Mémoires géographiques








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Le taiki fut des conviés, & fit parfaitement bien son devoir ; il fit servir de son thé qu'on avait apporté dans un grand broc de cuivre : mais il était beaucoup moins bon que celui du second président : on donna aussi une sorte de vin qui devait être bien mauvais : à la réserve de quelques Mongous personne n'osa en goûter.

Après le repas les ambassadeurs dépêchèrent trois ou quatre Mongous pour aller au devant des mandarins, députés vers les Moscovites, afin de les ramener ici en diligence.

Le même jour je pris la hauteur méridienne des limites, que je trouvai de soixante-deux degrés cinquante-cinq p.127 minutes, ou de soixante-trois degrés : car je n'en pus juger qu'à ces cinq minutes près ; d'où il suit que la hauteur du pôle est de quarante-trois degrés douze minutes.

Il fit fort chaud tout le jour : vers le soir un petit vent d'ouest rafraîchit l'air. Ce jour-là même il passa ici un mandarin du palais que l'empereur envoyait au roi d'Eluth pour savoir quelles étaient ses prétentions dans cette guerre ; & cependant Sa Majesté avait ordonné à tous les régulos mongous ses sujets, depuis la province de Leao tong jusque vers la fin de la grande muraille, de se mettre sous les armes, d'assembler leurs gens, & de se camper chacun sur les frontières de ses terres : il a lui-même envoyé des régulos de sa suite avec des troupes camper au-delà des principaux détroits des montagnes, le long desquels règne la grande muraille, afin d'être en état de s'opposer aux entreprises du roi d'Eluth, en cas qu'il voulût s'avancer du côté de la Chine.

Le 9 nous séjournâmes dans notre camp ; je pris encore la hauteur méridienne du soleil, que je trouvai de soixante-deux degrés & quarante minutes à peu près, & par conséquent la hauteur du pôle est de quarante-deux degrés cinquante-une minutes Le temps fut couvert une partie de la matinée, & il fit assez frais tout le jour, le vent d'ouest ayant été assez fort, & sur le soir il fit une grosse pluie.

Le 10 nous séjournâmes encore : le temps fut couvert presque tout le jour avec un vent de nord-ouest assez violent : nous reçûmes ce jour-là des nouvelles de nos pères de Peking qui nous consolèrent.

Le 11 nous séjournâmes toujours dans le même camp. Les quatre ta gin 1 envoyèrent le second président du Tribunal des étrangers faire compliment de leur part au Grand lama de Kalka, qui n'était qu'à six ou sept lieues de nous ; un de ces deux lamas de Hou hou hotun, que les Tartares d'ouest adorent comme un immortel, arriva en notre camp : il allait voir le Grand lama de Kalka, que tous les lamas des Mongous révèrent comme leur supérieur. Ils le croient le premier lama après celui de Thibet, qui est leur souverain pontife.

Aussitôt que ce prétendu immortel fut arrivé, nos ta gin ne manquèrent pas de lui aller rendre visite : comme nous ne les y accompagnâmes pas, je ne puis dire s'ils l'adorèrent, ainsi que je leur avais vu faire à Hou hou hotun, ni comment ils furent reçus.

Il fit tout le jour grand vent d'ouest, & le temps fut couvert par intervalle, mais il ne tomba que peu de pluie.

Le 12 au matin nos ta gin allèrent accompagner le lama qui partait pour se rendre au lieu où est le Grand lama des Kalkas ; quoique cette idole ne fût point sortie de sa tente, & ne les eût pas même envoyé visiter de sa part. Après son départ, ils allèrent à la chasse du lièvre avec trois ou quatre cents hommes de leur suite : nous les suivîmes, & nous eûmes le plaisir de voir prendre ou tuer cent cinquante-sept lièvres en moins de trois heures, dans trois enceintes qu'ils firent de leurs gens tous à pied, l'arc & la flèche en main. Il n'y avait que les ambassadeurs, & quelques-uns des principaux officiers qui étaient à cheval, & qui couraient çà & là dans l'enceinte, tirant leurs flèches sur les lièvres qui étaient enfermés.

On fit d'abord l'enceinte assez grande, les tireurs étant à quelques pas les uns des autres, ensuite tous s'avancèrent vers le centre, & on resserra l'enceinte peu à peu, pour ne laisser échapper aucun des lièvres qui y seraient enfermés ; derrière la première enceinte, marchaient les valets, les uns avec de gros bâtons, les autres avec des chiens, quelques-uns, mais peu, avec des fusils ou des mousquets ; cette chasse se fit en des sables p.128 mouvants, où il y a de grosses touffes d'une plante, dont la figure & la feuille est assez semblable à nos belvédères, quoiqu'elles ne soient ni si belles, ni si agréables à la vue.

Cette chasse est assez divertissante. On voit ces pauvres bêtes courir çà & là autour de l'enceinte pour trouver une issue, & ensuite tenter de passer au travers, non seulement d'une grêle de flèches, qu'on leur tire dès qu'ils sont à portée, mais même au travers des jambes des hommes, de sorte qu'on en culbute quelquefois à coups de pieds ; on en voit d'autres qui traînent une flèche qu'ils ont piquée dans le corps, d'autres qui courent à trois pâtes, en ayant une de rompue.

Pendant que nous étions à cette chasse, le président du Tribunal des étrangers, qui était demeuré au camp, parce qu'il se trouvait incommodé depuis deux ou trois jours, envoya donner avis aux trois autres ta gin, qu'il venait de recevoir un ordre de l'empereur, qui l'obligeait incessamment de se rendre auprès de Sa Majesté, dans le lieu où il va chasser ; la chasse finit aussitôt, parce que les trois ta gin retournèrent au camp pour voir le président, & pour conférer avec lui avant son départ. Il partit sur le soir, quoiqu'il ne fût pas fort bien remis de son incommodité ; mais l'empereur est tellement redouté des mandarins, qu'il faut qu'ils soient bien malades, pour oser différer tant soit peu l'exécution de ses ordres.

Il fit tout le jour un assez grand vent d'ouest, de sorte que la chaleur fut médiocre.

Le 13 nous séjournâmes encore dans notre camp ; tout le jour fut extrêmement chaud, excepté vers le soir qu'il fit un peu de vent d'est. Presque tous les soldats & les officiers de la suite des ambassadeurs, achevèrent d'arriver ce jour-là, ils étaient demeurés derrière, & venaient par pelotons les uns après les autres, pour ne se point incommoder, & pour trouver plus commodément de l'eau.

Le 14 sur les trois heures après midi, nous décampâmes pour nous avancer du côté du sud-est, & nous approcher ainsi plus près du lieu où l'empereur venait chasser, en attendant la réponse des Moscovites, & les ordres de Sa Majesté, parce que dans le lieu où nous étions, le fourrage manquait déjà aux bestiaux, & qu'il n'y avait point d'autre eau que celle des puits, que nos gens avaient été obligés de creuser.

Nous fîmes ce jour-là 15 lys seulement à l'est-sud-est, ce que nos gens firent toujours en chassant les lièvres, dont toutes ces campagnes sont pleines, aussi en tua-t-on beaucoup : c'étaient toujours des sables mouvants ; il y avait du fourrage passablement aux environs du lieu où nous campâmes, & de l'eau qui était assez bonne dans les puits que l'on fit.

Le temps fut assez tempéré tout le jour par un bon vent d'ouest.

Ce jour-là le dégoût me reprit plus fortement encore que jamais pour avoir pris d'un méchant bouillon contre mon gré, faute d'autre chose qui pût m'aider à avaler un peu de riz. La fièvre me prit même en chemin, me dura le reste du jour, & toute la nuit, mais l'accès ne fut pas considérable.

Le 15 nous fîmes 35 lys à l'est, toujours en chassant le lièvre dans les sables mouvants ; il y en avait une quantité prodigieuse ; nous vîmes aussi des perdrix & quelques daims ; nous campâmes dans la plaine en un lieu où il n'y avait point d'eau, aussi avait-on eu soin d'abreuver les bestiaux avant que de partir. Il y avait en récompense du fourrage assez bon & en quantité. J'eus encore la fièvre tout le jour, & je me trouvai plus mal que je n'avais été depuis le commencement du voyage. Sur le soir je pris un peu de thériaque avec du thé, dont je me trouvai bien.

Il fit tout le jour un temps assez p.129 tempéré, avec un grand vent de sud qui prenait un peu de l'ouest ; le ciel fut aussi un peu couvert la plus grande partie de la journée.

Le 16 nous fîmes 40 lys à l'est, toujours en chassant comme les jours précédents, mais il n'y eut qu'une partie du chemin de sables mouvants, le reste était de sables fermes, toujours sans découvrir ni arbre, ni buisson, mais quantité de lièvres & de perdrix, & quelques daims : nous vîmes aussi des vestiges de plusieurs troupeaux de chèvres jaunes : ces derniers jours nous avons toujours marché dans une grande plaine, mais fort inégale, sans néanmoins apercevoir aucune montagne ou hauteur considérable de côté ni d'autre.

Je me trouvai le matin sans fièvre, & beaucoup mieux que le jour précédent. Je continuai à prendre un peu de thériaque avec du thé, ce qui acheva de me remettre ; ayant fait ensuite quatre lieues sans avoir rien pris autre chose, & pendant une très grande chaleur, je ne m'en sentis point incommodé.

Ce jour-là il vint à So san laoyé plusieurs chevaux chargés de rafraîchissements, & surtout de fruits de Peking : il nous fit goûter d'un melon d'eau, qui n'était que médiocrement bon, mais il y avait des pêches aussi belles & aussi grosses que les plus belles que nous ayons en France, & j'en mangeai une qui me parut d'un très bon goût, excepté qu'elle n'était pas tout à fait mûre.

Le 17 nos ta gin se séparèrent encore, & So san laoyé partit de grand matin avec Ma laoyé, pour faire en une journée ce que nous ne devions faire qu'en deux, & nous devancer d'un jour. Nous ne partîmes que sur le soir, & ne fîmes que 20 lys presque toujours au sud, prenant tant soit peu de l'est : tout le chemin se fit en chassant le lièvre dans les sables mouvants : nous campâmes en un lieu, proche duquel il se trouva deux petits puits, qui nous fournirent de fort bonne eau.

Il fit tout le jour très grand chaud, parce qu'il n'y eut pas de vent, & que le soleil fut toujours très ardent : le temps commença à se couvrir un peu à l'entrée de la nuit.

Je ne me trouvai pas si bien ce jour-là que le précédent : le dégoût que je sentais toujours, était accompagné d'une grande faiblesse d'estomac.

Le 18 nous décampâmes dès les quatre heures du matin, & nous fîmes ce jour-là 40 lys au sud-est ; le chemin semblable aux jours précédents, toujours sables mouvants & pleins de lièvres : nous vînmes camper au même lieu ou était encore So san laoyé qui n'en partit que l'après-midi.

Il fit tout le jour un temps fort frais, avec un vent de sud : il plut un peu l'après-midi à diverses reprises.

J'appris ce jour-là que le roi d'Eluth s'avançait avec son armée vers l'est, du côté de la province de Solon : il avait pris sa marche le long d'une petite rivière, qui n'est qu'à 10 ou 12 lieues de l'endroit d'où nous sommes retournés, & sur le bord de laquelle nos ambassadeurs avaient résolu d'aller camper, avant que nous eussions reçu les ordres de l'empereur. Je sus aussi que Sa Majesté avait envoyé beaucoup de troupes sur ces frontières& qu'un des plus puissants régulos, qui lui sont soumis, s'avançait de ce côté-là à la tête de dix mille chevaux, pour être en état de s'opposer au roi d'Eluth en cas qu'il voulût faire quelque entreprise sur les terres de l'empire.

Il y avait dans tous les environs de notre camp une très grande quantité de perdrix ; mais il faut remarquer que ces perdrix, qui se trouvent parmi les sables & dans ces déserts de Tartarie, quoiqu'assez semblables aux nôtres pour la grosseur & la figure, leur sont de beaucoup inférieures pour le goût, aussi nos gens en faisaient si peu de cas, qu'ils ne daignaient pas même les chasser.

Le 19 nous décampâmes sur les trois p.130 heures après midi, après avoir fait boire tous les bestiaux, parce que nous ne devions point trouver d'eau au lieu où nous allions camper : nous fîmes 40 lys à l'est toujours dans des sables mouvants, mais pleins de grandes herbes, parmi lesquelles il y avait une infinité de lièvres, aussi vint-on toujours en chassant. Un peu après être sortis de notre camp, nous vîmes passer devant nous des nuées de perdrix, plus nombreuses que ne sont les grandes bandes d'étourneaux en France. Il y en avait à milliers : elles allaient par volées de plusieurs centaines toutes du côté du sud, où apparemment elles allaient chercher quelque fontaine.

Le matin il plut à diverses reprises, & le temps fut presque tout le jour couvert, mais extrêmement chaud, & sans aucun vent. Je me trouvai ce jour-là encore plus mal qu'à l'ordinaire, mais le soir je fus considérablement soulagé. Le lieu où nous campâmes était plein de fourrage assez bon, quoiqu'il crût dans des sables mouvants.

Le 20 nous fîmes 80 lys, partie au sud-est & le reste au sud : nous nous arrêtâmes à mi-chemin, en un lieu où nous trouvâmes deux petits puits pleins d'eau fraîche ; nous avions dessein de ne pas aller plus loin ce jour-là ; mais la difficulté de pouvoir abreuver tous les bestiaux avec l'eau de ces deux petits puits, ou d'en faire de nouveaux, qu'il aurait fallu creuser bien avant en terre, le manque de fourrage, & surtout l'envie d'arriver au plus tôt au lieu où nous devions trouver de l'eau de source, & attendre la réponse des Moscovites, nous déterminèrent à faire encore autant de chemin que nous en avions déjà fait. Le matin nous marchâmes presque toujours dans des sables mouvants pleins de lièvres ; mais l'après-midi c'était presque tout sable ferme couvert d'herbes, qui pouvaient servir de fourrage ; il ne laissait pas d'y avoir quantité de lièvres parmi ces herbes ; nous vîmes encore le matin & le soir plusieurs grandes compagnies de perdrix.

Enfin nous vînmes camper près de cette source dont j'ai parlé : l'eau en était très fraîche & excellente à boire : c'est la plus claire & la meilleure que nous ayons trouvé durant tout ce voyage ; nous trouvâmes So san laoyé campé sur une éminence au-dessus de la source, avec toute sa suite. Pour nous, nous campâmes dans une petite vallée. Nous étions environnés de hauteurs de toutes parts excepté au nord-est, qui est une plaine à perte de vue. Il y avait dans cette vallée & sur une partie du penchant des collines qui l'environnent, des herbes fort hautes, où il se trouvait quantité de lièvres & de perdrix.

A notre arrivée un petit officier du Tribunal de Lympha yuen apporta des ordres de l'empereur à So san laoyé, pour le charger de disposer les postes sur tous les chemins de la Tartarie occidentale, afin que Sa Majesté pût envoyer promptement les ordres à tous les régulos & aux autres mandarins, qui sont sous les armes, & campés en différents endroits des frontières de l'empire, & recevoir pareillement de leurs nouvelles.

Il fit tout le jour une chaleur violente sans aucun vent : cependant je me trouvai bien mieux que je n'avais fait depuis trois semaines. Il fit de grands tonnerres & une grande pluie au commencement de la nuit.

Le 21 au matin nous vîmes venir en notre camp une infinité de perdrix, la plupart d'une espèce particulière, qui ne sont pas si délicates à manger que les ordinaires ; leur chair est plus noirâtre : les Chinois les appellent cha ki, c'est-à-dire poules de sable, apparemment parce qu'elles se plaisent dans les sables où il y a des herbes : il y en avait aussi de semblables aux nôtres, mais en moindre quantité, qui venaient par volées de plusieurs centaines pour boire à la source, auprès de laquelle nous étions campés : qui aurait eu de bons tireurs p.131 & de bons chiens, aurait fait belle chasse, mais nos gens n'avaient ni l'un, ni l'autre.

Nous séjournâmes, & il fit tout le jour assez frais, le temps ayant presque toujours été couvert avec un vent de nord-ouest médiocre : il plut aussi un peu à diverses reprises.

Le 22 nous séjournâmes encore : le temps fut assez frais tout le jour avec le même vent que le jour précédent : il arriva ce jour-là des députés de deux régulos de Peking qui sont campés à douze ou quinze lieues d'ici. Ils envoyaient complimenter nos deux premiers ta gin, qui étaient leurs alliés.
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