Essais utopiques libertaires de «petite»








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Jean GRAVE, pédagogue et écrivain utopiste


En France, l’incontournable Jean GRAVE (1854-1939) anime un groupe « L’école libertaire » qui par ses activités journalistiques permet à de nombreux compagnons de se retrouver et de s’exprimer. Une Ligue pour l’éducation libertaire est créée en 1897. Mais les fonds sont cruellement insuffisants. Grâce à Albert LAISANT et à d’autres militants, l’organe L’éducation libertaire est publié de 1899 à 1901. GRAVE défend les bases de L’école libertaire, dans une suite d’articles publiés dans sa revue Les Temps Nouveaux en 1898.

Pour GRAVE, l’école « bourgeoise » de son temps est évidemment à détruire, et à remplacer par une école « libertaire » comme il résume dans un opuscule de 1900 Enseignement bourgeois et enseignement libertaire158. Cette école ne devra pas créer de nouveaux dogmes, mais au contraire favoriser les libres initiatives et toujours garantir l’indépendance.

L’écrit utopique Terre libre en 1908 propose une éducation critique seule manière d’atteindre cette autonomie. Déjà, dans son texte de 1893 La société mourante et l’anarchie, il affirmait que « s’instruire est une des formes de la lutte sociale ». Comme pour beaucoup d’anarchistes de sa génération, la lutte pour l’émancipation intègre donc la nécessaire formation : il ne faut donc pas tout attendre de l’après-révolution. Le combat émancipateur commence bien avant, dès aujourd’hui, et à travers les luttes concrètes que l’éducation doit valoriser et favoriser. Se former est d’autant plus nécessaire que cela aide le militant à mieux formuler ce qu’il souhaite (la société nouvelle) et comment l’atteindre le plus efficacement (méthodes révolutionnaires adaptées).

Dans sa Philosophie de l’anarchie en 1897 il rappelle que l’éducation « doit viser surtout à faire de l’enfant un homme libre, ayant conscience de sa liberté, et qui considèrera son indépendance et son bien être comme intimement liés à l’indépendance et au bien être de ses semblables »159. Mais les enfants ne sont pas seuls concernés : ils ne seront réellement favorisés et autonomes que si l’ensemble de la société, et notamment leurs parents et leurs proches, bénéficient également des bienfaits d’une formation ouverte sur la vie et la solidarité.
Son ouvrage Nono est une des rares œuvres utopiques et anarchistes pour initier les enfants à la pensée libertaire. Largement diffusé en Espagne par les disciples de FERRER, cet écrit fut très célèbre en début du XXème siècle. Introuvable en France, c’est d’ailleurs dans une édition espagnole récente que j’ai pu enfin le lire160. Il présente des enfants qui au contact de sociétés différentes se forgent une conscience progressiste, voire de classe. La pédagogie doit partir du réel, de l’expérience vécue, de la confrontation. Le message de GRAVE est donc clair et très actuel.

GRAVE, mais aussi Madeleine VERNET, André GIRARD ou Charles-Ange LAISANT participent à la rédaction du journal pour enfants Les petits bonhommes, entre 1911 et 1914. Il est soutenu par les syndicalistes et tiré dans les locaux de la Vie ouvrière, avec l'appui de MONATTE161.
        1. Ferdinand Domela NIEUWENHUIS


Le néerlandais, ancien pasteur et anarchiste anti-étatiste et antimilitariste convaincu, Ferdinand Domela NIEUWENHUIS (1848-1919) a des positions très proches de celles de Jean GRAVE à l’orée du XXème siècle, dans une analyse qu’il publie aux éditions Stock, L’école libertaire. En fait le premier écrit d’envergure en matière éducative est L’école libre de janvier 1894 qui est le n°109 de L’Éducation nouvelle.

En 1900 dans Les Temps Nouveaux (n°12) est publiée sa conférence L’éducation libertaire162. Il affirme d’emblée que le futur dépend de l’éducation, ce qui induit un choix prioritaire et une vision assez longue de la révolution. Cette éducation ne vise qu’une chose : tirer de l’apprenant (de « l’intérieur ») ce qu’il y possède, « développer toutes ses facultés », pas lui imposer de l’extérieur des idées toutes faites. La formation repose donc sur la liberté car pour « devenir un homme, il nous faut la libre étude et le libre exercice de tous nos organes ». Le rejet de l’autorité, de toute autorité, à commencer par celle des parents est donc un préalable. Il réfute fermement PROUDHON sur ce point. L’enfant doit disposer du droit de « douter, d’avoir son opinion à soi et aussi du droit de révolte », et donc d’être autonome y compris face à des maîtres libertaires : on ne doit pas lui inculquer d’autres systèmes, d’autres dogmatismes. La formation doit être attractive (« attrayante » écrit NIEUWENHUIS qui cite ainsi FOURIER), ludique, reposer « sur la joie » et sur « la nature », donc favoriser l’ouverture. Enfin il privilégie la réflexion, la libre discussion à l’accumulation des connaissances, « il ne faut pas bourrer la mémoire d’une foule de choses qui ne sont bonnes qu’à être oubliées ». Pour résumer la pensée du militant néerlandais, l’œuvre éducative doit être un « effort vers un enseignement intégral, rationnel, mixte et libertaire » pour que chaque enfant devienne « un être doué d’une volonté propre, plein d’initiative, un homme de caractère haïssant toute autorité extérieure » ce qui permettra de préparer « un monde dans lequel les hommes libres vivront dans une société libre ». L’utopie éducative et l’utopie anarchiste sont bien sûr en symbiose, et mettent la personnalité de chaque individu, à commencer par celles des élèves, au centre de toute réflexion.

Antimilitariste et internationaliste de grande ampleur, NIEUWENHUIS s’efforce de renforcer dans l’éducation de son temps, et dans celle rêvée, le pacifisme et le cosmopolitisme, ne serait-ce qu’en développant les langues étrangères163. Il est sensible, pour la même raison, à changer l’objet de l’histoire, remplaçant par exemple l’histoire des rois, des prêtres et des conflits, par celles des peuples.

Enfin il semble renouer avec FOURIER une nouvelle fois lorsqu’il propose la cuisine comme méthode pédagogique concrète et créatrice (Cf. Le rôle de la cuisine dans l’éducation
que publie L’En-Dehors d’Orléans en octobre 1929).
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