Première partie Les Ravageurs








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Le dernier mot de Rocambole I

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Ponson du Terrail



BeQ

Ponson du Terrail

Le dernier mot de Rocambole I

Les Étrangleurs

roman

La Bibliothèque électronique du Québec

Collection À tous les vents

Volume 1196 : version 1.0

Du même auteur, à la Bibliothèque :
L’héritage mystérieux

Le club des Valets-de-Cœur

Les exploits de Rocambole

La baronne trépassée

Le Chambrion

Les nuits de la Maison-Dorée

Le piqueur Sonne-Toujours

Le Castel du Diable

L’anneau de fer du passé

La fée d’Auteuil

L’orgue de Barbarie

Jeanne

Le Grillon du moulin

La femme immortelle

Le dernier mot de Rocambole comprend :

1. Les Étrangleurs.

2. Les millions de la bohémienne.

3. Un drame dans l’Inde.

4. Les trésors du Rajah.

5. La vérité sur Rocambole.

Les Étrangleurs

Édition de référence :

Paris, Arthème Fayard, Éditeur.

Numérisation :

Ebooks libres et gratuits

Relecture :

Jean-Yves Dupuis

Première partie



Les Ravageurs



I


Paris a des nuits effrayantes de silence et d’obscurité. Le brouillard estompe les toits, une pluie fine rend le pavé glissant, le vent courbe la flamme des réverbères, et la Seine coule silencieuse entre ses deux rives de pierres.

Nul passant sur les quais, nulle voiture sur les ponts.

La grande ville se tait, les honnêtes gens ont fermé leurs portes, le monde des voleurs respire et s’apprête à ses expéditions ténébreuses.

Qu’importe que le boulevard vive encore à une heure du matin, tout resplendissant des lumières de sa guirlande de cafés bruyants ?

De ce côté-ci, au bord de l’eau, le silence est si grand qu’on dirait une nécropole.

Il est un endroit sinistre où un des bras de la Seine étranglé entre deux hautes murailles, passe avec des tentations vertigineuses pour ceux qui songent au suicide.

Canal plutôt que fleuve, eau dormante qui bouillonnait en amont et reprendra son cours rapide en aval, la Seine semble s’arrêter noire, profonde, mystérieuse, avec des secrets de mort étranges, entre les deux bâtiments de l’Hôtel-Dieu.

Accoudez-vous un peu sur le parapet du pont de la Cité ou du pont de l’Archevêché ; regardez-la couler entre ces deux asiles de souffrance, cette eau qui redeviendra limpide et bleue, là-bas, au-delà des coteaux de Sèvres et de Saint-Cloud, et sa tranquillité sombre vous donnera le frisson.

Vous qui cherchez l’oubli dans la mort, venez là ; vous qui hésitez à quitter la vie, venez encore. La folie du suicide vous montera au cerveau, après dix minutes de contemplation.

Or, par une de ces nuits dont nous parlions tout à l’heure, un immense radeau, un train de bois, comme on dit, passait au fil de l’eau entre ces deux arches funestes, du pont de la Cité et du pont de l’Archevêché.

Trois hommes assis à l’avant causaient tout bas.

Un quatrième, à l’arrière du train, manœuvrait un gouvernail primitif fait avec une longue poutre.

– Quel temps de chien ! disait un des flotteurs, en se frottant vigoureusement les bras et les mains pour se réchauffer.

– Ma peau de bique est traversée, dit le second.

– Et dire, murmura le troisième, que nous ne serons pas au cabaret de la mère Camarde, à l’enseigne de l’Arlequin, avant deux heures du matin ! J’ai une soif d’enfer.

– Qui t’empêche de boire un coup ? dit le premier en riant. La grande tasse est pleine... et c’est de l’eau douce, encore.

– Merci ! je n’en use pas. Je n’ai bu de l’eau qu’une fois, et ce n’était pas de bonne volonté, camarade.

– Et quand donc ça, le Notaire ? demanda le premier flotteur.

– Quand j’étais là-bas...

Et il souligna le mot.

– Ah ! oui, au pré de Toulon ?

– Justement, nous avions tenté de nous sauver à la nage, un soir, mon camarade et moi : il s’est noyé et moi on m’a repris.

– Ce qui ne t’a pas empêché de filer un peu plus tard.

– Naturellement.

Celui des flotteurs qui s’était plaint que sa peau de bique était toute mouillée, et qui, à l’accent frais et sonore de sa voix, paraissait être un jeune homme, dit avec un certain enthousiasme :

– C’est égal, je ne craindrais pas le bagne, moi !

– Ça vaut mieux que la Centrale toujours ; j’y ai fait deux ans, je sais ce que c’est, dit le second.

Celui qui venait de Toulon reprit :

– Tu es jeune toi, Marmouset : quêque t’as ?

– Dix-neuf ans.

– Tu as le temps de voir ça et de comparer.

Et l’ex-forçat se mit à rire.

Mais le premier des trois flotteurs, celui qui disait avoir fait deux ans de Centrale, ne partagea pas cette hilarité.

Il avait les yeux en l’air et regardait le pont de la Cité dont le radeau approchait lentement.

L’arche gigantesque se détachait aussi noire que de l’encre de Chine sur le ciel déjà noir.

Au-dessus et au milieu, comme un clocheton sur la toiture d’une église, on voyait une silhouette d’une parfaite immobilité.

Était-ce un homme ? était-ce un poteau ?

Voilà ce qu’il était impossible de dire.

– Qu’est-ce que tu regardes donc, la Mort-des-braves ? demanda le flotteur qui avait connu la vie du bagne.

Celui qui répondait à ce singulier nom étendit la main vers l’arche du pont.

– Je crois bien, dit-il, que voilà un homme.

– Je parierais pour un réverbère qui s’est éteint, dit Marmouset, car on avait ainsi surnommé le gamin.

– Imbécile ! dit le forçat, tu ne connais donc pas mieux ton Paris que ça ?

– Plaît-il ? fit le gamin piqué.

– Où sommes-nous ?

– En Seine donc !

– Oui, mais à quel endroit ?

– Auprès de Notre-Dame et de l’Hôtel-Dieu.

– Eh bien ! tu devrais savoir qu’il n’y a pas de réverbère au milieu du pont de la Cité.

De plus en plus piqué, Marmouset répondit :

– Comme vous le dites, j’ai le temps d’apprendre.

La Mort-des-braves regardait toujours cette silhouette immobile.

– J’ai idée, dit-il, que c’est un homme qui veut casser sa pipe et dévisser son billard.

Dans ce langage pittoresque du peuple de Paris, ces deux images équivalent au verbe mourir.

– Si le cœur lui en dit, fit Marmouset froidement. Peut-être que c’est pour un chagrin d’amour.

– À moins, ricana le forçat, que ce ne soit quelque banquier qui a mangé la grenouille de ses actionnaires.

– Ohé ! monsieur ! cria Marmouset, faut pas vous gêner... l’eau est bonne...

Mais comme le gamin parlait, et avant sans doute que sa voix ne fût parvenue en haut du pont, la silhouette avait fait un mouvement assez semblable à celui de la cheminée d’un bateau à vapeur passant sous un pont.

Puis quelque chose de noir avait tourbillonné dans l’air.

Puis encore l’eau tranquille avait été frappée par quelque chose qui tombait, et s’était entrouverte, gouffre perfide, pour engloutir sa victime.

– Ça y est, Marmouset, monsieur est servi.

Et il se mit à rire.

Mais le quatrième flotteur, celui qui était à l’arrière et qui ne s’était point mêlé à la conversation, jeta un cri, abandonna la barre et tomba à l’eau.

– Bon ! dit la Mort-des-braves, qu’est-ce qu’il va donc faire celui-là ?

– Il va le repêcher donc !

– L’imbécile ! dit l’ex-forçat.

Marmouset fit un porte-voix de ses deux mains et cria :

– Hé ! l’Étourneau, si tu le repêches vivant, tu n’auras que quinze francs ; noie-le, c’est dix francs de plus.

Le flotteur à qui on venait de donner l’épithète de l’Étourneau était un vigoureux jeune homme de vingt-sept à vingt-huit ans, nageur intrépide, pour qui la Marne n’avait ni trahisons, ni mystères.

Il fendit l’eau, et se dirigea avec le calme et la précision d’un chien de Terre-Neuve vers l’endroit qu’il ne voyait pas, tant la nuit était sombre, mais où il entendait un sourd clapotement.

L’homme qui s’était volontairement jeté à l’eau avait été au fond tout d’abord.

Mais la nature avait repris ses droits.

Instinctivement, cet homme, qui savait nager, était remonté à la surface.

Et alors une lutte s’était engagée.

Une lutte terrible, acharnée, féroce entre l’âme qui voulait quitter la vie, et le corps qui ne voulait pas mourir.

Pendant ce temps, le flotteur l’Étourneau arrivait et saisissait le noyé par les cheveux.

Le noyé commençait à disparaître : – l’âme avait vaincu le corps.

Et Marmouset criait toujours.

– Mais noie-le donc, imbécile ! c’est dix francs de plus.

Le radeau qui suivait le fil de l’eau, fort calme en cet endroit, était encore à vingt brasses du pont.

Le flotteur, qui s’était bravement dévoué pour sauver la vie à un de ses semblables, l’avait donc dépassé de toute la vitesse que peut déployer un vigoureux nageur.

Ceux qui étaient restés sur le radeau, c’est-à-dire Marmouset, la Mort-des-braves et le forçat ne voyaient rien ; mais ils entendaient le bruit d’une lutte.

C’était maintenant contre son sauveur que se débattait le noyé.

– Ma foi ! dit la Mort-des-braves, ça vaut la peine d’être vu, ça. On peut bien rallumer le fanal ; pour deux liards de chandelle, on n’en mourra pas.

Il y avait à l’avant du train de bois une lanterne que les flotteurs n’allumaient que sur les canaux et lorsqu’ils arrivaient aux écluses ; hors de là, ils aimaient mieux suivre le courant dans les ténèbres.

Les ténèbres convenaient mieux à leurs mœurs et à leurs habitudes.

La Mort-des-braves battit le briquet, alluma la lanterne, et la lanterne projeta sa lueur en avant du train de bois.

Alors les trois flotteurs aperçurent leur compagnon qui essayait de se débarrasser des terribles étreintes de l’homme qui se noyait, et de le repêcher sans se noyer lui-même.

Et soudain, l’homme qui avait été au bagne poussa un cri :

– C’est lui !

Puis il se jeta à l’eau, comme avait fait l’Étourneau pour aller au secours de l’homme qui se noyait...
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