Marc Levy a publié huit romans








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L’inspecteur Brame rangea sa paire de menottes et prit la jeune neurologue par le bras. Brisson leur emboîta le pas.

– Le moins que l’on puisse dire reprit Granelli en remettant l’électrode au poignet d’Arthur, c’est que cette soirée est très originale.

Le ronronnement des appareils recouvrit le silence qui s’installa dans la salle d’opération. Le liquide anesthésiant descendit le long du tube de perfusion et entra dans les veines d’Arthur. Granelli vérifia la saturation des gaz sanguins et fit signe à Fernstein que l’intervention pouvait enfin commencer.
*
Lauren avait prit place à bord de la voiture banalisée de l’inspecteur Erik Brame, Brisson était monté dans celle du policier en uniforme. Au croisement de California Street, les deux véhicules se séparèrent. Brisson rentrait finir sa garde au San Pedro. Il viendrait signer sa plainte dans la matinée.

– Il était vraiment en danger ? demanda l’inspecteur.

– Il l’est toujours, répondit Lauren depuis la banquette arrière.

– Et ce Brisson y est pour quelque chose ?

– Ce n’est pas lui qui l’a projeté contre une vitrine, mais disons que son incompétence a aggravé la situation.

– Alors vous lui avez sauvé la vie ?

– J’allais l’opérer quand vous m’avez arrêté ;

– Et vous faites ce genre de choses pour tous vos patients ?

– Oui et non, enfin essayer de les sauver oui, les enlever dans un autre hôpital, non.

– Vous avez pris tous ces risques pour un inconnu ? poursuivit l’inspecteur. Là, vous m’épatez.

– Ce n’est pas ce que vous faites tous les jours dans votre métier, prendre des risques pour des inconnus ?

– Si, mais moi je suis policier.

– Moi, médecin…

La voiture entra dans Chinatown, Lauren pria l’officier d’ouvrir la fenêtre, ce n’était pas vraiment règlementaire mais il accepta, ce soir il en avait assez du règlement.

– Ce type m’était très antipathique, mais je n’avais pas le choix, vous comprenez ?

Lauren ne répondit pas, la tête penchée à la fenêtre, elle respira l’air marin qui gagnait les quartiers est de la ville.

– J’aime cet endroit plus que tout, dit-elle.

– Dans d’autres circonstances je vous aurais emmené manger le meilleur canard laqué du monde.

– Chez les frères Tang ?

– Vous connaissez l’endroit ?

– C’est ma cantine, enfin c’était, depuis deux ans je n’ai plus eu le temps d’y mettre les pieds.

– Vous êtes inquiète ?

– Je préférerais être avec eux dans la salle d’opération, mais Fernstein est le meilleur neurochirurgien de cette ville, alors non je ne devrais pas être soucieuse.

– Vous avez déjà réussi à répondre à une question par oui ou par non ?

Elle sourit.

– Vous avez vraiment fait ce coup là, toute seule ? reprit l’inspecteur.

– Oui !

La voiture se rangea sur le parking du 7e district. L’inspecteur Brame aida Lauren à descendre du véhicule. Dès qu’ils entrèrent dans le commissariat, il confia sa passagère à l’officier de permanence.

Nathalia n’aimait pas passer la nuit loin de son compagnon, mais les heures entre minuit et six heures du matin comptaient double. Plus que trois mois et elle aussi prendrait sa retraite. Son vieux flic bourru lui avait promis de l’emmener faire ce grand voyage dont elle rêvait depuis tant d’années. A la fin de l’automne ils s’envoleraient pour l’Europe. Elle l’embrasserait sous la tour Eiffel, ils visiteraient Paris et ils partiraient à Venise pur s’unir enfin devant dieu. En amour la patience à ses vertus. Il n’y aurait aucune cérémonie, ils entreraient simplement tous les deux dans une petite chapelle, la ville en comptait des dizaines.

Nathalia entra dans la salle d’interrogatoire pour relever l’identité de Lauren Kline, une interne en neurochirurgie qui avait dérobé une ambulance et enlevé un patient dans un hôpital.

11.


Nathalia posa son bloc-notes sur la table.

– J’ai vu des choses originales dans mon métier, mais là vous battez un record, dit-elle en prenant la cafetière sur le réchaud.

Elle regarda longuement Lauren. En trente ans de carrière elle avait assisté à un grand nombre d’interrogatoires et pouvait juger de la sincérité d’un prévenu en moins de temps qu’il n’en avait fallu à ce dernier pour commettre son délit. La jeune interne décida de coopérer ; hormis la complicité de Paul, elle n’avait rien à cacher. Elle assumait ses actes. Si une situation identique se représentait, elle adopterait la même attitude.

Une demi-heure s’écoula, Lauren racontait, Nathalia l’écoutait, resservant du café de temps à autre.

– Vous n’avez pas noté un mot de ma disposition, répondit Lauren.

– Je n’étais pas là pour ça, un inspecteur viendra demain matin. Je vous recommande d’attendre un avocat avant de raconter à quiconque d’autre ce que vous venez de me dire. Votre patient a-t-il des chances de s’en sortir ?

– On ne le sera qu’à la fin de l’intervention, pourquoi ?

Si Lauren lui avait vraiment sauvé la vie Nathalia pensait que cela dissuaderait probablement les administrateurs du Mission San Pedro de se porter partie civile.

– Il n’y a aucun moyen de me laisser sortir d’ici le temps de l’opération ? Je jure de me présenter ici demain matin.

– Il faudra d’abord qu’un juge fixe le montant de votre caution. Dans le meilleur des cas il vous recevra dans le courant de l’après-midi, sauf si votre collègue retirait sa plainte.

– N »y comptez pas, il n’a pas pu m’avoir quand nous étions à la faculté, vous pensez bien qu’il tient là sa revanche.

– Vous vous connaissiez ?

– J’ai eu à le supporter comme voisin de banc en quatrième année.

– Et il prenait un peu trop de place ?

– Le jour où il a posé ses mains sur mes cuisses, je l’ai éconduit assez brusquement.

– Mais encore.

– Je peux vous raconter ça sans la présence de mon avocat ? rétorqua Lauren d’un ton amusé. Je l’ai giflé en plein cours de biologie moléculaire, la claque a résonné dans tout l’amphithéâtre.

– A l’académie de police, je me souviens d’avoir menotté un jeune inspecteur qui avait essayé de m’embrasser de façon un peu cavalière. Il a passé une très mauvaise nuit, accroché à la portière de sa voiture.

– Et vous ne l’avez jamais recroisé ?

– Nous allons bientôt nous marier !

Nathalia s’excusa auprès de Lauren, mais le règlement l’obligeait à l’enfermer. Lauren regarda le réduit grillagé au fond de la salle d’interrogatoire

– C’est calme ce soir ! reprit Nathalia. Je vais laisser la cellule ouverte. Si vous entendez des pas, enfermez-vous toute seule, sinon c’est moi qui aurait des ennuis. Il y a du café dans le tiroir sous le réchaud et des tasses dans le petit placard. Ne faites pas de bêtises.

Lauren la remercia. Nathalia quitta la pièce et retourna à son bureau. Elle prit le registre de nuit pour y reporter l’identité de la jeune femme interpellée et conduite au 7e district à quatre heures trente cinq.
*
– Quelle heure est-il ? demanda Fernstein.

– Vous êtes fatigué ? répondit Norma.

– Je ne vois pas pourquoi je le serais, j’ai été réveillé au milieu de la nuit et j’opère depuis plus d’une heure, bougonna le vieux chirurgien.

– Les chiens ne font pas des chats, n’est-ce pas ma chère Norma ? reprit l’anesthésiste.

– Quel est le sens de votre propos, cher confrère ? interrogea Fernstein.

– Je me demandais où votre élève avait acquis ce phrasé, si particulier.

– Faut-il en déduire que vos étudiants pratiqueront la médecine avec un léger accent italien ?

Fernstein introduisit un drain par l’incision pratiquée dans le crâne d’Arthur. Déjà, le sang s’épanchait dans le tube. Hématome sous-dural commençait enfin à se résorber. Une fois les microdissections cautérisées il resterait à s’attaquer à la petite malformation vasculaire. La sonde du neuronavigateur avançait millimètre par millimètre. Les vaisseaux sanguins apparaissaient sur le moniteur de contrôle, semblables à des rivières souterraines. L’extraordinaire voyage au centre de l’intelligence humaine se déroulait pour l’instant sans encombre. Pourtant, de part et d’autre de la proue du navigateur, s’étendait l’immensité grise de la matière cérébelleuse, tel un amas nuageux parcouru de millions d’éclairs. Minute après minute, la sonde se frayait une voie vers son objectif final, mais il faudrait encore beaucoup de temps avant qu’elle n’atteigne les vines cérébrales internes.
*
Nathalia reconnut les pas qui grimpaient l’escalier. La tête de l’inspecteur Pilguez apparut dans l’entrebâillement de la porte. Les cheveux en bataille, le visage grisé par la barbe naissante, il posa un petit paquet blanc fermé d’un ruban marron.

– Qu’est-ce que c’est, demanda Nathalia ? curieuse.

– Un homme qui n’arrive pas à dormir quand tu n’es pas dans son lit.

– Je te manque à ce point là ?

– Pas toi, mais ta respiration, elle me berce.

– Tu vas y arriver un jour, j’en suis certaine.

– A quoi ?

– A me dire simplement que tu ne peux plus vivre sans moi.

Le vieil inspecteur s’assit sur le bureau de Nathalia. Il sortit son paquet de cigarettes de sa poche pour en porter une à ses lèvres.

– Puisque tu es en service actif pour quelque mois encore, Je vais exceptionnellement te faire partager le fruit d’une expérience rudement acquise sur le terrain. Pour arriver à une conclusion, tu dois regrouper tes indices. Dans le cas qui te préoccupe, tu es en face d’un type à la soixantaine bien tassée, qui a quitté New York pour partager ta vie ; le même bonhomme sort de son lit, qui est aussi le tien, a quatre heures du matin, il traverse la ville en voiture alors qu’il n’y voit rien la nuit, s’arrête pour t’acheter des beignets alors que son taux de cholestérol lui interdit de fréquenter le trottoir d’une pâtisserie –ce sont des beignets au sucre dans ce paquet- et il vient te les déposer sur ton bureau. Tu as besoin d’une déposition en plus ?

– J’aimerais quand même que tu passes aux aveux !

Nathalia ôta la cigarette coincée entre les lèvres de Pilguez, et l’échangea contre un baiser.

– C’est pas mal du tout, ça, tu progresses dans ton enquête ! reprit le policier à la retraite. Tu me rends ma cigarette ?

– Tu es dans un établissement public, c’est interdit !

– A part toi et moi, je ne vois pas grand monde.

– Détrompe-toi, il y a une jeune femme dans la cellule 2.

– Elle est allergique au tabac ?

– Elle est toubib !

– Vous avez coffré un médecin ? Qu’est-ce qu’elle a fait ?

– Une histoire à dormir debout, j’aurais décidément tout vu dans ce métier. Elle a piqué une ambulance et enlevé un patient dans le coma…

Nathalia n’avait pas eu le temps de terminer sa phrase, Pilguez s’était levé d’un bond et se dirigeait d’un pas décidé dans le couloir.

– George ! cria-t-elle, tu es à la retraite !

Mais l’inspecteur ne se retourna pas et ouvrit la porte de la salle d’interrogatoire.
– J’ai comme un pressentiment, marmonna-t-il en refermant la porte derrière lui.
*
– Je crois que nous ne sommes plus très loin, dit Fernsteine en faisant pivoter la poignée du robot.

L’anesthésiste se pencha sur son écran, et augmenta aussitôt le débit d’oxygène.

– Vous avez un problème ? demanda le chirurgien.

– La saturation baisse, laissez-moi quelques minutes avant de continuer.

L’infirmière s’approcha de la patère, elle régla le débit de la perfusion et vérifia les tubes d’admission d’air qui entraient dans le nez d’Arthur.

– Tout est en place, dit-elle.

– Cela semble se stabiliser, reprit Granelli, d’une voix plus calme.

– Je peux continuer ? demanda Fernstein.

– Oui, mais je ne suis pas tranquille, je ne sais même pas si cet homme a des antécédents cardiaques.

– Je vais passer au second drain, l’hématome est un peu encallotté.

La tension d’Arthur avait chuté, les constantes affichées sur l’écran n’étaient pas alarmantes, mais de nature à maintenir l’anesthésiste en état d’alerte. La composition des gaz sanguins n’était pas des plus satisfaisantes.

– Plus tôt nous le réveillerons et mieux ce sera ; il ne réagit pas bien au Diprivan, reprit Granelli.

Le tracé de l’électrocardiogramme marqua une nouvelle inflexion. L’onde Q était anormale. Norma retint son souffle en regardant le petit moniteur, mais le tracé reprit ses ondulations régulières.

– Nous ne sommes pas passé loin, dit l’infirmière en reposant les poignées du défibrillateur.

– J’aurais souhaitez une écographie de comparaison, dit à son tour Fernstein, hélas il nous manque un médecin ce soir. Mais qu’est-ce qu’elle fait bon sang ? Ils ne vont quand même pas la garder toute la nuit !

Et Fernstein se jura de s’occuper personnellement de ce crétin de Brisson.
*
Lauren alla s’asseoir sur la banquette au fond de sa cage grillagée. Pilguez ouvrit la porte, sourit en remarquant que la serrure n’était pas fermée et se dirigea vers la desserte. Il prit la cafetière et se servi une tasse.

– Je ne dis rien pour la cellule, et vous ne dites rien pour le lait. J’ai du cholestérol, elle serait furieuse.

– Elle n’aurait pas tort ! Quel taux ?

– Les spécialités du décor qui vous entoure vous échappent ? Je ne suis pas venu pour une consultation.

– Vous prenez vos médicaments au moins ?

– Il me coupe l’appétit et j’aime manger.

– Demandez un changement de traitement.

Pilguez parcourut le rapport de police, le compte-rendu de Nathalia était vierge.

– Elle doit vous trouver sympathique. Que voulez-vous, elle est comme ça, elle a ses têtes !

– De qui parlez-vous ?

– De ma femme, c’est elle qui a oublié de reporter vos déclarations et c’est elle qui a aussi oublié de refermer la grille de votre cellule, c’est fous ce qu’elle devient distraite avec l’âge. Et qui était ce patient que vous avez enlevé ?
– Un certain Arthur Ashby, si ma mémoire est bonne.

Pilguez leva les bras au ciel, il avait l’air consterné.

– Pas si bonne que ça, si vous voulez mon avis !

– Vous pourriez être plus clair ? interrogea Lauren.

– Il a déjà failli gâcher mes derniers mois de service, ne me dites pas que vous avez décidé de prendre la relève et de me pourrir ma retraite ?

– Je n’ai pas la moindre idée de ce dont vous me parlez.

– C’est bien ce que je craignais ! soupira l’inspecteur. Et où est-il ?

– Au Mémorial Hospital, au bloc opératoire de neurochirurgie, là où je devrais me trouver en ce moment, au lieu de perdre mon temps dans ce commissariat. J’ai proposé à votre femme de me laisser y retourner en lui promettant de revenir dès l’intervention achevée, mais elle n’a pas voulu.

L’inspecteur se releva pour aller remplir sa tasse. Il tourna le dos à Lauren et versa une cuillère de sucre en poudre dans le breuvage.

– Il ne manquerait plus que ça ! dit-il d’une voix qui couvrait le bruit de la cuillère. Elle est à trois mois de la fin de sa carrière et nous avons déjà nos billets pour Paris, je sais que c’est presque un sport chez vous deux, mais vous n’allez pas foutre ça en l’air aussi.

– Je n’ai pas le souvenir que nous nous soyons déjà rencontrés et je ne comprends rien à vos petites remarques, vous pouvez m’éclairer ?

Pilguez posa un gobelet de café sur la table et le poussa devant Lauren.

– Faites attention, c’est brûlant. Buvez ça et je vous emmène.

– J’ai causé déjà pas mal d’ennuis aux gens autour de moi ce soir, vous êtes sûr que…

– Je suis à la retraite depuis quatre ans, qu’est-ce que vous voulez qu’ils me fassent maintenant, ils m’ont déjà piqué mon job !
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