux et serein qui dînait en compagnie d’une femme ravissante.

Fernstein s’approcha de la vitre et demanda à Lauren pourquoi elle avait commis un acte aussi stupide. Son élève releva la tête et le regarda, les yeux pleins de tristesses.

– Brisson allait le tuer.

– Bonsoir, professeur, dit le jeune interne, ravi. Je veux récupérer mon patient tout de suite ! Je vous interdis de commencer cette intervention, je le ramène avec moi.

– J’en doute fort, objecta Fernstein furieux.

– Monsieur le professeur, je vous invite à laisser faire le docteur Brisson, dit l’inspecteur de police, embarrassé.

Granelli recula à pas feutrés jusqu’à la table d’intervention. Il vérifia la condition d’Arthur et débrancha l’électrode à son poignet. Aussitôt le signal d’alarme de l’électrocardiographe retentit. Granelli leva les bras au ciel.

– Et voilà ! On parle, on parle et ce jeune homme va de plus en plus mal. A moins que ce monsieur qui nous enquiquine ne prenne la responsabilité de l’aggravation inévitable de la condition de notre malade, je pense qu’il serait temps d’opérer. De toute façon l’anesthésie à déjà commencé et il n’est plus transportable ! conclut-il triomphal.

Le masque chirurgical de Norma ne pouvait cacher son sourire. Brisson, fou de rage, pointa un doigt rageur vers Fernstein.

– Vous me le paierez tous !

– Je crois que nous n’avons pas fini de faire nos comptes, jeune homme, maintenant partez d’ici et laissez-nous travailler ! ordonna le professeur, en se retournant sans adresser le moindre regard à Lauren.
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