Mémoires géographiques








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Comme nous étions arrivés au camp de bonne heure, je pris la hauteur du soleil à midi, & je la trouvai de soixante-dix degrés trente minutes environ. Le soleil était de temps en temps couvert, c’est ce qui fît que je ne pus bien être assuré de cette hauteur.

Le temps fut assez incertain tout le p.166 jour, tantôt serein, tantôt couvert, avec un grand vent de sud.

Le 23 nous séjournâmes dans notre camp d'Iskar, pour attendre que tous les mandarins & les soldats de la suite qui n'avaient pu marcher tous ensemble, tant que nous étions dans les détroits des montagnes, fussent arrivés, afin de voir si rien ne manquait, & pour régler de quelle manière on marcherait le reste de notre route.

Ce jour-là le fils d'un des plus puissants régulos de ces Mongous, qui sont les vassaux de l'empereur de la Chine, vint rendre visite à nos ambassadeurs accompagné de trois taikis. Ce sont des princes, fils ou parents d'autres régulos. Les terres qui lui appartiennent sont assez proches du lieu où nous étions campés, & le lieu où il tient sa cour n'en est qu'à vingt ou trente lieues environ à l'orient. Comme c’est un des plus puissants régulos, on dit qu'il est aussi un peu plus civilisé que les autres Mongous de ces quartiers. Il demeure dans un lieu fixe où il y a des maisons bâties, ce qui est fort singulier parmi les Tartares.

Nos gens prirent une très grande quantité de poissons, petits & gros, la plupart dans cette petite rivière.

Le temps fut semblable à celui du jour d'auparavant.

Le 24 nous fîmes 70 lys au nord, & au nord-nord-ouest, dans un pays semblable au précédent, toujours assez découvert, ayant de temps en temps des collines, où il n'y a que quelques arbres & des buissons ; nous vînmes camper sur les bords d'une petite rivière qui coule avec beaucoup de rapidité du nord vers le sud, prenant un peu de l'ouest ; nous trouvâmes en cet endroit de très bons fourrages & en quantité ; nous campâmes en un lieu nommé Oustoukouré.

Il plut ce jour-là après midi assez longtemps.

Le 25 nous fîmes 75 lys, tantôt au nord, tantôt à l'est, & le plus souvent au nord-est ; nous tournoyâmes ainsi pour éviter, autant qu'il se pouvait, les sables mouvants, dont le pays est plein. Ce sont les vents qui amassent ces sables en forme de collines, il faut à tous moments les monter & les descendre, ce qui rend les chemins extrêmement difficiles, surtout pour les chariots ; nous vînmes camper à l'entour d'un grand étang, qui a bien trois ou quatre lieues de tour.

Il faut que cet étang soit formé de plusieurs sources d'eau, car il ne tarit jamais, bien qu'il soit peu profond ; l'eau en est fort claire & bonne à boire, le fond est de vase ; il ne laisse pas d'y avoir du poisson qui est fort gras & de fort bon goût ; nos gens qui pêchèrent, en prirent quatre d'un coup de filet.

Il n'y a dans cet étang, ni joncs, ni roseaux, ni herbes ; nous y vîmes quantité d'oies sauvages, de canards, & de cygnes ; So san laoyé qui fit mettre sur l'eau une barque que le roi lui a donnée, laquelle se démonte & se porte sur un chameau, tua quatre ou cinq de ces cygnes, & quelques oies sauvages ; les uns & les autres n'avaient aucune plume à leurs ailes, par conséquent ne pouvaient voler. On dit que ces oiseaux mettent bas leurs plumes en cette saison.

A peine étions-nous campés sur les bords de cet étang, que le feu prit à des herbes sèches, dont la campagne était couverte ; comme il faisait un vent d'ouest extrêmement violent, le feu s'étendit en un moment dans toute la campagne, & obligea une partie de nos gens à décamper, & tous à prendre la résolution de ne plus camper dans un lieu plein de paille ainsi sèche.

Le temps fut extrêmement froid le matin, & obligea Kiou kieou à se vêtir d'une double fourrure, ensuite il fut assez tempéré quand le soleil fut un peu haut ; il fut presque toujours serein, quelquefois un peu couvert, avec un très grand vent d'ouest.

Le 26 nous ne fîmes que 38 lys au p.167 nord, & souvent au nord-ouest pour éviter ces collines de sable qui se trouvent en ce pays ; nous ne pûmes faire que cette petite journée pour attendre les chariots de l'équipage, dont la plupart étaient demeurés derrière, parce qu'ils ne pouvaient avancer dans les sables ; nous campâmes dans une grande plaine toute environnée de ces collines de sable. Comme il n'y avait là ni rivière, ni étang, nous fûmes obligés de creuser des puits, dont l'eau était extrêmement fraîche. On trouva dans plusieurs de gros morceaux de glace, mais l'eau de la plupart avait un goût de vase ; il y avait pourtant à deux lys de notre camp une fontaine, dont l'eau était fort bonne & fort fraîche.

Le temps fut serein tout le jour avec un grand vent d'ouest, comme le jour précédent.

Le 27 nous fîmes 60 lys au nord, dans un pays plus découvert que les jours précédents ; nous passâmes encore beaucoup de sables mouvants, particulièrement douze ou quinze lys avant que d'arriver au lieu où nous campâmes ; ce fut dans une plaine, proche d'un étang d'eau douce, qui a bien trois lieues de tour ; cet étang se nomme en langue mongole Tahan Nor. A l'occident de l'étang se voit une petite montagne couverte de rochers, au devant de laquelle il y a une pagode tout ruinée, dont il ne reste que trois murailles qui ont des crevasses de toutes parts.

On voit au sud de cette pagode les restes d'une petite maison qui y a été bâtie, & au nord se trouve un antre, où l'on voit les restes d'une chapelle, sur les parois de laquelle il y a encore quelques figures d'idoles. Il y avait aussi dans cette espèce de chapelle deux vieux coffres rompus pleins de papiers écrits en langue mongole, & en deux autres langues que je ne connais pas. Je pris avec moi quelques-uns de ces papiers écrits en trois différentes sortes de caractères. Ce sont apparemment des prières tirées des livres sacrés des lamas ; ils étaient la plupart écrits sur des morceaux de papier fort longs & étroits.

Sur le devant de cet antre au dehors, il y a une grande pierre de marbre blanc, haute d'environ dix ou douze pieds, & large de quatre, avec des dragons en sculpture, qui font le commencement de la plaque de marbre, qui a environ un pied d'épaisseur ; il y a sur le devant de cette plaque beaucoup de lettres chinoises gravées, que l'on lit encore fort bien ; ces lettres font foi que c’est un Hio sseë 1 du Tribunal des colao, qui a bâti cette pagode en l'honneur de Fo, au temps du règne des Tartares Mongous, dans la Chine, lorsqu'ils possédaient paisiblement l'empire, & toute cette Tartarie ; il marque le nom de l'empereur qui régnait alors ; j'aurais bien voulu prendre une copie de cet écriteau, mais il ne me fut pas possible.

Après avoir visité les ruines de cette pagode, qui a vue sur une vaste plaine de quinze ou vingt lieues de tour, & toute environnée de collines, excepté du côté de l'occident, par où cette plaine communique avec une autre plaine, nous allâmes voir un grand lac, qui a environ quinze ou seize lieues de tour, lequel n'est éloigné de la pagode que d'environ demie lieue, & du lieu où nous étions campés d'environ une lieue ; ce lac s'appelle en langue mongole Taal Nor ; l'eau en est un peu salée ; on m'a assuré qu'il y avait quatre petites rivières qui venaient s'y perdre.

L'eau de ce lac est fort basse sur les bords du côté du sud, où nous fûmes, mais on dit qu'elle est fort profonde vers le milieu du lac ; il n'y paraît ni roseaux, ni joncs, ni herbes, le fond est de sable ; on y voyait quantité de cygnes, d'oies sauvages, de canards, & d'autres sortes d'oiseaux aquatiques ; ce lac est si poissonneux, qu'en trois coups d'un grand filet que l'empereur avait p.168 donné à nos ambassadeurs pour se divertir à la pêche, nous prîmes sans aucune exagération, plus de vingt mille poissons, tous de la même sorte, de toutes grandeurs au dessous d'un pied, car je n'en vis point qui passât cette grandeur.

Ce poisson a l'écaille de la carpe, mais il est beaucoup plus maigre ; quoiqu'il y eût plus de cinquante ou soixante personnes qui traînassent le filet, ils avaient bien de la peine à l'amener sur le bord, qui devint tout noir de ces poissons ; les uns les piquaient avec une espèce de fourchette à plusieurs dents, faites exprès pour cela, la plupart les prenaient avec la main.

Il y avait encore un autre filet beaucoup moindre, appartenant à So san laoyé, avec lequel on en prit à proportion du grand. Je crois qu'en trois coups de ces deux filets, on prit au moins trente mille poissons. Il y en eut suffisamment pour contenter six ou sept mille personnes qui composaient la suite de nos ambassadeurs, & on ne cessa de pêcher que lorsqu'il n'y eut plus personne qui voulût ou qui pût s'en charger, quoiqu'une multitude prodigieuse de gens du camp fusse accourus, les uns avec des sacs, d'autres avec des charrettes, quelques-uns avec des chameaux, plusieurs avec des chevaux, pour en faire leur provision & la porter au camp.

Ce qu'il y a de surprenant, c’est que l'on ne pêcha pas à plus de deux pieds & demi d'eau de profondeur. Il n'y a nul doute que dans les lieux ou l'eau est profonde, on n'en trouve beaucoup davantage, & de très grand, car à mesure qu'on avança plus loin dans le lac, on y trouva le poisson plus gros & en plus grande quantité. Ils étaient tous d'une même espèce. J'en vis deux qui avaient sur les ouïes une espèce de loupe, semblable à un amas d'œufs de poisson ; il n'y eut personne qui n'avouât que jamais il n'avait entendu parler d'une pêche si prodigieuse.

Le temps fut froid le matin, & fort serein tout le jour presque sans vent.

Le 28 nous fîmes cinquante-trois lys droit au nord-est, prenant tant soit peu plus de l'est, toujours dans une plaine extrêmement unie, dont la terre est sablonneuse & assez sèche ; nous passâmes deux fois une petite rivière qui a son cours au nord-est, vers le sud-ouest, & qui va se décharger dans le lac de Taal Nor, à ce qu'on m'assura ; nous vînmes camper sur les bords d'une autre petite rivière nommée Courcouri, qui a son cours du nord vers le sud, & du nord-est vers le sud-ouest, en serpentant extrêmement dans la plaine ; cette rivière avait fort peu d'eau, & était guéable partout ; l'eau en est claire & bonne à boire, son fond est de sable, elle coule entre de belles prairies pleines des meilleurs fourrages, de sorte que nos gens y campèrent commodément avec leur équipage ; elle prend sa source dans les montagnes qui sont au nord-est de la plaine.

En partant de notre camp le matin, tous les mandarins de la suite s'assemblèrent auprès des deux chefs, & tous ensemble nous remerciâmes l'empereur par neuf battements de tête selon la coutume, de la provision de bœufs, de moutons, de chevaux, de chameaux, de riz, &c. que Sa Majesté avait fait conduire jusqu'ici par deux mandarins, qui s'en retournèrent à Peking rendre compte de leur commission.

Ces deux mandarins avaient montré le jour précédent une partie de ces rafraîchissements à nos ambassadeurs ; nous vîmes deux cents bœufs, & trois mille moutons ; on me dit qu'on en conduisait par un autre chemin encore autant, avec trois mille chevaux, & mille chameaux chargés de riz, & qu'ils nous viendraient trouver à Niptchou ou sur la route, selon le besoin qu'on en pourrait avoir. Le lieu où nous campâmes s'appelle Oboulong.

Il fit un temps fort serein tout le jour p.169 & fort chaud, n'y ayant eu que très peu de vent d'ouest.

Le 29 nous fîmes soixante lys au nord-nord-est, partie dans la plaine où nous avions campé, ensuite nous passâmes trois petites collines de sables mouvants l'une après l'autre, entre lesquelles sont deux plaines, où il y a de bons fourrages, & quelques réservoirs d'eau, formés par des sources qui sortent de terre.

Apres avoir passé la troisième colline, nous entrâmes dans une plaine plus vaste & plus agréable que les deux précédentes ; elle est pleine de bons fourrages, & arrosée d'un ruisseau qui coule du sud au nord, & du sud-ouest au nord-est ; l'eau en est claire & fort saine ; il ne manque que du bois en cet endroit pour en rendre le séjour fort commode. Ce ruisseau s'appelle Tchikir ; nous campâmes sur ses bords, en un lieu nommé Tchikir sekien c'est-à-dire source de Tchikir.

Le temps fut chaud le matin, jusqu'à ce qu'il s'éleva un vent de sud-ouest qui le rafraîchit, & couvrit le ciel de nuages ; l'après-midi il y eut de la pluie avec du tonnerre, & un vent sud-ouest fort violent, la pluie le fit tomber sur le soir ; le temps redevint serein, mais la pluie recommença la nuit.

Le 30 nous séjournâmes dans notre camp de Tchikir sekien, à cause de la pluie qui tomba toute la matinée, après midi le temps redevint serein, mais la pluie & le tonnerre recommencèrent sur le soir avec un vent d'ouest & de nord-ouest.

Le premier de juillet nous fîmes 66 lys ; au commencement nous allâmes au nord-nord-est ; ensuite au nord-est puis au nord ; après 45 ou 50 lys, nous entrâmes dans des gorges de montagnes, qui sont plus hautes que les précédentes, & presque toutes chauves ; il y a seulement quelques arbres & quelques buissons çà & là ; au pied de ces montagnes nous passâmes & repassâmes plusieurs fois le Tchikir, qui serpente dans ces plaines ; son cours ne laisse pas d'être rapide ; ce qui fait voir que les terres vont en s'abaissant considérablement quand on avance du côté du nord ; depuis que nous fûmes entrés dans ces montagnes, nous ne fîmes que tournoyer depuis l'est-nord-est jusqu'au nord-ouest, ainsi j'estime que notre route n'a pas été de plus de cinquante-cinq lys au nord-nord-ouest.

Les plaines qui sont arrosées de la petite rivière de Tchikir, sont toujours pleines de bons fourrages. Nous campâmes dans une vallée qui s'appelle Hapcheli poulom, sur les bords du Tchikir, dont les eaux sont toujours fort basses, & qui ne peut passer en cet endroit là que pour un ruisseau.

Le temps fut fort froid tout le matin, presque toujours couvert, excepté vers le midi. Sur les trois heures nous eûmes de la pluie, ensuite le temps redevint serein.

Le 2 nous fîmes soixante-huit lys au nord, prenant quelquefois un peu de l'est ; & quelquefois un peu de l'ouest ; mais presque toujours droit au nord, & dans une grande plaine qui a plus de cinq ou six lieues est-ouest, & qui s'étend à perte de vue nord & sud. La petite rivière Tchikir serpente dans cette plaine, mais son eau diminue beaucoup ; cette plaine était remplie de chèvres jaunes, nos gens en poursuivirent plusieurs, & en tuèrent quelques-unes ; nous vînmes camper sur les bords du Tchikir, dans un lieu où il était presque entièrement desséché.

Le temps fut fort froid avant le lever du soleil, & fort frais tout le jour ; vers le midi il fit un petit orage avec un grand vent de nord, & un peu de pluie qui abattit le vent ; ensuite le temps fut serein.

Le 3 nous fîmes soixante-dix lys ; quarante au nord dans une grande plaine, après quoi nous entrâmes dans des hauteurs de sables mouvants, & nous tournâmes presqu'à l'ouest, & nous p.170 vînmes toujours à ce rumb dans la plaine, laquelle est au-delà de ces sables, qui n'ont que trois ou quatre lys d'étendue en cet endroit ; nous campâmes dans cette plaine en un lieu appelé Charipourytun, & sur les bords du Tchikir qui a plus d'eau en cet endroit que dans le lieu où nous avions campé le jour précédent ; il y avait aux environs de notre camp du fourrage assez passable.

Nous trouvâmes sur les chemins quantité de chèvres jaunes, qui couraient avec une vitesse étonnante ; nos gens vinrent toujours en leur donnant la chasse, aussi bien qu'aux lièvres qu'ils trouvèrent dans les broussailles ; il y en a en quantité parmi ces hauts & ces bas de sables mouvants, dont je viens de parler, & dans de grandes herbes qui sont dans la plaine où nous campâmes ; aussi en prit-on plusieurs ; il y a aussi des perdrix de sable, & quelques perdrix véritables.

Le temps fut fort froid avant le lever du soleil, mais aussitôt que cet astre fut un peu élevé sur l'horizon, il fit une grande chaleur qui dura tout le jour, n'y ayant point eu de vent ; sur le soir le ciel se couvrit.
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