Mémoires géographiques








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Le 4 nous fîmes cinquante lys au nord-ouest, environ trente-cinq dans la même plaine, où nous avions campé, qui n’est pas égale, mais mêlée de petites hauteurs, le reste entre de petites montagnes, dans une vallée où il y a quelques arbrisseaux ; quoique ce ne fût partout que sables, tantôt mouvants, & tantôt fermes, le pays est également désert & inculte, sans pâturages & sans eau ; nous trouvâmes pourtant quelques petits puits tous faits, où il y avait de l'eau ; nous campâmes à la sortie de ces montagnes dans un lieu où il ne se trouva que de l'eau qui était saumache, aussi y avait-il beaucoup de salpêtre dans ce vallon. On en alla chercher à deux ou trois lys plus avant, où on en trouva de tolérable : nous vîmes encore en chemin quelques daims & quelques perdrix.

On nous dit qu'aux environs du lieu où nous étions, il y avait des Tartares de Kalka campés, & en effet il en vint quelques-uns avec des chameaux & des chevaux pour les vendre à nos gens.

Il fit un temps assez tempéré tout le jour, le ciel fut presque toujours couvert, & il régna un petit vent de nord qui était fort froid le matin.

Le 5 nous fîmes quarante-cinq lys p.114 au nord-ouest : un peu après être sortis de notre camp, nous trouvâmes quelques tentes de ces Tartares de Kalka répandus çà & là, & leurs troupeaux de vaches, de chevaux, de moutons, & de chameaux aux environs. Il ne se peut rien imaginer de plus misérable que leurs tentes beaucoup plus basses, plus petites, & plus pauvres que celles des Mongous qui sont proche de la Chine. Ils sont aussi plus malpropres & plus hideux dans leurs personnes, quoiqu'ils parlent la même langue : leurs enfants vont tous nus, & pour eux, ils n'ont que de méchantes vestes de toile doublée d'une fourrure de peau de mouton. Plusieurs n'ont pour habits que des peaux de mouton, qui ne sont ni passées ni corroyées, mais seulement séchées au soleil.

Nous marchâmes toujours dans une plaine un peu inégale, qui va tantôt en montant, & tantôt en descendant, mais d'une manière imperceptible : le pays est également désert & inculte, tout le terrain étant de sable. Nous campâmes dans cette plaine, au-delà d'une petite hauteur que nous descendîmes presque insensiblement : il y avait aux environs quelque peu de bonne herbe çà & là dans les sables, que nos chevaux mangèrent avec avidité, quoiqu'elle fût fort sèche : mais il y avait cinq ou six jours qu'ils n'avaient point trouvé de si bons fourrages, & n'avaient vécu que de feuilles d'arbrisseaux. Il n'y avait point d'eau dans ce lieu-là, & comme nous en avions été avertis, nous n'étions partis qu'à deux heures après midi, afin de faire boire les bestiaux auparavant & de faire manger tout l'équipage.

Il fit un temps fort beau & fort tempéré tout le jour : un grand vent de nord-ouest modéra la chaleur, qui se faisait sentir vivement dans les tentes.

Le 6 nous décampâmes vers les quatre heures du matin, & nous fîmes cinquante lys au nord-nord-ouest dans la même plaine que le jour d'auparavant, où le terrain est tout semblable. Nous vînmes camper au-delà d'une petite colline dans un lieu où il y avait de l'eau ; nous y trouvâmes une partie de nos gens qui y étaient venus dès la veille, & qui nous avaient préparé des puits en quantité ; mais nous ne trouvâmes point de fourrages propres pour les bestiaux ; on ne put faire que de petites journées, parce que les chevaux étaient extrêmement fatigués ; il en mourut tous les jours quelques-uns de pure lassitude, ou plutôt de faim & de soif.

Il fit fort froid le matin, le temps étant couvert, & faisant un grand vent de nord-nord-ouest, qui sur les neuf à dix heures vint au nord-ouest, & dissipa tous les nuages, de sorte que le temps fut beau & tempéré tout le reste de la journée.

Le 7 nous fîmes soixante-dix lys : quarante au nord-ouest, & trente au nord-nord-ouest, le pays toujours inégal, & semblable à celui des jours précédents, tout de sable, inculte & stérile, sans arbres & sans pâturages. Nous trouvâmes seulement une petite fontaine, après avoir fait quarante lys : nous vînmes camper dans une vallée, qui est presque toute environnée de collines, & au-delà de laquelle on nous dit qu'il y avait un camp de Tartares de Kalka.

Il fit fort chaud depuis les huit heures jusques vers les onze heures, qu'il s'éleva un grand vent d'ouest-nord-ouest qui tempéra la chaleur. Le temps au reste fut serein. Nous vîmes encore une bande de daims & quelques lièvres. Le soir il fit un orage, & plut assez longtemps au commencement de la nuit. Plusieurs lamas, & autres Tartares du pays vinrent visiter Kiou kieou.

Le 8 nous fîmes quatre-vingt lys, environ la moitié au nord-nord-ouest, & le reste au nord dans un pays toujours de sable, également désert, inculte & inégal, sans arbres, sans pâturages. Nous campâmes au-delà de quelques petites montagnes, entre lesquelles nous tournoyâmes quatre à cinq lys à l'entrée p.115 d'une grande plaine, proche d'un lieu où il y avait 25 ou 30 tentes des Tartares du pays, toutes fort misérables ; nous en trouvâmes quelques-uns qui venaient camper dans ces montagnes, où ils commencèrent à dresser leurs tentes. Ils se réfugiaient du côté du nord, pour éviter le roi d'Eluth qui était entré dans leur pays avec une grosse armée.

J'avais peine à comprendre comment ils pouvaient nourrir la quantité de chameaux, de chevaux, de vaches & de moutons qu'ils avaient, dans un pays où il ne paraissait aucun fourrage ; & comment ils pouvaient eux-mêmes demeurer au milieu de ces sables brûlants, sur lesquels leurs enfants, & une partie des femmes marchaient pieds nus. Les enfants avaient la peau à demi brûlée du soleil : néanmoins les hommes paraissaient vigoureux & dispos. Il en vint un grand nombre dans notre camp visiter Kiou kieou, & faire leur commerce : c'est-à-dire, troquer leurs bestiaux avec de la toile, du tabac, & du thé.

Quelques-unes des principales femmes de leur habitation vinrent présenter à Kiou kieou de leur thé, qui était dans des vases fort malpropres ; les hommes lui firent aussi présent de deux ou trois moutons, pour lesquels il leur fit donner du tabac, &c. Les femmes sont vêtues modestement : elles ont une robe qui leur prend depuis le col jusqu'aux pieds ; leur coiffure est ridicule, elle consiste dans un bonnet, à peu près semblable à celui des hommes. Quand on voit leur visage hideux, & les boucles de cheveux qu'elles laissent tomber sur leurs oreilles, on les prendrait pour de vraies mégères : la plupart de ces femmes vinrent dans notre camp faire leur petit commerce, troquant leurs bestiaux pour de la toile, du sel, du tabac, & du thé : nos gens changèrent la plupart de leurs chevaux & de leurs chameaux, qui étaient las & maigres, contre d'autres tous frais, en donnant quelque chose de retour à ces Tartares, qui ne veulent point prendre d'argent, mais seulement de la toile, &c.

Il fit tout le jour un temps fort serein, mais extrêmement chaud, car il ne fit de vent que par intervalle. Il y avait là une fontaine de bonne eau.

Le 9 nous séjournâmes dans notre camp pour attendre ceux qui étaient derrière, & marcher ensuite du côté par où venaient les deux autres troupes, afin de nous réunir & de délibérer sur ce que nous aurions à faire dans la conjoncture présente. Le roi d'Eluth, à ce que nous apprîmes, était entré dans le pays de Kalka avec lequel il était en guerre ; & la terreur de ses armes avait mis tous les Tartares en fuite. Le Grand lama, frère de l'empereur de Kalka, s'était même sauvé jusques vers les frontières de la Chine.

Ces nouvelles nous furent confirmées l'après dinée par des gens de So san laoyé qu'il envoyait à Kiou kieou pour lui en donner avis, & pour le prier de l'attendre au lieu où il se trouverait, en cas qu'il y eût de l'eau & du fourrage suffisamment pour toute leur suite quand ils seraient réunis ; ou de le venir trouver, afin de délibérer tous ensemble sur ce qu'ils auraient à faire : il ajoutait qu'il avait dépêché un courrier à Peking pour informer l'empereur de ce qui se passait, & lui demander ses ordres. Comme il n'y avait ni assez d'eau, ni assez de fourrages au lieu où nous étions, & que nos guides nous assuraient que nous avions encore sept ou huit journées à faire avant que d'en trouver, Kiou kieou résolut d'aller trouver So san laoyé & lui renvoya ses gens sur-le-champ pour l'en avertir, & le prier de l'attendre.

Il fit fort chaud tout le jour, n'y ayant eu que fort peu de vent de nord-ouest ; il tomba pourtant quelques gouttes de pluie sur le soir, mais qui ne dura pas.

Le 10 nous retournâmes sur nos pas pour nous réunir ensemble ; nous ne partîmes qu'à une heure après midi, afin de faire boire tous les bestiaux, & de donner le temps à l'équipage de manger, p.116 parce qu'on avait résolu d'aller camper le soir dans un lieu où l'on savait qu'il n'y avait point d'eau. Nous fîmes donc 0 lys en retournant sur nos pas par le même chemin que nous avions tenus deux jours auparavant : nous fîmes 40 lys au sud-sud-est, & 10 droit au sud, & nous campâmes dans une des plaines où nous avions passé. Kiou kieou envoya un de ses gens, qui est Mongou, pour prendre langue, avec ordre d'aller chercher le président du Tribunal de Lympha yuen qui était allé devant nous, & de venir ensuite nous rejoindre sur le chemin : on lui donna pour guide un lama.

Il fit extrêmement chaud jusque vers les trois ou quatre heures que le temps se couvrit, & il fit fort doux tout le soir. Je vis sur le chemin un bœuf sauvage de Tartarie apprivoisé ; il n'est pas si haut, ni si gros que les bœufs ordinaires ; il a les jambes fort courtes, le poil grand comme les chameaux, mais en plus grande quantité ; il était tout noir & avait une selle sur le dos, un homme le menait en laisse, & il marchait fort lentement & fort pesamment : il avait été donné en échange de deux chevaux.

Le 11 nous fîmes 60 lys : 30 droit au sud & 30 au sud-sud-est, toujours en retournant sur nos pas, & suivant le même chemin que nous avions fait, & nous vînmes camper proche d'une fontaine que nous avions trouvée en chemin. Nous rejoignîmes un détachement de nos gens qui étaient restés derrière, & qui ayant su notre contremarche nous attendirent là.

Il fit assez grand chaud tout le jour, quoique la plupart du temps le ciel fût couvert, & qu'il fît un vent de nord-est d'heure à autre.

Le 12 nous fîmes 100 lys, 60 à l'est & 40 au nord-est ; nous fûmes obligés de faire toute cette traite, quoique les chevaux & les chameaux fussent extrêmement fatigués, parce qu'il n'y avait point d'eau plus près sur la route que nous devions nécessairement tenir pour aller trouver So san laoyé.

Le pays que nous traversâmes était toujours semblable : si ce n'est qu'il y avait encore plus de sable mouvant ; le terrain toujours stérile & incapable de culture. On n'y découvre ni arbres, ni buissons : il ne laisse pas d'y avoir des daims, des lièvres, & des perdrix, mais peu en comparaison des autres lieux où nous avons passé ; nous campâmes dans un endroit où il n'y avait point du tout de fourrage ; on trouva quelques puits tous faits, & on en fit d'autres, dont l'eau était assez fraîche.

Il fit extrêmement chaud la plus grande partie du jour ; il fit peu de vent jusques vers les deux heures, qu'il s'éleva un vent variable ; il tomba quelques gouttes de pluie, mais qui ne dura pas.

Le 13 nous fîmes 45 lys à l'est, prenant quelquefois tant soit peu du sud : le pays toujours semblable. Nous vînmes camper dans une petite plaine toute environnée de hauteurs, où nous trouvâmes un camp de Tartares de Kalka, qui étaient venus se réfugier là depuis quelques jours. C'était un prince de ce pays-là, frère de l'empereur même de Kalka, avec toute sa maison ; il y avait environ une trentaine de tentes assez pitoyables ; la sienne même n'était guère plus propre, mais seulement un peu plus grande : toutes les autres tentes étaient de ses gens, ou plutôt de ses esclaves ; il avait des troupeaux de moutons, de vaches, de chevaux, de chameaux en assez grande quantité.

Quoique tout son train fût de la dernière gueuserie, il fut néanmoins assez fier pour ne pas venir visiter en personne Kiou kieou, se contentant d'y envoyer un de ses gens, & de lui faire dire, que comme il était fils d'un empereur, il ne pouvait lui céder le pas, & qu'il était obligé de garder son rang. Kiou kieou ne laissa pas de l'aller voir dans sa tente & d'y faire un repas, qui fut apparemment p.117 fort mauvais & fort malpropre. Car après les Cafres du Cap de Bonne-Espérance, je n'ai point vu de nation plus sale que ces Tartares.

Ce prince avoua ingénument que l'irruption du roi d'Eluth sur les terres de Kalka l'avait obligé de s'enfuir avec tant de précipitation, & qu'il avait marché sept à huit jours de suite. Le soir je m'informai d'un de ces Tartares de Kalka, qui est au service d'un parent de Kiou kieou, comment ils vivaient dans un si mauvais pays. Il nous dit que durant tout l'été ils ne vivaient que du lait de leurs bestiaux, & de thé de la Chine : il ajouta qu'ils se nourrissaient de toute sorte de lait, aussi bien de cavales, & de chameaux, que de vaches & de brebis, que durant l'hiver, comme les bestiaux ne donnent pas de lait suffisamment, ils mangeaient de la chair à demi grillée sur du feu, qu'ils font des excréments séchés des mêmes bestiaux ; comme il fait extrêmement froid durant l'hiver, ils ne sortent point de leurs tentes, au milieu desquelles ils font toujours grand feu. Pour leurs bestiaux, ils les laissent paître à leur gré, & ils n'en prennent d'autre soin que celui d'aller tirer leur lait, ou d'en choisir quelques-uns pour les manger, quand ils en ont besoin.

Ces Tartares ne sont pas apparemment fort vaillants : car les caravanes des marchands mores qui viennent à la Chine, passant dans leur pays, les pillent & les enlèvent impunément, pour les venir vendre eux & leurs bestiaux à Peking où ils font aussi trafic de cette sorte de marchandise. Ce Kalka même à qui je parlai avait été ainsi enlevé par les Mores, & vendu à Peking.

Le temps fut assez doux l'après-dinée, mais il fit fort chaud le matin ; nous eûmes quelques gouttes de pluie sur les trois heures.

Le 14 au matin le frère de l'empereur de Kalka envoya visiter Kiou kieou par un de ses parents, qui est aussi prince : il avait une veste de soie bordée de je ne sais quelle peau qui ne paraissait pas trop belle ; la veste était bien sale & fort antique : il portait un bonnet fourré de zibeline, qui était aussi déjà bien passé : son visage était rouge & son air décontenancé : il n'était accompagné que de quatre ou cinq de ses gens, qui étaient tous hideux & malpropres. Nous ne partîmes qu'à midi, afin de donner le loisir à nos gens de troquer leurs chevaux, & leurs chameaux les plus fatigués, avec d'autres tous frais de ces Tartares, qui ne veulent point recevoir d'argent, mais seulement, comme je l'ai dit, de la toile, du thé, du tabac, & du sel.

Nous ne fîmes que 28 lys au nord-est, & nous eûmes une grosse pluie sur le dos tout le chemin, qui est toujours semblable au précédent ; nous campâmes dans un lieu où il n'y avait point d'eau ; mais ou il y avait quelque peu de fourrages pour les bestiaux.

Il avait fait un très grand vent d'ouest tout le matin, & il plut presque toute l'après-midi.

Le 15 nous fîmes 38 lys, 20 droit à l'est, jusqu'à ce que nous rencontrâmes le chemin qu'avait fait une troupe de nos gens qui y avait passé. Nous suivîmes alors ce chemin, & fîmes environ dix lys au nord, & huit à l'est-nord-est, le pays toujours aussi mauvais & également désert & inculte. Nous campâmes dans une plaine au pied d'un rocher, où nous trouvâmes des puits tous faits, apparemment par cette troupe de nos gens qui y avait campé auparavant.

Il fit fort froid tout le matin, le temps se couvrit, & il fit un grand vent de nord sur les onze heures : il plut un peu le reste de la journée, mais il fit toujours grand vent de nord-est.

Ce jour-là même le domestique que Kiou kieou avait envoyé, lorsque nous commençâmes à retourner sur nos pas, arriva en notre camp avec un Tartare du pays, qui lui avait servi de guide ; il apporta une lettre du président de
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