Essais utopiques libertaires de «petite»








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Un arrière plan théorique et expérimental très important et très riche :


Parlant de toutes les écoles socialistes entre 1830 et 1870, Nathalie BRÉMAND note « l’écart immense existant entre le surinvestissement intellectuel et théorique dans les questions concernant l’enfance et la pauvreté des réalisations lui étant destinées »13 ; c’est un peu sévère si on s’en analyse les tentatives fouriéristes et celles des libertaires, mais il est vrai que pour ces derniers, elles se manifestent surtout après les années 1870.
        1. Quelques précurseurs plus ou moins libertaires…


Des traces d’auto éducation entre égaux, dans un lieu commun et avec une ouverture d’esprit sur tous les savoirs, toutes les sciences, pour toutes et tous... apparaissent dans de nombreuses utopies. RABELAIS en est un des exemples les plus cités en milieu libertaire. Il en est de même pour la maison commune, le heb, des hermaphrodites, jugés parfois libertaires, de Gabriel FOIGNY au XVIIème siècle.
Pas toujours admis en milieu libertaire (voire la haine de PROUDHON et les réfutations de BAKOUNINE), Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778) a incontestablement déblayé le terrain pour de nombreuses pistes sur lesquelles les libertaires vont s’engager : la « centralité » de l’enfant et de ses besoins, l’importance de la nature, la primauté du relationnel dans l’acte éducatif, la réduction des peines ou châtiments... ROUSSEAU, surtout avec l’Émile de 1762, a influencé de manière positive ou réactionnelle les divers mouvements pédagogiques socialistes ; un Gracchus BABEUF avait même renommé son fils Robert en Émile, et appelé sa fille Sophie, en hommage au grand pédagogue.

Certes ROUSSEAU fut lui-même un piètre éducateur et un père absent pour ne pas dire plus, mais ce n’est pas la principale critique des anarchistes à son égard. On sait en effet que l’attitude libertaire vis à vis de Jean-Jacques est un mélange d’approbation partielle et de refus systématique. Les anarchistes reprochent souvent à l’éducateur suisse d’être en fait un « manipulateur »14 de la jeunesse, et jugent insuffisante l’autonomie de l’enfant telle qu’elle est présentée dans L’Émile. Le préceptorat unique (un seul précepteur) envisagé par ROUSSEAU jusqu’à environ 25 ans a toutes les chances de transformer l’acte éducatif en un rapport inégalitaire entre un mentor-maître à penser et un élève qui manque d’ouverture et de moyens de comparaisons pour s’affirmer. Ce type de préceptorat, loin des livres (haïs apparemment par ROUSSEAU) et loin du monde risque de faire du futur adulte un être asocial ou complètement « paumé » dans un monde qui lui est étranger. Il faut donc être prudent, surtout quand on connaît les difficultés de ROUSSEAU vis à vis de l’éducation de ses proches. La théorie n’influence pas toujours la pratique ni le mode de vie. Le faible rôle reconnu ou donné aux jeunes filles et aux femmes est un autre aspect fort négatif.
Même Marie Jean Antoine Nicolas de CARITAT marquis de CONDORCET (1743-1794) aux yeux d’un Jean JAURÈS, et plus récemment de Maurice DOMMANGET, peut faire figure de précurseur libertaire de la pédagogie, puisqu’il cherche toujours « à s’évader de l’État » et à prévoir la fin des institutions trop contraignantes.

JAURÈS souligne l’importance de ce rêve éducatif (cette utopie ?) : « Quel magnifique rêve d’individualisme, ‘’d’anarchisme’’ intellectuel et scientifique ! Plus d’autorité enseignante : ni l’Église, ni l’État, ni corps savants : la vérité jaillissant de tout esprit comme une source… »15.
Les idées du suisse Johann Heinrich PESTALOZZI (1746-1827), valorisant un enseignement concret et adapté à la personnalité des jeunes, vont, via l’utopiste britannique OWEN surtout, largement influencer la pédagogie libertaire et les diverses pédagogies actives des deux siècles suivants. Sa première grande expérience éducative se situe à Neuhof (Entreprise ou Exploitation nouvelle). GOETHE lui-même lui consacre tout un chapitre (Livre II) de son utopie Wilhelm MEISTER. Les années de voyage (1807-1821). Un autre allemand, réfugié en Suisse, propose à la même époque (1817) une vision communautaire inspirée du pédagogue, Le village des faiseurs d’or, de J.H.D. ZSCHOKKE16. Les pédagogues anarchistes italiens le citent souvent. Aux ÉU, c’est dans le cercle transcendantaliste (EMERSON, THOREAU...), dont les liens avec l’anarchisme individualiste états-unien sont évidents, que PESTALOZZI émerge. Bronson ALCOTT cherche à appliquer ses idées dans son école de Boston dès 1818. En 1834 sa deuxième expérience, la Temple School, toujours à Boston, est assez largement étudiée. PROUDHON, comme indiqué ci-dessous, reprend sans doute les idées du penseur helvétique sur la nécessaire participation des élèves aux travaux productifs. En France, le philosophe MAINE de BIRAN (1766-1824), dans son école de Bergerac en 1808, fait figure de pestalozzien, puisqu’il mise sur l’éveil des facultés plus que sur l’accumulation des savoirs.
De Robert OWEN (1771-1858) les traces sont nombreuses en milieu libertaire. Lui-même reconnaît sa dette vis à vis de William GODWIN qu’il visite à plusieurs reprises, et avec lequel il partage le rôle primordial de l’éducation pour former l’homme nouveau, apte à réformer ensuite la société (Cf. ci-dessous). Le spécialiste de l’histoire ouvrière britannique, Edward THOMPSON écrit qu’OWEN apparaissait dans son expérience de New Lanark comme « GODWIN en personne »17. Son opposition aux « folles notions » de mérite, d’émulation, de démérite…en matière éducative est une des bases de la pensée anarchiste en la matière. Sa volonté d’ouvrir l’école sur la vie, la nature, son honnêteté vis à vis des enfants sur les questions sexuelles… permettent de faire écrire à Maurice DOMMANGET que « ses idées de 1840 nous les retrouverons tout à fait précises soixante-dix ans plus tard sous la plume de Paul ROBIN »18. Pour cet historien militant de la pédagogie socialiste, l’expérience owenienne de New Lanark anticipe Cempuis « à bien des égards ».
Auguste COMTE (1798-1857), un des pères du positivisme, est peut-être un des inventeurs de la formule d'enseignement intégral, si chère aux libertaires. Il concevait l'éducation comme «universelle et encyclopédique, s'adressant à tous les hommes et femmes et embrassant toutes les connaissances»19. Il mettait aussi l'accent sur l'observation et les méthodes actives.
Henry David THOREAU (1817-1862), souvent revendiqué par les anarchistes et libertaires états-uniens a commencé une carrière de professeur à Concord en 1837. Mais choqué par l’usage des châtiments corporels, il en démissionne aussitôt. Avec son frère John, il entreprend de monter une école plus libertaire avec ses propres moyens. C’est sa demeure qui sert de salle de classe.
Sans être particulièrement anarchiste, l’Association Fraternelle des Instituteurs, Institutrices et Professeurs socialistes fondée en 1849 compte des féministes, des fouriéristes et autres libertaires intéressants : Jeanne DEROIN (1805-1894), Marie-Désirée-Pauline ROLAND (1805-1852), Gustave LEFRANÇAIS (1826-1901)… Il s’agit d’un groupement qui oscille entre pré-syndicat enseignant et association éducative. Pluraliste par ses membres et par ses soutiens, le groupe ne dure pas longtemps et ne peut s’insérer dans la réalité, mais il a parmi les premiers essayé de mettre en cohérence un programme éducatif pour la liberté, et des revendications catégorielles20. Par sa volonté de miser «sur le développement du corps en général et de chacun des sens en particulier», la primauté donnée à l'apprenant, le refus de distinguer formation manuelle et formation technique ou intellectuelle, l'universalisme de la formation, l'égalité de traitement pour hommes et femmes, le groupe peut lui aussi légitimement passer pour un des pionniers de l'éducation intégrale. Il a sans doute conservé quelques accents fouriéristes et influencé bien des pédagogues plus ou moins libertaires comme Paul ROBIN et Pierre LEROUX.
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