Essais utopiques libertaires de «petite»








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L’innovant Charles FOURIER, le prudent Victor CONSIDÉRANT et quelques autres disciples…


Charles FOURIER (1772-1837) : une forte cohérence et moderne radicalité

En apparence reprise par Victor CONSIDERANT (1808-1893)
Cohérent avec sa condamnation de la « civilisation » (le monde de son temps, autoritaire, tristement conventionnel et perverti par l’industrialisation naissante), Charles FOURIER dénonce fermement une de ses superstructures essentielles : l’éducation répressive et fermée à l’aube du XIX° siècle. L’éducation est mauvaise en bloc, car foncièrement antinaturelle et totalement manipulatrice et contraignante. Elle bloque (ou détourne) toutes les valeurs, toutes les passions et toute la spontanéité qui font la richesse d’un individu. Elle mutile en uniformisant et elle enrégimente (il parle d’éducation « servile ») ; l'école fouriériste sera au contraire variée, diverse et multiple. Pire encore, foncièrement autoritaire, l'éducation en civilisation ne concerne qu’une infime minorité de la population, écartant les pauvres et surtout les femmes. FOURIER, par cette condamnation sans appel, est en conformité avec quasiment tous les penseurs socialistes et surtout avec tous les libertaires.

D'autre part, ce qui est rédhibitoire pour le bisontin, cette école est également ennuyeuse pour les 7/8 des enfants.
C'est pourquoi FOURIER fait de l'éducation nouvelle un des axes prioritaires pour réussir tant les phalanges d'essai que l'état d'esprit harmonieux seul apte à permettre d'atteindre l'harmonie. L'éducation fouriériste est cohérente, et distingue peu entre la fin et les moyens : «c'est donc par l'éducation qu'il faut commencer…»21.
Cet auteur prolixe parle de l’enfance et de «l’éducation harmonienne» (René SCHÉRER) dans presque tous ses ouvrages, mais c’est surtout le Livre Deuxième du Traité de l’Association domestique et agricole (1822) et dans la Section III du Nouveau monde industriel et sociétaire (1829) qu’il développe largement ces thématiques note Nathalie BRÉMAND22.
Dès 1932, Célestin BOUGLÉ note que FOURIER veut une éducation «la plus libertaire» possible23. René SCHÉRER, dans une conférence donnée à Blois en octobre 2000 insiste sur cette éducation libertaire. Cette éducation doit partir des passions, de toutes les passions, et des goûts des apprenant(e)s. Ces passions peuvent être celles du bruit, des immondices, de la saleté et du désordre, de la «frénésie ordurière» - ce qui est l'apanage des «petites hordes» ; à l'inverse les «petites bandes» préfèrent le luxe ou les activités raffinées et sont «les héroïnes du bon goût». Mais chaque groupe a son utilité et sa raison d'être. La petite horde, par sa «douce fraternité», son «mépris des richesses» et son sens de la «charité sociale» dispose même d'une position pivotale (centrale).

Comme le dit FOURIER elle doit être « naturelle et attrayante » et permettre à l’enfant « abandonné à la seule impulsion de la nature, à l’attraction, à la pleine liberté » de s’adonner « par plaisir aux travaux productifs »24. C’est le réel humain, les désirs notamment, qui sont la base de l’édifice. Il démontre que l’enfance est bien pour lui « l’enfance du désir » (formule qu’on peut prendre dans tous les sens)25, de la spontanéité naturelle et de la vitalité inclassable, tant les désirs sont diversifiés puisqu’ils n’ont encore pas été totalement pervertis par la civilisation.

FOURIER insiste cependant pour que l’éducation soit liée au monde réel, ouverte sur la vie, la société, et essentiellement sur le monde du travail. Charles PELLARIN note à juste titre que «l'éducation sociétaire, au lieu d'isoler le jeune âge de la vie active… le rattache au contraire à l'œuvre sociale par tous les moyens de développement qu'elle emploie à son égard. Elle a pour but, en même temps que de développer intégralement les facultés physiques et intellectuelles, de les appliquer à l'industrie productive». L'industrie représente pour FOURIER pratiquement l'ensemble des activités humaines liée à toutes les formes de productions ou de services. Cela explique l’importance qu’il accorde, avant PROUDHON, au travail comme moyen régénérateur essentiel de la société. Ce travail bien sûr doit être « attrayant » et faire lui-aussi appel aux passions, et se dérouler selon l’attraction harmonieuse entre individus libres. Les relations au travail ou à l’école se font de manière affinitaire, toujours sur le mode ludique. En aucun cas il ne s’agit d’exploiter les énergies enfantines, ni de les canaliser autoritairement, ni de les manipuler. Il faut juste tenir compte de la spécificité enfantine pour rendre l’éducation, comme le travail, attractive, y compris en jouant sur des passions bizarres et hétérodoxes comme le goût pour la saleté souvent fréquent chez les petits.
Le phalanstérien est un des principaux précurseurs de la pédagogie moderne et spécialement libertaire, reposant sur les méthodes actives, la non-directivité, l’entraide éducative entre apprenants (ce qu’on appelle alors mutualité) et spécialement sur l'autonomie (les enfants seront élevés «par eux-mêmes»26) et l’autogestion de l’apprentissage... Il faut libérer l'enfant des parents et des maîtres. FOURIER a beaucoup lu Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778), qu’il utilise et réfute tout autant. Il connaît certains écrits de Johann Heinrich PESTALOZZI (1746-1827). Il cherche à se lier au pédagogue bernois Philipp Emanuel Von FELLENBERG (1771-1844), fondateur d’Hofwil, lieu pédagogique novateur, et lié à une des premières colonies d’enfants. FELLENBERG met l’accent sur la formation du corps tout autant que celles de l’esprit, reconnaît l’importance des désirs (les sens) et respecte la personnalité des apprenants… toutes choses qui le rapprochent de FOURIER, même si ses motivations sont très réformistes27.
En Harmonie (et pour l’atteindre, en passant par le Garantisme), l’éducation tient un rôle essentiel, et doit commencer dès la plus petite enfance, voire dès la naissance («dès le berceau»), pour prendre l’enfant non perverti, et plus apte au changement. On doit organiser l'éducation en priorité parce «les enfants n'étant que peu faussés par les préjugés et les défiances seront plus dociles à l'Attraction que leurs pères ; ils s'y livreront en plein dès la première semaine, et manifesteront bien vite l'excellence du régime des Séries passionnées»28. Certes le terme «dociles» nous fait tiquer et craindre une quelconque manipulation, mais l'analyse psychologique reste bien valide.

Dans cette première phase, et c'est sans doute une des inconséquences de FOURIER, le rôle des femmes semble encore majoritaire sinon unique, et le rôle des «bonnes», malgré sa valorisation, reste à nos yeux contemporains bien contestable sur le plan de l'égalité des sexes.

De nombreux projets de «phalanstères miniatures», de «phalanstères d'enfants», «phalanstères enfantins» ou de «phalanges miniatures» de «phalangettes», sont proposés dès le vivant de FOURIER29. Ces disciples en le prolongeant parlent ensuite de «colonies enfantines». Lui-même, vers 1833-1834, en développant une pensée curieusement appelée «théorie familière», a rédigé un plan d'essai sur 500 enfants de 5 à 12 ans en juin 183330. Deux mois plus tard il réduit l'échantillon à 160 enfants de 3 à 12 ans cette fois31. Peu après, il tente d'obtenir l'appui d'Adolphe THIERS pour une phalange qui cette fois comporterait 300 enfants et 40 adultes.

La place de l’enfant, centrale chez le bisontin qui est un des premiers à considérer l’enfant comme une personne à part entière et l'enfance comme une part essentielle de la vie sociale, est cependant parfois curieusement minorée. Le philosophe va jusqu’à prôner un épanouissement sexuel progressif, mais à partir de 15 ans. FOURIER est sur ce point de la sexualité infantile très conventionnel par rapport aux propositions très avancées qu’il propose pour les adultes ; il en vient à ignorer (autocensure ?) la sexualité des moins de 15 ans. C’est la grande absente de son utopie amoureuse. C’est assurément un des points faibles des idées de FOURIER, qui ne reconnaît pas d’autonomie sexuelle avant la fin de l’adolescence, et qui fait vivre un peu « à l’écart » les enfants dans le phalanstère. Ils sont logés dans l’entresol, une manière de les préserver ( ?) en les tenant loin des actes amoureux et sexuels des adolescents et des adultes. C’est pourquoi, hors de rares moments, la rue-galerie, lieu de communications et d’échanges (y compris amoureux) leur est interdite. Même si cela les protège, vise à prolonger l’enfance, ou renforce l’amitié au détriment d’une nature jugée trop bestiale pour les jeunes êtres, il n’en reste pas moins que sur le plan de la sexualité des enfants, FOURIER semble rétrograde, et hors de toute réalité (refus de montrer) ou d’éducation sexuelle (refus d’expliquer ou de préparer ?).

Les enfants vivent collectivement dans l’entresol, et sont séparés des parents le plus tôt possible ; ils sont pris en compte égalitairement, sans tenir compte des différences, notamment celles liées à la fortune32. La volonté de favoriser l'éducation des enfants hors du milieu familial et de manière précoce est un des traits les plus revendiqués du fouriérisme. Plus tard, le Familistère de Guise, va essayer d’appliquer cette volonté. Dès leur plus jeune âge les petits sont souvent regroupés dans des « séristères » ; FOURIER, toujours maniaque du détail, développe toute une gradation entre « nourrissons », « poupons », « lutins », « bambins », « gymnasiens », «petites hordes», «petites bandes»…

Les études de Nathalie BRÉMAND et de Bernard DESMARS33 montrent que les disciples de FOURIER vont majoritairement conserver cette séparation, mais en la minorant, et donc en redonnant une place plus importante aux parents. Par contre ils vont oublier l’interdit vis-à-vis de la rue-galerie, et y tolérer beaucoup plus la présence des enfants.
L’éducation fouriériste est donc avant tout une éducation prise en charge par la collectivité, de manière « sociétaire ». Elle repose essentiellement sur la pratique des groupes, corporations, tribus affinitaires, hordes, bandes ou séries, combinant les volontés individuelles à la solidarité confraternelle entre classes d’âge. On peut y voir des prémisses de pratiques autogestionnaires par les enfants eux-mêmes.

FOURIER lui-même avance la belle formule de « mutualisme composé » reposant sur des échanges solidaires et des formations mutuelles, le rôle du coordinateur ou enseignant ou pair étant interchangeable, et pas forcément primordial, ce que toute la littérature anarchiste sur les maîtres-camarades développera ultérieurement.

Les plus âgés (seuls ou en tribus) aident et servent d'exemple aux plus jeunes : c'est «l'entraînement progressif du faible au fort». Il parle en d'autres endroits «entraînement ascendant» pour désigner le penchant de tout enfant à suivre les voies des adultes et à essayer de s'identifier à eux. Ainsi l'éducation harmonienne mise énormément sur «l'exemple» et l'appui mutuel, non pas comme modèle figé, mais comme action démonstrative, formative et stimulante. Comme les enfants, souvent proches du singe (et ce n'est pas péjoratif pour FOURIER qui développe la notion de «singerie» ou «manie imitative» pour désigner la mimésis), utilisent les gestes entrevus et répétés, de manière également répétitive, il faut développer cette mécanique. Cela n'a rien de réducteur, au contraire, elle permet un gain de temps et d'explications théoriques qui rendraient en plus la formation ennuyeuse et plus contraignante. Theodor ADORNO (1903-1969), proche de Walter BENJAMIN, et membre de l'École de Francfort, reprend cette idée fouriériste, en l'appliquant à la langue, à la danse et sans doute à tout ce qui touche au musical, qui est sa spécialité, et qui est mis comme chez FOURIER, au premier plan de la formation ludique envisagée34.
L’éducation fouriériste est «unitaire», pour toutes et tous. Elle est donc évidemment mixte, FOURIER étant un des premiers promoteurs de ce que les libertaires vont par la suite appeler la coéducation sexuelle. Et pour le choix des enseignants, la différence de sexe n’a pour FOURIER aucune importance : belle cohérence. Cette volonté de coéducation est en avance de plus d’un demi-siècle sur les positions systématiques d’un Paul ROBIN (1837-1912) qui va vraiment la diffuser.

L'éducation intègre le mode de vie et la protection des enfants. Médecine, hygiène, sports, somascétique (exercices corporels, gymnastique…) et mets adaptés, soins vestimentaires, lieux agréables, et modes de productions ou d'activités… doivent permettre à l'individu de mieux s'épanouir et se développer. Il s'agit de partir du concret, du connu, pour ensuite pouvoir s'ouvrir. Si un enfant, nous dit FOURIER, s'intéresse à la «savaterie», il faut prendre en compte prioritairement cette attraction, qui permettra ensuite d'aborder la cordonnerie, la tannerie, la chimie, l'agronomie35… Bref, sauf risquer le catastrophique «contre-sens de marche» il ne faut pas placer la théorie avant la pratique. Et toujours il faut chercher à faire éclore les engouements des jeunes, pour permettre à l'éducation de faire éclore et de satisfaire leurs penchants («les vocations d'instinct»).

En principe aucun centre d'intérêt ne doit être écarté, mais ceux qui sont trop précoces (sexualité) ou trop dangereux (manie des armes à feu ou des objets coupants, par exemple) sont soumis à utilisation progressive «par degrés». La «pleine liberté» n'inclut pas les «licences dangereuses»36.

L’éducation est toujours innovante, plurielle et variée sinon on risque de l'appauvrir en pratiquant le «simplisme d'action» (une mono-activité déprimante). C’est une « école active » avant la lettre, par exemple avec les propositions d’utiliser la cuisine et la gastronomie (« gastrosophie » et rôle éducateur des « sybils »), le théâtre, les opéras et la musique, les classes ouvertes, la coéducation... Dans son ouvrage L’Opéra et la cuisine (publié en 1842 dans les Œuvres complètes), FOURIER veut développer des méthodes et des arts nouveaux, pour épanouir l’individu dans son intégralité, le corps étant même placé avant l’âme dans cet opuscule37. Pour les adultes les « fées d’amour » tiennent un rôle éducatif dans le même registre que les « sybils » pour l’alimentation, note René SCHÉRER38. La méthode GALIN-PARIS-CHEVÉ qui mise sur la musique comme forme ludique et efficace d'apprentissage est propulsée par le fouriériste Émile CHEVÉ (1804-1864). Il dispose de l'appui de Charles SAUVESTRE, de Charles PELLARIN et surtout de Pierre CASTELLAN et Prudent FOREST39. L'opéra est donc central, si on le voit comme lieu de construction, d'organisation, de gestion, de peinture… et pas seulement caractérisé par des exercices choraux. De plus, «l'intervention chorégraphique» convient à tous les âges et à tous les sexes.

Pour l’importance de l’art et du jeu dans l’éducation, FOURIER, là aussi, annonce bien des positionnements libertaires du XIX° siècle (Gustave COURBET 1819-1877) et du XX° siècle, Colin WARD (1924-2010) et Herbert READ (1893-1968), entre autres, en sont les grands théoriciens dans le milieu anarchiste britannique. WARD fait même du «jeu une parabole de l'anarchie puisque c'est une activité humaine choisie par nous et par nous dirigée», idée que reprend plus récemment le pédagogue anarchiste italien Francesco CODELLO pour qui «le jeu est anarchiste par nature»40. Même un communiste comme Georges SNYDERS (1937-2011) semble redevable à FOURIER : ses propositions d'école de la joie, et sa volonté d'y utiliser tous les arts et notamment la musique sont à rattachés aux propositions du bisontin41.

Quant à la cuisine ou «gastronomie sériaire» ou «cabalistique» comme lieu de formation et de «stimulation des cultures par la gourmandise», elle prend chez FOURIER un rôle premier : c’est un lieu d’expérimentation et de travaux pratiques simples, c’est une production rapidement gratifiante (intellectuellement et physiquement, puisqu’on déguste avec plaisir les mets obtenus), c’est un moyen de combiner tous les sens au service de la formation, un endroit pour développer des positionnements sur l’hygiène, l’apprentissage du goût, de la diététique même si FOURIER est plutôt poussé à la gourmandise, prise dans un sens non péjoratif, au contraire. Enfin c’est un lieu d’échanges et de convivialité fraternelle évidents, ce qui ne peut que renforcer les aspects collectifs de la formation. À la lumière de ces exemples, on voit bien que FOURIER anticipe largement l’éducation par « centres d’intérêts » que beaucoup de mouvements pédagogiques vont propulser des décennies après lui.

Il semble que la notion « d’éducation polytechnique et intégrale » qui sera la revendication des grands pédagogues socialistes de la fin du XIXème siècle soit pour la première fois largement formulée par FOURIER même si les britanniques contemporains GODWIN (1756-1836) et OWEN (1771-1858) l’abordent également. FOURIER utilise autant «intégrale» que «composée» pour la définir, dans la mesure où elle concerne autant le corps que l'esprit : «l'éducation sociétaire a pour but d'opérer le plein développement des facultés matérielles et intellectuelles…»42. Quelques fouriéristes, comme aux États-Unis John Sullivan DWIGHT (1812-1893), développent cette volonté « d’éducation intégrale », notamment dans la revue de la communauté de Brook Farm en 184743. ROBIN ne pourra qu’être d’accord en fin du XIX° siècle avec cette formule d’une « école active et non passive, composée et non simple, intégrale et non partielle, de développement et non de contrainte ».

Partir de l'enfant et de sa particularité, c'est se fonder sur sa spécificité (sinon on sombre dans un «vice de forme» qui croit faussement que les élèves ont des caractères uniformes). Au contraire on mise surtout sur le sens du «furetage» enfantin («penchant à tout manier, tout visiter, tout parcourir, varier sans cesse de fonction»), son «goût pour les travaux bruyants» (ce qu'il nomme le «fracas industriel») et «son goût pour les petits ateliers» («la miniature industrielle»). Avec l’expérimentation et le travail manuel, et la visite des ateliers et autres lieux de travail et d’échanges, l’éducation pour FOURIER est beaucoup plus concrète et donc plus active que la seule culture livresque ou répétitive, plus imaginative et stimulante, et plus ouverte que pour la plupart des pédagogues de son temps. FOURIER ne tarit pas d'exemples ou de propositions de méthodes afin de stimuler les jeunes intelligences ; il est autant sensible aux «petits outils» et autres «gimblettes harmoniques» (par exemple utilisation des jouets à des fins harmoniennes) qu'aux parades ou activités festives44

D’autre part, et son compatriote Pierre-Joseph PROUDHON (1809-1865) reprendra ce trait, le travail des enfants (dès leur plus jeune âge) a aussi valeur productive, permettant aux jeunes de contribuer à payer leurs études, et s’il y a surplus, de leur fournir un pécule à l’adolescence. Dans l’expérience semi-phalanstérienne algérienne de l’Union Agricole d’Afrique, les idées fouriéristes sont appliquées : les enfants sont rémunérés à partir de 7 ans, et touchent la même chose que les vieillards de 7 à 14 ans45.
Antiautoritaire, «réfutant toute délégation de pouvoir»46, la formation prévue par FOURIER refuse le «vice de fond» qui est l'utilisation de la contrainte. Elle réduit le rôle du maître, ne serait-ce qu’en faisant alterner les formateurs, et en chargeant la collectivité toute entière de l’éducation des enfants. Elle fournit à l’enfant une autonomie, et à l'enfance une vraie «souveraineté»47, et offre ainsi au jeune une réelle « majorité » comme l’écrit René SCHÉRER (Vers une enfance majeure)48. Cette volonté prémunit l'enfant de toute mauvaise influence puisqu'«il ne s'agit à aucun niveau de changer l'enfant, mais de participer à son effort, c'est en ce sens que l'enfant développé selon l'harmonie n'a pas, en passions de leçons à recevoir de l'adulte actuel, entravé par son enfance contrainte»49. L’idée fouriérienne rend superflues les institutions éducatives que sont la famille ou l’école. En parlant de « dé-pédagogisation » et de « dé-familiarisation », SCHÉRER semble vouloir nous montrer l’influence de FOURIER sur l’anarchiste Paul GOODMAN (1911-1972) et Ivan ILLICH (1926-2002). Jean GORET le rapproche plus d'Alexander NEILL (1883-1973), un des rares qui a tenté de faire exister sur le long terme une «phalangette d'enfants» NEILL a placé au centre de son école les notions de désir et de liberté50. Jean CHRISTIAN, dans un esprit soixante-huitard assumé, le lie à Célestin FREINET (1896-1966)51.

L’éducation fouriériste s’oppose bien sûr à tout châtiment ou sanction, mais face aux mauvais élèves, aux mauvais sujets (nommés plaisamment « petits civilisés ») la position est de les blâmer, d’où ce sobriquet qui leur est attribué ; ce n’est pas cruel, mais néanmoins humiliant et peu libertaire. À la suite de FOURIER, la mise au ban ou « exclusion » des jeunes difficiles est proclamée par Joseph DÉJACQUE (1821-1864), souvent mieux inspiré et plus nettement anarchiste, et par la belge Zoé GATTI DE GAMOND (1806-1854)52.
Sur ce point éducatif,
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