Essais utopiques libertaires de «petite»








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Essais libertaires de la 2° moitié du XX° siècle

        1. L’école progressiste de Burgess Hill à Londres - années 1940


Cette école du nord de Londres compte nombre d’anarchistes : Tony WEAVER, Tony GIBSON (1914-2001), Marjorie MITCHELL… Elle pratique une pédagogie antiautoritaire.

En 1947 elle accueille la première École estivale anarchiste, organisée notamment par le psychologue Tony GIBSON. Cette expérience des écoles d’été se prolonge jusqu’en 1957, et s’étend à Liverpool en 1948, Glasgow en 1949 et l’île d’Aran la même année498.

Liée au groupe Freedom Press, elle s’intéresse également aux expériences de Summerhill. La jeune et active Maria Luisa BERNERI - RICHARDS a fait une série de photographie sur l’école de NEILL.

Herbert READ fut un des directeurs de la Burgess Hill School et l’architecte et pédagogue Colin WARD un passant assidu. Avec READ l’école s’est ouverte sur l’art comme moyen de libération et d’apprentissage (Cf. son Education through art) et a pris une voie résolument libertaire (Cf. The education of free men). Dès l’année suivant la publication de Education through art) une Société pour l’éducation par l’art s’est constituée et perdure aujourd’hui.


        1. Des pédiatres libertaires au CEIS (Rimini) dans les années 1940-1950


En janvier 1946, avec l’aide de la Suisse (personnels, baraquements, mobiliers, finances…) est fondé le CEIS - Centro Educativo Italo-Svizzero à Rimini en Italie499. Une crèche (asilo) est aussitôt créée. Une école élémentaire se développe dès 1947. D’emblée l’école se veut « active », misant sur l’initiative des élèves et le respect de leur personnalité. Les maîtres mots de l’institution sont « solidarité et tolérance » et l’encouragement permanent à la spontanéité et à l’imagination enfantiles.

Les travaux collectifs sont prioritaires, et le travail est fait conjointement entre enfants et adultes, y compris les parents. Dans son article, Virgilio GALASSI évoque une école mettant en place « un socialisme libre, équilibrant individu et communauté, construit autour du travail, pour un profit réciproque ». « Chaque chose produite était faite par tous » se souvient GOBBI. La méthode utilisée est dite « globale ».

Les activités artistiques, ludiques, sportives… sont largement pratiquées, avec une idéologie de « socialisme humanitaire » (formule de GOBBI) grâce à Margherita ZOEBELI.

Les travaux manuels sont également prisés, et le centre dispose d’une menuiserie, d’une imprimerie et un atelier de couture.
Dans ce centre, des libertaires, socialistes humanistes ou marginaux (bordiguistes) et anarchistes s’y installent un temps, y placent leurs enfants, donnent un coup de mains, leurs compagnes ou compagnons participant aux diverses activités. Une communauté libertaire crée des liens affinitaires et donne un ton très particulier et chaleureux à ce CEIS qui avait déjà bénéficié de suisses plus ou moins indépendants : pédagogues adoptant les idées de PIAGET, ancien secours des antifascistes espagnols… Des anarchistes importants y passent ou y restent. On peut en lister quelques uns en s’inspirant des mémoires du premier d’entre eux, Ugo GOBBI.
Le pédiatre libertaire Ugo GOBBI (né en 1921), lui aussi de Rimini, exerce dans sa ville, à l’Aiuto Materno et à l’Hôpital civil (Ospedale Civile). Il s’est formé à Bologne : thèse en médecine à 24 ans en 1945, et spécialisation pédiatrique en juin 1947500.

Il s’intègre dans le CIES dès l’été 1947 pour un grand moment (près de 30 ans ?)501, et tente de faire contrepoids à la DC et au PCI, alors omniprésents autour et dans le CEIS. Il y inscrit également ses deux filles et plus tard ses deux fils. Il sert de médecin d’appui jusqu’en 1951, puis devient officiellement pédiatre et médecin officiel de l’institution, « naturellement à titre gratuit » ! Il part pour Fano en 1974 après la fermeture de l’Hôpital d’enfants.

Lors de sa formation à Bologne il a milité avec des anarchistes de renom : Armando BORGHI, Tonino SCALORBI, Pio TURONNI, Carletto DOGLIO et s’est souvent opposé au PCI. Il garde la plupart de ses contacts dans ses travaux sur Rimini.
D’autres scientifiques ou pédagogues, plutôt libertaires, et des anarchistes actifs, ont été liés au CEIS, notamment Lamberto BORGHI.

De l’extérieur, le soutien de l’anarchiste Pietro (dit Rino) SPADA (Cesena et Milan) semble avoir compté beaucoup pour GOBBI, et encore plus celui de Pio TURRONI (lui aussi sur Cesena). Ce dernier venait causer avec les enfants, et construire avec eux des bordures de jardin (il était maçon de profession).

Dans la menuiserie, l’anarcho-syndicaliste Gaetano GERVASIO donne un coup de mains. Sa fille Giovanna GERVASIO est elle aussi très présente, avant d’aller s’installer sur Florence.

L’urbaniste Carlo DOGLIO place son fils au CEIS, et sa compagne Diana CENNI participe un bon moment aux activités du centre. DOGLIO est sans doute à l’origine des liens de l’architecte Giancarlo DE CARLO avec Rimini, qui offre ses services professionnels pour une construction.

Tonino SCALORBI (travaillant à un haut poste à l’Olivetti d’Ivrea) y place sa fille, et sa compagne Lina DA MARGHERITA travaille également quelques temps au CEIS.

Virgilio GALASSI, ancien compagnon travaillant à la COMIT offre son aide de temps en temps. Sa progéniture est inscrite au CEIS.
        1. La « Walden School » en Californie depuis les années 1940-1950


Dans les années 1940-1950 la Walden Community de l’East Bay crée une école, la Walden School. Autour de David KOVEN502 se réunissent 4 à 5 couples, tous plus ou moins anarchisants et pacifistes : notamment les GOULD (Stan et Mary Lou), les McRAE (Lee et Alan), les WILCHER (Denny et Ida) et celui de David avec Audrey GOODFRIEND (une mathématicienne). Tous y participent bénévolement, surtout les compagnes. Chacun y apporte ses talents pédagogiques et sa pratique professionnelle (David par exemple assure les fonctions d’électricien).

L’école est résolument libertaire, du type « coopérative d’enseignants et d’étudiants ».

Comme Herbert READ au Royaume Uni, elle cherche à développer au mieux l’enseignement artistique pour assurer un meilleur développement individuel. Ida utilise ses qualités professionnelles (ballerine de danse moderne) pour développer théâtre et danse. Barbara MOSKOWITZ, céramiste, utilise le travail manuel comme principal support créatif. Alan se sert de sa formation d’architecte et profite de la présence de parents charpentiers pour monter des projets très concrets. Des soirées de conférences, d’animations culturelles, ouvrent l’école à d’autres milieux.

La pratique des excursions formatrices, notamment dans les sierras, nous renvoient aux idées lancées par ROBIN plus d’un demi-siècle auparavant.

Idéologiquement, la cohérence pacifiste et antimilitariste amène l’école à héberger le Vietnam Day Committee de Berkeley. La plupart de ses membres participent aux manifestations contre la guerre du Vietnam, et dans ses souvenirs David et Audrey placent cette action parmi les plus fécondes de son existence.
        1. La Colonia-Comunità Maria Luisa BERNERI 1951-1962


En Italie, aux marges de l’expérience pédagogique et de la colonie de vacances se crée en 1951, dans la maison de Cesare ZACCARIA à Piano di Sorrento, la Colonia Maria Luisa BERNERI qui va héberger dans un premier temps 13 enfants liés à des familles anarchistes du monde entier. ZACCARIA, ingénieur et issu de famille aisée, donne beaucoup de son temps et de ses moyens pour faire vivre l’installation. L’autre grand donateur serait Adriano OLIVETTI.

C’est la compagne de ZACCARIA, Giovannina (dite Giovanna) CALEFFI (1897-1962) qui a tout fait pour lancer cette opération solidaire en mémoire à sa fille morte à 31 ans, la libertaire et historienne des utopies Maria Luisa BERNERI (1918-1949). Giovannina, veuve de Camillo BERNERI (1897-1937) est alors encore un des piliers de l’anarchisme orthodoxe, qu’elle a contribué à animer notamment via la revue Volontà. Elle a déjà ouvert une colonie de vacances pour enfants du Sud accueillis par des familles du Nord en 1948 et en 1949.

La colonie est soutenue par l’anarchisme britannique, dont Maria Luisa était un membre éminent. Colin WARD se rend même en Italie pour la visiter503. Du côté des anarchistes italiens, Giovanna GERVASIO et Ugo GOBBI, très actifs sur Rimini (CEIS - Cf. ci-dessus) sont présents quand il le faut.

D’après Lina ZUCCHINI SCALORBI qui y réside parfois avec sa fille, la colonie compte de 20 à 25 présents.

L’expérience communautaire va durer 7 années, mais sombrer dans les déficits et dans la brouille « familiale » et politique avec l’abandon de ZACCARIA504.

Giovannina n’abandonne ni la cause, ni l’expérience. Après avoir acquis un terrain dans la pinède de Ronchi di Massa (MS) en bordure de la mer, elle rouvre ce qui s’appelle la Comunità Maria Luisa BERNERI, où œuvrent 4 compagnons, mais pas la sœur de maria Luis, Giliana, qui abandonne le projet. Cette communauté persiste mais semble disparaître avec la mort de sa principale animatrice à Gènes en mars 1962.

D’après la revue A Rivista anarchica, cette colonie se trouvait en fait dans la petite villa entourée de pinède de la localité de Poveromo (commune de Marina de Massa). Les locaux semblent vendus au milieu des années 1970, et une grande partie de cette vente aurait permis la publication d’écrits choisis de MALATESTA505.
        1. La thérapie autogestionnaire de Friedrich LIEBLING (1893-1982) et les initiatives identiques de Roberto FREIRE au Brésil.


Cet autrichien, né en 1893, est un « psychologue libertaire »506 proche de l’anarchiste Pierre RAMUS (dont le vrai nom est Rudolph GROSSMAN ou GROSSMANN) vers 1918. Il est lié au mouvement pacifiste viennois et appartient à un groupe kropotkinien et au Bund herrschaftslosen Sozialisten-Anarchisten. Il est exilé en Suisse depuis 1938, d’abord en résidence contrôlée à Schaffhouse, où il demeure quasiment sans travail jusqu’en 1951, puis à Zurich.

C’est est un psychologue d’abord freudien, et en même temps adepte des pédagogies libertaires (ROBIN, FERRER, FAURE...) et des théories antiautoritaires (RAMUS, bien sûr mais surtout KROPOTKINE, BAKOUNINE et un peu STIRNER). Au début du XXème siècle il est élève d’Alfred ADLER dont il a retenu les idées sur la psychothérapie de groupe.

Il va appliquer quelques principes humanistes libertaires à sa thérapie autogestionnaire de grand groupe, et à la communauté de travail qu’il propose à ses patients à Zurich (au service psychologique municipal) notamment depuis 1951. Il crée une sorte d’Université Populaire de Psychologie notamment à la Rote Villa, et un centre célèbre le Psychologische Lehr und Beratungsstelle (Service de formation et de consultation psychologique). Il publie beaucoup de ses idées dans sa revue Psychologische Menschenkenntnis fondée en 1964.

Comme PROUDHON il trouve primordiale l’éducation, et son ancienne élève et disciple, Gerda FELLAY, réaffirme encore plus de 20 ans après sa mort qu’il « faut partir de l’éducation »507. Comme STIRNER il place l’individu au centre.

Sa thérapie doit permettre à l’individu « d’apprendre à penser » dans un cadre libertaire évident puisqu’en « totale liberté, sans chef, sans hiérarchie et sans violence »508. Cette thérapie anti-autoritaire est pacifiste, et absolument non-violente et repose sur « l’entraide comme facteur de guérison »509 et sur la tolérance. Pour LIEBLING, il faut toujours partir de l’affectif pour comprendre le comportement humain, et toujours encourager un climat de confiance en autrui pour lui permettre de gérer de manière la plus autonome possible ses problèmes personnels. Le collectif devient une aide précieuse (entraide ou « appui mutuel » de type kropotkinienne) et un micro-milieu solidaire favorable à la formation : c’est une communauté autonome d’individus libres et égaux entre eux. Même les psychologues et autres soignants n’y bénéficient pas d’un statut hiérarchique, cependant ils gardent un rôle omniprésent d’observation et de conseil.

Pour parfaire l’épanouissement sont tentés des expériences de jardins d’enfants, de petites groupes spécialisés, d’activités de soutien scolaire ou universitaire, et des vacances communes sont un des autres lieux de cette psychologie collective de tous les instants.

Il est mort en 1982. Pour lui « l’éthique de solidarité permet d’éviter l’échec humain. Le projet éducatif doit s’inscrire dans un sens dynamique de justice sociale et d’utopie, pour ne pas mourir de pure inanition dans une société non solidaire et hyper-capitaliste »510.

Après sa mort, l’école s’est divisée, la revue à peu à peu disparue, mais son héritage a été prolongé par Gerda FELLAY et Josef RATTNER.

Les anarchistes redécouvrent sa pensée depuis quelques années511, d’autant plus que l’École de Zurich apparaît comme « la plus grande école libertaire en Europe » : sur 30 ans, elle a touché plus de 2 000 personnes nous assure Gerda FELLAY.
Au Brésil, Roberto FREIRE (né en 1927 à São Paulo) développe depuis les années 1970 une thérapie de groupe autogéré qui me semble un peu comparable avec les essais de LIEBLING. Il s’agit de la « SOMA, thérapie anarchiste »512, qui s’inspire également beaucoup du message reichien. Le travail du groupe doit libérer les corps et la créativité, en misant sur des jeux, des mises en scènes théâtrales et sur des danses, et en privilégiant les sensations et l’émotion. Le Collectif anarchiste Brancaleone (dont FREIRE fait partie) continue cette pratique au début du XXIème siècle.
        1. Pragmatisme libertaire & école de la libération chez le brésilien Paulo FREIRE


Au Brésil les recherches et initiatives de Paulo FREIRE (1921-1997) renouent avec l’ampleur des idéaux pédagogiques libertaires, mais avec une portée sociale et collective marquée, et qui semble prioritaire par rapport au seul développement individuel. Bien qu’issu d’une famille aisée de Récife, il garde toute sa vie la marque des bidonvilles dans lesquels il a enseigné et beaucoup fait d’animation, y compris des charges officielles avant le coup d'État de 1964. Ses visées éducatives s’adressent prioritairement aux adultes opprimés (Cf. sa Pédagogie des opprimés de 1969), mais ses conceptions pédagogiques peuvent se généraliser à tous les niveaux.

FREIRE n’est cependant pas anarchiste, ses liens pédagogiques et politiques passant d’une démocratie chrétienne progressiste (proche des idéaux de la théologie de la libération) et réformiste (au Brésil et au Chili) à un engagement tardif à l’extrême gauche (il reconnaît quelques influences marxistes et des liens avec l'école de Francfort) puis à gauche tout simplement au côté du Parti des Travailleurs, et proche de mouvements autogestionnaires et néo-zapatistes. Ces actions officielles pour divers États et gouvernements limitent donc la théorie « acracía » qu’on lui prête parfois. Cependant, ses fonctions n’entraînent ni compromission, ni reniement de ses convictions : il se dresse fermement, tel TOLSTOÏ autrefois, contre les écoles officielles, organes de domestication des individus, et cela dans tous les régimes, y compris ceux de gauche.

Cependant il est par excellence, évidemment le pédagogue du sous-développement, mais également le pédagogue de la libération et de la liberté (Cf. en 1967 L'Éducation : pratique de la liberté). Il est devenu la grande référence de tous ceux qui s’intéressent à l’éducation populaire (educação popular) et à l’alphabétisation des adultes en difficulté. Bon connaisseur des libertaires FERRER GUARDIA et Célestin FREINET, il est en amitié conflictuelle avec le mouvement d’ILLICH et les idées de HOLT. Il a participé comme beaucoup de pédagogues libertaires aux réunions de Cuernavaca, centre de rencontre fondé par ILLICH et très actif dans les années 1960. Parmi d’autres influences libertaires on peut compter dans des registres différents Martin BUBER et Erich FROMM.

Libertaire il l'est avant tout par son refus des dogmes et des systèmes figés ; son utopie refuse toute notion ou idée préétablie, au contraire il s'agit d'une utopie concrète en formation et adaptation constantes. Son pragmatisme et son réformisme vont toujours dans le même sens : permettre à des apprenants (surtout des adultes analphabètes) de se former (se «conscientiser») par des méthodes actives, liées à leurs conditions de vie, et mettant l’autonomie au premier plan. L’objectif est de former des hommes libres, et sachant se libérer pour réformer ou transformer leur société, mais qui se forment eux-mêmes, en autonomie, à partir de leurs propres capacités. FREIRE mise sur le dialogue (Cf. Pedagogia : diálogo e conflito, 1995), le questionnement (Cf. Por uma pedagogia da pergunta, 1985) la libération du discours, même balbutiant et peu structuré, pour redonner goût à l’apprentissage et à la réflexion personnelle et autonome (Cf. Pedagogia da autonomia, 1997). Dans ce cadre, FREIRE reprend les mêmes idées que les libertaires sur la validité des petits groupes, relativement homogènes, et sur le rôle de l’éducateur. Ce dernier doit surtout coordonner, inciter, mais non imposer ses méthodes ou ses idées. Il s'agit d'une pédagogie «respectueuse». Éducateurs et apprenants sont des pairs, qui pratiquent l’échange d’informations et qui juxtaposent leurs pratiques et leurs expériences. Il s'agit toujours de rapports égalitaires, «horizontaux», jamais de rapports hiérarchiques ou verticaux513, et ses échanges valorisent toujours l'apprenant, l'autre, car l'éducation est forcément interactive et bipolaire. L’entraide et la coopération proposées par FREIRE renvoient à celles de KROPOTKINE, avec un même fond humaniste et optimiste, mais avec des soubassements idéologiques différenciés.

L’école doit être ouverte sur la vie, et être école de la vie, c'est-à-dire ne pas se couper de la réalité, et mieux préparer les gens à l’affronter ou à la transformer. La meilleure méthode repose sur donc sur l’interdisciplinarité et sur l’ouverture intellectuelle514. Il s'agit d'une utopie réaliste au sens fort du terme, partant du réel, et notamment de la condition des apprenants : si elle s'adresse aux opprimés, il faut forcément partir de l'oppression, de comment elle se manifeste et comment on peut l'appréhender pour mieux la combattre. En cela c'est bien une utopie militante dont il s'agit.

L’utopie est chez lui très puissante, notamment dans la « pédagogie de l’espérance » qu’il approfondit surtout en fin de sa vie : « La pédagogie néolibérale combat la possibilité du rêve. Or l’impossibilité du rêve bloque l’avenir. »515 Cette pédagogie de l’espérance renvoie évidemment au « principe espérance » si cher à Ernst BLOCH, même s’il n’y a pas de corrélation directe : les deux penseurs renouent avec la nécessité de l’utopie et la force de l’idéal pour rendre les hommes plus heureux et transformer le monde.

Le mouvement Alternativa latinoamerica qui s’en réclame cherche à relancer les « idéaux libertaires » afin de culbuter la vie sociale inégalitaire de leur sous continent, comme l’exprime de manière radicale leur ouvrage Después del neoliberalismo - Après le néolibéralisme en 1998.

Dans la mouvance libertaire, on peut classer FREIRE proche de la pensée humaniste et non-violente, empreinte de religiosité, d’un TOLSTOÏ. Ses actions désordonnées, ses contradictions, son charisme et ses prises de positions tumultueuses ne sont pas sans rappeler BAKOUNINE.
Il a fortement influencé en Belgique un autre libertaire d’origine chrétienne, Jef ULBURGHS, qui a une lecture sociale, voire libertaire, de l’Évangile, ajoute une pratique « basiste » dans de multiples mouvements alternatifs, et une volonté pédagogique libératrice et concrète, partant toujours des problèmes concrets des apprenants. L’objectif, comme chez FREIRE, est de favoriser leur autonomie dans l’apprentissage et d’être en mesure de mieux gérer leur vie dans un sens autogestionnaire, hors des autorités réductrices.
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