Essais utopiques libertaires de «petite»








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Les premiers anarchistes : William GODWIN et Mary WOOLSTONECRAFT


Même si les anarchistes ont largement emprunté à OWEN et à SAINT-SIMON, les vraies sources anarchistes sont à rechercher chez le britannique William GODWIN, chez l’allemand STIRNER et chez le français PROUDHON. KROPOTKINE et les frères RECLUS prennent plus tard la relève brillamment. Enfin les écrits de Wilhelm REICH, freudo-marxiste, assez libertaire cependant, sont souvent cités. Même BAKOUNINE, qui a peu écrit sur l’éducation, semble adopter les idées d’éducation intégrale, sans doute sous l’influence de Paul ROBIN qu’il a hébergé à Genève, vers 1869.
William GODWIN (1756-1836)96, amant puis mari de Mary WOLLSTONECRAFT et père de Mary SHELLEY est sans doute le premier théoricien anarchiste important qui met l’accent sur la recherche du bonheur et de la vertu via l’éducation, et qui se positionne pour un gradualisme non violent et ininterrompu très original. Pour Joël SPRING, GODWIN écrit le « premier texte libertaire moderne sur l’éducation ». Croyant en une évolution possible, une « perfectibilité » de l’homme via l’éducation, GODWIN est plus un réformiste qu’un révolutionnaire, et un bon adepte de l’esprit optimiste des Lumières. Il fait de l’éducation (et de sa notion de « persuasion » raisonnée) un des principaux moteurs de l’évolution et de l’émancipation humaine, avec comme objectif prioritaire : dépasser les préjugés et l’ignorance, et rendre l’esprit critique le plus fécond possible pour chaque individu.

Il a d’ailleurs enseigné comme précepteur et comme maître d’école – schoolmaster - (dès ses 15 ans il fut assistant de son ancienne institutrice à Hindolveston) et part d’une réalité qu’il connaît assez bien. On comprend donc l'importance qu'il attribue aux qualités nécessaires d'un bon précepteur. Cependant l’éducation est l’affaire de tous et ne doit pas demeurer une affaire de spécialistes coupés de la société. Il s’oppose donc sur ce point à ROUSSEAU en critiquant un préceptorat qui en isolant l’enfant le laisse sans défense ni moyen de résister aux pressions d’un maître qui, même bien intentionné, reste forcément dominateur et manipulateur. Au contraire, GODWIN insiste sur le fait que le maître est plus un conseiller, une aide ponctuelle et choisie, plus qu’un formateur omniprésent. Il réfute donc toute tromperie concernant l’enfant et est sans doute un des premiers grands penseurs à respecter la personnalité de l’enfant, de la même manière qu’il préconise vis-à-vis des adultes.

La primauté de l’éducation chez GODWIN, et le rôle du collectif dans la formation, est une forme de pré-proudhonisme. Mais attention, son école doit être libre, hors du carcan gouvernemental, car toute éducation nationale ou étatique est un moyen d’aliéner les individus, d’imposer un conformisme de pensée qui est détestable.

GODWIN s’oppose à toute contrainte, toute prime, tout châtiment, et à tout embrigadement. Il réfute les titres, le seul acceptable à ses yeux étant la reconnaissance de la vérité recherchée par l'individu97. Il réaffirme souvent, à l'école comme dans la société rêvée que « là où il n'y a ni persécution ni oppression, les opinions ne conduisent pas à la violence »98.

Il dénonce l’école de son temps comme un moyen de conditionnement aux mains de l’État moderne : le conditionnement scolaire est honteux par rapport à l’autonomie nécessaire de l’enfant, et il est totale manipulation au seul service de l’autoritarisme étatique, mais pas seulement celui-là. « L'éducation nationale » (comme il la développe dans le Chapitre 8 du Livre VI de son Enquête) n'est donc qu'uniformisation, conformisme, gouvernementalisme et mise en condition. Dès son premier projet pédagogique de 1783 dans An account of the seminary that wil be opened on Monday thr fourth day of august, at Epson in Surrey, for the instruction of twelwe pupils in th egreek, latin, french ans english languages, il instaure la libre discussion entre formateur et apprenant. Le premier doit partir des motivations et qualités du second, et l’aider à acquérir l’autonomie critique vis à vis des hommes et des sources de sa formation. Comme le note Giampietro BERTI « l’enseignant assume une fonction maïeutique de stimulation et d’aide à la recherche »99. La spontanéité enfantine, sa joie de vivre doivent également être prises en compte ; ce point est essentiel et rejoint partiellement un rousseauisme ludique, favorisant rêverie et imagination enfantines. C’est un des premiers grands textes qui fait de l’enfance une entité originale, indépendante et propice à tout développement intellectuel et physique. Son projet à Epson n’a cependant visiblement jamais été réalisé.

Comme dans d’autres écrits (surtout L’Enquête sur la justice politique… An enquiry concerning political Justice, and its influence on general virtue and happiness de 1793 et The enquirer. Reflections on education, manners and literature - Réflexions sur l’éducation, les mœurs et le bonheur de 1797), il revient souvent sur les idées préconçues qui nous animent et faussent notre jugement, notamment la vision pro-gouvernementaliste que les hommes ont intégré. L’éducation doit nous permettre de les dévoiler et d’en diminuer l’effet. Il se trouve ainsi dans la lignée de LA BOÉTIE qui en pourfendant « la servitude volontaire » est un des premiers grands précurseurs de la pensée libertaire. Dans The Enquirer… qui compte plus de 16 chapitres sur 26 consacrés aux problèmes éducatifs100, il insiste sur le rôle de pur conseiller que doit jouer le maître, et sur la nécessité d’ouvrir l’école à la vie, à la société. Un des premiers, il met en avant la nécessité de partir des besoins plus ou moins spontanés de l’apprenant. L’élève est au centre, dirions nous aujourd’hui ; mais plus que l’élève, ce qui est central c’est son autonomie. D’où l’exclusion des méthodes dogmatiques et autoritaires dans tout le processus éducatif ou formateur.

Il est préférable, assure GODWIN, d’apprendre à apprendre, de savoir discerner entre les choses et les connaissances, d’être donc maître le plus possible de son apprentissage et de son jugement : « en un mot, la première leçon dune éducation intelligente est : apprendre à penser, à discriminer, à se rappeler et à rechercher »101.

Le rôle central de l’éducation est de développer un sens éthique fondé sur spontanéité et amour de la liberté. L’individu est un être social, mais la société à laquelle il participe ne doit en aucun cas limiter son esprit critique, son autonomie de jugement. Comme tous les grands théoriciens de l’anarchisme à venir, le souci de GODWIN pour une éducation libre, respectueuse, autonome correspond à la volonté de mettre en accord les moyens et la fin, une humanité débarrassée elle aussi de la servitude et du mensonge autoritaire.

Influencé partiellement par OWEN, il va lui-même influencer largement de nombreux écrivains essentiels, comme son gendre SHELLEY, sa fille Mary GODWIN-SHELLEY, et, nous affirme Tina TOMASSI, les transcendantalistes états-uniens ou les français Émile ZOLA et Octave MIRBEAU. Mais comme le note Alain THÉVENET, il semble curieusement méconnu par les grands théoriciens de l’anarchisme, sauf de KROPOTKINE.
Sa pensée pédagogique doit beaucoup à sa compagne et éminente féministe Mary WOLLSTONECRAFT (1759-1797) qui accentue le rôle dénonciateur du conformisme et de l’autoritarisme que doit absolument jouer l’éducation. Celle ci doit contrer l’influence liberticide néfaste de la famille autoritaire (pour la femme surtout, mais pas seulement). En bonne « annonciatrice » du féminisme libertaire, Mary vise l’universalité, pas la séparation des sexes, comme le prouvent deux ouvrages successifs : Défense des droits de l’homme en 1790, et Défense des droits de la femme en 1792.
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