Mémoires géographiques








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p.118 Lim fa yuen, qu'il avait trouvé à une journée de ce même lieu, d'où nous avions retourné en arrière. Ce mandarin mandait à Kiou kieou, qu'il l'attendait dans un lieu où il y avait de l'eau, & du fourrage en abondance : qu'au reste cette guerre du roi d'Eluth avec celui de Kalka, n'avait rien de commun avec eux, qu'ils n'étaient ni les uns ni les autres ennemis de l'empereur de la Chine, & que cela ne devait pas les empêcher d'avancer, & de se rendre au plus tôt au lieu destiné pour les conférences de la paix : le domestique de Kiou kieou ajouta que So san laoyé avec sa suite, & Ma laoyé avec la sienne continuaient leur chemin, ce qui fit connaître à Kiou kieou que leur résolution de retourner sur leurs pas avait été un peu précipitée, & qu'il avait inutilement fatigué, & presque mis à bout son équipage.

Nous trouvâmes sur le chemin encore une troupe de Tartares de Kalka, qui s'enfuyaient avec toute leur famille.

Le 16 nous fîmes 46 lys au nord-nord-ouest, le pays toujours également mauvais. Nous trouvâmes en chemin plusieurs troupes de Tartares qui fuyaient avec leur famille & leurs troupeaux : ils étaient tellement effrayés de l'irruption du roi d'Eluth, qu'ils ne savaient ce qu'étaient devenus ni leur empereur, ni leur lama son frère ; ils disaient seulement qu'ils avaient pris tous deux la fuite.

Nous vînmes camper dans un lieu le plus incommode que nous ayons encore trouvé : car non seulement il n'y avait point de fourrages, mais encore on n'y trouva que de l'eau salée dans les puits que l'on fit, & tout le sable était plein de salpêtre.

Il fit fort chaud jusques vers les trois heures après midi, qu'il s'éleva un assez grand vent de nord-ouest, qui rendit la chaleur plus supportable le reste du jour.

Le 17 nous fîmes 50 lys, à peu près la moitié au nord, & la moitié au nord-nord-ouest, le pays toujours de même, tout de sable, stérile & brûlé, si ce n'est un peu vers le lieu où nous campâmes, où il y avait du fourrage, auquel les bestiaux n'auraient pas voulu toucher dans un autre pays : car ce n'était que de l'herbe à demi sèche, il n'y avait point d'eau, & comme nous en avions été avertis, on avait fait boire les bestiaux avant que de marcher ce jour-là.

Le 18 nous fîmes 78 lys, 30 au nord-nord-ouest, & le reste droit à l'est. Nous trouvâmes sur le chemin deux petits camps de Tartares, toujours également sales & hideux à voir : ils n'avaient que peu d'eau fort mauvaise, quoiqu'ils eussent creusé des puits très profonds : nous ne laissâmes pas d'en faire boire à une partie de nos chevaux.

Après avoir fait environ 50 lys, nous trouvâmes deux puits assez profonds au milieu d'une grande plaine : l'eau en était fraîche, mais trouble & blanchâtre, & je fus incommodé d'en avoir bu : ces puits étaient creusés dans un sable plein de mines de cuivre & d'étain : nous trouvâmes sur tout le chemin une très grande quantité de bestiaux morts, & surtout de chevaux : ils étaient apparemment morts de soif, n'y ayant point d'autre eau que celle qu'on tire des puits qu'il faut faire bien profonds, encore n'y trouve-t-on que peu d'eau.

Le pays ne m'avait pas encore paru si misérable & si stérile que ce jour-là, ce n'était partout que sables brûlés, qui échauffaient tellement l'air par la réverbération du soleil, que la chaleur était insupportable, quoiqu'il fît un grand vent tout le jour. Ce vent suivit le soleil depuis l'orient jusqu'au couchant, se rangeant toujours du côté que le soleil tournait : nous vînmes camper au pied d'une hauteur où nous trouvâmes de bonne eau, en creusant des puits de trois ou quatre pieds. Il y avait aussi dans le voisinage un camp de Tartares semblables aux autres, c'est-à-dire, très difformes.

p.119 Peu après que nous fûmes arrivés dans notre camp, un officier que Kiou kieou avait envoyé depuis sept ou huit jours à So san laoyé, pour le prier de l'attendre, retourna accompagné d'un autre officier & de plusieurs cavaliers que celui-ci envoyait à son tour au devant de Kiou kieou, pour lui dire qu'il l'attendait ; qu'il avait déjà joint Ma laoyé & sa suite, & que le président du Lim fa yuen, nommé Pa laoyé, qui avait pris les devants, l'était aussi venu joindre, étant revenu sur ses pas environ dix ou douze lieues pour cet effet ; nous apprîmes en même temps que nous n'étions qu'à douze lieues du lieu où campait So san laoyé, que nous y trouverions du fourrage & de l'eau suffisamment pour tout notre monde, ce qui nous consola un peu, dans l'espérance de nous remettre de la fatigue extrême que notre équipage avait souffert dans ces horribles déserts.

Le 19 nous fîmes quatre-vingts lys, soixante au nord-est, & le reste au nord ; dans la première moitié du chemin, nous trouvâmes çà & là des endroits où il y avait d'assez bons fourrages, mais point d'eau, le terrain toujours de sable, & le pays toujours inégal. Après avoir fait près de soixante-dix lys, nous trouvâmes deux petites troupes de Tartares de Kalka fugitifs, campés dans une petite vallée, où ils avaient un puits dont l'eau était fort mauvaise : ce qui nous obligea d'avancer encore environ dix lys, où l'on nous assura qu'il y avait de l'eau suffisamment pour tout notre train ; nous ne découvrîmes cependant qu'un puits, mais il donna de l'eau en abondance : elle sentait un peu la fange, mais elle était fraîche ; le fourrage d'alentour avait été consommé par ces Tartares fugitifs, qui avaient campé dans le même lieu ; nous trouvâmes proche de ce puits une pauvre femme malade, dénuée de tout secours, & aux environs plusieurs bestiaux qui étaient morts.

Il fit assez frais tout le matin, le temps fut couvert jusqu'à midi : il tomba même quelques gouttes de pluie, & il fit tout le jour un grand vent d'ouest, qui n'empêcha pas qu'il ne fit fort chaud l'après-dinée.

Sur le soir il vint encore des gens de So san laoyé nous donner avis que le président du Lympha yuen avait envoyé un mandarin sur notre route pour reconnaître les chemins, & pour apprendre en quel état sont les affaires dans le lieu où résident l'empereur de Kalka, & le lama son frère : que ce mandarin avait été pris par des Tartares d'Eluth, & mené aussitôt à leur roi ; que le prince avait d'abord traité assez rudement le mandarin, voulant l'obliger à ne lui parler qu'à genoux, mais que le mandarin avait refusé généreusement de le faire, disant qu'il n'était point son vassal, mais officier de l'empereur de la Chine ; que sur cette réponse on ne le pressa pas davantage.

Ils nous ajoutèrent que le roi d'Eluth lui avait demandé quel était le dessein qui l'avait amené avec toute cette soldatesque dans le pays, & s'il ne venait pas au secours des Kalkas ; que le mandarin lui avait répondu, qu'à son départ de Peking on n'avait nulle connaissance de la guerre qu'il faisait aux Kalkas & qu'on venait uniquement pour traiter de la paix avec les Moscovites, & non pas se mêler des affaires du roi de Kalka avec lequel on n'était point en liaison ; que le roi d'Eluth satisfait de cette réponse lui avait rendu la liberté, en lui faisant présent de deux cents moutons, de dix chevaux, & d'un chameau ; cette nouvelle causa beaucoup de joie à Kiou kieou, parce que cette guerre l'inquiétait, ne sachant s'il pouvait sûrement continuer son voyage. Ces gens nous apprirent aussi, qu'il était faux que les Moscovites se fussent unis avec le roi d'Eluth, contre celui de Kalka.

Le 20 nous fîmes trente lys au nord ; nous trouvâmes un peu plus de fourrage çà & là, mais à demi sec. So san laoyé, Ma laoyé, & Pa laoyé, accompagnés de p.120 toute leur suite, vinrent au-devant de Kiou kieou jusqu'à une bonne lieue de leur camp : après les civilités ordinaires, nous allâmes camper dans le même lieu, & So san laoyé traita Kiou kieou & ses officiers dans sa tente, avec beaucoup de délicatesse & de propreté : il nous fit l'honneur au père Pereira & à moi de nous distinguer des autres mandarins, en nous faisant servir une table particulière proche de celle des quatre ambassadeurs, sous la même tente. Le lieu où So san laoyé était campé s'appelle Naratte.

Le matin vers les quatre heures & demie nous eûmes une grosse pluie, & un grand vent de nord en partant de notre camp : le vent se tourna ensuite au nord-ouest, & dura tout le reste du jour, mais le temps fut toujours serein depuis les six heures du matin jusqu'au soir.

Le 21 nous séjournâmes dans notre camp, pour y attendre le retour du mandarin qu'on avait envoyé vers le roi d'Eluth, & la réponse de l'empereur, auquel on avait fait savoir ce qui se passait. Il fit tout le jour un grand vent de nord-ouest ; du reste le temps fut serein ; Ma laoyé nous vint visiter dans la tente du père Pereira ; le soir nous allâmes rendre visite à So san laoyé qui nous reçut avec bonté ; il disputa plus de deux heures sur la religion avec le père Pereira. Lui & tous les autres mandarins firent paraître assez d'ignorance, & donnèrent à juger qu'uniquement occupés de leur fortune, ils ne pensaient guère qu'aux choses de la terre.

Le 22 au matin deux mandarins du palais envoyés par l'empereur arrivèrent au camp, & apportèrent une dépêche de Sa Majesté, qui ayant appris que la guerre était allumée entre les rois d'Eluth & de Kalka, ordonnait à ses ambassadeurs de revenir avec tout leur train sur les frontières de la Tartarie qui lui est soumise, en cas néanmoins qu'ils n'eussent pas encore passé les terres de Kalka, où sont les armées ; de plus il leur ordonnait d'envoyer une lettre aux ambassadeurs plénipotentiaires de Moscovie à Selengha pour les informer du sujet de leur retraite, ou pour les inviter à venir sur les frontières de son empire, ou à chercher quelqu'autre moyen de conférer ensemble sur la paix.

Suivant ces ordres, les quatre ambassadeurs après avoir tenu conseil avec les deux envoyés de Sa Majesté, résolurent de retourner incessamment jusqu'aux limites de la Tartarie dépendante de la Chine. Ils n'étaient pas fâchés de s'épargner la peine d'aller plus avant, dans un pays aussi détestable que celui-ci. Tous les chevaux de leur équipage étaient extrêmement fatigués, & l'on manquait des provisions nécessaires pour achever le voyage jusqu'auprès de Selengha, ainsi qu'il avait été ordonné quand nous partîmes de Peking : il n'y avait aucune espérance d'en pouvoir recouvrer dans un pays qui était abandonné de tous ses habitants : c’est cependant sur quoi on avait compté : car on ne doutait point qu'on ne trouvât toutes sortes de bestiaux à acheter ou à échanger chez les Kalkas : c’est pourquoi chacun s'était pourvu de toile, de thé, de tabac, & de pièces de soie, qui sont les marchandises que recherchent ces peuples : mais comme ils avaient tous pris la fuite, & que les Eluths pillaient & ravageaient tout ce qui tombait sous leurs mains, on se voyait privé de ce secours, en sorte qu'on eût beaucoup souffert, s'il eût fallu continuer le voyage jusqu'au terme.

Nos ambassadeurs avant que de se mettre en route pour le retour, écrivirent une grande lettre aux ambassadeurs moscovites, qu'ils nous firent traduire en latin. Ils remontaient d'abord jusqu'à l'origine de la guerre qu'ils avaient ensemble, & ensuite ils entraient dans le détail des sujets qu'ils avaient de se plaindre : c'est à peu près ainsi qu'elle était conçue.

Ceux qui habitent les confins des p.121 terres sujettes aux grands ducs de Moscovie, sont entrés dans les terres d'Yacsa & de Nipchou, qui appartiennent à l'empereur notre maître : ils y ont exercé plusieurs violences, pillant, volant, & maltraitant nos chasseurs : quand ils se furent emparés du pays de Hegunniouma & d'autres terres, on en écrivit de la Chine plusieurs lettres en Moscovie, auxquelles on ne daigna pas faire de réponse.

L'empereur notre maître envoya en l'an 1686 quelques-uns de ses gens aux officiers moscovites, qui commandaient en ces quartiers-là, pour traiter amiablement avec eux de cette affaire. Mais un certain Alexis, gouverneur d'Yacsa, sans avoir égard aux principes de cette querelle, prit aussitôt les armes contre toute sorte de droit & de raison : c’est ce qui obligea un des généraux de l'empereur d'assiéger Yacsa : il s'en rendit maître.

Mais Sa Majesté Impériale persuadée que les grands ducs de Moscovie n'approuveraient pas la conduite du gouverneur, défendit de tuer aucun Moscovite : bien plus, elle ordonna qu'on fournît à ceux de la garnison, qui voudraient retourner en leur pays, toutes les choses nécessaires pour les y conduire, & qu'on amenât à Peking ceux qui ne voudraient pas s'en retourner, leur promettant de les entretenir selon leur qualité : de sorte que de plus de mille soldats moscovites qui s'étaient trouvés dans Yacsa, lorsqu'on le prit, il n'y en eut pas un auquel il fut fait le moindre mal : au contraire, on donna des chevaux à ceux qui n'en avaient point, & des mousquets à ceux qui étaient désarmés : on pourvut de vivres ceux qui en manquaient, & en les renvoyant, on leur dit que notre empereur ne se plaisait point à ces sortes de querelles, mais qu'il désirait que tous les peuples du monde pussent jouir d'une paix profonde, chacun sur ses propres terres. De sorte qu'Alexis même était surpris de la clémence de Sa Majesté impériale, & ne put retenir les larmes, en lui témoignant si reconnaissance.

Cependant il revint l'automne de la même année dans cette forteresse que nous avions ruinée : non content de la rétablir, il coupa le chemin à nos chasseurs, & leur enleva quantité de peaux dont ils étaient chargés ; il fit plus, il vint avec des gens de guerre dans le pays d'Houmari, & ayant dressé une embuscade à 40 de nos gens, qui avaient été envoyés pour visiter ces terres, il les attaqua, & enleva un nommé Kevoutey. C'est ce qui obligea les généraux de nos troupes, de retourner à Yacsa, & de l'assiéger une seconde fois, dans le seul dessein de se saisir de l'ingrat & perfide Alexis, pour le confondre & le punir.

Lorsqu'ils étaient sur le point de prendre la forteresse, qu'ils avaient réduite à la dernière extrémité, vous autres ambassadeurs plénipotentiaires, vous nous envoyâtes Nicéphore, accompagné de plusieurs autres de vos gens, pour nous avertir que vous veniez traiter de la paix. Sa Majesté impériale eut la bonté de ne pas permettre qu'on répandît le sang de vos soldats. Elle envoya aussitôt l'interprète même de Nicéphore, nommé Ivan, avec quelques autres de la suite, accompagnés de quelques-uns de ses officiers, qui avaient ordre de courir jour & nuit pour faire lever le siège d'Yacsa en attendant votre arrivée.

Vous nous avez depuis envoyé cette année un autre de vos officiers nommé Estienne, pour nous demander en quel lieu nous voulions nous assembler pour traiter de la paix. Notre empereur considérant que vous étiez venus de fort loin, & que vous aviez dû souffrir de grandes incommodités durant un si long & si pénible voyage, & louant d'ailleurs la pieuse intention des czars vos maîtres, comme étant conforme à la p.122 raison, nous a envoyé ordre d'aller directement jusqu'à la rivière qui coule le long des terres de Selengha, où vous êtes à présent ; elle nous a ordonné de faire tout ce qui dépendrait de nous pour seconder les favorables intentions de vos maîtres.

En conséquence de ces ordres, nous sommes venus jusques bien avant dans les terres de Kalka, où nous avons trouvé la guerre allumée entre le roi de ce pays & celui d'Eluth : & comme nous n'avions pas entrepris ce voyage en leur considération, mais seulement pour vous joindre, nous n'avons amené que peu de troupes, selon la prière que nous en a fait le sieur Estienne votre envoyé ; cependant si nous pénétrons plus avant avec le peu de monde qui nous accompagne, lorsque nous aurons gagné le lieu où les armées des Kalkas & des Eluths sont campées, l'un des deux partis pourrait se réfugier auprès de nous, & alors il ne nous serait pas aisé de déterminer ce que nous aurions à faire : & d'ailleurs comme nous n'avons aucun ordre de l'empereur notre maître, par rapport à ces démêlés des Kalkas & des Eluths, il ne serait pas à propos que nous y entrassions de notre propre mouvement ; c’est pourquoi nous avons pris le parti de retourner vers nos frontières, où nous nous arrêterons ; & cependant nous vous dépêchons cet exprès pour vous en donner avis, afin que si vous avez quelques propositions à nous faire, ou quelque résolution à prendre sur cette affaire, vous nous l'écriviez ; que si ce chemin qui est entre nous ne se peut faire pour le présent, faites nous savoir, en quel temps, & en quel lieu nous pourrons nous assembler ; car nous attendons sur cela votre réponse.
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