Mémoires géographiques








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p.105 de 20 pieds, à peu près sur 12 ou 13 de largeur, dont le lambris est fort élevé. Cet endroit est bien éclairé.

Autour de ce carré oblong sont d'autres petits carrés, dont le lambris est fort bas & fort grossier. Il y a cinq rangs de colonnes, qui sont interrompus dans le carré oblong. Le lambris, les murailles, & les colonnes sont peintes simplement & sans dorure. Il n'y a aucune statue comme dans les autres pagodes : on y voit seulement des figures de divinités peintes sur les murailles.

Dans le fond de la pagode est un trône ou espèce d'autel, sur lequel est placée l'idole vivante, ayant au-dessus de sa tête un dais d'étoffe de soie jaune, & c'est là qu'il reçoit l'adoration du peuple : à ses côtés sont plusieurs lampes, nous n'en vîmes qu'une qui fût allumée.

Au sortir de la pagode nous montâmes en haut, & nous trouvâmes une méchante galerie qui tourne autour de ce carré oblong : on voit aussi des chambres autour de la galerie : dans une de ces chambres était un enfant de sept à huit ans, vêtu & assis comme l'idole vivante, il avait à ses cotés une lampe allumée : c'est apparemment cet enfant qu'on destine un jour à être le successeur de l'idole : car ces fourbes ont toujours quelqu'un prêt à être substitué en la place de l'autre, en cas qu'il vienne à mourir.

Ils repaissent l'esprit grossier des Tartares de cette extravagante opinion, que l'idole ressuscite, & reparaît dans le corps d'un jeune homme, où son âme a passe. C'est ce qui leur inspire une si grande vénération pour leurs lamas, que non seulement ils obéissent aveuglément à tout ce qu'ils ordonnent, mais encore qu'ils leur donnent tout ce qu'ils ont de meilleur. C’est pour cela que quelques Mongous de la suite des ambassadeurs, rendirent à cet enfant les mêmes adorations qu'à l'autre lama. Je ne sais pas si les ambassadeurs l'adorèrent pareillement, car je n'entrai dans la chambre qu'après eux. Cet enfant ne fit pas le moindre mouvement, & ne dit pas un seul mot.

Sur le devant de la pagode, au-dessus du vestibule, on trouve une salle fort propre avec un trône à la façon des Tartares, auprès duquel il y avait une fort belle table d'un vernis très fin, semée de nacres de perles : sur cette table était une coupe posée sur un piédestal d'argent, avec un crachoir aussi d'argent : c'est la chambre du prétendu immortel. Nous trouvâmes aussi dans une autre petite chambre fort mal propre, un lama qui chantait ses prières, écrites sur des feuilles de gros papier noir.

Quand notre curiosité fut satisfaite, nos ambassadeurs prirent congé de ce fourbe, qui demeura assis, & ne leur fit pas la moindre civilité : après quoi ils allèrent dans une autre pagode visiter une autre idole vivante qui était venue au-devant d'eux le jour précédent ; pour ce qui est de nous, nous retournâmes dans notre camp.

Je trouvai la hauteur méridienne du soleil semblable à celle du jour d'auparavant, c'est-à-dire, de 72 degrés 20 minutes.

Le matin le temps fut serein & assez chaud, il se couvrit après midi, & il fit grand tonnerre avec un peu de pluie, & un grand vent du sud-est qui dura peu.

Le 16 nous séjournâmes au camp de Quei hoa tchin, où l'on acheva de faire les provisions nécessaires pour le reste du voyage : il fit chaud tout le matin, le temps se couvrit vers le midi : il fit un grand tonnerre, & il tomba une grosse pluie qui ne dura pas longtemps : ensuite je vis cinq vagabonds Indiens, qui entrèrent dans la tente du père Pereira : nous ne pûmes en tirer rien de raisonnable : ils se disaient de l'Indoustan & gentils : ils étaient habillés, à peu près comme des ermites, avec un grand manteau de toile de couleur isabelle déjà vieille, & un capuchon qui s'élevait un peu au-dessus de leur tête.

Le 17 nous séjournâmes dans le même lieu, parce que les provisions n'étaient p.106 pas encore faites. On distribua de la part de l'empereur du millet à tous ceux qui sont du voyage : on prie aussi 400 cavaliers des Tartares d'ouest, pour venir avec nous jusques sur les frontières du royaume de Halha ou Kalka, où ils devaient camper par troupes. Je trouvai la hauteur méridienne prise avec toute l'exactitude dont je suis capable, de 72 degrés & près de 30 minutes, c'est-à-dire, entre 25 & 30.

Il fit fort chaud tout le matin ; à midi il s'éleva un vent du côté du sud-ouest, & sur les trois heures il en souffla un très violent de l'est, il fut mêlé de quelques coups de tonnerre ; le vent modéra la chaleur, & le ciel fut couvert de temps en temps.

L'un des chefs des ambassadeurs nous parlant des lamas, nous fit connaître le peu de cas qu'il faisait de ces fourbes ; il nous ajouta que s'il avait été à l'adoration de ce prétendu immortel, c'était uniquement par complaisance pour l'autre ambassadeur qui l'avait souhaité, apportant pour raison que son père avait adoré ce même lama dans un autre corps.

Il nous conta ensuite que celui des lamas qui était venu au devant d'eux le jour de leur arrivée, lui avait avoué ingénument qu'il ne savait pas comment il avait pu vivre dans un autre corps que celui qu'il a maintenant : qu'il n'en avait point d'autre preuve, que le témoignage des autres lamas qui l'en assuraient ; qu'au surplus il ne se souvenait de rien de ce qu'on disait qui lui était arrivé, pendant les autres vies dont on lui parlait.

Comme l'ambassadeur lui demanda de qui les lamas pouvaient savoir qu'il eut déjà vécu & ressuscité plusieurs fois, il répondit qu'ils le savaient du Grand lama, c'est-à-dire, de leur souverain pontife, qu'ils adorent comme une vraie divinité ; qu'aussitôt après la mort du lama, il leur avait dit que ce lama avait repris une nouvelle vie en un endroit de la province de Chen si, & que son âme était passée dans le corps d'un enfant qu'il leur marquait, & en même temps il leur donna ordre de l'aller chercher, & de le mener dans leur pagode.

Le même ambassadeur nous ajouta que le grand-père de l'empereur régnant, voyant qu'après avoir conquis la province de Leao tong, les Tartares d'ouest refusaient de se soumettre à sa domination, & craignant qu'ils ne méditassent quelque projet contre l'empire, il envoya un ambassadeur avec des présents au Grand lama : que celui-ci reçut avec distinction l'ambassadeur, & qu'il reconnut pour empereur le maître qui l'avait envoyé ; qu'enfin depuis ce temps-là les Tartares d'ouest s'étaient mis au nombre des vassaux de l'empereur.

Un chrétien de cette bourgade de Quei hoa tchin nous a rapporté qu'il n'y avait aucun de ces lamas qui n'entretînt une ou deux femmes ; ils sont la plupart Chinois, au moins les plus considérables d'entr'eux ; ils font le meilleur trafic de tout le pays ; ils sont venus vendre des chevaux, des chameaux, & des brebis jusques dans notre camp ; j'en vis venir trois, qui firent présent de quatre chameaux & de trois chevaux au premier ambassadeur ; ces présents furent sans doute bien payés ; du moins leur fit-on beaucoup de caresses. Le premier de ces lamas fut placé près de l'ambassadeur sur le même tapis ; honneur qu'il ne ferait pas même aux plus grands mandarins.

Le 18 nous fîmes 60 lys au nord-nord-ouest, & nous allâmes camper dans une plaine nommée Kouendoulen le long d'un petit ruisseau, qui traverse la plaine. Nous marchâmes toujours dans les montagnes, nous souffrîmes beaucoup, surtout en descendant la première montagne qui est fort escarpée ; en montant, le chemin est plus tolérable, mais la descente est très roide, & il faut passer à travers les rochers, ou sur des morceaux de roche inégaux qui sortent à demi de terre : toutes les charrettes de p.107 l'équipage ne laissèrent pas d'y passer, mais plusieurs versèrent, & quelques-unes se rompirent.

Quand nous fûmes au bas de la montagne, nous marchâmes quelque temps dans une vallée où il y a de fort bonne eau, & où l'on voit quelques tentes de Mongous dispersées çà & là ; ensuite nous fîmes le reste du chemin, ou entre des collines, ou en les montant & les descendant ; il y a quelques arbres & beaucoup de buissons : dans les premières montagnes qui sont les plus escarpées, les endroits qui ne sont pas de roche, étaient revêtus d'une agréable verdure ; mais toutes les collines qui suivent le pays que l'on découvre, sont fort inégales & stériles. Le commencement de la plaine de Kouendoulen où nous campâmes, est aussi fort sec ; mais aux environs du ruisseau il y a de bons pâturages. Nos gens firent un puits proche de ce ruisseau, d'où l'on tira de l'eau fort fraîche.

Le temps fut couvert depuis les sept heures jusqu'à dix, & il fit un peu de pluie : le reste de la journée il fit assez chaud : nous eûmes un peu de vent d'ouest vers les deux heures après midi, qui rendit la chaleur plus supportable.

Je fus surpris de voir que les chameaux de notre équipage se fussent si bien rétablis, pendant les trois jours que nous demeurâmes proche de Quei hoa tchin : il est vrai qu'on avait changé les plus maigres & ceux qui étaient blessés, avec d'autres que les Mongous nous amenèrent, moyennant quelque argent qu'on leur donna de retour.

Le 19 nous séjournâmes dans notre camp de Kouendoulen, pour attendre une partie du train qui n'avait pu arriver, à cause de la difficulté des chemins, & donner le loisir à ceux qui avaient perdu des chameaux, & des chevaux, de les envoyer chercher. L'un des ambassadeurs avoir perdu 35 chevaux pour sa part pendant une seule nuit, mais ils se retrouvèrent ; il n'en fut pas de même de quelques autres qui furent absolument perdus pour leurs maîtres.

Ce jour-là même on assembla tous les mandarins qui étaient du voyage, pour délibérer avec eux de quelle manière on devait marcher jusqu'au lieu où réside l'empereur qu'on appelle Halhahan, ou comme disent les Chinois & les Tartares orientaux Kalkahan. Il fut conclu qu'on se partagerait en trois bandes, qui prendraient chacune un chemin différent, pour marcher plus commodément, & trouver plus facilement des lieux propres à camper, où il y eut de l'eau & des pâturages suffisamment pour tout le monde.

Il fit ce jour-là fort beau temps tout le matin, avec un vent de sud-ouest assez fort qui tempéra la chaleur ; vers le midi le temps se brouilla, & il fit à diverses reprises un peu de pluie jusqu'au soir.

Le 20 les ambassadeurs se dirent adieu pour un mois de temps, pendant lequel ils devaient marcher séparément par des chemins différents. Notre troupe qui suivait un des deux premiers ambassadeurs prit droit au nord : les deux autres prirent plus à l'est, chacun ayant ses guides. Ils furent obligés de se séparer ainsi, pour la commodité des eaux & des fourrages.

Nous fîmes ce jour-là 60 lys ; nous en fîmes d'abord vingt-cinq ou trente droit au nord, ensuite douze ou quinze au nord-nord-ouest, & puis le reste au nord, & nous tournâmes pendant cinq ou six lys au nord-nord-est, un peu avant que d'arriver au lieu où nous campâmes.

C'était dans une grande plaine à perte de vue ; on ne voyait de petites hauteurs qu'au nord-est ; un ruisseau coule dans cette plaine, dont l'eau est extrêmement fraîche, parce que la terre qui l'environne est fort nitreuse : le salpêtre paraît même au-dessus de la terre, qui est à moitié blanche & extrêmement salée : ce qui en rend les pâturages excellents pour les bestiaux ; aussi nos chameaux & nos chevaux les dévoraient-ils avec avidité.

p.108 Nous ne passâmes durant tout notre chemin que deux ou trois petites hauteurs, que l'on monte & descend insensiblement : tout le reste était de belles plaines toutes couvertes d'herbages, auxquelles il ne manquait qu'un peu de culture. Nous ne vîmes durant le chemin que deux ou trois tentes de Mongous placées dans une plaine, où il y a un ruisseau & de bons pâturages : nous n'aperçûmes ni arbre, ni buisson.

Nous fîmes lever plusieurs levreaux en chemin faisant, & les lévriers de notre ambassadeur en prirent deux proche du lieu où nous campâmes. Il y avait aussi sur le bord du ruisseau plusieurs oies sauvages, que les Chinois appellent hoang yia, c'est-à-dire, canard jaune, parce qu'ils ont une partie de leurs plumes jaunes ; nous en avons souvent trouvé sur les bords des ruisseaux que nous avons passés : & les chasseurs des ambassadeurs en ont tué quelques-uns de temps en temps avec des fusils.

Il fit tout le jour un temps fort beau & fort doux, un grand vent de sud-ouest ayant tempéré l'ardeur du soleil, & élevé des nuages qui couvrirent le ciel presque depuis midi jusqu'au soir sans pluie ; il y eut quelques coups de tonnerre. La pluie commença à l'entrée de la nuit avec un grand vent de nord, & dura presque toute la nuit.

Le 21 nous fîmes 80 lys, environ 50 au nord, & 30 au nord-ouest ; le pays que nous traversâmes est toujours désert, sans arbres, sans habitations, sans culture ; la plupart des terres sont sèches & sablonneuses ; nous fîmes lever une grande quantité de lièvres : de plus de trente que nous vîmes, on n'en tua que quatre à coups de flèches ; les lévriers de Kiou kieou qui sont mauvais coureurs, ne purent attraper que ceux qui avaient été blessés ; nous vîmes aussi quantité de perdrix & de ces oies sauvages jaunes, qui sont sur les bords des ruisseaux.

Le pays est toujours un peu inégal, ayant çà & là de petites hauteurs, mais on ne voit plus de montagnes ; nous campâmes le long d'un ruisseau ; & à peine fûmes-nous arrivés, qu'un de ces petits rois qu'on appelle régulos, & qui se sont faits tributaires de l'empereur de la Chine, vint avec son fils rendre visite, & faire compliment à Kiou kieou ; il n'avait que dix ou douze personnes à sa suite : je n'en aperçus qu'un qui eut un peu bon air, & qui fut vêtu d'étoffe de soie ; tous les autres faisaient pitié. Le régulo descendit de cheval par respect, assez loin du lieu où était Kiou kieou, & y remonta de même : la visite fut assez courte, Kiou kieou ne le conduisit que jusqu'à la sortie de sa tente. Le régulo alla ensuite du côté de l'est, chercher So san laoyé à 30 ou 40 lys de nous.

Il fit un fort beau temps & fort doux tout le jour : les nuages dont le ciel était couvert le matin, se dissipèrent vers les huit à neuf heures, & un vent de nord-ouest fort frais régna tout le jour, qui empêcha la chaleur.

Le 22 nous séjournâmes pour attendre une partie de nos gens restés derrière pour faire chercher leurs chevaux, qui s'étaient perdus pendant la nuit.

Ce même prince mongou qui était venu voir Kiou kieou le jour précédent, revint encore ce jour-là le visiter dans sa tente, & lui apporta un présent de viande, de bœuf, de mouton, & de lait, le tout dans des sacs de peaux, qui n'étaient ni tannées, ni passées, mais seulement séchées au soleil. Rien de plus dégoûtant que cette viande qui faisait bondir le cœur, & qui était capable d'ôter l'appétit aux personnes les plus affamées.

Cependant on ne laissa pas de servir ce régal dès le soir, non pas, à la vérité, sur la table de Kiou kieou, mais à ses gens, qui, conjointement avec les Mongous, mangèrent fort gaiement cette viande à demi cuite, sans pain, sans riz, & sans sel. Peut-être était-elle salée. Le prince n'avait pas un plus grand équipage que le jour précédent, & il fut reçu de la même manière, sans grande cérémonie.

p.109 Je pris de là occasion de m'informer de la puissance & des richesses de ces petits rois. Kiou kieou me dit que celui-là, & la plupart de ceux qui sont tributaires de l'empereur de la Chine, pouvaient avoir environ deux ou trois mille sujets, répandus çà & là dans ces déserts, quatre ou cinq familles dans un endroit, & sept ou huit dans un autre, &c, que la richesse de l'un consistait en trois cents chevaux, des bœufs, des vaches, & des moutons à proportion, & surtout dans les cinq mille taëls que l'empereur lui donne tous les ans ; il m'ajouta que ces princes ne portaient le nom de régulo, que depuis qu'ils s'étaient faits vassaux de l'empereur, qui leur avait donné cette qualité ; qu'au reste ils s'étaient soumis à cette famille impériale des Tartares orientaux, avant qu'ils eussent conquis l'empire de la Chine, & lorsqu'ils étaient seulement maîtres de la province de Leao tong ; il nous dit de plus que ces Mongous s'étendaient le long de la grande muraille, depuis la province de Leao tong, jusqu'à celle de Chen si : ils ont au nord 1° les Kalkas, dont le souverain porte le titre d'empereur, & qui a sous lui plusieurs autres princes tartares, qui ne sont que de vrais pâtres ; ensuite plus vers l'ouest, le royaume d'Eluth ; & au sud-ouest le Thibet.
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