Congrès Marx International V section Sociologie Paris-Sorbonne et Nanterre 3/6 octobre 2007








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3.3. La critique des périphériques
Menaçant la politique d’extension vers de nouveaux participants, l’apparition d’une « bureaucratie participative » (Callinicos, 2004) et l’immixtion d’une logique de représentation au sein des forums contribuent à institutionnaliser et à alourdir une structure qui revendique un simple rôle de coordination des convergences entre mouvements. Aussi n’est-il pas surprenant que se soit progressivement développé dans la périphérie des forums « officiels », un large éventail de forums spécifiques, alternatifs ou dissidents, réunissant toute sorte d’acteurs collectifs dont les formes organisationnelles sont soit sensiblement plus hiérarchiques et verticales (partis, syndicats, organisations professionnelles, groupes révolutionnaires, etc.), soit franchement plus « horizontale » (collectif libertaire, média-hacktiviste, réseau intergalactique, etc.) que celles des participants à la politique d’articulation menée au sein des forums « officiels ». Le développement de ces « autres forums » a presque débuté avec l’apparition des forums sociaux. Les frontières entre les différents événements restent, en effet, très peu marquées, la multi-appartenance mêlant engagements partisan et associatif facilitent l’investissement dans plusieurs espaces et certaines organisations ont développé de véritables stratégies pour se positionner à la fois dans et hors des forums. Certains de ces autres forums sont initiés par ceux qui se trouvent explicitement exclus par la Charte de Porto Alegre, comme les forums sociaux des parlementaires ou des élus locaux, d’autres développent des thématiques spécifiques (Forum social de la santé, de l’éducation, du sport, etc.). Mais les plus nombreux se sont clairement construits dans un rapport critique à l’égard des forums « officiels ». Ces périphéries permettent de cartographier succinctement trois types de critiques dont « l’institutionnalisation » de la forme forum fait l’objet : la bureaucratisation, les liens d’interdépendances avec les acteurs politiques et les Institutions internationales et le manque de perspectives d’action.
Une première ligne de critiques est principalement portée par la galaxie anarchiste et libertaire qui perçoit les forums sociaux comme un processus irréductiblement bureaucratique et institutionnel. Celle-ci constitua dès le second FSM un espace autonome à l’extérieur du forum officiel. Refusant de s’inscrire dans des logiques trop organisées, toujours méfiants à l’égard des stratégies des groupes d’extrême-gauche, préférant développer et nourrir leurs propres modes d’auto-organisation et d’autogestion, les libertaires développent leur événement de façon parallèle, à l’image du Forum social libertaire (FSL) qui s’est tenu à Montreuil pendant le déroulement du FSE 2003 de Paris-Saint Denis. De la même façon, les collectifs anarchistes ont refusé de faire village commun avec les organisations de jeunesse militantes, lors du contre-sommet du G8 à Annemasse et ont créé un village autonome, le Village alternatif, anti-capitaliste et anti-guerre (VAAAG). Souvent animés du même esprit d’indépendance, les médias alternatifs préfèrent constituer des « espace temporaires d’expérimentation » en dehors des forums officiels (Cardon, Granjon, 2005), comme dans le cas du MetallosMedialab lors du FSE 2003 (Lévêque, 2005). Venant d’une tradition sensiblement différente, c’est le même sentiment de faire face à une organisation trop complexe, entièrement polarisée par le réglage de ses équilibres internes qui suscite la critique et la dissidence de groupes politiques ou intellectuels, comme L’archipel des revues qui a constitué en marge du FSE 2003 un ensemble de séminaires réunissant les acteurs de nombreuses revues militantes européennes. Dans la publication éditée pour l’occasion, les signataires se démarquent des lourdeurs « bureaucratiques » qui altèrent la spontanéité et l’inventivité du mouvement « alter » :
« Les ordres du jour proposés se mettent à ressembler à des inventaires à la Prévert. Les procédures pour gérer cette abondance cantonnent la démocratie à un exercice souvent formel sur des sujets d’organisations assez secondaires, tandis que nombre de décisions de fond (ordre du jour retenu, interventions et conduites des débats, synthèse des points de presse, contact avec les forces institutionnelles, initiatives politiques), sont prises de façon opaque et mériteraient un débat d’orientation ouvert. Sans être du tout des partisans d’un spontanéisme caractériel, nous avons l’impression d’une façon de participer ainsi à de la politique par trop traditionnelle qui fait la part trop belle aux sujets de consensus illusoire du genre des plus petits communs dénominateurs comme dans les cartels d’organisations, au détriment d’un débat franc qui est indispensable si nous voulons avancer ».
Une seconde périphérie des forums sociaux se voit occupée, différemment selon les contextes nationaux et politiques, par les organisations de tradition révolutionnaire qui refusent l’ensemble de compromis auxquels se prête la forme ouverte et horizontale des forums sociaux. Leur critique porte cette fois principalement sur le caractère beaucoup trop étendu de l’inclusivité de la politique des forums. Cette contestation est apparue avec évidence dans le contexte politique indien lors du IVeme Forum social de Mumbai. On y comptait pas moins de quatre contre-forum, dont le plus important, « Mumbai Resistance », initié par des organisations d’origine maoïste, s’était installé juste en face du forum « officiel ». Le programme proposé aux participants invite à un comparatif entre le FSM et Mumbai Resistance. Il y est successivement reproché au FSM de ne pas s’engager dans l’action (« les débats éclectiques et interminables sont conçues comme leur propre finalité »), d’accepter des aides directes et indirectes des « gouvernements impérialistes et de leurs agences », de ne pas analyser clairement les causes de la globalisation néolibérale et de vouloir la « réformer en lui donnant une “figure humaine” » . Une brochure collectant un ensemble d’articles issus des mouvements marxistes indiens analyse en détail les carences du FSM et de sa charte qui « a transformé le forum social mondial en débats inutiles et stériles » (WSF : Dissent or Diversion ?, 2004, p. 5). La présence des ONG internationales, « agents de la globalisation », au sein du FSM est notamment invoquée comme l’une des principales raisons de la transformation des forums sociaux en « rassemblement inoffensifs », substituant à la lutte politique « de puérils débats éloignés du terrain des luttes » (p. 5). En ouvrant les forums à un ensemble d’acteurs (C1) qui entretiennent par ailleurs des stratégies relationnelles diverses et nombreuses avec les pouvoirs publics et économiques et les Institutions internationales, les possibilités de créer des convergences mobilisatrices leur apparaissent d’autant plus réduites que la contrainte du consensus (C3) interdit - à l’intérieur de l’espace du forum - de rompre, par un vote par exemple, l’équilibre « par l’immobilisme » entre ses composants. Pour un certain nombre d’organisations de tradition révolutionnaire, l’impossibilité de faire émerger de l’espace des forums une quelconque avant-garde restera toujours un défaut rédhibitoire des modèles de coordination en réseau.
Enfin, une troisième périphérie est constituée par les mouvements de jeunes, les groupes de sans et l’ensemble des collectifs radicaux, autonomes, créatifs, etc., qui sans réunir un nombre très conséquents d’acteurs contribuent, en revanche, fortement à produire l’image d’insurrection inventive dont le « mouvement alter » bénéficie dans les médias. Par exemple, lors du FSE de Londres, sans doute le plus contesté de tous les forums sociaux, les espaces autonomes ont proliféré en bordure du forum « officiel » : Forum de la théorie radicale, Laboratoire de l’imagination insurrectionnelle, Beyond the ESF, Life despite Capitalism, Forum de la communication, etc. Lors de celui de Paris, c’est le GLAD (Globalisation des luttes et des actions de désobéissance) qui s’est installé dans un stade, porte de Pantin en réunissant les réseaux No-Vox et « intergalactique », collectif d’organisations de jeunes activistes qui s’était constitué pour organiser à Annemasse un des deux villages, le VIG, lors du contre-sommet d’Evian de juin 2003 (Datchary, Pagis, 2003). Si ces groupes reprochent parfois aux forums officiels de s’ouvrir trop largement aux grandes ONG internationales (Adamovky in Adamovsky, Georges 2004), leur principale critique porte sur l’absence de perspective d’action et de mobilisation offertes par les organisations qui débattent longuement et savamment dans les forums. La mise en œuvre, ici et maintenant, d’actions collectives, directe, conflictuelle et autolimité, à forte composante symbolique constitue une revendication récurrente dans ces espaces autonomes. Derrière le slogan « Attac partout, action nulle part », les jeunes radicaux, les groupes libertaires, les collectifs de sans et de précaires et les mouvements d’extrême gauche ont eu tôt fait de dénoncer le caractère simplement verbal, intellectuel et, in fine, anesthésiant des discussions des forums sociaux. Aussi, à l’image des Pinks, ces groupes de jeunes manifestants de Gênes, ces collectifs organisent-ils généralement quelques sorties tapageuses pendant les forums : occupation d’immeuble à Porto Alegre par les sans papier, action de solidarité avec les grévistes du MacDo ou action antipub pendant le FSE de Paris-Saint-Denis, etc. Certains des collectifs de jeunes militants « alter » conçoivent alors le temps des forums comme un espace de vie collective, un lieu d’apprentissage des techniques de désobéissance collective, un centre de production artistique ou de constitution de micro-médias communautaires. Pendant que d’autres se réunissent en séminaire sérieux, ils préparent costumes, danses et ustensiles destinés à produire lors de la manifestation de clôture un cortège inventif, bruyant et le plus « désobéissant » possible. Au-delà des spécificités sociologiques de ces groupes de jeunes militants, très intégrés dans le système scolaire et universitaire, contrairement aux représentations médiatiques qui associent leur supposé « radicalité » à la précarité sociale, ce qui caractérise ces collectifs est l’importance qu’ils attribuent à la forme réseau comme processus d’organisation. Le manifeste de Nomad, le collectif de militants qui a pris en charge l’équipement des salles de conférence d’outils d’enregistrements et de transmission sur le web des débats, est on ne peut plus caractéristique de ce refus de la représentation :
« Nomad is not a political organization but functions as a network. The activists participating in Nomad are involved within it as individuals, and if they are involved as part of a structure (e. g. Babels or Apo33), this structure will be considered as an individual group, within, or associated with, the Nomad network. In no case can there be an elected representative of Nomad, nor can there be any elected representative of another group within Nomad. A Nomad activist is someone who is involved practically in the Nomad project while respecting the project’s principles. Practical involvement and respect for the project’s principles are the only legitimate criteria that allow people to speak as a Nomad actor. This indicates a critical position as regards to the electoral system: when we designate a representative, this has the almost automatic result of shattering the network dynamic, destroying the development of ties within a star configuration. When someone is elected, all ties tend to converge towards this single elected person (the representative), and the end result is a kind of idolization of the delegate” (Gosselin, 2004).
Les différentes critiques que nous venons de restituer portent en fait sur le degré d’ouverture de l’espace des forums et sur le risque de dilution que génère la mise en place d’une simple structure de coordination de liens faibles entre acteurs. En accueillant tous les candidats dans l’espace du forum (C1), ce qui le projette vers sa seule vocation socialisatrice (P1), les potentialités de mobilisation et de convergence concrète et active autour d’enjeux constitués en cause diminue d’autant. L’ouverture du réseau affaiblit la densité des liens, autorise les stratégies opportunistes et multiplie le fractionnement en sous-espaces ignorant les uns des autres. Le forum apparaît alors comme une grand messe dans laquelle sont discutés des projets de réformes et d’alternatives avec tous les acteurs possibles, dont les représentants des gouvernements et les institutions internationales qui se tiennent en bordure de l’espace du forum. Les segments « mouvementistes » de la galaxie alter mettent alors en avant la déconnexion entre les visées socialisatrices (P1) et mobilisatrices (P2) des forums. En valorisant trop fortement la contrainte d’ouverture et d’extension de la forme réseau (C1), c’est le projet de constitution d’un espace de mobilisation et d’activité militante au sein du forum (P2) qui perd de sa consistance et est rendu impraticable par l’obligation de consensus (C3). Devenu espace de discussion et d’élaboration de propositions, le forum social entérine ainsi une division particulière de la relation entre société civile et espaces politiques nationaux dont l’instrument privilégié est l’exercice d’un lobbying efficace sur les partis politiques afin qu’ils endossent pour leur propre compte les revendications et propositions produites dans les débats du forum.
3.4. Du réseau au rhizome
L’opposition entre forums « officiels » et « officieux » n’est cependant jamais vraiment tranchée et facilite des mouvements d’externalisation/internalisation caractéristique du fonctionnement en réseau sous contrainte de consensus. Ces stratégies permettent à beaucoup d’organisations de concilier les vocations socialisatrices et mobilisatrices des forums en respectant la contrainte de refus de la délégation. C’est le cas, on l’a dit pour les partis politiques, qui exclus des forums ont, avec l’accord du COB, installés un forum des parlementaires et un forum des autorités locales en bordure du FSM de Porto Alegre dès sa 1ère édition. Une logique utile, y compris pour des organisations intégrées au FSM. Le MST, membre du COB, et Via Campesina, décidaient ainsi de ne pas se contenter des séminaires et débats du FSM auxquels ils participaient, mais de se doter d’un centre névralgique, un espace spécifique de rassemblement, lieu de visibilité et point de départ pour des actions que le Forum ne pouvait assumer comme structure. Une logique similaire aboutit à la mise en place du « camp de jeunes ». La contrainte d’extension pousse à l’agrégation du maximum d’acteurs possibles, y compris ceux qui, à l’instar des politiques, ne font pas partie des forum ou ceux qui, de la périphérie, les critiquent de façon radicale. La visibilité médiatique n’est pas la seule raison de cette présence commune et parallèle. La critique de la mondialisation libérale et les mobilisations qui la sous-tendent ont besoin de multiplier les liens pour mobiliser des ressources venant parfois de sphères très différentes. Le fonctionnement au consensus ne permet pas de regrouper tous ces acteurs dans un espace unique, mais s’accommode bien de cette structure en rhizome ou le in et le off s’interpénètrent et multiplient les surfaces de contacts tout en gardant leur autonomie.
La logique d’internalisation/externalisation a aussi joué à plein dans le processus du FSE, permettant parfois des dispositifs sophistiqués d’articulation entre organisations. Pour le G8 de Gêne, le forum social italien s’est ainsi créé à Porto Alegre en 2001 comme une coalition comparable à celle qui s’était mis sur pieds à Seattle. Ce « forum » a regroupé des acteurs présents sur place, mais peu habitués à travailler ensemble : plusieurs syndicats radicaux, des associations de masse comme ARCI, des courants autonomes comme les « tutti bianchi », etc. L’impact des mobilisations de Gênes a été tel que de grosses organisations qui n’avaient pas participé à la mobilisation, comme la CGIL, le principal syndicat italien, décidaient de se rapprocher du mouvement altermondialiste et de s’intégrer au processus du FSE de Florence. D’un commun accord, la CGIL et le Forum social italien ont décidé de travailler ensemble, mais sans que la CGIL ne s’intègre au Forum ni que ne se crée une autre structure nationale. Ce faisant la CGIL, tout en participant aux AEP et au CI du FSM, laissait le Forum social italien s’exprimer pour le « mouvement » sur une orientation assez radicale qu’elle estimait utile pour répondre au mouvement de fond qui touchait la jeunesse italienne, mais sans avoir à l’assumer. Un moyen de donner le maximum de flexibilité au dispositif pour permettre la poursuite de l’expansion du réseau, tout en permettant les mobilisations, mais sans avoir à toutes les endosser !
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