Première partie








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Hector Malot
Zyte



BeQ

Hector Malot

Zyte

roman

La Bibliothèque électronique du Québec

Collection À tous les vents

Volume 1059 : version 1.0

Du même auteur, à la Bibliothèque :

Sans famille

En famille

Romain Kalbris

Une femme d’argent

Anie

Baccara

Ghislaine

Conscience

Cara

Zyte

Édition de référence :

Paris, Ernest Flammarion, Éditeur.

Première partie



I


Le soleil couchant se noyait au milieu des vapeurs cuivrées qui, dans le lointain, emplissaient l’horizon au-dessus de Paris, et déjà l’ombre grise des soirs de février avait brouillé le ciel du nord à l’est. Le temps qui le matin s’était mis au dégel retournait au froid, et les plaques de neige délayées dans la boue épaisse de la route se reprenaient en glace, craquant sous le pied. Pas un paysan aux champs, pas une charrue dans la plaine déserte où quelques mottes de terre trouaient de points noirs la nappe de neige qui avait commencé à fondre ; partout la solitude dont le morne silence n’était troublé que par une bise glaciale qui dans les branches dénudées des peupliers soufflait la chanson de l’hiver, et aussi par les croassements de quelques corneilles attardées à chercher leur nourriture.

Cependant deux voitures, de celles que dans le monde des saltimbanques on appelle des roulottes, descendaient la côte de Champs, traînées par des chevaux efflanqués et de couleur indécise : dans le calme du soir on entendait les mécaniques serrées grincer et les essieux crier avec la plainte lamentable des choses détraquées.

Celle qui tenait la tête, attelée de deux chevaux, était un long édifice en planches rouges et jaunes alternativement, sur lesquelles on lisait en lettres blanches d’une taille démesurée : « Grand théâtre Duchatellier » ; dans les côtés s’ouvraient des fenêtres à persiennes, et de son toit sortait un bout de tuyau en T d’où s’envolaient des petits flocons de fumée ; l’avant était disposé en véranda avec galerie circulaire et porte vitrée. Plus petite et plus modeste était la seconde roulotte ; un seul cheval la traînait, bien qu’elle parût assez lourdement chargée à en juger par les planches, les tréteaux et les décors roulés entassés sur l’impériale.

Autour de ces voitures marchaient des hommes vêtus de costumes bizarres pour la forme comme pour la couleur et qui bien évidemment ne servaient point dans la vie ordinaire, mais qu’on avait tirés des coffres aux costumes, quand la bise avait commencé à souffler, pour se défendre du froid : c’était dans le carrick gris à petits collets de Chopart, dit l’Aimable, que s’enveloppait le conducteur de la première voiture, M. Duchatellier lui-même, et dans le manteau troué de Don César de Bazan que se drapait le père Lachapelle, le financier de la troupe, qui pour le moment conduisait par la bride Bélisaire, le vieux cheval aveugle attelé à la seconde voiture ; Théodore le comique avait endossé le pourpoint du duc de Brabant ; Joseph, l’amoureux et le jeune premier, s’était fait un cache-nez du châle avec lequel on jouait les Anglais ridicules ; et Stanislas, en qualité de fils de la maison qui peut tout se permettre, s’était adjugé la pèlerine de lapin blanc du juge, ainsi que le bonnet de fourrure sans lequel il n’y a pas de bon geôlier au théâtre.

En descendant la côte, qui est raide, il avait fallu la main vigoureuse de Duchatellier et l’adresse du vieux Lachapelle pour soutenir les chevaux qui glissaient sur la neige déjà verglacée, et encore avaient-ils failli s’abattre plus d’une fois.

Arrivés au bas, on s’arrêta.

– Halte ! commanda Duchatellier en s’appuyant sur le timon, dans la pose du conducteur de bœufs de Léopold Robert.

Puis se tournant vers la roulotte, il appela, – à la cantonade :

– Holà ! les femmes, madame Duchatellier, Zyte, Marietta, tout le monde à bas.

La porte vitrée de la véranda s’ouvrit et une tête, jeune, enveloppée dans un fichu de laine blanche, d’où s’échappaient des mèches de cheveux ébouriffés, se pencha en avant :

– Qu’est-ce qu’il y a, père ? demanda-t-elle d’une voix sonore et douce.

– Il y a que le verglas nous prend, et que nous ne pourrons pas démarrer, si nous ne nous pressons pas ; les chevaux n’en ont que déjà trop lourd à traîner ; il faut les soulager, descendez.

– Et mon oignon qui va brûler, dit madame Duchatellier apparaissant sur la véranda.

– Je connais quelqu’un qui voudrait bien être à la place de l’oignon, dit Théodore avec l’accent gras du Parisien des faubourgs.

– Dépêchons, dit Duchatellier, la nuit vient.

Zyte sauta à bas légèrement, avec la souplesse de ses dix-huit ans, tandis que sa mère qui, à représenter les princesses avait pris des attitudes de dignité et des habitudes de lenteur majestueuse mit un certain temps à descendre ; derrière elle vint Marietta que la maigreur de ses quatorze ans avait fait surnommer le chat écorché et qui, sur le théâtre paternel, jouait les rôles d’enfant ainsi que ceux d’amoureuse, selon les nécessités du répertoire, allant intrépidement de l’âge de sept ans à celui de vingt et de vingt-cinq.

Duchatellier fit claquer son fouet, Lachapelle reprit Bélisaire par la bride et la caravane se remit en marche tant bien que mal, les chevaux glissant des quatre pieds à la fois, quand ils rencontraient une flaque glacée.

Zyte et Joseph étaient restés derrière la dernière voiture et ils cheminaient côte à côte sans parler. Tout à coup Joseph, qui à plusieurs reprises l’avait regardée des pieds à la tête, déroula le châle qu’il portait autour de ses épaules et le lui tendit.

– Tu n’as pas pris de manteau avant de descendre de la roulotte, dit-il, tu vas gagner froid, enveloppe-toi dans ce châle, il est chaud.

– Et toi ? répondit-elle en repoussant doucement le châle.

– Oh ! moi, je suis échauffé par la marche.

– Justement, tu ne t’en refroidirais que mieux.

– Il n’y a pas de danger, et puis...

Il attacha sur elle des yeux attendris.

– Tu me ferais... plaisir.

– Donne.

Elle voulut prendre le châle, mais au lieu de le lui donner de la main à la main, il le lui posa sur le cou, ce qu’il fit doucement, presque religieusement ; alors elle s’enveloppa dedans en rejetant les deux bouts par-dessus ses épaules ; dans ce mouvement gracieux sa taille souple parut fondre comme si elle n’avait pas d’os, et les bras serrés contre la poitrine elle continua sa marche avec des ondulations félines.

– Tu es bien, n’est-ce pas ? demanda Joseph.

– Oui, très bien, je te remercie.

Duchatellier ne s’était pas trompé en pensant qu’ils auraient de la peine à monter la côte : les chevaux ne tenaient pas pied, car de minute en minute, sous le souffle glacé du vent du nord, la neige se durcissait et Bélisaire qui n’avait pas de camarade pour le soutenir, menaçait à chaque instant de s’étaler.

– Allons, les enfants, cria Duchatellier, il faut pousser à la roue, ou nous restons en détresse.

Tout le monde obéit : Théodore, Stanislas, madame Duchatellier en se mettant derrière la première roulotte, Joseph, Zyte derrière la seconde.

– Ne te fatigue pas, dit Joseph, je pousserai pour deux.

Et ce fut un si vigoureux coup d’épaule qu’il donna que le vieux Bélisaire, sentant venir la voiture plus légère, reprit courage.

Cependant il fallut bientôt s’arrêter et caler les roues avec les cailloux du chemin.

– Nous aurions mieux fait de passer la nuit à l’abri des murs du parc Chamontain, dit madame Duchatellier, qui, comme toutes les natures indécises, revenait volontiers sur ce qu’on aurait pu faire et plaidait les si.

– Et les chevaux ? répliqua Duchatellier, Bélisaire n’est plus d’âge à coucher dehors par un pareil temps, le pauvre vieux ; qu’est-ce qu’il aurait mangé ? ce n’est pas les Chamontain qui nous auraient donné un picotin d’avoine. Et puis je tiens à arriver ce soir à Noisy, pour annoncer tout de suite les représentations de demain.

On se remit en marche, chacun poussant de toutes ses forces sans s’épargner, même Zyte, malgré ce que Joseph lui disait.

Mais on n’alla pas bien loin. À un endroit où la neige était épanchée en nappes épaisses et où, par conséquent, le verglas emplissait la route, Bélisaire, malgré la poigne de Lachapelle, s’abattit. Ce fut en vain que le vieux comédien, aidé de Joseph, essaya de le relever ; découragé de toujours glisser sans comprendre sur quoi on le faisait marcher, puisqu’il ne voyait pas la glace, il refusait de répondre aux paroles aussi bien qu’aux coups de bride. N’avait-il pas assez trimé sur les grands chemins, par la poussière et par la boue, par le froid et par le chaud, en été et en hiver, sous la pluie et sous le soleil, poussé dans les descentes, tirant ferme dans les montées, nourri tant bien que mal, au hasard des saisons ; bien, quand l’herbe des fossés était longue et fraîche, mal, quand elle était courte et que ses vieilles dents pouvaient à grand-peine en pincer quelques brins. Il était las, bien las, et ne demandait qu’à se reposer ; si le repos n’était possible qu’avec la mort, eh bien qu’on le laissât mourir ; au moins ce serait fini. Autant sur cette route que sur une autre. Puisqu’il était couché, à quoi bon se relever ? Et la tête collée sur la terre gelée, les quatre membres raidis, haletant, il restait là avec la placide résignation des bêtes vieillies qui ont appris par l’expérience qu’on ne se révolte pas contre le sort.

Cependant ils s’étaient tous empressés autour de lui, et, après l’avoir débarrassé de ses harnais, ils avaient tiré la voiture en arrière pour qu’il eût la liberté de se relever. Mais étalé sur la route, il n’avait pas bougé.

– Pauvre vieux Bélisaire, dit Marietta tristement, il est mort.

– C’est un feignant, répondit Stanislas en voulant prendre le fouet de Lachapelle, je vais le ramasser.

– Veux-tu le battre ! s’écria Zyte en retenant le bras de son frère.

– Ce n’est pas la peine, continua Théodore, il a froid aux pieds, le pauvre vieux, et ça le dégoûte de marcher sur la glace, il faut lui mettre des bas.

– Avez-vous le cœur de rire ? interrompit madame Duchatellier qui prenait tout au sérieux.

– Je ne ris pas : l’année dernière, quand je travaillais au couvent des Dames irlandaises, nous ne pouvions pas marcher tant le carreau était bien ciré ; alors on nous a donné des petits carrés de laine que nous mettions sous nos pieds et personne ne tombait plus ; c’est de la laine qu’il faut aux sabots de Bélisaire.

Sans attendre qu’on lui répondît, il entra dans la roulotte. Presqu’aussitôt il en ressortit apportant un vieux tapis qu’il coupa en quatre morceaux avec son couteau. Puis aidé de Joseph et de Stanislas il en enveloppa les sabots du vieux cheval en les attachant au moyen d’un bout de ficelle autour du jarret.

– Tu sais, ma vieille, qu’il n’y a rien de meilleur pour avoir chaud aux pieds que de mettre des chaussettes ; tu peux m’en croire : Allons debout !

Mais Bélisaire ne bougea pas ; bien que Lachapelle le secouât par la bride, il restait étalé, la tête collée sur la terre : avec son œil sans regard et sa bouche entrouverte il paraissait mort.

Autour de lui, chacun lui criait le même mot :

– Hue donc !

Mais chacun le disait avec un accent différent, celui de son caractère : Duchatellier noblement, madame Duchatellier doucement, Théodore en blaguant ; Stanislas en rageant.

– Laissez donc Zyte lui parler, dit Joseph, s’il écoute quelqu’un ce sera elle ; il fait tout ce qu’elle veut.

Alors Zyte le prit d’une main par la bride que Lachapelle lui donna et de l’autre elle lui flatta la tête en lui disant de douces paroles.

– Allons, Bélisaire, lève-toi ; tu ne vas pas coucher là, tu aurais froid, viens, vieux camarade, viens.

Le vieux camarade parut comprendre, il souleva sa tête en ramenant sous lui ses jambes raides, puis donnant un vigoureux coup de reins il se mit debout, et après un moment de surprise il se secoua vigoureusement avec satisfaction : s’il était résigné à mourir, en somme il ne demandait pas mieux que de vivre.

On lui remit ses harnais et après qu’on l’eût attelé la caravane reprit sa marche, Joseph et Zyte restant derrière la voiture pour la pousser. Mais ils n’eurent pas de grands efforts à faire ; maintenant que le cheval tenait pied sur le verglas grâce à ses chaussettes, il tirait bravement la charge.

– Bêtes et gens, dit Joseph, tu n’as qu’à parler ; tu ressuscites les morts : en t’écoutant, en te regardant, j’aurais voulu être à la place du vieux.

Elle partit d’un franc éclat de rire :

– Et dans quelle catégorie te mets-tu ? demanda Zyte.

– Dans celle des bêtes, bien entendu, tu n’a pas à le demander.

Elle haussa les épaules :

– Tu ferais bien mieux de regarder le clair de lune, dit-elle, est-il assez beau !

– Tu ne veux pas que je parle.

– Moi, je regarde.

Il poussa un soupir, mais sans insister il se mit à regarder avec elle.

Pendant le temps assez long qu’ils avaient passé autour de Bélisaire, la lune s’était levée derrière les collines, dans le ciel éclairci, et sa lumière frappant les plaques de neige qui couvraient les pentes de la côte rayonnait comme sur un miroir : au loin, à travers les branches nues des grands arbres, des petites taches argentées indiquaient confusément le cours de la rivière qu’on devinait plutôt qu’on ne la voyait.

– N’est-ce pas que cela est beau ? dit-elle en étendant la main.

– Si tu veux.

– Ce que je voudrais ce serait que tu le dises toi-même.

– J’aimerais mieux te parler d’autre chose.

– Écoute, interrompit-elle.

Tout au loin on entendait un grondement qui arrivait de l’autre côté de la Marne, et que le bois qu’ils longeaient en ce moment répercutait.

– Parbleu, dit Joseph d’un ton fâché, c’est un train express qui passe le long des coteaux de Chelles.

– Je sais bien que c’est un train, mais cela ne fait pas que cet écho ne soit curieux.

– Si tu veux.

– Mais qu’est-ce donc qui t’intéresse ?

– Toi. Il n’y a que toi. Je ramène tout à toi. Je ne vois que toi. Et ce qui m’intéresse c’est de te le dire.

– Mais tu me l’as déjà dit cent fois, mille fois.

– Je voudrais te le dire toujours.

– Tiens, regarde, interrompit-elle.

– Mais quoi encore ?

– Là-bas dans les grands arbres.

Ce qu’il y avait dans les grands arbres c’était une nappe de lumière rouge qui passait comme un éclair entre les branches, – celle que projetait la lanterne de la locomotive qui arrivait.

– Tu ne veux donc pas m’écouter, s’écria-t-il avec plus de tristesse que de colère.

– Mais je ne fais que ça de t’écouter ! Voyons, mon pauvre Joseph, crois-tu que ce soit une existence ? Dans toutes les pièces que nous jouons, tu me fais des déclarations ; ça c’est obligé et je ne t’en veux pas puisque ça n’est pas ta faute. Mais ce qui n’est pas obligé, c’est que tu recommences pour de bon aussitôt que nous sommes seuls : « C’est que l’amour bout dans mon cœur, Fenella, c’est que le feu court dans mes veines comme du plomb fondu. » Je le connais, ton plomb fondu, tu sais.

– Peux-tu rire ?

À ce moment, Lachapelle les interrompit :

– Pousse donc, Joseph, voilà Bélisaire qui recommence à glisser.

Docilement Joseph appuya son épaule contre la voiture et poussa sans rien dire, se répétant tout bas : « Je le connais, ton plomb fondu. »

La route se fit sans autre accident, grâce aux chaussettes de Bélisaire, et bientôt ils aperçurent, trouant la nuit, les lumières des premières maisons de Noisy.

À la grille du parc on fit une halte pour mettre de l’ordre dans la caravane ; comme la grande rue avait été débarrassée de la neige et balayée, il ne s’était pas formé de verglas lorsque la gelée avait repris, et dès lors il était inutile de mener les chevaux à la bride ; on pouvait donc faire une entrée triomphale dans le village et frapper l’attention par la pompe de cette cérémonie : Théodore prit la tête, sonnant de la trompette, et derrière lui, noblement espacée, la troupe s’avança par deux de front, les roulottes suivant.

Aux éclats de cette sonnerie, les portes s’étaient ouvertes, et les gamins quittant leurs soupes s’étaient précipités dans la rue, la bouche pleine.

– Les Duchatellier !

Instantanément ils avaient formé un cortège à la troupe.

– C’est Théodore ! Bonjour, Théodore ! Bonjour M. Duchatellier ! Bonjour, Joseph !

On avait échangé des poignées de mains.

– Les Duchatellier ! Les Duchatellier !

On eût pu se croire revenu au temps où les rois mérovingiens faisaient leur entrée dans leur villa de Noisy ou leur palais de Chelles.

C’est que, pour Noisy, l’arrivée des Duchatellier était la promesse de deux mois de plaisirs : on allait s’amuser, rire, pleurer. Et à Noisy qui n’est plus une ville royale, il s’en faut de tout, les occasions de s’amuser sont assez rares pour qu’on se jette sur celles qui se présentent, quelles qu’elles soient. La route qui traverse ce vieux village, si vieux qu’il en est usé, ne conduit nulle part : les deux lignes de chemin de fer qui passent à une certaine distance le laissent isolé au haut de son promontoire ; à quatre lieues de Paris sur la carte, il en est à cinquante lieues pour la vie civilisée, et cependant sa population de croquants qui travaillent la tarre (c’est la prononciation de terre) à la binette, de petits commerçants, de petits boutiquiers, veut des distractions d’autant plus vivement qu’elle en est privée. De là la popularité du grand théâtre Duchatellier, qui pendant deux ou trois mois prenait ce pays perdu pour son quartier-général, rayonnant de là dans les villages environnants : Chelles, Villiers, Neuilly.

Le cortège ne tarda pas à arriver à l’avenue du château sur laquelle s’ouvre la salle de bal qui pendant le séjour de la troupe se transforme en théâtre. Là, les deux roulottes furent rangées dans le rond-point, et, les chevaux ayant été mis à l’écurie, tout le personnel masculin, armé d’instruments bruyant, se groupa pour aller sur la place de la fontaine et de la mairie annoncer la représentation du lendemain : Théodore avait gardé sa trompette, Joseph battait du tambour, Stanislas jouait du cornet à piston, Lachapelle poussait la grosse caisse avec son ventre et Duchatellier marquait le pas avec les cymbales, – les gamins hurlaient :

– Les Duchatellier !

Arrivés à la fontaine, les comédiens n’eurent pas besoin de jouer longtemps leur musique de parade pour amasser un triple cercle de curieux autour d’eux ; alors Duchatellier imposa silence à sa musique, et commença son boniment d’une voix formidable :

« Habitants de Noisy, Noisillons,

» La présente annonce est pour vous faire savoir que

» Le grrrrand théâtre Duchatellier

» A fait son entrée dans vos murs et que demain dimanche à sept heures, dans la salle de bal de M. Marinier, il sera donné une grande représentation ainsi composée :

» 1° Il y à seize ans

» Drame en trois actes, la pièce la plus célèbre qui ait jamais été représentée sur les théâtres de Paris, mise à la mode et au style du jour par

» M. Duchatellier !

» Le personnage du comte de Clairville sera représenté par M. Duchatellier, premier rôle des théâtres de Paris ; celui d’Amélie par madame Duchatellier, celui de Gérôme par M. Lachapelle, de la Comédie-Française, ce qui est tout dire ; celui de Félix, – travesti de jeune homme aussi intéressant que malheureux par mademoiselle Zyte, incomparable dans ce rôle. Allez la musique ! »

Elle joua l’air de la Grâce de Dieu, mais presque tout de suite Duchatellier l’interrompit :

» Les autres personnages seront joués par MM. Théodore, Joseph et Stanislas et par mademoiselle Marietta.

» Avant Il y a seize ans, nous donnerons le Dîner de Madelon, la pièce la plus gaie qui ait jamais été représentée sur les théâtres de Paris, jouée par MM. Duchatellier, Lachapelle, Théodore et par mademoiselle Zyte qui, avant de faire pleurer les cœurs les plus durs, fera rire ceux qui ont le foie malade, s’il s’en trouve dans l’honorable société. Allez la musique. »

Cette fois la trompette et le cornet qui seuls pouvaient suivre un air jusqu’au bout jouèrent : Mon ami Vincent.

Duchatellier reprit son boniment :

« Intermèdes et chansonnettes comiques par M. Théodore qui dira... »

Les gamins interrompirent en chœur :

– La Légende du grand étang.

Duchatellier salua avec un geste d’acquiescement.

« Qui dira à la demande générale, « La Légende du grand étang. » Rien ne sera négligé pour donner à cette grrrrande représentation un éclat extraordinaire. Décors, attributs et costumes analogues au sujet...

» L’honneur de votre présence ! ! ! »
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