© Université de Pau et des Pays de l’Adour, Unité Mixte de Recherche C. N. R. S. n° 5603 «Société, Environnement, Territoire»








télécharger 2.39 Mb.
titre© Université de Pau et des Pays de l’Adour, Unité Mixte de Recherche C. N. R. S. n° 5603 «Société, Environnement, Territoire»
page14/65
date de publication10.06.2018
taille2.39 Mb.
typeRecherche
ar.21-bal.com > loi > Recherche
1   ...   10   11   12   13   14   15   16   17   ...   65
5.Quelques pistes de travail pour l’avenir

La première piste de travail concerne l’attraction de jeunes retraités au bord de mer par la transformation de résidences secondaires en résidences principales. Elle n’est pas sans effets pervers. Cette solution, particulièrement étudiée par Baudouin GUITARD72, est fondée sur l’idée que les deux tiers des retraités rencontrés dans l’enquête « bord de mer 1980 73» sont venus à la mer dans les six mois qui ont suivi la prise de retraite, tandis que 16 % seulement étaient retraités depuis plus de trois ans lors de leur installation. Dans l’enquête « Côte d’Azur 85-92 74», 57 % sont venus à la mer dans les deux ans qui ont suivi la prise de retraite. La croissance du nombre de retraités, l’augmentation de leurs revenus, l’existence d’un parc de logements désirables expliquent ce phénomène. La très grande majorité des retraités s’est installée dans une commune qu’ils connaissaient déjà. Seulement 24 % des retraités installés en bord de mer n’avaient passé aucune de leurs vacances dans la commune même ou les environs. Dans l’enquête « bord de mer 1980 », si 13 % ont vendu leur résidence secondaire pour s’installer dans un autre logement de la même commune, 40 % tout de même ont transformé leur résidence secondaire en résidence principale.

Cependant, de nombreux facteurs viennent limiter cette solution pour la transformation des résidences secondaires. D’abord, six retraités migrants sur dix ne s’installent pas dans une résidence secondaire existante. Ensuite, l’installation diminue avec l’âge : d’après les enquêtes de Françoise CRIBIER, seulement 28 % des nouveaux habitants permanents de plus de 60 ans s’installent dans une résidence secondaire qui leur appartenait. Enfin, ce sont les régions les plus attractives qui reçoivent le plus de retraités : ce sont donc les stations du littoral qui continuent à attirer des touristes qui recevront les nouveaux retraités. Sur ce plan, les stations sont autant en concurrence entre elles qu’avec les centres urbains. Les habitants des communes touristiques situées dans une aire urbaine bénéficient déjà de l’ensemble des équipements et services qui répondent à ces besoins. Dans les communes touristiques isolées du littoral, les habitants disposent certes d’un bon niveau d’équipements et de services. Mais dans de nombreux cas, ces équipements et services ne sont pas adaptés aux 60-80 ans. Leur adaptation a un coût. La sécurité et l’adaptation des espaces publics aux personnes âgées nécessitent l’intervention d’urbanistes et exigent des élus une volonté politique forte75.

Les analyses sur la mobilité et l’installation des jeunes retraités posent deux questions pour la transformation des résidences secondaires, questions non résolues à ce jour. La première porte sur les stations touristiques des années 60-80 dont une part importante des logements n’ont qu’une pièce. Plus de la moitié des logements de La Grande-Motte sont trop petits pour accueillir des populations permanentes. Que faire? Avec quels moyens financiers ? La seconde question est celle du vieillissement de la population des communes littorales. Est-ce souhaitable ? Ne risque-t-on pas de laisser ces communes se transformer en stations de « personnes âgées » dont les touristes d’été se sentiront exclus ? Le vieillissement du littoral pose la question du maintien et du développement d’avantages accordés aux retraités dès 55 ou 60 ans et de l’augmentation des dépenses sociales et de santé dans certains départements. Les autres écueils sont d’ordre social : la concentration volontairement exclusive des personnes âgées dans des « gates communities76 » (dont l’entrée pour les enfants est même parfois interdite !) ; le développement de politiques locales en direction de l’électorat âgé (actions sécuritaires, obligation de fermeture des restaurants dès 23 heures,...) au détriment des politiques locales en faveur des familles ou de l’économie pose de nouveaux problèmes d’aménagement du territoire. L’accroissement de la division sociale qui résulte de ces nouveaux quartiers rend impossible « l’engagement des différents groupes sociaux dans une action politique visant à définir les objectifs communs et à négocier des solutions77 ». L’exemple caricatural des « gate communities » est tout de même conforté par des enquêtes informelles effectuées en Grande-Bretagne, dans les Pays-de-la-Loire et dans le Midi qui montrent la réglementation par les mairies des fermetures des restaurants à 23 heures, l’opposition des retraités au développement des zones artisanales, etc.

Inversement, peut-on socialement encourager des mesures qui tendraient à entériner l’exclusion des plus de 60 ans de la vie sociale ?

Les autres pistes étudiées par la recherche en urbanisme touristique apparaissent bien fragiles. Le télétravail est actuellement faible (moins de 2 % de la population active française ayant un emploi) et ne croît au plus que de 40.000 personnes annuellement78. Il s’entend également en fonction de facteurs qui écartent bon nombre de littoraux : la logique de l’extension du télétravail est celle de l’aire métropolitaine et de la très grande ville où s’organisent les réseaux de compétences et le tissu relationnel79.

L’impact de ce qu’il peut rester des 35 heures est à prendre avec d’infinies précautions80 : de 1995 à 1999, contrairement à ce qu’on croit habituellement, le nombre de nuitées en court séjour a régulièrement diminué81. D’autre part, le marché des courts séjours au sens statisticien82 est nettement moins important que celui des vacances (5 fois plus de nuitées en vacances qu’en courts séjours), leur part à la mer est faible (18,7 %) et celle en résidence secondaire encore plus et chute même à 7,6 % en 1999 contre 11 % en 1993 !

L’ensemble des conclusions des travaux étudiés conduit à favoriser, dans les outils de planification spatiale (Directives Territoriales d’Aménagement, Schémas de Cohérence Territoriale, Plans Locaux d’urbanisme), les offres d’hébergements les mieux adaptées aux demandes des jeunes ménages (touristes ou résidents permanents) au détriment des offres d’hébergements plus adaptées aux demandes des résidents secondaires et des jeunes retraités mobiles. Les jeunes ménages à la recherche d’un logement en accession ou en location ont actuellement de plus en plus de difficultés à se loger, ce qui est paradoxal pour un espace qui compte autant de logements inoccupés pendant une grande partie de l’année ! L’enjeu est bien aujourd’hui de concevoir des politiques de développement durable qui tournent résolument le dos aux politiques sectorielles des trente glorieuses dont le littoral hérite aujourd’hui la difficile gestion. Celles-ci étaient sans doute adaptées à la situation économique et sociale de l’époque : un pouvoir politique fort, une demande touristique solvable. Les politiques à définir aujourd’hui tiendront compte du caractère éparpillé du pouvoir politique actuel et de la stabilisation de la demande touristique.
1   ...   10   11   12   13   14   15   16   17   ...   65

similaire:

© Université de Pau et des Pays de l’Adour, Unité Mixte de Recherche C. N. R. S. n° 5603 «Société, Environnement, Territoire» iconTd – ouvrage mixte presentation du sujet rappel sur les différents types des pont ossature mixte

© Université de Pau et des Pays de l’Adour, Unité Mixte de Recherche C. N. R. S. n° 5603 «Société, Environnement, Territoire» iconLundi (mixte, parking des Arènes), mercredi (mixte, rue Saint Roch),...
«Entre canal et étangs» Au matin, quand tout s’éveille, apprenons à décoder un milieu secret, source de vie. Les plus petits pourront...

© Université de Pau et des Pays de l’Adour, Unité Mixte de Recherche C. N. R. S. n° 5603 «Société, Environnement, Territoire» iconSélection d'une société d'ingénierie pour un appui technique à la...
«Appui à l’Unité Technique d’Exécution du Ministère de l’Économie et des Finances pour la direction du projet»

© Université de Pau et des Pays de l’Adour, Unité Mixte de Recherche C. N. R. S. n° 5603 «Société, Environnement, Territoire» iconBilan de l’activité de recherche et des résultats obtenus par l’unité

© Université de Pau et des Pays de l’Adour, Unité Mixte de Recherche C. N. R. S. n° 5603 «Société, Environnement, Territoire» iconEt construction de l'unité européenne
«Si la science n'a pas de patrie, l'homme de science en a une» témoigne du poids de l'environnement socio-politique sur les comportements...

© Université de Pau et des Pays de l’Adour, Unité Mixte de Recherche C. N. R. S. n° 5603 «Société, Environnement, Territoire» iconGhizlane el kafz
«Génie et Gestion de l’eau et de l’environnement» Faculté des Sciences de Rabat, Université Med V d’agdal

© Université de Pau et des Pays de l’Adour, Unité Mixte de Recherche C. N. R. S. n° 5603 «Société, Environnement, Territoire» iconNous avons découpé ce beau département tarnais en «pays» qui présentent chacun leur unité

© Université de Pau et des Pays de l’Adour, Unité Mixte de Recherche C. N. R. S. n° 5603 «Société, Environnement, Territoire» iconUnite de formation et de recherche de sciences et techniques

© Université de Pau et des Pays de l’Adour, Unité Mixte de Recherche C. N. R. S. n° 5603 «Société, Environnement, Territoire» icon1De nombreux avantages pour les salariés, l'environnement et l'aménagement du territoire

© Université de Pau et des Pays de l’Adour, Unité Mixte de Recherche C. N. R. S. n° 5603 «Société, Environnement, Territoire» iconSommaire general
«Science, recherche et société» au Collège de France. On y apprend également que 93 d’entre eux estiment important de connaître ces...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com