«Le travail des frontières entre politique et non politique dans le champ de l’Education populaire»








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Congrès AFSP 2013

Section Thématique 42 La « dépolitisation » : registres, processus et interprétations 

MORVAN Alexia, Université Paris 8, EXPERICE alexia.morvan@wanadoo.fr
« Le travail des frontières entre politique et non politique

dans le champ de l’Education populaire »
Cet article présente mon enquête sur l’activité de labellisation1 politique entre acteurs du champ de l’Education populaire dans le cadre d’une recherche-action sur l’éducation au politique menée par une vingtaine de personnes en Bretagne de 2003 à 2006. La notion d’Education populaire désigne ici l’ensemble du champ institutionnalisé de ses acteurs. Ce sont toutes les initiatives éducatives des jeunes et des adultes qui se déroulent en dehors de l’école, au départ dans un souci de démocratisation, puis progressivement animées par une intention plus ou moins forte de rénovation des pédagogies scolaires dominantes, et qui sont agréées d’Education populaire par le Ministère de la Jeunesse, des Sports, de l’Education populaire et de la Vie associative.

Les travaux de Lagroye2, d’Arnaud et Guionnet (2005, p. 16-18) m’ont inspiré le titre de cette communication. Les frontières du champ politique sont objet de luttes et de négociations incessantes entre de multiples acteurs. La notion de « frontières du politique » sert à analyser, à distance d’une approche essentialiste du politique, sa construction sociale variable via la redéfinition constante des limites du politique et de l’apolitique. Comment les acteurs appréhendent-ils, à travers leurs discours, leurs stratégies, la différenciation ou l’interpénétration entre les divers univers ? Les travaux de Duchesne, Haegel3 et Bacot m’ont servi à définir au départ la politisation comme élargissement de la conflictualité et à l’inverse la dépolitisation comme rétrécissement de la conflictualité et différenciation des activités (l’apolitisme niant la conflictualité)4. Nous verrons que l’exploitation des matériaux révèle de bien plus complexes appréhensions de la dépolitisation que celles de ces auteurs. Le terrain (présenté en annexe) a rassemblé un groupe d’une vingtaine d’éducateurs populaires qui se sont réunis régulièrement en Bretagne, travaillant alternativement en trois sous-groupes d’environ 7 personnes (6 rencontres par an enregistrement audio intégral) et sous la forme de séances du groupe plénier (3 à 4 regroupements par an de 2 jours retranscrits intégralement). Ce cadre collectif et contradictoire permettait de faire apparaître de façon « réaliste » ce qu’est la (dé)politisation en situation5. Lors de l’enquête ethnographique (participation observante de 2003 à 2006 avec un dispositif de carnet de bord) menée dans le cadre d’une thèse (Morvan, 2011), j’ai observé la fabrication des cadres, des luttes de définition, au cours d’interactions de groupe (à chaud, en direct) par une méthodologie sensible à la fois aux justifications discursives des individus et aux relations sociales entre les acteurs étudiées qui contribuent à (re)définir sans cesse le bornage de ce qui est politique ou non. J’ai utilisé les travaux de l’économie des grandeurs (Boltanski et Thévenot, 1991 ; Boltanski et Chiapello, 1999) qui, sur la base d’analyses d’ordre pragmatique, permettent de prendre en compte la façon dont les personnes s’engagent dans l’action, leurs justifications et le sens qu’elles donnent à leurs actes. Un résumé des ingrédients de ce terrain (enrichi par une présentation du groupe et de son « monde ») et de son contexte historique, figurent en annexe de cet article. Je consacre ici mon analyse empirique à deux séries de matériaux sélectionnés : d’une part le diagnostic de dépolitisation tel que formulé par les membres du sous groupe dit « associatif », d’autre part les stratégies d’étiquetage concurrentes au sein du groupe plénier de la recherche-action. Je propose in fine une exploitation des résultats de cette recherche au regard de la notion de « dépolitisation ».

La dépolitisation des pratiques associatives vue de l’intérieur

Dans la recherche-action, le sous-groupe thématique « l’éducation au politique comme pratique associative » réunit des administrateurs d’associations de solidarité internationale (« privées » et sans permanent salarié) et des professionnels du champ socio-éducatif dont je fais partie (service socio-éducatifs en milieu rural ou urbain, et foyer d’hébergement, ici de personnes handicapées), d’organisations agréées associations d’éducation populaire. Ces dernières sont liées à l’existence d’équipements (maison pour tous, centre d’hébergement, centre de loisirs) gérés par une association Loi 1901 dans laquelle des membres de droit peuvent occuper une place politique prépondérante (communes, administrations,…). Cette gestion décentralisée se traduit par une configuration où les projets des participants individuels restent subordonnés aux pouvoirs des participants institutionnels voire des professionnels. Outre que la professionnalisation a abouti progressivement à écarter les militants voire invalider le rôle des bénévoles, la délégation de services publics elle-même est insidieusement acceptation d’une neutralité. J’ai tenté de montrer que la délégation de service public (pour tous) s’accompagne d’une injonction externe à l’apolitisme des associations très largement intériorisée par celles-ci (Morvan, 2003). La crainte que nourrissent d’ailleurs les élus « est qu’un passage se fasse sur le registre militant, et que la cause poursuivie ne devienne un combat politique » (Rivard, 1998, p.16). L’attribution de subventions permet de réguler l’activité de l’association de service public. Les associations gestionnaires sont avant tout déléguées à mettre en œuvre la paix sociale.
Le groupe caractérise la dépolitisation des pratiques associatives par le refus du débat et de la critique qui est exploré sous deux angles liés : les enjeux de pouvoirs dans l’association et les stratégies conscientes ou inconscientes de contournements des conflits sur les fins et moyens de l’activité associative.

P.L. : « La dépolitisation consiste à interdire la discussion dans les associations pour reproduire de la parole ou de l’action en cercle fermé sur lui-même ».

« Dans un modèle associatif, on pourrait s’attendre à que la participation soit plus importante » (dit une animatrice) mais le groupe dénonce de fait des relations très inégalitaires entre administrateurs ou entre professionnels et adhérents ou publics, ou entre bénévoles et « partenaires » d’autres pays (brésilien, sénégalais). Le groupe critique la dépolitisation dans le fonctionnement même des instances associatives. Les éducateurs décrivent des situations où des conseils d’administration n’ont aucune information ni formation pour exercer leur pouvoir. Ils dénoncent les décisions prises constamment à l’unanimité, ou simplement soumises pour validation par les professionnels sans débat, avec souvent des sujets strictement techniques à l’ordre du jour. Ils font part de ce déficit de débat et des difficultés qui en découlent : ne pas trouver sa place, et à terme, des situations où l’association ne trouve plus de figurant à son conseil d’administration. Ils alimentent leur diagnostic de dépolitisation d’une critique de l’organisation très pyramidale des associations. Ils observent des dérives autoritaires dans les fonctionnements associatifs abordés (confiscation des pouvoirs, directeur charismatique, personnes surinvesties), qui exigeraient une réflexion sur les pouvoirs dans les organisations au regard de leur discours démocratique. Au sein de ces associations le pouvoir tend à la confiscation par les permanents ou les notables, à l’assignation des adhérents à un rôle passif, et à l’affadissement de la combativité des organisations soucieuses de ne pas mettre en péril leurs structures. Ce tabou sur les relations de pouvoir au sein du monde associatif constituerait une source de dépolitisation des pratiques.
Ces éducateurs font aussi part de leur attente insatisfaite en tant que professionnel: parler du sens du travail, de l’écart entre travail rêvé et travail prescrit, à partir de problèmes concrets de terrain. Ce ne sont effectivement pas des métiers neutres6 contrairement au contrôle permanent qui exige d’eux de taire certaines valeurs. L’engagement, l’implication, à la source de leur action, suscite doutes, envies de débattre, besoin de sortir de son isolement et de rattacher sa pratique à une identité collective de métier. Or ces participants jugent qu’une association, où cette discussion n’est pas possible ou encouragée, est dépolitisante.

L’activisme est analysé par le groupe comme un des ressorts de cette dépolitisation des pratiques associatives. La question du temps long du débat, de l’éducation, de l’exercice politique, est récurrente dans les discussions, opposée au court terme dominant de la rationalité instrumentale, du salariat aliénant et du capitalisme. Le fonctionnement dominant est celui de l’activisme : les éducateurs considèrent que cela les empêchent de penser politiquement leur activité. Dans la solidarité internationale cet activisme se traduit par une priorité accordée à gérer l’urgence. Pourtant la politique d’après le groupe, ne peut se focaliser sur le présent, elle a besoin de projection, de long terme (d’où le travail de certains pour que des stratégies se mettent en place sur 10-15 ans). Contre un usage « dépolitisant » du temps subi (contrôle, urgence, activisme, productivisme) s’opposeraient d’autres pratiques du temps, désiré, choisi (dialogique, implication, durée, imaginaire). La tendance générale des politiques publiques avec lesquelles travaillent la plupart ces acteurs - dans un domaine où la relation est censée être essentielle-, est un raccourcissement de la temporalité des conventions. De leur côté, les acteurs se perçoivent aussi comme reproduisant cet activisme par une logique de multiplication des activités souvent préprogrammées. Cette pratique (par souci affirmé d’économie, de résultat) intériorisée par les acteurs dans leurs lieux d’exercice (bénévole ou professionnel), limiterait la relation attendue avec les publics, les administrateurs, au sein de l’équipe…Elle dépolitiserait et cantonnerait les initiatives à l’assistance (prise en charge), produisant un rapport de sujet à objet.

C.S. : « Quand je fais de l’accompagnement scolaire, je sais que je devrais faire autrement, que ce n’est pas ce qu’il faudrait faire alors que les conditions de vie… ça m’interpelle. Des gens révoltés par oppression d’une situation vont créer une association mais en quoi cela évite de s’attaquer aux problèmes de fond, on sait où ça ne va pas… »
Les règles de l’ordre social pour leur plus grande part ne sont pas entièrement conscientes, elles ne deviennent ou redeviennent visibles qu’au moment où elles sont transgressées. Elles apparaissent alors pour gérer une situation conflictuelle qui émerge. Plusieurs stratégies d’évitement des conflits sont décrites par ces témoins associatifs comme indice de dépolitisation des pratiques associatives.

Régulièrement invoquée pour expliquer le déclenchement de conflits du travail, la catégorie du problème psychologique ou de mésentente entre personnes fonctionnerait dans une logique de dépolitisation. Lorsqu’un salarié ou un administrateur ose prendre la parole pour remettre en cause un fonctionnement, l’une des stratégies consisterait à prêter à celui ou celle qui s’est singularisé une caractéristique personnelle (fragilité, individualisme, par exemple) pour isoler le cas (et éviter que la discussion ne s’étende aux autres, se politise). Le conflit peut être déplacé d’une zone politique vers une zone infrapolitique ici interpersonnelle où il provoque souffrance individuelle et la plupart du temps marginalisation. L’absence d’analyse globale peut contribuer à déplacer le traitement au niveau des personnes (du symptôme). Le conflit de la sorte est discrédité, pour empêcher qu’il ne s’extériorise et ne se complexifie.

Les situations problèmes évoquées soulèvent également la peur de la violence des débats et la part affective des conflits. Le besoin d’un groupe social de se maintenir en tant que groupe prendrait le dessus sur l’inconfort, l’angoisse de l’expression des désaccords. Les éducateurs populaires perçoivent leurs propres difficultés d’exprimer leur point de vue en désaccord avec le reste des membres de l’association dans une discussion ou un débat.

R.G. : « les gens acceptent de parler des choses si c’est avec des gens qui partagent à 98,5% les mêmes idées, c’est-à-dire finalement quelque chose qui se rapproche du communautarisme, d’une vision du monde : où tu es dedans et on peut se causer parce qu’on va pas avoir de conflits…ou tu n’es pas dedans et on est dans l’évitement 7»
La dépolitisation telle que qu’analysée par ce groupe met l’accent sur le rôle des institutions dans le formatage et la dépossession des choix, et plus particulièrement celui des organisations associatives. Ce faisant ils prennent conscience d’apporter leur contribution à ce qu’ils critiquent comme logiques dépolitisantes. Ils dénoncent l’illusion de l’associationnisme en dévoilant le mensonge démocratique de leurs pratiques associatives en France ou à l’échelle internationale. Leurs observations rejoignent des travaux récents : ceux de Barthélémy8 et d’une enquête plus récente et approfondie concernant l’offre de politisation des associations9. Hamidi décrit les différentes stratégies d’évitement de la politisation à l’œuvre dans les pratiques d’associations locales (par souci d’efficacité, espace de sociabilité communautaire, rapport de dépendance financière…). Ces travaux ont en commun de remettre en cause l’idée selon laquelle les associations seraient nécessairement propices à l’apprentissage des vertus démocratiques et à la politisation de leurs adhérents… elles montrent comment différents mécanismes se conjuguent pour empêcher les adhérents de développer une vision politique du monde10.

Quand la définition des frontières politiques travaille des éducateurs populaires 
Le modèle de la justification publique de Boltanski et Thevenot préconise une attention toute particulière aux moments de litige privilégiés pour exprimer les principes hétérogènes de justice (révéler les valeurs et normes tacites sur lesquelles se règlent les conduites) auxquels nous rapportons nos actions. Pour repérer ces épreuves de grandeur, la méthode d’observation se centre sur les disputes, des moments où des acteurs peuvent être amenés à développer des « justifications » à leur conduite. Ces moments de tension mettent ici en jeu différentes définitions de ce qui est politique ou non.  En m’appuyant sur les travaux du courant des Grandeurs, je raccorderai ces confrontations à des points d’appui philosophiques à même d’éclairer la labellisation. Ils surviennent au cours de deux épreuves qui opposent principalement deux des sous groupes (« interculturel » versus « frontalier ») : la sélection des injustices et la question de la normativité au travers de la question de l’universalisme. Le sous-groupe « l’éducation au politique comme pratique interculturelle » réunit enseignants, artistes, animateurs, étudiants, qui ont en commun une sensibilité aux inégalités internationales (en tant que bénévole et/ou salarié). Le groupe « l’éducation au politique comme pratique frontalière, entre domestication et émancipation » a comme point commun la référence à l’éducation populaire et le vécu des contradictions de leurs métiers de l’entre-deux (en particulier via des dispositifs de financement public), entre domestication et émancipation. Il réunit des personnes d’âge, de statut divers, tous salariés du secteur public ou associatif se reconnaissant de l’Education populaire : des fonctionnaires de la fonction publique d’Etat (Jeunesse et Sports) des services déconcentrés régionaux et départementaux, et des travailleurs associatifs du secteur social, et de l’animation socioculturelle (dont un directeur de structure).
La première expression d’un différend s’esquisse par une prise de position critique et isolée d’un participant au moment de la présentation des travaux de chaque groupe au troisième séminaire plénier (avril 2004). Il soulève différentes qualifications de ce qui est « politique » avec des conflits de légitimité adossés à différentes métaphysiques politiques. Ces définitions étaient jusque-là tacites, l’entrée en recherche-action dévoile différents critères de (dé)politisation. Les échanges entre participants renvoient à des clivages entre deux manières de sélectionner, et de réagir à, la source d’indignation privilégiée.
Le groupe « l’éducation au politique comme pratique interculturelle » nomme l’injustice dont il entend se saisir à partir des témoignages relevés au cours de leurs premières séances. Le terme « interculturel » désigne l’approche selon laquelle ce groupe entend mettre toutes les cultures sur le même plan. Cette démarche semble au groupe éminemment politique au sens de lutter contre des rapports de domination culturelle : tendre vers plus d’égalité de considération en reconnaissant chaque culture à égale dignité. Il propose, face à ces formes de mépris socialement instituées, d’œuvrer directement à des interactions sociales plus égalitaires en fabriquant un outil pédagogique de préparation au voyage qui encouragerait la contribution de chaque culture à dignité égale. Le groupe veut lutter contre le mépris de certaines cultures par la promotion de la diversité culturelle. L’un des membres du groupe « interculturel » suggère d’appliquer par exemple cette approche interculturelle au problème de la gestion de l’eau en Finistère, en considérant que ce problème local est international et que les réflexions et pratiques de différentes cultures peuvent enrichir le débat local (dans le cadre de l’agenda 21). Un participant du groupe dit « frontalier » disqualifie la dimension politique de leur approche. Il peut approuver le choix de faire porter la comparaison internationale sur la gestion de l’eau en voie de devenir une marchandise qu’il considère comme un enjeu politique. A contrario il considère le respect de la diversité culturelle comme dépolitisant. Il considère que les discours sur la culture sont employés pour empêcher voire détruire le jugement politique. Ce participant dénonce les discours de justification « culturels » relativistes visant d’après lui à rendre les défauts sociaux insignifiants. Il défend sa propre conception de la politisation comme participation au conflit social et production de droit. 

Au deuxième moment d’expression de cette divergence (octobre 2004) la polémique s’élargit et s’intensifie. L’échange culturel est soupçonné à nouveau de servir à éliminer le discours politique portant sur les inégalités de nature économique. Un autre participant évoque même un « racisme social » à l’endroit du déni des inégalités de classes sociales. Le pouvoir politique aurait intérêt à substituer à la lecture économique de l’exploitation, une interprétation en termes de droits à la différence. Les « interculturels » participeraient à leur insu d’une logique réactionnaire et protègerait en fait les intérêts privés économiques. Les membres du groupe « interculturel » de leur point de vue n’entendent pas dissocier culture et politique. Ces derniers arguent que leur préoccupation quotidienne et politique prend source dans leur empathie vis-à-vis de la situation des immigrés et de leur sentiment d’injustice quant à l’utilisation de l’étranger comme bouc émissaire des problèmes. La visée de politisation qu’ils défendent consiste à remettre en cause les rapports de domination internationaux et à partager les ressources. Le groupe « interculturel », s’il n’est pas imperméable aux critiques ou jugements qui lui sont adressées, ne se conforme pas à cette disqualification politique de ses causes.
Ces controverses visent des situations réelles en se référant à des ordres légitimes, de grandeur. Telles que formulées dans cette expérience les critiques touchant aux discriminations (l’engagement en faveur de la diversité, le respect des différences identitaires) et les critiques exprimées au titre de l’égalité économique (les luttes sociales dont l’objectif est la distribution égalitaire des richesses)  sont concurrentes. Cette première dispute entre « respect de la diversité culturelle versus critique sociale » entraîne le groupe sur le terrain d’autres divergences : l’articulation entre les différentes injustices au niveau du système, et les moyens d’y remédier. Le sous thème de « l’imposition » s’organise autour de la question de l’universalisme. Ce différend s’exprime sous la forme d’une relation d’opposition entre « faire avec » ou « faire pour » (au nom de, imposition, colonisation). La posture du groupe interculturel divise le groupe plénier. Le déclic du conflit se situe au moment où E.H., anthropologue de formation, étudiant camerounais en France, compare la libre volonté de jeunes femmes excisées à la mode du piercing de jeunes adolescentes en France, invoquant les jeunes filles qui le demandent elles-mêmes11.  Son intervention est suivie d’un nouveau cycle de réactions critiques par courrier électronique. Un participant (F.L.) qui n’est pas du tout d’accord (avec E.) considère que ce dernier justifie l’injustifiable. Il traduit ce débat en une opposition entre une approche culturelle relativiste du problème de l’excision (où tout se vaut puisqu’au nom du respect de la culture la critique des rapports de domination n’est plus énonçable) et une approche politique (supposant d’après lui une hiérarchie de valeurs, le jugement, le parti pris, ici la condamnation des mutilations sexuelles).
En m’appuyant sur les travaux de l’école des conventions, je cherche à atteindre l’architecture des justifications des groupes de protagonistes qui s’affrontent12. J’ai étudié les références et principes de justice de l’ensemble des groupes et participants, pour m’efforcer d’atteindre la cohérence de l’ensemble. Les Cités (architectures des justifications) forment des grilles de lecture qui regroupent les registres argumentatifs typiques des discours des acteurs sociaux (idéologies). Il s’agit bien d’idéal type mais ces modèles traversent les postures de chacun des membres et des groupes à différents moments ou selon les situations. Les manières de concevoir l’éducation au politique et donc la (dé)politisation, opposeraient une Cité « interculturelle » à une Cité « marxiste ».


Catégories

- Principes de jugement

- Formes de justice

- Anthropologie et naturalité de la cité

Monde d’inspiration culturaliste

Monde d’inspiration marxiste

Principe supérieur commun

La reconnaissance de la différence de l’Autre

Le conflit

Etat de grand

à l’écoute, tolérant, humble, se considérer chacun comme oppresseur potentiel, liberté, indépendance, ouverture d’esprit, curiosité, cohérence, autonomie, empathie, se laisser envahir par la connaissance de ce qui n’est pas moi

Anticapitaliste, prend parti, se positionne, engagé, révolté, rebelle, résistant, le combat, la lutte, le dévoilement, la provocation


Etat de petit et déchéance de la cité

ethnocentrisme (prétendre à la supériorité de sa culture ou de ses valeurs), jugement de valeurs, propagande, apporter la bonne parole ou des recettes, le missionnaire, convertir, militant chevillé au corps, l’universel, les certitudes, être éducatif, pointer des "coupables " ou des "oppresseurs", transformation sociale décidée d’en haut, l’enfermement dans sa culture (forteresse), l’ironie, la virulence, l’écrit, la loi13, la pratique politique entendue comme partisane et adversariale

tolérance, effacement de ses valeurs, neutre, civisme, politesse, respect des traditions, des mœurs, de la religion, de la communauté, des castes, de la famille, « small is beautiful », micro, local, libéral

Répertoire des sujets

Culture de paix, fraternité

L’Autre (culture nationale, régionale, minoritaire), l’authenticité

Solidarité, non violence, non discrimination,

Respect des droits humains, dignité et valeur de tous les individus

La complémentarité

Le contact, le dialogue authentique, la relation authentique interpersonnelle, Modestie, ouverture d’esprit, avouer nos ignorances.

Révolutionnaire, syndicaliste, militant, laïc et athée, anticapitaliste, adversaires

Prise en compte des structures et des institutions

Approche macro, système

Historicité

Répertoire des objets et des dispositifs

Le doute, l’oralité, l’informel

Part d'éducation personnelle " reçue et non délivrée", importance accordée aux expériences de solidarité, gage d’ouverture, de tolérance des différences

Le management de la différence

Place des émotions, de la convivialité, de la famille, fête traditionnelle, partage du quotidien, le bon voisinage, communauté, spiritualité

Dispositions anti-institutionnelles : tradition anti-autoritaire et antihiérarchique de la critique artiste, attachée à dénoncer la « domination » plutôt que « l’exploitation », ne pas vouloir réformer le monde et les autres avant de nous être mis nous-mêmes en question


La Loi, les politiques publiques, le droit, les droits collectifs

interdire, prévenir et éduquer

Les conditions matérielles (exploitation) et existentielles (aliénation)

Les classes sociales, les revenus, la redistribution (impôts…)

Place de l’analyse et des savoirs livresques, de la connaissance des doctrines, des théories critiques.

Relation naturelle entre les êtres

vivre harmonieusement, et parler, avec le non-semblable

Agir avec, se rencontrer, se transformer

Accepter de déconstruire ses repères

s’engager sans porter de jugements

Faire confiance

Hiérarchie des classes sociales, division internationale du travail,

Hiérarchie de ses propres valeurs

Expression des conflits, travail sur ce qui divise


Formule d’investissement

La déconstruction (remise en cause) de ses propres repères, valeurs

Adaptabilité, tolérance

Conception au cas par cas : transcendant

Le dévoilement des formes d’exploitation et d’aliénation et des contradictions

Conception holiste, universaliste


Rapport de grandeur

Apprendre à apprendre des autres14

Question de l’égalité de considération privilégiée

Force sur laquelle repose ce partage inégal

: inégalités des savoirs et des opinions, préjugés

action privilégiée par rapport à la reconnaissance de l’égale dignité de chaque culture, faire preuve d’humanité et de compréhension

Différentiel de pouvoir liée à la reconnaissance


Prendre en compte les contradictions, les ambivalences

Question de l’égalité socio-économique privilégiée

Force sur laquelle repose ce partage inégal :

Inégalités socio-économiques

Différentiel de pouvoir liée à la propriété des moyens de production


Epreuve modèle

Rencontre de l’autre quel qu'il soit, si différent soit-il15

Expérimenter des modes d’appréhension différentes du monde

Savoir s’adapter à de nouvelles circonstances, compréhension mutuelle

Changement attendu : de comportement, de relation16


Dénonciation des injustices sociales

Conflits sociaux

Grève, occupation, révolution

Changement attendu : organisationnel, institutionnel, politique


Mode d’expression du jugement/

Forme de l’évidence

Reconnaissance de l’autre, la pédagogie de la rencontre interculturelle

apprendre à gérer l’inattendu /

Un tel sera jugé petit s’il a tel comportement : exclure, arriver à des camps où on ne peut plus discuter


Critique sociale

nouveaux droits collectifs/ Un tel sera jugé petit s’il a tel comportement : se prétendre neutre, apolitique, fataliste

Dignité des personnes

Prendre en compte la différence de l’autre au même titre que les autres différences (sexe, classe sociale, etc...), que les langues


La participation au conflit social

Figure harmonieuse de l’ordre naturel

la paix17, la co-construction d’une citoyenneté planétaire, un apprentissage mutuel de la liberté d'être différent les uns près des autres, les uns avec les autres, de la liberté en général

Société la plus égalitaire possible (le moins d’écarts de revenus et entre possibilités de se réaliser)

Economie resocialisée au bénéfice du plus grand nombre

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