Essais utopiques libertaires de «petite»








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Quelques autres libertaires quarante-huitards : DÉJACQUE, COEURDEROY, GAY, etc.


Dans cette période centrale du XIX° siècle, il ne faut surtout pas oublier Joseph DEJACQUE (1821-1864 ?), anarchiste qui prend ce qu’il y a de meilleur chez PROUDHON et chez FOURIER et qui les dépasse tous deux sur bien des plans. La part donnée à l’enfant et à l’éducation dans son utopie L’Humanisphère est considérable128.

Et comme FOURIER il ne distingue pas les sexes, et ne dévalorise jamais la femme : les enfants sont mêlés, les pédagogues sont autant hommes que femmes, les activités de tout type concernent absolument tout le monde.
Son compère anarchiste Ernest COEUDEROY (1825-1862) est encore plus radical : il prône une liberté totale de l’auto-apprentissage, l’enfant ne partant que de ses désirs et de ses besoins. Il récuse donc toute institution et tout programme contraignant129.
Le socialiste antiautoritaire Jules GAY (1809-1883) leur est proche sur bien des points, notamment sur la coéducation des sexes, car c’est « la liberté pleine et entière [qui] sera, comme elle l’est toujours en tout, le meilleur préservatif des excès »130. Il est lié à la féministe fouriériste Jeanne-Désirée VÉRET (1810-1891) dont le superbe parcours personnel est cohérent et exemplaire. Tous les deux passent du saint-simonisme et de l’owenisme, à un fouriérisme teinté d’anarchisme, même si Jeanne-Désirée reste fidèle au souvenir de CONSIDERANT. Le couple a tenté en 1840 de fonder une école pour les petits enfants à Châtillon-sous-Bagneux.
        1. Louise MICHEL institutrice anarchiste - Gustave COURBET ministre libertaire de l’Éducation sous la Commune de Paris : 2 libertaires sous l’Empire


L’institutrice et future communarde Louise MICHEL (1833-1905) assume les premiers essais, d’abord dans des écoles françaises où ses pratiques antiautoritaires, ses méthodes originales et sa pédagogie ouverte sur la vie, sur les animaux qu’elle adore, sur l’écriture romantique (voir ses liens avec HUGO, VERNE...) qu’elle développe en permanence... font merveille auprès des jeunes enfants. La sensibilité et le respect de l’enfant deviennent un élément essentiel de la pédagogie. Avec Émile GAUTIER elle écrit de nombreux contes pédagogiques. Sa participation à l’Encyclopédie Enfantine va dans le même sens.

Elle entre en 1850 à la pension BETHS et ROYER de Chaumont, afin de devenir institutrice. En mars 1852, à Versailles, après une première tentative infructueuse en 1851, elle devient institutrice diplômée. Son travail d’institutrice débute réellement en janvier 1853 en Haute Marne ; elle a alors 20 ans. Mais elle aurait donné ses premiers cours en 1851 comme sous-maîtresse à Paris selon Edith THOMAS131. C’est dans l’école libre d’Audeloncourt qu’elle fait ses premières armes, dans une école « libre » pour jeunes filles. Elle y développe une éducation intégrale avant la lettre, utilise des méthodes modernes (jeux, découvertes concrètes, ouverture sur les arts, la nature et sur ses « chers » animaux…). Elle tente la mixité et dénonce l’autoritarisme, impérial et religieux, d’où ses difficultés avec les autorités. En 1855 elle ouvre l’école de Millières avec son amie Julie LONCHAMP qu’elle fréquente depuis la pension de Chaumont.

En 1856, c’est à Paris qu’elle poursuit son activité d’éducatrice, comme « sous-maîtresse ». Elle tente cependant des retours dans l’Est en milieu rural, mais de faible ampleur quant aux expériences pédagogiques suivies dans les écoles de Clefmont et de Millières. À Paris, dans la pension de Mme VOLIER, toujours avec son amie Julie LONCHAMP, elle peut s’exprimer assez librement, et mêler administration et pédagogie pour soulager la responsable. Côtoyant de plus en plus les milieux d’opposition, sa pédagogie se renforce dans ses aspects libertaires, égalitaires (hommes-femmes) et anticléricaux. Avant Paul ROBIN elle tente de mettre en pratique une éducation intégrale de plus en plus consciente. Son école de Montmartre (externat qu’elle ouvre en 1865) connaît de plus en plus le succès, malgré l’incontestable originalité parfois répulsive de Louise, et compte de plus en plus d’enfants scolarisés (environ 200 de 6 à 12 ans). Sa générosité et son humanité sont toujours reconnues, dans son école comme dans les cours du soir et l’aide pédagogique qu’elle pratique bénévolement.
Pendant la guerre de 1870, elle maintient avec un extraordinaire dévouement une activité éducative à laquelle elle ajoute une solidarité nécessaire pour résister aux rigueurs du siège. Elle donne des cours bénévolement à l’école professionnelle de la rue Thévenot. Avec l’inspecteur MAUTÉ de FLEURVILLE, elle s’occupe des orphelins pendant le siège. Mais cela n’empêche pas la pacifique institutrice de se lier à la Garde Nationale et de bientôt faire le coup de feu contre les allemands d’abord, contre les versaillais plus tard. C’est également dans l’école de la rue Thévenot que se réunit le groupe Le droit des femmes, où Louise côtoie entre autres Maria DERAISMES et André LÉO.
Durant la Commune, son Mémoire donné à la Commission de l’Enseignement d’Édouard VAILLANT et de l’ami de Louise, Augustin VERDURE, est un des premiers programmes anarchisants en matière éducative. Il met l’accent sur la nécessité de rendre l’enseignement plus concret et pratique, sur le respect de la personnalité de l’élève, sur le refus des récompenses et des châtiments, et sur le renforcement de la responsabilité personnelle. Elle rencontre l’anarchiste Élie RECLUS qui fait tout pour préserver les ouvrages de la Bibliothèque nationale dont il a la charge.

Louise MICHEL est liée à d’autres communardes influentes dans les milieux éducatifs, comme Paule MINCK (Pauline MINKARSKA 1839-1901) fondatrice d’une école gratuite à l’église Saint-Pierre de Montmartre. L’ex-fouriériste Margueritte Victoire TYNAIRE née GUERRIER (1831-1895), qui écrira ensuite avec Louise MICHEL sous le pseudonyme de Jean GUÊTRÉ (Cf. La misère, Cf. Les méprisés), est nommée par Édouard VAILLANT inspectrice des écoles de filles dans le XII° arrondissement et est chargée de programme de laïcisation132. Son mari est exécuté et Victoire doit fuir en Suisse, puis s’installe pendant 5 ans en Hongrie.

Les idées de justice égalitaire pour toutes et tous et l’importance des femmes militantes de cette période font de la Commune une des premières tentatives de généraliser l’éducation féminine.
Louise, condamnée en décembre 1871 à la déportation, assume avec fierté (et un peu de brio romantique intempestif) tous ses engagements. Dans son pénitencier calédonien (dès décembre 1873 et jusqu’en 1880), elle assure le lien avec les canaques133, une des rares parmi les communards à être logique avec elle-même ; elle va donc s’opposer au colonialisme et à l’inégalité des groupes humains. Son récent engagement anarchiste, contracté sans doute auprès de Nathalie LEMEL, l’amène à soutenir la lutte anticoloniale et l’insurrection canaque de 1878. Elle va être sans doute l’unique (avec Charles MALATO) à apprendre des termes canaques et essayer de maintenir une école indigène. Sa fonction pédagogique s’adresse bien sûr également aux enfants des déportés. Son souvenir en Nouvelle Calédonie va perdurer pendant des décennies.

Autrement, dans cette même Nouvelle Calédonie, « le matricule 2182 » ouvre une école pour enfants de déportés (bel engagement) et assurerait véritablement son statut d’institutrice en 1879134. En effet, même le maire de Nouméa reconnaît son rôle actif, et elle peut ainsi donner en plus des cours dans des lieux officiels : cours du soir et cours dans un établissement scolaire. Cela lui procure un peu d’argent et lui donne l’occasion d’acquérir des livres et des informations multiples sur l’état du monde.
La répression lors de son retour en France l’empêche de mener à bien ses projets pédagogiques d’école professionnelle libertaire, ou d’école pour jeunes filles. Elle n’en poursuit pas moins ses analyses dans le domaine pédagogique, et en 1888 Les lectures encyclopédiques par cycles attractifs135, reprenant ses idées de partir du concret et des besoins et centres d’intérêt de l’élève, annoncent DECROLY d’après CODELLO.

Bien plus tard elle va renouer avec l’enseignement lors de son séjour au Royaume Uni aux débuts des années 1890. Elle ouvre une école pour les enfants de proscrits (encore !) et tente la création d’une « International school », gérée par le Groupe libertaire de langue française, dont la devise est celle du communisme anarchiste et de la « Solidarité humaine », et dont la méthode s’inspire de l’éducation intégrale et anticipe l’œuvre de Francisco FERRER. En effet, « l’enseignement doit se fonder sur le développement scientifique de la raison, non sur celui de la foi »136. La libre initiative, des horaires souples, le respect de l’autonomie et son renforcement n’exclut pas un ambitieux programme scientifique, littéraire et surtout linguistique. L’école, jugée trop dangereuse, est vite fermée par des autorités qui prennent l’hypocrite prétexte de locaux peu sûrs. Les pouvoirs ont si peur qu’ils condamnent quelques anarchistes responsables aux travaux forcés !

Toujours sensible aux problèmes éducatifs, à la promotion de l’enfant et de la femme, Louise MICHEL ne tente cependant plus de réalisations concrètes lors de son retour en France.
Quant au peintre réaliste Gustave COURBET (1819-1877), Louise l’a sans doute largement connu durant la Commune. Ce franc-comtois comme PROUDHON dont il est l’ami et le disciple, et de qui il a fait sans doute un des portraits les plus chaleureux (PROUDHON et ses filles), assume lors de ce mouvement révolutionnaire une charge symbolique forte : élu du VI° arrondissement, membre du Conseil de la Commune, il est aussi en quelque sorte ministre de la culture (et de l’éducation) puisqu’il prend la charge de responsable de la Commission des Beaux-Arts, et participe à la Commission générale sur l’enseignement. Il y insuffle des idées proudhoniennes comme l’art pour le peuple, l’autonomie des artistes et donc l’indépendance vis-à-vis de toute pression étatique137, et celle d’une éducation liée au monde du travail. En matière artistique, le refus de l’Académie et des enseignements uniquement classiques forment une vision novatrice, ouverte sur l’imaginaire et sur d’autres références. Il propose aux jeunes artistes un apprentissage à mi-chemin entre « enseignement et formation » note Michèle HADDAD qui met en avant des principes « éminemment modernes » : « son individualisme affiché, sa conscience claire de l’originalité de l’artiste, qui fonde à la fois sa négation de l’enseignement de l’art et la distinction nécessaire entre savoir-faire et génie, conforte la vision moderne de l’artiste, étrange et unique »138.

Il est à noter cependant que c’est le socialiste centraliste Édouard VAILLANT, et non COURBET, qui est délégué pour l’enseignement. Mais la majorité des autres membres sont proches des idées libertaires, que ce soit l’écrivain Jules VALLÈS (qui lui aussi revendique l’héritage proudhonien), Jean-Baptiste CLÉMENT (auteur de l’inoubliable Temps des cerises) ou Jean ALLEMANE (futur fondateur d’une puissante aile libertaire dans la mouvance socialiste).

La Commune se sent le devoir d’aider les jeunes, souvent orphelins ou délaissés durant le siège, et leur alloue une pension tout en créant des structures d’accueil. Dans cette nouvelle société qu’ébauche le mouvement parisien, comme le note Maurice DOMMANGET, l’accent est mis sur une éducation vraiment laïque et gratuite et donc logiquement obligatoire, ce qui anticipe sur les réalisations ultérieures d’une III° République qui s’est pourtant créée sur les ruines de la Commune. Sur la méthode, l’enseignement doit être le plus réaliste possible et reposer sur l’observation139. La formule sur l’éducation ou « instruction intégrale » est lancée à plusieurs reprises, ce qui montre l’influence de PROUDHON et des « internationaux » (AIT) dans la révolution parisienne. L’objectif d’autonomie, et le respect du pluralisme sont fortement soulignés dans le Programme éducatif de la Commune voté le 18 avril 1871 à l’unanimité140, alors que l’association L’Éducation nouvelle met l’accent sur la préparation « de la jeunesse à l’autogouvernement ».
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