Congrès Marx International V section Sociologie Paris-Sorbonne et Nanterre 3/6 octobre 2007








télécharger 200.76 Kb.
titreCongrès Marx International V section Sociologie Paris-Sorbonne et Nanterre 3/6 octobre 2007
page1/8
date de publication24.03.2017
taille200.76 Kb.
typeDocumentos
ar.21-bal.com > loi > Documentos
  1   2   3   4   5   6   7   8

Congrès Marx International V - Section Sociologie – Paris-Sorbonne et Nanterre – 3/6 octobre 2007



Le Forum et le Réseau. Une analyse des modes de gouvernement des forums sociaux
[Version de travail]
Communication pour le colloque « Cultures et pratiques participatives : une perspective comparative » - LAIOS/AFSP.

Christophe AGUITON

(Laboratoire de sociologie des usages, FT R&D),

Dominique CARDON

(Laboratoire de sociologie des usages, FT R&D, CEMS/EHESS)


Quelle solution organisationnelle convient à la coordination internationale des multiples réseaux d’associations, d’ONG, de syndicats, de think tank, de mouvements sociaux, etc., que l’on reconnaît aujourd’hui sous le nom de « Mouvement altermondialiste » ? De quel « gouvernement » un « réseau de réseaux » peut-il se doter pour favoriser des formes d’action collective à visée internationale, tout en préservant la diversité des composantes qui lui ont donné naissance ? Les réponses apportées par le mouvement « alter » à ces questions ont pris la forme d’une série d’innovations organisationnelles dont l’une des plus originale est la création du processus des forums sociaux initié lors du premier Forum social mondial (FSM) de Porto Alegre en janvier 2001. Espaces ouverts à des centaines de débats, de séminaires et d’ateliers, théâtres de rencontres, de confrontations et de convergences entre acteurs, incubateurs de mots d’ordre, de campagnes et de séquences de mobilisation, lieux de socialisation, d’apprentissage et de production identitaire, les forums sociaux brassent en un savant désordre les composantes des différents segments de réseaux qui se réclament du « mouvement altermondialiste ». Cependant, si on la soustrait aux effets de labellisation qui la font exister comme un acteur collectif, cohérent et unifié, la « nébuleuse alter » apparaît d’abord comme une collection d’acteurs et de mouvements nationaux si hétérogènes que certains y trouvent prétexte à contester la consistance de ce collectif international de liens faibles (Fougier, 2004 ; Cohen, 2004). La multiplicité des causes, la diversité des positionnements idéologiques, l’éventail des formes organisationnelles, l’ancrage dans des contextes nationaux différents, la disparité de la taille et de la représentativité des organisations, etc., tout rend, à première vue, extrêmement fragile et instable la coalition de circonstance qui s’est nouée à Seattle entre les mouvements sociaux et syndicaux américains et les réseaux d’ONG environnementalistes et citoyennes. Certes, la convergence des critiques écologistes, développementalistes, socialistes, féministes, culturelles, etc., des politiques néo-libérales a favorisé la constitution d’un « méta-cadre » d’action collective capable d’accueillir un ensemble de revendications sectorielles ou générales, réformistes ou radicales, locales ou internationales. Mais ce processus d’alignement entre une multiplicité de cadres de mobilisation fragmentés, qui s’est progressivement consolidé derrière l’affirmation de la « priorité des droits humains sur ceux de la marchandise » et se désigne désormais comme « mouvement de justice globale » (De Sousa Santos, 2004), ne suffit pas à expliquer la solidification des alliances construites lors des mobilisations des années 1999-2001 et l’institutionnalisation progressive du mouvement alter. Il nous semble aussi nécessaire de porter attention aux particularités des formats organisationnels qui ont permis de coordonner ces acteurs hétérogènes. Car c’est notamment en définissant, par tâtonnement et approximation, un système de coordination susceptible de préserver le caractère fondamentalement réticulaire et le souci d’horizontalité qu’expriment ses diverses composantes que les organisations du mouvement altermondialiste sont parvenues à faire exister ce nouveau label.
Forme réseau et culture participative
De nombreux auteurs ont souligné l’isomorphie entre les transformations récentes des formes organisationnelles de l’entreprise capitaliste ou des institutions internationales et celles des organisations qui en font la critique (Boltanski, Chiapello, 1999, p. 431-435 ; Sassken, 2004). Pour être efficaces et déployer une critique pertinente, les structures militantes devraient emprunter leur forme et leurs ressources au monde qu’elles contestent. Alors que l’entreprise hiérarchique, critiquée pour son caractère vertical et centralisé, s’est organisée par « projet » en empruntant à la forme réseau son caractère horizontal, polyvalent et distribué, certains secteurs militants donnaient naissance à des collectifs endossant, eux aussi, des formes réticulaires pour les opposer aux bureaucraties partisanes, syndicales ou associatives. Les réseaux techniques se sont, par ailleurs, profondément encastrés dans ces évolutions (Castells, 2001), notamment à travers le développement des systèmes de communication sur Internet qui présentent une infrastructure décentralisée et coopérative (Flichy, 2001). Fonctionnant tout à la fois comme un système de valeurs et comme un ensemble de pratiques et de dispositifs, la « forme réseau » s’est imposée comme un descripteur puissant et efficace des modes de mise en relations entre militants et organisations militantes qui ont émergé au début des années quatre-vingt dix dans les espaces associatifs et syndicaux au niveau national et international. On entend ici par « forme réseau », les dispositifs organisationnels qui se caractérisent par un faible étagement hiérarchique, une structure décentralisée laissant une importante marge d’autonomie aux acteurs, la recherche de coordination avec d’autres entités extérieures et le souci du consensus dans les prises de décision. Parce que l’horizontalité est sa composante principale, les acteurs prêtent souvent à cette forme organisationnelle un ensemble de valeurs (flexibilité, mobilité, respect des individualités, proximité à l’action, etc.) qui l’associe – partiellement, et de façon parfois ambiguë – aux cultures participatives qui revendiquent la démocratisation des organisations militantes par la participation, la transparence des décisions, le refus de la bureaucratisation et des phénomènes de délégation. Même si, à l’évidence, l’ensemble des collectifs (associations, ONG, syndicats, associations, mouvements sociaux, think tank, fondations, églises) qui se reconnaissent aujourd’hui dans le mouvement altermondialiste présentent des structures organisationnelles extrêmement hétérogènes, et souvent très éloignées de la visée d’horizontalité à laquelle prétend la « forme réseau », cette exigence fait cependant l’objet d’une valorisation collective comme principe de coordination désirable pour les organisations elles-mêmes, mais surtout pour le tissu qu’elles forment en se retrouvant au sein des forums sociaux.
Le lexique du réseau s’est en effet imposé dans le militantisme des ONG internationales (transnational advocacy networks) dès la fin des années 80 (Keck, Sikkink, 1998, p. 4). Les premiers acteurs à se coordonner sur le plan international, dès les années 1970, ont été un certain nombre d’ONG qui contestaient, sur leurs terrains, la légitimité de l’organisation westphalienne du monde : Amnesty International, sur la défense des droits de l’homme, Friends of the Earth ou GreenPeace sur les questions environnementales, Oxfam sur le développement ou Médecins sans frontières sur l’urgence humanitaire. Même s’il existe une grande variabilité dans les formes organisationnelles de ces ONG internationales, qui s’étaient initialement constituées sur un mode souvent centralisé, beaucoup évoluent aujourd’hui vers des formes d’organisation réticulaires, favorisant la décentralisation des décisions et l’autonomie des centres nationaux (Anheier, Themudo, 2002). Dans un contexte d’accroissement de la globalisation, l’internationalisation des mouvements sociaux est plus tardive, les organisations internationales traditionnelles comme les internationales syndicales étant des structures essentiellement formelles. Le processus menant à la création de l’OMC, l’ouverture des marchés agricoles et la diffusion des OGM vont ainsi amener les syndicats et mouvements de petits paysans à constituer Via Campesina, qui regroupe aujourd’hui 50 millions de paysans à travers le monde, et à intensifier les actions coordonnées sur le plan international. La transformation rapide des entreprises et l’externalisation massive d’une part croissante de leur activité a poussé les syndicats à construire de nouvelles alliances, sur le plan international, entre acteurs du Nord et acteurs du Sud, comme sur le plan social et militant où les syndicats de salariés construisent des alliances avec les mouvements de consommateurs, des ONG de défense des droits de l’homme et les environnementalistes (Aguiton, 2003). Plus généralement, l’émergence des mouvements altermondialistes a permis aux ONG, mêmes à celles qui peuvent être critiques vis-à-vis de leurs thèses (Cohen, 2003), d’utiliser ce nouveau rapport de force comme une ressource dans leurs négociations avec les gouvernements et les institutions internationales. Ces transformations prennent notamment sens au regard de la complexité du système d’acteurs, locaux, nationaux et internationaux, publics et privés, gouvernemental, intergouvernemental ou international qui compose l’espace de mobilisation des causes globales. La structure des opportunités politiques transnationales requiert en effet une coordination décentralisée et la coopération des acteurs (Guigni, 2002). Aussi, la construction de coalitions, de plateformes, de partenariats inter-associatifs, voire même de sous-traitances associatives, est-elle devenue une pratique dominante de l’action internationale où les coordinations sont systématiquement préférées aux structures verticales de contrôle.
L’émergence de la forme réseau comme mode de coordination privilégié par les organisations à vocation internationale accompagne, sans que ces phénomènes soient dans un rapport de cause à effet, des transformations des modes d’engagement individuel : plus mobiles, plus spécialisés, plus individuels aussi, certains investissements militants se portent préférentiellement vers des collectifs aux frontières souples, respectueux de la diversité d’orientation et d’intensité des engagements et réservant une certaine autonomie aux différentes entités qui les compose (Ion, 1997). Si ce type de rapport à l’engagement est étroitement associé à la distribution du capital culturel, il faut aussi souligner l’importance dans l’apparition des formes organisationnelles réticulaires de mouvements de chômeurs ou de sans papiers marqués eux aussi par la mobilité, l’importance donnée aux parcours individuels et la méfiance à l’égard des phénomènes de délégation. La valorisation de la « forme réseau » renvoie, en effet, plus généralement, à la diffusion au sein du mouvement altermondialiste d’une culture politique participative, méfiante à l’égard de l’accaparement des micros par des porte-parole professionnels et soucieuse d’affirmer la diversité et la pluralité de ses composantes. De nombreux travaux de sociologie politique portant sur ces organisations ou sur les biographies militantes de leurs acteurs (Collovald et al., 2002) ont montré les limites de ce nouveau langage de description de l’engagement politique, sans doute plus « idéologique » que sociologiquement fondé. Mais c’est justement ce dernier trait qui nous importe ici. Même si, à tous égards, il est difficile d’observer une rupture significative dans les trajectoires, les pratiques et les comportements organisationnels des militants, il n’en reste pas moins nécessaire de prendre au sérieux ce qui apparaît désormais comme un cadre de définition légitime du bon comportement militant et de la bonne forme organisationnelle. Sans constituer un brusque changement de paradigme, c’est bien parce que les acteurs se réfèrent désormais à ce modèle normatif qu’ils impriment une marque originale, des déplacements et des transformations aux dispositifs organisationnels dans lesquels ils s’engagent.
Comment organiser un réseau de réseaux ?
Dans ce texte, nous chercherons à interroger la manière dont a pu s’opérer une coordination suffisamment « efficace » de l’ensemble hétérogène de mouvements que réunit le processus des forums sociaux pour produire une identité publique stable et reconnue, alors que celui-ci ne s’est doté que d’un cadre institutionnel extrêmement léger et fragile. Le mouvement altermondialiste a en effet mis en place, par ajustements progressifs et en recomposant un ensemble de formes organisationnelles disponibles, un système original de « gouvernance participative et ouverte » (Fung, Wright, 2003). Si le choix des formats organisationnels ne constitue pas, en lui-même, une explication suffisante de la réussite ou de l’échec des mobilisations collectives, une interrogation détaillée des arbitrages organisationnels effectués par les acteurs permet de comprendre des éléments essentiels des dynamiques collectives et des cultures politiques sur lesquelles reposent leurs mobilisations (Clemens, 1996). En puisant dans la tradition « participative » des mouvements civiques et féministes des années soixante, les promoteurs des forums sociaux se sont attachés à construire des espaces à faible niveau de centralisation permettant de créer un ensemble de liens plus ou moins forts entre les organisations participantes. Aussi, la culture organisationnelle qui s’est forgée au sein de la galaxie altermondialiste emprunte-t-elle aussi bien aux mouvements sociaux organisés en coordination, aux pratiques des grandes campagnes transnationales, aux colloques et réunions internationales et au fonctionnement des collectifs libertaires incarnée par les spokecouncil. Elle se caractérise par son souci de concilier coordination et diversité, stratégie collective et récusation des avant-gardes, mot d’ordre et refus de la délégation, consensus et interdit de la représentation. Dans son travail sur les mouvements sociaux américains des années 60, Francesca Polletta (2002) montre qu’il y a lieu de relativiser les interprétations « réalistes » qui font de l’abandon des idéaux participatifs et démocratiques initiaux au profit de structures hiérarchiques et délégataires une condition du succès des mobilisations collectives. En certaines circonstances, des formes organisationnelles « plates » peuvent s’avérer indispensables tant pour des raisons fonctionnelles (la préservation d’un équilibre coopératif entre composantes concurrentes) que culturelles (la préférence donnée aux dimensions « développementales » et socialisatrices de la mobilisation). Mais surtout, la transformation pyramidale des mouvements sociaux apparaît surtout comme un effet de l’interaction des mobilisations collectives avec la structure de l’espace politique qu’elles cherchent à investir. Aussi voudrions-nous montrer, d’une part, que l’émergence de la forme forum social comme instance de coordination ouverte et polyarchique des mouvements de contestation des politiques néo-libérales correspond à l’expression, inégale et différenciée, dans les univers militants mobilisés d’une « culture participative » s’exprimant notamment par l’affirmation d’une préférence pour la « forme réseau » et que, d’autre part, l’indétermination, l’éclatement et la distribution des arènes politiques que cherchent à pénétrer le mouvement altermondialiste rend, semble-t-il, plus efficace et pertinente ce type de coordination.

1. Les forums sociaux : un système de coordination sous contraintes d’horizontalité
L’une des propriétés décisives de la forme réseau, celle par laquelle on peut le plus facilement la distinguer des formes organisationnelles liées à la représentation élective comme les partis ou les groupes de pression (Aguiton, 2003b), est qu’il n’existe pas de point de vue en surplomb ou extérieur depuis lequel il serait possible de totaliser (de voir, de dénombrer, de représenter) les entités du réseau. Un réseau, en tant que tel, ne constitue pas un collectif. Il se présente comme un milieu instable de flux, d’échanges et de transactions. Il ne dispose pas d’instrument permettant de définir sa population, ni d’intentionnalité ou de structure de représentation permettant d’orienter une action ou une stratégie. C’est pourquoi, il faut donner une forme au réseau pour mobiliser les forces déposées dans les liens qui associent ses différents nœuds et construire une forme d’action collective. Luc Boltanski et Eve Chiapello ont proposé une appellation générique pour désigner l’ensemble des architectures qui se construisent sur le fond du réseau pour lui donner une forme temporaire et marquer en pointillé les frontières provisoires d’un collectif. Par projet, notion empruntée au vocabulaire du management d’entreprise mais généralisable à un ensemble très large d’actions collectives orientées vers la réalisation d’un but, ils désignent « l’objet ou le prétexte de la connexion » permettant d’activer un « bout de réseau […] pendant une période relativement courte » et de forger des liens plus durables. Sur le tissu sans couture du réseau, le projet est donc « une poche d’accumulation temporaire qui, étant créatrice de valeur, donne un fondement à l’exigence de faire s’étendre le réseau en favorisant des connexions » (Boltanski, Chiapello, 1999 , p. 157). Il constitue un « mini-espace de calcul, à l’intérieur [duquel] un ordre peut être engendré et justifié » (Idem, p. 160).
  1   2   3   4   5   6   7   8

similaire:

Congrès Marx International V section Sociologie Paris-Sorbonne et Nanterre 3/6 octobre 2007 iconSynthèse des deux réunions du groupe transversal (11 octobre 2007 / 16 octobre 2007) 167

Congrès Marx International V section Sociologie Paris-Sorbonne et Nanterre 3/6 octobre 2007 iconBmw media Information 9/2007 Page b mw au Salon international de...
«bmw efficientDynamics» et sa mise en œuvre dans un grand nombre de nouveaux modèles constituent le centre d’intérêt de la présentation...

Congrès Marx International V section Sociologie Paris-Sorbonne et Nanterre 3/6 octobre 2007 iconInha, les 4 et 5 octobre 2012, Salle Vasari
«Esthétique et politique des cartes» sous la direction de Manola Antonioli (École Nationale Supérieure d’Art de Dijon – École Nationale...

Congrès Marx International V section Sociologie Paris-Sorbonne et Nanterre 3/6 octobre 2007 iconS société Internationale de Sociologie des Religions International...

Congrès Marx International V section Sociologie Paris-Sorbonne et Nanterre 3/6 octobre 2007 iconJean-Luc Moulène Selected Biography Born in France, 1955 Lives and...

Congrès Marx International V section Sociologie Paris-Sorbonne et Nanterre 3/6 octobre 2007 iconJean-Luc Moulène Selected Biography Born in France, 1955 Lives and...

Congrès Marx International V section Sociologie Paris-Sorbonne et Nanterre 3/6 octobre 2007 iconLe Laboratoire de Recherche sur Le Maroc et Le Monde Ibérique et...

Congrès Marx International V section Sociologie Paris-Sorbonne et Nanterre 3/6 octobre 2007 iconBac+4, Maîtrise en Sciences de gestion, Université Panthéon-Sorbonne Paris 1

Congrès Marx International V section Sociologie Paris-Sorbonne et Nanterre 3/6 octobre 2007 iconLe sejour de karl marx a alger
«débusquer» le barbier et le photographe, tous deux témoins, chacun à sa manière, de la dernière barbe et de la dernière photographie...

Congrès Marx International V section Sociologie Paris-Sorbonne et Nanterre 3/6 octobre 2007 iconL’atelier international de terrain : 6 et 7 octobre (Ghardaïa) 10
«Plan International d’Action pour un tourisme solidaire et responsable 2006-2010» qui formule une série de recommandations visant...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com