Première partie Les Ravageurs








télécharger 1.08 Mb.
titrePremière partie Les Ravageurs
page6/90
date de publication10.06.2018
taille1.08 Mb.
typeDocumentos
ar.21-bal.com > loi > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   90

VI


La Mort-des-braves tournait et retournait son bonnet de marinier dans ses doigts, avec une gaucherie respectueuse.

Le Notaire avait un peu plus d’aplomb.

Néanmoins, on sentait que Rocambole lui en imposait, et qu’il reconnaissait en lui un homme supérieur.

– Que voulez-vous, mes amis ? demanda Rocambole de cette voix sympathique et mystérieusement caressante qui lui gagnait tous les cœurs.

– Voici la chose, dit le Notaire, c’est les camarades qui nous envoient... en députation.

– En députation, répéta la Mort-des-braves comme un écho.

– Voyons ? dit Rocambole.

– D’abord, nous venons savoir comment vous allez...

– Je vais mieux, mes amis, mais je suis au lit pour une quinzaine de jours au moins.

– C’est bien ce que je leur disais...

– Moi aussi, dit la Mort-des-braves.

Le Notaire se grattait l’oreille :

– Ça ne vous empêchera toujours pas, dit-il, de nous donner un bon conseil.

– De quoi s’agit-il ?

– Je vais vous le dire en deux mots, reprit le Notaire. Quand on ne peut pas travailler dans le grand comme vous, on travaille dans le petit. Quand je me suis évadé de là-bas, je suis venu à Pantin comme tous les camarades et j’ai cherché de la besogne.

Mais je n’avais pas un radis, la rousse est doublée, l’ouvrage ne va pas. J’ai été bien heureux de rencontrer le Pâtissier.

– Qu’est-ce que le Pâtissier ?

– C’est le chef des Ravageurs.

– Ah !

– Il m’a embauché. Nous avons fait quelques jolis coups, mais il n’y a pas gras. Je remonte les rivières et les canaux, je vais à la découverte.

Puis je redescends avec les trains de bois. Quand j’ai trouvé quelque chose, j’avertis les camarades, dont le rendez-vous est ici, et nous partons.

– Bien, fit Rocambole d’un signe de tête.

– Ça allait comme ça depuis quelque temps, lorsque nous avons eu l’honneur de vous repêcher. Mais voilà que depuis hier nous sommes tout en désordre.

– Pourquoi ?

– Le Pâtissier, qui n’est qu’un feignant, voudrait rester notre chef.

– Eh bien !

– Vous pensez, maître, dit respectueusement le Notaire, que le Pâtissier n’est pas de force auprès de vous.

– Ah !

Et un sourire glissa sur le pâle visage de Rocambole.

– Sur quinze que nous sommes dans la bande, il y en a dix qui crient déjà : Vive Rocambole !

– Vraiment ?

– Il y en a quatre qui veulent rester avec le Pâtissier. Mais c’est par peur qu’ils disent cela ! Ça ne sera pas difficile de les décider.

Rocambole eut un sourire dédaigneux.

– Quels sont les états de service du Pâtissier ?

– Il est allé à Brest.

– Est-ce un grinche ?

– Il a chouriné aussi, mais... pas souvent.

– Eh bien ! dit Rocambole, quand je serai sur pied, nous verrons ; et, d’un geste, il voulut congédier le Notaire et la Mort-des-braves, qui ne soufflait mot.

Mais le Notaire ne bougea pas.

– C’est que, dit-il, j’apportais un joli renseignement aux camarades.

– Ah ! Ah !

– Un beau coup à faire.

Rocambole prit un air attentif.

– Le Pâtissier dit, poursuivit l’ex-forçat, que puisque vous êtes malade, on doit faire le coup sans vous.

– C’est bon, dit Rocambole en tressaillant. Si l’affaire me plaît, j’entends la garder.

Et il eut un accent d’autorité qui remplit d’enthousiasme la Mort-des-braves et le Notaire.

– Seulement, reprit Rocambole, vous pensez bien, mes enfants, qu’avant de manquer me noyer, j’avais d’autres affaires en train.

– Oh ! ça va sans dire, dit la Mort-des-braves, qui triompha de sa timidité. Un homme comme vous n’a jamais les bras croisés.

– J’ai laissé quelques affaires en suspens à Pantin, poursuivit Rocambole, et je vais envoyer Jean aux renseignements. Quelle heure est-il ?

– Quatre heures du matin.

– Va, dit Rocambole à Jean-le-boucher. Tu passeras la barrière au petit jour. Tu sais ce que je t’ai dit ?

– Oui, maître.

– Eh bien ! en route et ne flâne pas.

Jean se dirigea vers la porte et sortit.

– Maintenant, dit Rocambole au Notaire, assieds-toi là, compagnon, et jase un brin.

– Touchant la chose en question ?

– Naturellement.

Et Rocambole se mit sur son séant et parut être tout oreilles.

Le Notaire dit alors :

– Un peu au-dessus de Charenton, la Seine fait un coude et laisse des collines à droite.

– Ce sont les coteaux de Villeneuve-Saint-Georges.

– C’est ça même.

– Il y a là à mi-côte, une maison isolée, entourée d’un grand jardin. Les gens qui l’habitent sont huppés, à ce qu’il paraît, c’est un vieux monsieur et une jeune dame.

– Le père et la fille sans doute ?

– On ne sait pas. Les uns disent oui, les autres prétendent que c’est la femme et le mari ; ils ne sortent jamais. On ne les a pas vus trois fois en deux ans, sur les routes des environs. La femme est toujours en deuil.

Ils n’ont que deux domestiques, une vieille servante et un vieux jardinier. Il n’y a même pas un chien de garde dans la cour.

– C’est bien cela, observa Rocambole.

– Plusieurs fois, en remontant la Seine, j’avais remarqué cette maison. J’ai pris des renseignements, c’est Marmouset qui a flâné par là.

– Qu’a-t-il appris ?

– Il s’est caché une partie de la nuit, il y a trois jours, dans le jardin.

Les deux domestiques couchent dans un pavillon.

Le vieux monsieur et la jeune dame s’enferment en face d’une fenêtre éclairée.

Quoiqu’ils soient à la campagne toute l’année, le vieux monsieur et la jeune dame se couchent tard et ils n’ont pas l’air de faire bon ménage.

– Ah ?

– Marmouset les a entendus se disputer, le monsieur parlait haut, il criait comme un roulier, la dame pleurait et se tordait les mains de désespoir ; mais comme les vitres étaient fermées, Marmouset n’a pu entendre ce qu’ils disaient.

– Tout cela est fort bien, dit Rocambole, mais ont-ils de l’argent ?

– Le vieux monsieur est sorti de la chambre de la dame en colère et fermant la porte très fort.

Puis peu après, une autre fenêtre s’est éclairée, alors Marmouset s’est laissé glisser à terre ; puis il a grimpé sur un autre arbre qui était en face de cette autre fenêtre.

– Et qu’y a-t-il vu ?

– Le monsieur qui ouvrait un coffre-fort et qui comptait des masses de billets de banque et des sébilles pleines d’or.

– Oh ! Oh !

– Vous pensez si toute la bande est allumée, et si le Pâtissier est pressé...

– Oui, dit Rocambole, mais ils m’attendront...

Et regardant le Notaire froidement :

– Tu vas descendre et tu leur diras que je défends qu’on fasse rien sans moi.

– Enfoncé le Pâtissier ! murmura la Mort-des-braves.

Et tous deux sortirent en courant de la chambre de Rocambole.

Maintenant transportons-nous à Villeneuve-Saint-Georges et faisons connaissance avec les hôtes mystérieux de la maison isolée.
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   90

similaire:

Première partie Les Ravageurs iconPremière partie Les deux poètes

Première partie Les Ravageurs iconPremière partie Les héritiers alarmés

Première partie Les Ravageurs iconPremière partie Les Frères de la justice I

Première partie Les Ravageurs iconPremière partie Le feu du Valpinson Du reste, voici les faits : 1

Première partie Les Ravageurs iconTout sur l'egypte ancienne première partie : les époques de formation

Première partie Les Ravageurs iconActivité Regardez la première partie du reportage. Cochez les mots entendus

Première partie Les Ravageurs iconSodome et Gomorrhe Première partie Première apparition des hommes-femmes,...

Première partie Les Ravageurs iconPremière partie Les premiers pas 1 Au fond du Connaught
«première fleur des mers», mais ces fleurs se fanent vite au souffle des rafales. Pauvre Irlande ! Son nom serait plutôt l’«Île de...

Première partie Les Ravageurs iconPremière partie

Première partie Les Ravageurs iconPremière partie








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com