Cours n°9








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Le combat spirituel

Notre Dame de Bon Secours

Père Louis Pelletier

Jeudi 11 décembre 2008


II. LES GRANDES LOIS DU COMBAT SPIRITUEL

5. ESPÉRANCE ET DÉTACHEMENT

(Cours n°9)

Introduction


Nous avons vu la dernière fois comment l’espérance est essentiellement un désir du Royaume de Dieu éveillé en nous par l’Esprit Saint, qui ne peut pas être confondu avec les grandes aspirations spirituelles que notre esprit peut éprouver naturellement. Beaucoup désirent aimer les autres ou faire des choses pour Dieu sans être intérieurement touché par Dieu, attiré par lui au plus intime de leur cœur. Nous allons voir maintenant comment l’espérance va de pair avec le détachement et la manière dont nous sommes appelés à nous laisser purifier par l’espérance et à suivre un chemin de détachement.

1. La vertu purificatrice de l’espérance


« Nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons intérieurement dans l’attente de l’adoption filiale et de la rédemption de notre corps » (Rm 8, 23). L’espérance nous maintient dans un état d’attente qui prend la forme d’un gémissement intérieur parce que ce que nous espérons nous ne le voyons pas, nous ne le possédons pas. De plus elle nous fait ressentir douloureusement que ce monde n’est pas notre vraie patrie, elle nous empêche de nous satisfaire de ce que le monde nous offre. Elle nous fait vivre dans ce monde sans être du monde : nous vivons comme tout le monde – ou presque – tout en nous sentant en décalage permanent avec le monde, avec ceux qui n’ont « ni espérance, ni Dieu » (cf. Ep 2, 12). Plus nous laissons se creuser en nous l’espérance et plus nous percevons intérieurement la vanité de tout. Nous ne pouvons plus trouver un semblant de repos en ce monde. Rien ne peut combler celui qui a commencé à goûter et à désirer vraiment Dieu. Elle nous fait dire comme le psalmiste : « J’ai choisi de me tenir sur le seuil, dans la maison de Dieu, plutôt que d’habiter parmi les infidèles » (Ps 83, 11).

Le catéchisme nous dit que « l’espérance chrétienne reprend et accomplit l’espérance du peuple élu qui trouve son origine et son modèle dans l’espérance d’Abraham… » (1819) Et l’Ecriture nous dit que « par la foi, il (Abraham) vint séjourner dans la Terre promise comme en un pays étranger, y vivant sous des tentes, ainsi qu’Isaac et Jacob… C’est qu’il attendait la ville pourvue de fondations dont Dieu st l’architecte… Ils ont confessé qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur terre. » (Hb 11, 9-10.13) Ainsi l’espérance fait de nous des nomades en ce monde à l’image d’Abraham, « étrangers et voyageurs », toujours de passage, sans pouvoir nous installer, que ce soit dans notre travail ou notre vie familiale. Elle nous empêche de trouver une position en ce monde en laquelle nous pourrions nous complaire. Elle nous fait sentir que notre place est dans la maison du Père et qu’il n’y en a pas d’autre. Elle nous laisse dans un sentiment d’exil, dans un gémissement intérieur incurable. C’est pourquoi l’espérance nous purifie de l’attachement aux créatures et à la vaine gloire : « Celui qui a cette espérance en lui se rend pur comme celui-là est pur. » (1Jn 3, 3). Autrement dit il ne faut pas nous étonner d’avoir à traverser des souffrances d’âme sans cause et nous rappeler que ce gémissement intérieur douloureux possède une vertu purificatrice comme cela apparaît d’une manière particulière lors de la purification passive des sens qui précèdent l’entrée dans l’état de contemplation. L’espérance nous fait perdre progressivement le goût des choses de ce monde pour nous rendre apte à goûter les choses de Dieu.

De cette manière-là, l’espérance nous protège contre les tentations de ce monde c’est-à-dire contre la triple convoitise qui est dans le monde : « N’aimez ni le monde ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui. Car tout ce qui est dans le monde – la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la richesse (la satisfaction insolente de la vie) – vient non pas du Père mais du monde » (Jn 2, 15-16). On comprend mieux ici l’avertissement du Christ : « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l’esprit est ardent, mais la chair est faible » (Mt 26, 41). Celui qui demeure dans une espérance vive grâce à la prière du cœur ne donne pas prise aux convoitises qui sont dans le monde : l’espérance est comme un feu qui consume les liens secrets que nous pourrions garder au fond de notre cœur avec elles. Mais si l’espérance sommeille en nous, nous sommes tentés de nous rabattre sur les choses de ce monde en cherchant en elles une misérable consolation.

2. De la nécessité de pratiquer le détachement


Réciproquement, pour laisser s’épanouir la soif de Dieu en nos cœurs, nous sommes aussi appelé à poser des actes de renoncement comme nous l’a enseigné le Christ : « Quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple » (Lc 14, 33). Le renoncement libère notre cœur de ce qui l’appesantit et l’encombre pour lui permettre de se tourner plus profondément vers Dieu. Plus on est pauvre, plus on est apte à espérer. Dans la mesure où nous sommes portés par une espérance vive, ces actes de renoncement peuvent être posé avec la joie et la force de l’espérance, comme le montre la parabole du trésor caché. Mais là où le désir de Dieu n’est plus sensible au cœur et où la prière se fait plus sèche, le renoncement à telle ou telle convoitise, attachement affectif peut représenter un grand et douloureux sacrifice, une perte de ce qui nous fait vivre actuellement. Dieu peut nous demander de persévérer dans le renoncement aux convoitises de ce monde sans pour autant nous donner tout de suite la récompense promise au vainqueur.

On peut avoir l’impression de ne plus avoir aucun appui. Nous nous retrouvons dans une situation dangereuse pour notre âme, une situation de grande tentation à l’image des hébreux dans leur traversée du désert, se mettant à regretter les oignons d’Egypte. C’est l’image aussi de la traversée du lac, du passage d’une rive à une autre. On a quitté une rive, on a commencé à se détacher de ce monde, on n’en jouit plus comme avant, mais on n’est pas encore parvenu sur l’autre rive parce qu’il reste un travail de purification à faire, des renoncements à vivre. Nous avons tous plus besoin d’être purifié que nous ne pouvons l’imaginer. Durant ce temps, il ne faut pas nous étonner d’avoir à affronter des tempêtes intérieures. Le démon est là pour nous pousser au découragement, nous susurrer que nous avons le droit de vivre comme tout le monde et que, de toute façon, nous ne pourrons pas tenir humainement si nous n’acceptons pas de faire des compromis. Il cherche à maintenir un attachement volontaire à telle ou telle convoitise qu’il nous présente comme « normale » de telle manière que nous gardions un fil à la patte.

3. De la nécessité de se nourrir pour avoir la force de persévérer


Il y a donc un temps pour la persévérance, pour la patience : « Rappelez-vous ces premiers jours, où après avoir été illuminés, vous avez soutenu un grand assaut de souffrances… vous avez accepté avec joie la spoliation de vos biens1 sachant que vous étiez en possession d’une richesse meilleure et stable. Ne perdez donc pas votre assurance : elle a une grande et juste récompense. Vous avez besoin de persévérance (hypomone)2 pour que après avoir accompli la volonté de Dieu, vous bénéficiez de la promesse (…) Nous ne sommes pas des hommes de dérobade (hypostole)3 pour la perdition, mais des hommes de foi pour la sauvegarde de nos âmes » (Hb 10, 32-36). Nous avons besoin d’être fortifié intérieurement pour avoir la force de persévérer jusqu’au bout, nous avons besoin d’être nourri de cette nourriture secrète que Dieu seul peut donner et qui est lui-même. Nous avons besoin d’expérimenter, ne serait-ce que ponctuellement, ce contact intime avec Dieu. Nous avons besoin de nous nourrir déjà intérieurement de Dieu par l’écoute de sa Parole et par l’Eucharistie qui nous permettent de le rencontrer. Nous avons besoin de goûter la manne dans le désert pour ne pas défaillir par lassitude nos âmes. Telle est le rôle de la foi qui soutient notre espérance en tant qu’elle « est l'hypostasis des biens que l'on espère, la preuve des réalités qu'on ne voit pas »4. Nous avons besoin d’expérimenter le germe d’une vie nouvelle en nous, au plus intime de notre cœur, là où Dieu se donne à nous. Nous avons besoin d’expérimenter que « dès maintenant nous sommes enfants de Dieu » même si « ce que nous serons n’a pas encore été manifesté » (cf. 1Jn 3, 2).

Tel est notre condition de pèlerin : d’une part nous avons besoin de lutter contre les convoitises de ce monde pour avoir le cœur assez pur pour « voir Dieu » et d’autre part nous avons besoin de goûter combien le Seigneur est bon pour avoir la force de renoncer aux convoitises de ce monde. Il ne suffit d’essayer de nous motiver, de réveiller en nous de grands désirs, il nous faut recevoir humblement la force suffisante en buvant le lait non frelaté de la parole : « Comme des enfants nouveau-nés désirez le lait non frelaté de la parole, afin que par lui vous croissiez pour le salut, si du moins vous avez goûté combien le Seigneur est doux » (1P 2, 2-3). Le Père n’a qu’une seule Parole, son Fils et c’est par la foi en Lui qui nous vivons déjà en nous de la vie éternelle que l’espérance nous fait désirer : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi a la vie éternelle » (Jn 6, 47). Ainsi par la foi, substance des biens que l’on espère, nous recevons la force de vivre les sacrifices que Dieu attend de nous pour se donner pleinement à nous à l’exemple d’Abraham : « Par la foi, Abraham, mis à l’épreuve, a offert Isaac… » (Hb 11, 17). Dieu peut nous demander d’imiter Abraham dans son sacrifice d’Isaac c’est-à-dire sacrifier ce qui pouvait nous rester de motif humain d’espérer pour entrer dans cette espérance qui « espère contre toute espérance » (Rm 4, 18).

La manne dont nous avons besoin pour tenir bon dans notre traverser du désert est aussi évidemment l’eucharistie selon la promesse du Christ : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle (…) Celui qui me mange vivra par moi » (cf. Jn 6, 54.57)5. Là est l’antidote du péché, la source à laquelle nous devons apprendre à puiser chaque jour davantage.

1 Comme l’explique Benoît XVI : « Ici, l'auteur parle aux croyants qui ont subi l'expérience de la persécution et il leur dit: “Vous avez pris part aux souffrances des prisonniers; vous avez accepté avec joie la spoliation de vos biens (hyparchoton – Vulgate: bonorum), sachant que vous étiez en possession de biens meilleurs (hyparxin – Vulgate: substantiam) et stables.” “Hyparchonta” sont les propriétés, ce qui, dans la vie terrestre, constitue le fondement, à savoir la base, la “substance” pour la vie, sur laquelle on compte. Cette “substance”, la sécurité normale dans la vie, a été enlevée aux chrétiens au cours des persécutions. Ils ont supportées ces dernières parce qu'ils considéraient cependant cette substance matérielle comme passagère. Ils pouvaient l'abandonner, parce qu'ils avaient trouvé une « base » meilleure pour leur existence – une base qui demeure et que personne ne peut enlever. On ne peut pas ne pas voir le lien qui court entre ces deux sortes de “substance”, entre le fondement, ou base matérielle, et l'affirmation de la foi comme « base », comme « substance » qui demeure. La foi confère à la vie une base nouvelle, un nouveau fondement sur lequel l'homme peut s'appuyer et ainsi le fondement habituel, la fiabilité du rendement matériel, justement se relativise. Il se crée une nouvelle liberté face à ce fondement de la vie, qui est seule apparemment en mesure de l'entretenir, même si sa signification normale n'est certainement pas niée. Cette nouvelle liberté, la conscience de la nouvelle “substance” (…) s'est manifestée surtout dans les grands renoncements à partir des moines de l'antiquité jusqu'à François d'Assise et aux personnes de notre époque qui, dans les Ordres modernes et dans les Mouvements religieux, par amour pour le Christ, ont tout laissé pour porter aux hommes la foi et l'amour du Christ, pour aider les personnes qui souffrent dans leur corps et dans leur âme. Là, la nouvelle “subs- tance” s'est montrée réellement comme la “subs- tance”; de l'espérance des personnes touchées par le Christ a jailli l'espérance pour d'autres qui vivaient dans les ténèbres et sans espérance. Là s'est vérifié que cette nouvelle vie possède vraiment la “substance” et qu'elle est une “substance” qui suscite la vie pour les autres. » (Spe Salvi, 8).


2 « Hypomone se traduit normalement par “patience” – persévérance, constance. Savoir attendre en supportant patiemment les épreuves est nécessaire au croyant pour pouvoir “obtenir la réalisation de la promesse” (cf. 10, 36). Dans l'ambiance religieuse du judaïsme antique, cette parole était utilisée de manière expresse pour parler de l'attente de Dieu qui caractérise Israël: à savoir persévérer dans la fidélité à Dieu, en se fondant sur la certitude de l'Alliance, dans un monde qui est en opposition à Dieu. Ainsi, la parole indique une espérance vécue, une vie fondée sur la certitude de l'espérance. Dans le Nouveau Testament, cette attente de Dieu, le fait d'être du côté de Dieu, prend une nouvelle signification: dans le Christ, Dieu s'est manifesté. Il nous a communiqué désormais la “substance” des biens à venir, et l'attente de Dieu obtient ainsi une nouvelle certitude. Elle est attente des biens à venir à partir d'un présent déjà donné. (Ibid. 8)

3 Au contraire, par hypostole est exprimé le fait de s'éloigner de celui qui n'ose pas dire ouvertement et avec franchise la vérité, qui est peut-être dangereuse. Se cacher devant les hommes par esprit de crainte par rapport à eux conduit à la “perdition” (He 10, 39). “Ce n'est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d'amour et de sagesse” – c'est ainsi que, par une belle expression, la Seconde Lettre à Timothée (1, 7) caractérise l'attitude fondamentale du chrétien. » (Ibid. 8)

4 Commentant cette parole de l’épître aux Hébreux, Benoît XVI a montré comment la foi nous fait déjà goûter la vie éternelle en germe : « Pour les Pères et pour les théologiens du Moyen-Âge, il était clair que la parole grecque hypostasis devait être traduite en latin par le terme substantia. (…) la foi est la “substance” des réalités à espérer; la preuve des réalités qu'on ne voit pas. Utilisant la terminologie de la tradition philosophique dans laquelle il se trouve, Thomas d'Aquin 4 l'explique ainsi: la foi est un “habitus”, c'est-à-dire une disposition constante de l'esprit, grâce à laquelle la vie éternelle prend naissance en nous et grâce à laquelle la raison est portée à consentir à ce qu'elle ne voit pas. Le concept de “substance” est donc modifié dans le sens que, par la foi, de manière initiale, nous pourrions dire “en germe” – donc selon la “substance” – sont déjà présents en nous les biens que l'on espère – la totalité, la vraie vie. Et c'est précisément parce que les biens eux-mêmes sont déjà présents que la présence de ce qui se réalisera crée également la certitude: ces “biens” qui doivent venir ne sont pas encore visibles dans le monde extérieur (ils “n'apparaissent” pas), mais en raison du fait que, comme réalité initiale et dynamique, nous les portons en nous, naît déjà maintenant une certaine perception de ces biens. » (Spe Salvi, 7)

5 Comme le dit Benoît XVI : « S'il est vrai que les sacrements sont une réalité qui appartient à l'Église qui chemine dans l'histoire vers la pleine manifestation de la victoire du Christ ressuscité, il est cependant tout aussi vrai que, spécialement dans la liturgie eucharistique, il nous est donné de goûter l'accomplissement eschatologique vers lequel tout homme et toute la création sont en chemin (cf. Rm 8, 19 s.). L'homme est créé pour le bonheur véritable et éternel, que seul l'amour de Dieu peut donner. Mais notre liberté blessée s'égarerait s'il n'était pas possible d'expérimenter dès maintenant quelque chose de l'accomplissement à venir. Du reste, tout homme a besoin, pour pouvoir cheminer dans la bonne direction, d'être orienté vers le but final. En réalité, cette fin ultime est le Christ Seigneur lui-même, vainqueur du péché et de la mort, qui se rend présent à nous de manière spéciale dans la célébration eucharistique. Ainsi, tout en étant encore, nous aussi, “des gens de passage et des voyageurs” (1 P 2, 11) dans ce monde, nous participons déjà dans la foi à la plénitude de la vie ressuscitée. Le banquet eucharistique, révélant sa dimension fortement eschatologique, vient en aide à notre liberté en chemin. » (Sacramentum caritatis, 30)

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