Essais utopiques libertaires de «petite»








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« L’école libertaire » de DEGALVÈS et JANVION vers 1897


À Paris, Le Comité d’initiative pour l’École libertaire de 1897 est l’œuvre de Jean DEGALVÈS (instituteur révoqué), Émile JANVION (mort en 1927), Jean GRAVE et Jules ARDOUIN. Elle est soutenue par La Ligue d’enseignement libertaire fondée en juin 1897.

Un premier article de DEGALVÈS et JANVION paraît dans la Revue Internationale, L’Humanité Nouvelle en 1897 : il s’intitule L’école libertaire. Une brochure popularisant leurs idées et méthodes se nomme, et c’est tout un programme, La liberté par l’enseignement. Ce texte de 1898 est signé également par Élisée RECLUS, Léon TOLSTOÏ, Pierre KROPOTKINE, Louise MICHEL… Bref, presque tous les grands noms de l’anarchisme et de la pédagogie libertaire se retrouvent dans cette croyance ( ?) en l’école libératrice (ce titre-programme L’école libératrice, sera repris plus tard par le Syndicat National de Instituteurs).

En octobre 1900, Émile JANVION fait une sorte de bilan des idéaux d’une école antiautoritaire avec son article des Temps Nouveaux (n°25) : L’enseignement libertaire.
En 1898-1899, une « colonie » de vacance, des cours (aux Sociétés savantes), des excursions... sont entrepris, mais l’école doit fermer en 1900-1901, tant par manque d’audience et de fonds que par dissensions entre les deux fondateurs.

L’initiative de « vacances libertaires » de l’été 1898 a concerné une vingtaine de jeunes gens, dans une propriété de La Manche à Pontorson.

L’ensemble de ces initiatives fut pourtant soutenu par quelques écrivains anarchisants, symbolistes ou anciens symbolistes, comme par exemple Pierre QUILLARD (1864-1912)301, mais également par Émile ZOLA, Octave MIRBEAU, et Maurice BARRÈS, etc.
Le postulat majeur de ce regroupement anarchiste tient dans le respect de l’enfant, et dans l’aide à lui apporter pour qu’il se forme lui-même. Les méthodes pédagogiques viennent naturellement au secours d’un enseignement qui doit être attractif, ludique et ouvert. La coparticipation est vivement encouragée, c’est ce qu’en partie on nommera, près d’un siècle, plus tard l’autogestion éducative. L’éducation intégrale, la mixité, l’ouverture sur la vie… sont des données normales pour des anarchistes convaincus, tout comme la cohérence entre moyens et fin parce qu’« on ne peut pas apprendre la liberté avec des gestes d’esclave »302. L’école doit donc être avant tout profondément antiautoritaire.
        1. Quelques initiatives libertaires chiliennes XIX° - début du XX°


Au Chili, l’anarchisme s’enracine seulement dans la dernière décennie du XIX° siècle. Mais il a connu de réels appuis dans une forme de mutualisme proudhonien dont l’Unión de Artesanos de 1862 à Santiago est une des plus importantes. Elle a créé une école : la Escuela Benjamin FRANKLIN pour la formation des artisans et de leurs enfants.

En 1876, la Sociedad de Trabajadores Filarmónicos développe des cours de toute nature, et bien sûr de musique et de danse et participe à l’animation culturelle, politique et de loisirs du monde ouvrier chilien. « Toutes ces mutuelles (Mutuas) créèrent un type de culture et de société alternative », une vraie « République parallèle » reposant sur « liberté, mutualité, solidarité, éducation et effort personnel » reconnaît Larry GAMBONE303.

Ces premières formes de syndicalisme ouvrier se rattachent ensuite à la bonne tradition de l’anarcho-syndicalisme et de PELLOUTIER, les organisations mutualistes ou de résistance luttant pour l’autoformation ouvrière. Certaines sociétés de résistances semblent offrir des écoles du soir (escuelas nocturnas) pour leurs membres : c’est en tout cas ce qu’offre le mouvement des boulangers à Valparaíso au début du XX°, en s’organisant autour de Magno ESPINOSA dans la Federación Obrera de Resistencia et dans la Sociedad de Resistencia de Panaderos304.

Dans la zone minière du salpêtre autour d’Iquique, et surtout à Tarapacá, les anarchistes chiliens misent sur une forte activité pédagogique. Une école est fondée en fin 1906 dans le bureau (oficina) Santiago, proche de Huara. Une école mixte appelée « Benjamin Franklin » voit peu après le jour dans le bureau (oficina) California du canton de Dolores, avec à sa tête un anarchiste très actif, Luis A. PONCE305. Dans cette région du nord Chili, la liaison école-mouvement ouvrier est également prédominante. C’est également le cas sur Antofagasta autour de l’active société qui édite Luz y Vida et qui s’appuie depuis 1908 sur le Centro Instructivo de Obreros.

Quant au Centro de Ilustración « Amor y Libertad », il se consacre largement dans la première décennie du XX°, à l’éducation populaire, aux côtés d’autres centres sociaux comme « Germinal » ou « La Luz »306.
La plupart de ces Centres sociaux et athénées soutiennent une activité de diffusion, autour de journaux et de diverses autres publications. La presse anarchiste (peut-être 24 périodiques entre 1900 et 1917307), entre informations ponctuelles et écrits idéologiques n’hésite jamais à faire œuvre éducative au sens fort du terme. Poésies, chants, petites œuvres littéraires sont également hébergées par cette édition « ácrata ».

Une information intéressante, mais sur laquelle je ne dispose pas de plus amples développements, nous révèle l’existence d’une société libertaire d’édition à Santiago qui prend le nom emblématique de Casa Editora « La Educación Libertaria » fondée par Nicolás del C. ORELLANA vers 1900. Elle diffuse surtout de nombreux auteurs anarchistes du monde entier, dont l’incontournable KROPOTKINE.

Parmi les publications, les œuvres théâtrales présentent l’intérêt d’une diffusion aisée, d’une lecture plus facile car plus proche du quotidien, et surtout d’une réalisation pratique attractive. Ce théâtre engagé semble manichéen308 et simple dans ses compositions, son décors et ses messages pour toucher tous les milieux sympathisants et faire œuvre éducative de base. La dramaturgie anarchiste chilienne (comme l’étudie Sergio PEREIRA POZA - ouvrage cité) revêt donc, comme sans doute dans d’autres pays, un rôle propagandiste et éducatif de premier plan : « le caractère pédagogique du texte dramatique anarchiste s’impose avec plus de force, en liant les idées, valeurs et croyances du destinataire, aux vertus inhérentes au mode de vie libertaire »309, actualisation embellie évidemment par les œuvres littéraires. Pour faciliter sa diffusion et lutter contre la réticence des circuits commerciaux, est fondée en 1913 la Compañía Drámatica Chilena. Globalement ce théâtre très ciblé, ritualiste et formaliste parait assez pauvre et sans doute trop schématique. Il ne convient guère qu’aux militants et aux classes pauvres pour lesquelles il a été créé. Cependant il contribue largement à la mise en place d’un imaginaire alternatif à la société chilienne de son temps, par exemple en promouvant le rôle de la femme, en attaquant les riches, les gouvernementalistes, les nationalistes, les militaristes… « Chacune de ses propositions contribue à établir des espaces alternatifs à ceux qu’occupent la société contemporaine, sans laisser de côté, cependant, la réalité même ; mais il s’agit bien de construire un ordre nouveau, un « meilleur des mondes possibles », à partir des propres contenus potentiels qui subjuguent le monde extérieur »310. Nous sommes bien dans la dualité de toute utopie : dénonciation de l’existant et proposition d’une meilleure alternative.
Enfin, dans cette œuvre éducative, il ne faut pas oublier les multiples groupements athées ou libres-penseurs, qui assurent un rôle important dans l’éducation populaire libertaire. La célèbre militante « sombrerera revolucionaria » (ouvrière dans une fabrique de chapeaux) Maria DEL TRÁNSITO CABALLERO joue un grand rôle dans le Centro de Propaganda Anticlerical Giordano BRUNO ; atteinte de maladie incurable, elle préfère se laisser mourir vers ses 25 ans en 1905 plutôt que de perdre son bras droit311.
Depuis sa fondation en 1906, la FECH - Federación de Estudiantes de Chile valorise l’esprit libertaire dans l’université, notamment autour du leader anarchisant Juan GANDULFO312. Dans les années 1920, le mouvement universitaire poursuit cette implantation, menée largement par Moisés CÁCERES AVENDAÑO. Ce dernier n’hésite pas à côtoyer d’autres formes de pensée et à adopter une attitude pragmatique au sein de l’Asemblea Pro-Reforma Universitaria qu’il anime très largement.
Une note particulière peut être faite sur les Centros Filarmónicos - Centres philarmoniques, qui mêlent loisirs et éducation (néo-fouriérisme ?)313, pour toucher l’ensemble du monde du travail y compris durant les loisirs. Lors de promenades, de veillées, de jeux collectifs… s’échangent beaucoup d’idées et de conseils. La présence des familles dans leur ensemble touche ainsi toute la communauté, et permet de faire passer des conceptions éducatives ou formatives même aux plus jeunes, mais pas seulement : c’est bien sûr l’occasion de parler d’égalité des sexes ! Nombreux sont les écrivains qui y lisent leur poèmes ou leurs nouvelles, ou qui y font jouer leurs pièces. Les chansons y tiennent une grande place, mais pas seulement les chants libertaires, dont le répertoire est vaste. Les bals sont fréquents, et l’initiative féminine y est parfois encouragée.
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