Mémoires géographiques








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Ce jour-là étant allé voir le médecin que l'empereur a envoyé avec nous, pour prendre soin des malades, je lui dis l'état où j'étais, & je lui demandai une médecine pour purger la bile dont je me sentais accablé : il m'en ordonna quatre petites au lieu d'une bonne, & pour les préparer, il donna deux pincées de cinq ou six sortes de simples, racines, & poudres, pour en faire la décoction, & en prendre plein une petite tasse de porcelaine, c'est-à-dire, la valeur d'un petit verre le soir en me couchant, & autant le matin ; j'en pris le soir même, elle était assez amère, mais elle n'avait pas le même déboire que les médecines d'Europe : elle ne m'empêcha point de dormir.

Le 23 nous continuâmes à séjourner ; le temps fut tout le jour serein & assez frais, parce qu'il fit un bon vent de nord-ouest. Je pris encore le matin & le soir médecine, l'effet qu'elle produisit fut que j'eus plus de dégoût, que je me trouvai plus affaibli, & plus échauffé qu'auparavant.

Le 24 nous continuâmes à séjourner ; le temps fut semblable au jour précédent, excepté qu'il fit un peu plus chaud : je me sentis encore le matin assez mal, mais ensuite un peu soulagé.

Le 25 un des mandarins de Lympha yuen, qui était allé trouver l'empereur avec le président de ce Tribunal, retourna ici, & apporta des ordres de Sa Majesté, qui permettaient à tous les mandarins, cavaliers & autres de la suite des quatre ta gin de retourner à Peking, à la réserve des seuls ta gin à qui il était ordonné de demeurer au lieu où nous sommes, jusqu'à ce qu'ils eussent reçu la réponse des Moscovites. Sa Majesté marquait expressément que nous demeurassions aussi pour traduire cette réponse. Ces ordres causèrent bien de la joie à tous ceux qui avaient permission de s'en retourner : car on était extrêmement fatigué, & presque tous les équipages étaient ruinés.

Il fit tout le jour assez frais, le temps ayant presque toujours été couvert avec un vent de sud-ouest. Je me sentis beaucoup mieux de la médecine que j'avais prise les jours d'auparavant.

Le 26 tous ceux de nos gens qui avaient permission de s'en retourner chez eux, décampèrent, & prirent le chemin de Peking : nous restâmes seuls avec Kiou kieou, So san laoyé, Ma laoyé & Ou laoyé.

Le temps fut couvert & pluvieux tout le jour : le vent fut de sud-ouest. Je me trouvai considérablement mieux.

Le 27. nous décampâmes pour nous avancer plus près des lieux où l'empereur chassait, & pour avoir plus commodément du fourrage. Nous fîmes 50 lys à l'est, & nous prîmes même sur la fin du chemin un peu du nord ; nous marchâmes toujours dans une grande plaine, un peu plus égale que les précédentes ; le terrain toujours de sable, mais ferme, porte beaucoup d'herbes, parmi lesquelles il y avait quantité de lièvres ; c’est pourquoi nos gens vinrent toujours en chassant ; nous fîmes aussi partir plusieurs perdrix. Nos deux premiers ambassadeurs avaient des oiseaux de proie, mais apparemment qu'ils ne volaient pas la perdrix, car on ne les lâcha que sur des alouettes, & d'autres petits animaux semblables.

p.132 Nous trouvâmes sur le chemin plusieurs petits camps de Mongous, & le taiki ou prince mongou qui était venu visiter nos ambassadeurs le jour qu'ils arrivèrent aux limites de l'empire : ils étaient campés sur la route que nous tenions. Le taiki nous donna à dîner dans son camp qui n'était pas fort grand, & aux environs duquel il y avait peu de troupeaux. Le repas consista en viandes demi cuites de mouton, & de chèvre jaune que je trouvai d'assez bon goût : il ne lui manquait que d'être plus cuite, & nous eussions souhaité un peu de riz : le thé tartare ne fut pas épargné.

Les viandes furent servies sous une petite tente qui nous mettait à l'abri du soleil, mais à plate terre, dans de méchants bassins de cuivre très malpropres : aussi le repas fut-il plus pour les valets, que pour les maîtres. La tente de ce taiki n'était pas non plus fort propre, & ne différait de celles des autres Mongous, qu'en ce qu'elle était un peu plus grande, & que cette étoffe grossière dont elle était couverte, n'était pas noircie de fumée, ni déchirée comme les autres. Il y avait devant la porte de sa tente pour toute garde une pique plantée, au haut de laquelle était une touffe de poil de vache noire : c'est à cette pique que s'attache l'étendard des gens que le taiki commande.

Nous campâmes dans un lieu où il n'y avait ni ruisseau, ni fontaine : mais on trouva aisément de l'eau en creusant des puits de deux pieds de profondeur ; l'eau n'en était pas fort froide, & elle avait un très mauvais goût ; nous trouvâmes aux environs de notre camp d'assez bon fourrage & en quantité.

Il fit extrêmement froid le matin jusque vers les sept heures : ensuite le temps fut serein & le soleil fort ardent, mais il ne laissa pas d'être assez frais à cause d'un assez grand vent de nord qui souffla tout le jour.

Le 28 nous séjournâmes dans notre camp, & nous vîmes le matin une quantité prodigieuse de ces perdrix, que les Chinois appellent cha ki : nous vîmes aussi des canards & des oies sauvages sur des mares d'eau, qui étaient aux environs de notre camp.

Le temps fut comme le jour précédent, excepté qu'il fut plus clair & plus chaud, n'y ayant eu qu'un petit vent d'est : le dégoût me reprit de nouveau.

Nos ta gin partirent le soir pour aller à la chasse des chèvres jaunes avec le taiki qui était campé assez près de nous. Celui-ci avait envoyé ses gens pour chercher où il y en avait, dans le dessein de les enfermer pendant la nuit dans une enceinte, afin que nos ta gin eussent le divertissement de les chasser durant le jour.

J'appris ce jour-là du second président de Lympha yuen, que tous les Tartares d'ouest qui s'appellent en leur langue, Mongous, d'où est sans doute venu le mot de Mogol, & qui sont sujets de l'empereur de la Chine, sont gouvernés par vingt-quatre régulos, lesquels occupent toute cette étendue de la Tartarie, qui tourne à l'entour de la grande muraille de la Chine, depuis la province de Leao tong jusque vers le milieu de la province de Chen si ; mais qui ne s'étendent pas fort loin au-delà de la grande muraille. Du côté de Hou hou hotun par où nous passâmes en revenant, il n'y a pas plus de cinquante ou soixante lieues depuis la dernière porte de la grande muraille, jusqu'aux frontières du royaume de Kalka, & depuis les limites par où nous sommes revenus, qui bornent aussi les mêmes terres de Kalka, il n'y a guère que cinquante ou soixante lieues jusqu'à la grande muraille en ligne droite, nord & sud.

Le même nous dit que tous ces Mongous sont divisés en quarante-neuf étendards, sous lesquels l'empereur les peut faire assembler quand il le juge à propos, comme il a fait à l'occasion de la guerre qui est entre les rois d'Eluth & de Kalka, qui ne lui sont point sujets ni l'un ni l'autre.

p.133 Enfin il nous ajouta que ce taiki que nous trouvâmes hier en chemin était campé là pur ordre de l'empereur, & qu'il commandait mille cavaliers campés par pelotons sur toute cette frontière, pour observer ce qui se passe, & être en état de s'assembler au premier ordre.

Le 29 nos gens retournèrent de la chasse vers midi, & rapportèrent plusieurs chèvres jaunes, & un loup qu'ils avaient tué dans la même enceinte où ils avaient enfermé les chèvres jaunes. Ce loup était à peu près semblable à ceux que nous avons en France, si ce n'est que je lui trouvai le poil un peu moins grand, & tirant un peu plus sur le blanc : il avait la gueule fort affilée & presque semblable à celle d'un lévrier.

Quoiqu'il n'y ait ni bois ni buissons en ce pays, il ne laisse pas de s'y trouver des loups qui suivent ordinairement les troupeaux de chèvres jaunes dont ils se nourrissent ; j'ai vu plusieurs de ces chèvres jaunes, & je crois que c'est un animal particulier de ces contrées ; car ce n’est ni gazelle, ni daim, ni chevreuil ; les mâles ont des cornes qui n'ont guère plus d'un pied de longueur, & environ un pouce de diamètre à la racine ; ces cornes ont des nœuds de distance en distance.

Ces chèvres sont de la grosseur de nos daims, & ont le poil à peu près semblable, mais elles ont les jambes plus élevées & plus déliées : aussi courent-elles extrêmement vite & fort longtemps sans se lasser ; il n'y a ni chien, ni lévrier qui puisse les suivre : elles ressemblent assez par la tête à nos moutons ; la chair en est tendre, & d'assez bon goût ; mais les Tartares & les Chinois ne savent pas l'assaisonner. Ces animaux vont par grandes troupes ensemble dans ces plaines désertes, où il n'y a ni arbres ni buissons ; c'est là qu'elles se plaisent, car on n'en trouve point dans les bois ; elles ne courent jamais plusieurs de front, mais elles vont à la file & l'une après l'autre ; elles sont extrêmement timides, & dès qu'elles aperçoivent quelqu'un, elles courent sans cesse jusqu'à ce qu'elles l'aient perdu de vue : elles ne sautent point, mais elles courent toujours en droite ligne.

Il fit fort chaud ce jour-là jusque vers le soir que le temps se couvrit, & qu'il s'éleva un vent de sud. Je ne me trouvai pas bien tout le jour, étant toujours incommodé de l'estomac, & ayant toujours un grand dégoût.

Le 30 nous demeurâmes tout le jour dans le même camp ; le temps fut couvert & pluvieux le matin, & l'après midi il fit fort chaud : ce ne fut que vers le soir qu'il s'éleva un assez grand vent de sud-est.

Le 31 un courrier dépêché à l'empereur par le mandarin, que Sa Majesté avait envoyé au roi d'Eluth, passa par notre camp. Il allait porter la nouvelle, que le roi d'Eluth avait été obligé de s'en retourner promptement dans son pays, sur ce qu'il avait appris que les mahométans tartares ses voisins, y avaient fait une irruption, & qu'ils y faisaient les mêmes dégâts qu'il était venu faire dans le royaume de Kalka : ce mandarin n'avait pu le voir, parce qu'il n'était arrivé qu'après son départ. Il ne put rien nous apprendre de ceux de nos gens, qu'on avait députés vers les plénipotentiaires de Moscovie.

Il fit assez chaud tout le matin, mais le temps fut couvert depuis midi avec un vent de sud-ouest, & nous eûmes de la pluie une partie de la soirée & de la nuit.

Le premier & le second jour de septembre le temps fut couvert & pluvieux tout le jour : nous ne sortîmes point de notre camp.

Le 3 So san laoyé donna un repas aux autres ta gin & à tous les mandarins & officiers qui étaient encore dans notre camp en petit nombre : il nous y invita aussi, & il voulut même manger lui p.134 seul avec nous à une même table : Kiou kieou, Ma laoyé & Ou laoyé furent servis à une autre table près de la sienne ; je n'avais point encore vu servir les viandes si bien ni si proprement préparées depuis que nous sommes en voyage. Ensuite ils allèrent à la chasse au lièvre, & ils en tuèrent quantité en très peu de temps : au retour So san laoyé nous en envoya quatre en présent : il nous a toujours traité durant le voyage avec une distinction particulière ; & en toute occasion il parlait de nous en des termes pleins d'estime, surtout en présence des plus considérables mandarins qui nous connaissaient moins ; ce qui nous attirait beaucoup d'honnêtetés de leur part.

Le temps fut serein tout le jour avec un vent d'est assez frais jusque vers le soir que nous eûmes un orage accompagné de tonnerre, d'un grand vent, & d'une grosse pluie.

Le 4 il passa en notre camp un officier du palais de l'empereur, qui allait en poste faire compliment de la part de Sa Majesté au Grand lama de Kalka. Il ramenait avec lui le lama qui était venu saluer Sa Majesté de la part du Grand lama de Kalka. Ce lama député était un homme bien fait de corps & de visage, ayant le teint naturellement aussi blanc que les Européens, mais un peu hâlé du soleil : il avait aussi l'air plus dégagé, & paraissait avoir plus d'esprit qu'aucun autre Kalka que j'eusse vu : il était vêtu à leur mode d'une veste de soie rouge, mais déjà bien vieille & bien salie de graisse : aussi ces messieurs ne se servent-ils point d'autre serviette pour essuyer la graisse de leurs doigts & de leur bouche, que de leurs propres habits. Celui-ci ne fit pas de façon, après avoir humé un bouillon gras, de s'essuyer la bouche avec la manche de sa veste.

Il fit assez frais ce jour-là & le suivant, que régna un grand vent de sud-ouest.

Le 6 le temps se couvrit après midi, & redevint serein au coucher du soleil : la nuit fut fort froide.

Le 7 il vint un courrier de l'empereur, qui ordonnait à nos ta gin d'envoyer des chameaux chargés de riz au-devant des députés qui étaient allés porter leur lettre aux plénipotentiaires de Moscovie, afin qu'ils n'en manquassent pas sur la route. Ce courrier rapporta aussi que Sa Majesté était allée du côté de l'est pour la chasse du cerf à l'appeau, à laquelle elle prend un plaisir particulier.

Je vis tirer du sel par nos domestiques proche de nos tentes : ils ne firent que creuser environ un pied en terre, & ils trouvèrent une espèce de mine de sel mêlé avec du sable : pour le purifier ils mirent ce sel mêlé de sable dans un bassin, ils y jetèrent de l'eau, le sel fondit, & le sable demeura au fond : alors ils mirent cette eau dans un autre vase pour la cuire, ou la laisser dessécher par le soleil. Il y avait déjà plusieurs jours qu'on m'avait assuré qu'il y avait beaucoup de sel en manière de mine parmi les sables de ce pays, & que les Mongous le tiraient ainsi, ou plus aisément encore dans les marais d'eaux de pluie qui s'amassent dans les fonds, & qui étant desséchés par la chaleur du soleil, laissent une croûte de très pur & de très beau sel, quelquefois de l'épaisseur d'un ou de deux pieds environ, & qu'ils le coupent là par morceaux.

Deux ou trois Mongous conduisirent au camp un pauvre Chinois esclave d'un mandarin, qui étant demeuré derrière afin de ramener des chevaux lassés qui ne pouvaient presque plus se traîner, s'était égaré dans le pays de Kalka ; par bonheur il rencontra ces Mongous auxquels il se fit connaître comme il put : car il ne savait pas leur langue ; il y avait déjà trois jours que d'autres Mongous en avaient amené un autre qu'ils avaient retiré d'entre les mains d'un Tartare de Kalka ; celui-ci l'avait pareillement enlevé d'entre les mains d'un autre Tartare de Kalka lequel l'avait fait son esclave, l'ayant trouvé écarté du gros p.135 de nos gens, lorsqu'il allait chercher des chevaux perdus. Il lui avait pris tout ce qu'il avait, & même vingt taëls qui appartenaient à son maître, & il l'avait dépouillé de ses habits.

Peu de temps après un autre Tartare de Kalka enleva à celui-ci tout ce qu’il avait, tentes, troupeaux, habits, femme & enfants, & ce Chinois même, lequel ayant vu des Tartares Mongous qu'il reconnut à leur bonnet, semblable à celui qu'on porte à la Chine, les réclama, & leur fit entendre qui il était. Ils obligèrent ce Kalka de le leur mettre entre les mains, & de lui rendre l'argent qu'il lui avait pris, mais non pas ses habits qui étaient déjà dissipés.

Le temps fut serein tout le jour, mais fort frais, à cause d'un grand vent de sud-ouest.

Le 8 au matin il arriva un courrier dépêché par ceux de nos gens, qu'on avait envoyé porter la lettre aux plénipotentiaires de Moscovie à Selengha. Ce courrier était porteur d'une lettre, par laquelle ils donnaient avis à nos ta gin qu'ils étaient déjà proches des limites de cet empire, & qu'ils arriveraient ici au plus tôt, avec la réponse des plénipotentiaires de Moscovie, dont ils étaient chargés : on envoya aussitôt ce même courrier avec un petit officier du Tribunal de Lympha yuen à l'empereur, pour lui en donner avis, & recevoir ses ordres.

Le temps fut fort serein tout le jour, froid le matin avant le soleil levé, ensuite assez chaud vers le midi, & vers le soir assez frais, parce qu'il s'éleva sur les deux heures un vent d'ouest médiocre.

Le soir le mandarin que l'empereur avait envoyé faire compliment au Grand lama Kalka repassa en notre camp, retournant vers Sa Majesté ; il nous dit, qu'entre les autres discours que lui avait tenu ce lama, il lui avait parlé des religions de la Chine, approuvant surtout celle des bonzes qui adorent l'idole Fo ; qu'il lui avait aussi parlé de la religion chrétienne, sous le nom de religion des Européens, & de la loi du Dieu du ciel, qui est le nom ordinaire sous lequel elle est connue à la Chine ; mais qu'il en avait parlé avec mépris, disant que cette religion ne connaissait que le seigneur du ciel, & qu'elle ne reconnaissait point d'esprits ou d'êtres spirituels ; en quoi il montrait assez combien il était peu instruit de notre religion ; aussi le père Pereira ne manqua-t-il pas de relever son ignorance en présence de nos ta gin & des mandarins du palais. Ce mandarin avait eu ordre de l'empereur de faire les prosternements ou révérences accoutumées au lama, après qu'il lui aurait parlé.
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