Essais utopiques libertaires de «petite»








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Entre autodidactisme, syndicalisme libertaire et Université populaire : Fernand PELLOUTIER, Georges SOREL


En fin du XIXème siècle, en France, Fernand PELLOUTIER (1867-1901), infatigable défenseur de l’anarcho-syndicalisme et de la « culture de soi-même » met sur le même plan la puissance de l’autodidacte autonome et la formation collective, qu’il entrevoit très bien dans les Bourses du Travail et les Universités Populaires, et bien sûr dans le syndicalisme révolutionnaire tel qu’il le prône. L’honnête homme est alors pour lui celui qui se forme pour se rendre libre, sans exclusive thématique, dans une sorte de néo-humanisme, mais toujours dans un sens de respect envers soi-même et au profit d’une société libre. Le concept de « culture de soi-même » si souvent cité nous permet de mettre en évidence un des axes forts de la pensée de PELLOUTIER, celle de la promotion de l’autonomie individuelle, de la mise en avant des valeurs propres à tout être, ce qui lui permet de mieux résister au grégarisme et à l’imposition de modèles ou de systèmes contraignants. Mais cela n’exclut pas, bien au contraire, l’action collective, mais avec des êtres libres ou en passe de se libérer, conscient de leur individualité et de la nécessaire promotion de leur liberté.

L’éducation, comme pour PROUDHON, devient une priorité pour favoriser l’émancipation, comme le rappelle le titre d’un de ses articles Instruire pour révolter164. Cette émancipation dispose d’une incontestable charge utopique, puisque c’est un pivot de la société libertaire souhaitée (Cf. L’enseignement en société libertaire, article de La Question sociale d’août 1895). Toute formation doit partir du concret, de la vie réelle, du travail (PELLOUTIER, comme PROUDHON, dont il est un incontestable successeur, met toujours la vie active au centre de sa réflexion). Il parle parfois « d’enseignement social » pour englober cette dimension socio-économique et sans doute aussi pour ne jamais perdre de vue le groupe social auquel il s’adresse prioritairement, même si l’anarchie concerne toute la société. Mais l’éducation, sans contrainte, la plus attractive possible, la plus libertaire possible (hors de toute imposition, surtout étatique – ici PELLOUTIER est un authentique anarchiste), doit préserver l’apprenant et lui fournir avant tout les moyens de son autonomie, une autonomie morale (idéologique) et économique (un emploi adapté et non dégradant).
L’importance du syndicalisme comme « « maître d’ouvrage et maître d’œuvre »165 est sous entendu. Georges SOREL (1847-1922) insiste sur ce plan, preuve qu’il est déjà proche du syndicalisme révolutionnaire de marque anarchisante dans son Instruction populaire, Note A de son L’avenir socialiste des syndicats de 1898. La belle formule suivante tirée du même texte ne serait pas reniée par les anarchistes entrés en syndicalisme : « le syndicat se révèle, pour peu qu’on le considère avec tout son développement comme une des plus fortes institutions pédagogiques qui puisse exister »166.

Comme le montre Hugues LENOIR dans son riche article sur Georges SOREL et l’éducation, le philosophe, malgré son vieux fonds marxiste, est gagné aux idées proudhoniennes et syndicalistes-révolutionnaires dès le milieu des années 1890 : dénoncer l’emprise de l’État et l’abêtissement intéressé qu’il promeut, avancer l’importance du milieu socioprofessionnel et du travail, prôner l’autoformation des prolétaires... deviennent fréquents sous sa plume, et culmine avec sa Préface (écrite en 1901) à l’Histoire des Bourses du Travail de 1902167.

Certes il n’est pas sur tout en accord avec les anarchistes. Il nous donne peu de traces du développement intégral des corps et des têtes qu’un ROBIN propose à son époque. Il accepte même, peut-être par sa formation scientifique (il est ingénieur et polytechnicien), une certaine division scientifique du travail, qui de manière incohérente justifie une forme de hiérarchie qu’il combat par ailleurs168.
Les idées de PELLOUTIER s’appliquent à tous les êtres, hommes ou femmes (Cf. sa brochure La femme et la société moderne publiée dans La Revue Socialiste en 1894).

La démarche doit inclure diverses méthodes et divers lieux : par exemple les Bourses169, le théâtre populaire170, le Musée du travail171, et d’une certaine manière tout engagement artistique qui permet une saine révolte172 contre toutes les contraintes de son temps. C’est aussi une manière, pour les producteurs, de contribuer à créer leur propre histoire, ou tout au moins à la revitaliser.
Un des ses principaux efforts porte sur l’organisation des Bourses du Travail, qui ne se limitent absolument pas dans son esprit à une agence de placement, même si l'amélioration du quotidien prolétaire est tout aussi indispensable que la préparation de la future société. Il est un des principaux artisans de leur constitution en Fédération (Cf. MAITRON et JULLIARD) dont il est le secrétaire en fin des années 1890. La première Bourse, à Paris, se crée en 1898-1899 (Cf. chapitre spécifique ci-dessous).

Les Bourses173, environ 150 au début du XXème siècle, proposent divers services : bureau de placement autonome, entraide et mutualité, bureau de statistiques… et surtout celui de formation et d’éducation, de cultures par l’échange et le contact, par l’action... La formation est triple, elle est d’abord technique, professionnelle. Elle est souvent générale et éclectique, culturelle pourrait-on dire (mathématiques, langues…). Elle est enfin au service de la propagande, et de l’anarcho-syndicalisme souvent, analysant la société capitaliste pour mieux la combattre, et débattant de la société future où le syndicat aurait toute sa place, pour la remplacer.

En préfaçant l’ouvrage de PELLOUTIER sur les Bourses, Georges SOREL en résume l’importance éducative pour le syndicaliste: « …(lui) apprendre à vouloir, l’instruire par l’action et lui révéler sa propre capacité, voilà tout le secret de l’éducation socialiste du peuple »174.
Centrale est la place de la Bibliothèque dans la plupart des Bourses : elle est un lieu de savoirs, de diffusion de la culture et un lieu d’échanges et de rencontres. Elle permet également l’apparition d’une autre culture, puisqu’elle associe ouvrages classiques, brochures militantes et textes de droits et d’organisation du travail.
En ce sens l’institution d’un Musée social ou Musée du Travail au sein des Bourses est emblématique de l’apparition assumée d’une culture populaire et militante, avec comme objectif évident d’illustrer le monde inégalitaire environnant et la nécessité de le changer.
L’intégration des Bourses dans la CGT et l’apparition de l’État Providence avec l’essor des lois sociales vont contribuer à diminuer leur rôle.

Les groupements anarcho-syndicalistes après PELLOUTIER vont tous s’occuper d’éducation, parfois en soutenant la création d’écoles syndicales ou libertaires, notamment en Espagne avec la CNT ou en Argentine avec la FORA.
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