Congrès Marx International V section Sociologie Paris-Sorbonne et Nanterre 3/6 octobre 2007








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4. L’agglutination comme processus d’auto-organisation
Lors d’une réunion à Pérouse en avril 2004, le Conseil international du FSM a décidé de bouleverser le mode d’organisation du Vème FSM qui doit se tenir à Porto Alegre du 26 au 30 janvier 2005. Il entend ainsi tirer les enseignements des multiples critiques adressées à la verticalité des séances plénières et de l’expérience du IVème FSM de Mumbai en janvier 2004. Le Comité d’organisation indien y avait drastiquement diminué le nombre des séances plénières. L’affluence pour ces grandes cérémonies fut assez faible, notamment au regard de l’immensité des salles de plus de 20 000 places qui leur avaient été réservées. En revanche, les 1200 ateliers et séminaires ont connu un très grand succès : le public y fut très nombreux, les participants des mouvements de masse indiens s’y sont relativement bien intégrés et cette prolifération de débats en petits formats a permis un élargissement des thématiques habituellement traitées dans les FSM. Il est alors apparu nécessaire aux membres du CI de reprendre la main sur la définition de procédures « démocratiques » de construction des forums après que l’expérience incontestablement plus « ouverte » des forums européens a contribué à rendre plus visible et critiquable son fonctionnement en cercle fermé. De façon relativement audacieuse, le schéma d’organisation retenu par le CI abandonne le principe de sélection par le haut des thématiques et des orateurs des séances plénières, celles-ci étant purement et simplement supprimées, et délègue la programmation des activités du forum aux seuls participants en instaurant un dispositif d’auto-organisation original et inédit.
4.2. Internet, espace d’agglutination
Sous le nom de « processus d’agglutination », un système d’expression et d’agrégation des propositions en plusieurs phases a été initié. Tout en assurant de nombreux relais pour ceux qui ne disposent pas d’accès au réseau, les organisateurs ont fait de l’Internet l’infrastructure de mise en relation entre les multiples participants au forum, en leur demandant de construire sur la toile la programmation du forum. En mai-juin 2004, un questionnaire informatique a été adressé aux 4000 organisations ayant déjà participé aux différents forums sociaux, afin de recueillir les thèmes qui leur semblaient prioritaires, ceux sur lesquels elles souhaitaient intervenir et les types de mobilisation dans lesquels elles s’étaient ou souhaitaient s’engager. A partir d’une analyse lexicographique des 1800 réponses obtenues lors de cette consultation, onze « terrains » (« Biens communs », « Souveraineté économique », « Droits de l’homme et dignité »…) ont été définis et proposés par la commission Méthodologie et contenu du CI, sous la forme d’une carte vide à remplir par les propositions des organisations. De juillet à octobre 2004, 2557 propositions d’activité (séminaire, atelier, dialogue, élaboration de campagne, etc.) ont été enregistrées par les organisations sur le site du FSM, chaque organisation proposante devant déclarer à quel « terrain » elle choisissait de « s’agglutiner » et si elle acceptait de fusionner avec d’autres propositions. Le système informatique mis en place offre un ensemble d’outils de représentation de la structure des différentes expressions, afin que chaque organisation puisse entrer en contact avec les autres propositions de la même agglutination qui se sont déclarées ouvertes à une possible coopération. Au moyen de cartographies représentant sous forme de réseaux les regroupements thématiques et de listes de discussions, les organisations sont conviées à prendre elle-même en charge le soin d’assurer leur coordination. Elles peuvent décider : (1) de rester seule organisatrice de leur événement ; (2) de « fusionner » avec une proposition similaire ; (3) de s’engager à « dialoguer » avec un autre événement en envoyant un représentant dans le séminaire identifié ; (4) d’organiser un « séquençage » des événements afin de construire en commun une dynamique du type séminaire de réflexion -> réunion de proposition d’alternatives -> convergence vers une plateforme de mobilisation ; ou, enfin, (5) de participer aux réunions quotidiennes de chacune des onze agglutinations destinées chaque soir entre 18 et 20 heures à établir et structurer les convergences entre organisations à partir des ateliers et séminaires de la journée (Haeringer, 2004).
Destiné à diminuer l’importance des redondances, des répétitions, des programmations simultanées ou des rendez-vous ratés, le dispositif imaginé par les organisateurs du FSM semble tout droit sorti d’un manuel de management par la qualité des organisations complexes. Il témoigne d’une grande confiance dans les processus d’auto-organisation, présuppose un fort niveau d’ouverture à la coopération de la part des participants et les enjoint à faire montre d’ordre et de prévisibilité pour participer à une consultation critérisée à distance sur Internet. Il y a tout lieu de penser que le haut niveau de procéduralisation de cette mise en réseau des participants pose de nombreux problèmes, tant pour les petites organisations disposant de peu ressources et de savoir-faire que pour les structures fortement centralisées qui souhaitent afficher haut et fort leur propre message. Il n’est pas possible d’évaluer aujourd’hui toutes les conséquences du système d’agglutination retenu par les organisateurs, mais avant même que ne s’ouvre le 5ème FSM, deux remarques sont possibles. Tout d’abord le faible succès du processus d’agglutination par le biais des outils électroniques dont s’étaient dotés le COB et la commission méthodologie. Si de nombreux regroupements ont eu lieu grâce à des contacts directs entre acteurs, un processus qui a peut-être bénéficié de la dynamique créée par la nouvelle méthodologie, les prises de contacts par le biais du site web semblent avoir été peu nombreuses. Le peu de délais prévus pour cette phase et la nouveauté du processus sont probablement à l’origine de cette faiblesse. La deuxième remarque porte sur la répartition géographique des acteurs qui se sont inscrits dans ce processus. Sur les 2611 activités recensées ici, 2096 sont proposées par des organisations issues de pays latins (Amérique Latine et « Europe Latine »). Cette proportion écrasante renvoie pour partie à la proximité géographique d’acteurs qui peuvent venir à Porto Alegre à moindre frais : 1537 activités sont proposées par des brésiliens et 132 par des organisations de pays voisins, Uruguay, Paraguay et surtout Argentine. Reste que 180 activités sont proposées par des organisations issus du reste de l’Amérique Latine, 249 par des organisations issues de l’Europe latine et seulement 158 par les autres pays européens, 124 l’Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada), 114 d’Asie, 40 du monde arabe et du proche orient et 30 d’Afrique sub-saharienne. La prédominance latine s’est toujours exprimée au FSM, mais la nouvelle méthodologie n’inverse pas la tendance et la terminologie employée elle-même est un obstacle à la diversification : les termes choisis pour les 11 terrains parlent plus aux latins qu’aux autres, et le mot « agglutination » existe en anglais, unique langue véhiculaire pour les non-latins, mais n’est pas usité, d’où la traduction « aggregate » du site officiel du FSM, terme qui induit une idée de regroupement d’ensemble qui est un peu différente.
Le processus d’agglutination maximise les contraintes d’horizontalité auxquelles l’édification du Forum doit se conformer pour résister aux critiques qui lui sont faites. En effet, il cherche tout à la fois à étendre le réseau et à en intensifier les liens en soutenant les articulations entre participants (C1) tout en interdisant à son centre organisateur de remplir d’autres fonctions que celles, procédurales, de facilitation et de constitution d’une mémoire des processus (C2). Radicale dans son principe, cette solution organisationnelle destitue le CI de son rôle dans la définition des axes de programmation du forum, ce qui, au moins potentiellement, apaise la compétition entre organisations. Il serait cependant naïf de considérer qu’une solution organisationnelle aussi formelle parvienne à circonvenir la concurrence que se livrent les divers participants au forum pour définir sa forme et lui donner une direction et une stratégie.
Aussi faut-il plutôt comprendre le choix de cette solution décentralisée comme la conséquence d’un effet d’apprentissage qui s’inscrit dans la dynamique même du déroulement des forums sociaux. Alors que les premiers forums ont permis de réunir à travers le monde un large éventail d’organisations qui ne se connaissaient pas et de rendre public un ensemble de revendications qui ont progressivement été identifiées comme formant un cadre relativement articulé et homogène, les premiers effets de cette simple mise en convergence des acteurs et des discours a cessé d’exercer ces effets. De toute part, mais notamment sous la pression des collectifs de jeunes activistes qui donnent leur « couleur » au mouvement altermondialiste, tout en refusant de s’engager dans les structures « centrales » du forum, s’élèvent des insatisfactions relatives à la répétition de discours stéréotypés et une volonté de reformuler le lien entre débat et action qui constituait le projet initial des forums. Parmi beaucoup d’autres, Susan George est sans doute la plus directe : « If people, even quite young and/or inexperienced people, really don’t know anything at all about these issues, which I seriously doubt, we can and should give them reading lists and set up courses and summer universities for them, but in future Social forums I would hope we could stop the silly jockeying for speech slots, refrain from endless repetition and ceremonial condemnation, determine what issues we really need to talk about, get organised beforehand to do so, then hit the ground running” (George, 2004, p. 43). Or, si cette tension n’a pu trouver de compromis satisfaisant lors des phases précédentes, c’est en partie parce que chaque oscillation de l’équilibre du projet initial venait tendre l’une des deux contraintes que la forme réseau imposait à l’édification des forums sociaux, soit en reconstituant un centre actif dans la définition d’une stratégie globale de mobilisation (C2), soit en diluant l’identité même du forum par la multiplication de liens faibles (C1). Le paradoxe et l’intérêt de la nouvelle solution organisationnelle retenue par le CI sont qu’elle suggère des possibilités d’articulation entre les dimensions socialisatrices et mobilisatrices des forums sociaux qui ne se développent pas en opposition aux contraintes d’horizontalité mais qui, au contraire, cherchent à en maximiser les potentialités.
4.2. Une ingénierie participative
La première potentialité ouverte par le système d’agglutination concerne le statut des instances de coordination des forums sociaux. En effet, même si le fonctionnement au consensus avait déjà fortement inhibé les débats d’orientation générale et l’expression des concurrences organisationnelles au sein du CI, en les déplaçant dans d’autres espaces, le caractère procédural des fonctions dont celui-ci se voit doté se trouve renforcé. De façon significative, les discussions substantielles sont rares au sein du CI où se discutent, en revanche, très longuement des problèmes de coordination et d’organisations pratiques des activités : localisation du prochain forum, procédures d’élargissement à de nouveaux membres, date et lieu de réunion, relation avec les autres forums continentaux, nationaux ou locaux, etc. Même si ces sujets, d’apparence mineure, masquent en fait des positionnements et des stratégies antagonistes cristallisant les rapports de force entre organisations, il est remarquable que les enjeux politiques que doivent affronter les acteurs du mouvement altermondialiste n’occupent que très rarement, une place centrale dans leurs débats, au-delà de déclarations de principes générales et assez convenues. En vertu de l’article 6 de la Charte de Porto Alegre, il n’a, par exemple, pas été possible que le Forum social mondial émette en son nom une déclaration d’opposition à l’intervention américaine en Irak. Contraint par l’impératif du consensus (C3) et désormais soucieux de ne pas apparaître comme un porte-parole agissant sur la thématisation des forums (C2), le CI doit privilégier les fonctions d’animation sur celles, plus substantielles, de définition des mots d’ordre et des stratégies. Des études sur la gouvernance des réseaux d’organisations de la société civile dans d’autres contextes institutionnels (Livre blanc de la Commission européenne, Climate Action Network, etc.) deux modèles de gouvernance peuvent être distingué : l’auto-organisation ou le comité de pilotage (active steering) (Shout, Jordan, 2003). Le choix de la première solution qui repose sur la confiance dans la convergence des arrangements locaux et le partage de normes de régulation collective présente d’évidents risques d’éclatement et de dilution. Aussi est-il nécessaire d’édifier au cœur des systèmes auto-organisés, des instances de coordination chargées de la facilitation et de la gestion de l’apprentissage collectif. Ces institutions destinées à « faire fonctionner les réseaux » se chargent alors, réflexivement, de mettre en visibilité les points de convergence et de dissensus entre acteurs et de constituer une mémoire organisationnelle susceptible de servir de repère à l’ensemble des acteurs (Dedeurwaerdere, 2004). C’est précisément dans cette direction que s’orientent les récentes initiatives prises par les organisateurs des forums sociaux européens et mondiaux.
L’innovation tactique et organisationnelle est le propre des organisations décentralisées laissant une grande autonomie à ces composantes. Elle s’exprime par le nombre important de propositions de réforme du fonctionnement de la forme forum qui sont adressées à la commission Méthodologie et contenu du CI. Les acteurs qui y participent ne sont pas issus des composantes les plus « politisées » du forum, ni des grandes organisations qui ont joué un rôle central dans la constitution du mouvement. Ils appartiennent souvent à de petites structures, des revues intellectuelles, des réseaux développementalistes ou des centres de recherche. Certains sont familiers, parfois à titre professionnel, des démarches de gestion des systèmes complexes, de sociologie des organisations ou de management public. On comprend dès lors pourquoi les problématiques de transparence, d’accountability, de systématisation des comptes-rendus ou de procéduralisation des débats sont devenues déterminantes au sein de la Commission méthodologie. Les initiatives qu’elle a prises en charge peuvent s’interpréter comme des contributions à l’une des trois contraintes d’horizontalité.
A l’égard, d’abord, de la vocation à l’extension continue du réseau (C1), ce sont surtout des démarches de clarification et de lisibilité des forums qui sont entreprises afin de faciliter l’accès de l’espace « alter » aux nouveaux entrants. Attac demande par exemple que les organisateurs d’événements indiquent clairement s’ils veulent « confronter des analyses, échanger des expériences ou bâtir des alternatives ». Beaucoup proposent d’assurer une meilleure répartition thématique des événements et d’organiser pour les événements de la même famille un déroulement séquentiel sur la durée du forum. Des volontaires se proposent pour rédiger des synthèses des débats et les rendre public sur Internet. Quelques uns connectent leur ordinateur à un vidéoprojecteur afin de projeter au public à fin de vérification et de validation le compte-rendu des débats. Concernant, ensuite, la gestion des débats et la formation du consensus (C3), de nombreux textes individuels ou collectifs proposent une formalisation explicite des règles d’organisations des assemblées. Par exemple, afin de mettre fin à l’« unstructured, noisy, agressive and confused culture of discussion » qui s’affiche lors des AEP, un texte d’intention de militants suédois propose que la conduite des débats donne des limites temporelles claires à chaque point de l’ordre du jour, limite sévèrement le temps de parole de chaque orateur, bloque les listes d’orateurs inscrits afin d’éviter les détournements de points en discussion et rende systématiquement explicites les consensus et les désaccords. Les modalités de traitement des dissensions doivent, elles aussi, être formalisées :
« If there is a larger number of people actively blocking a consensus, or when a debate show that there are strong disagreements in the way, the chair should propose to the meeting that an ad-hoc Consensus Group be set up. It should be made up of preferably one representative of each of the most extreme viewpoints and a mediator whom both parties accept. The Consensus group goes to work on finding a consensual proposal on how to move ahead that might be put before the meeting. In the meantime, the debate is put on hold and the meeting proceeds with other items on the agenda” (Marsdal et al., 2004).
Les démarches engagées pour procéduraliser les relations entre acteurs du mouvement « alter » épousent le développement, principalement dans les structures militantes nord-américaines et nord-européennes, de règles relationnelles destinées à limiter la tyrannie de l’amitié et des relations personnelles dans les groupes à structure décentralisée et informelle. Les collectifs libertaires, les jeunes activistes du Direct Action Network, certains mouvements féministes et environnementalistes ont développé un outillage particulier pour leurs réunions : gestion du temps de parole contrôlé, limitation des reprises de parole tant que les silencieux n’ont pu s’exprimer, système de gestion des priorités par quota, etc. (Polletta, 2002). L’importation de ces procédures dans l’univers militant sud-européen et sud-américain reste cependant très problématique. Leur froide rigueur est perçue comme inadaptée aux traditions oratoires du militantisme et leur proximité avec les techniques de gestion organisationnelles du management d’entreprise peut être opposée aux vertus de transparence et d’équité dont les pare leurs promoteurs. Plus fondamentalement, les difficultés rencontrées pour imposer des procédures collectives de cette sorte tiennent au rôle structurant que jouent les relations interpersonnelles dans le fonctionnement des coordinations en réseau. Le renforcement de règles formelles de débats rendrait, en effet, d’autant plus apparents les écarts à la règle, les coalitions de couloirs, les appels téléphoniques, les incessantes conversations en apartés et les mouvements concertés qui animent de façon caractéristique les assemblées des « alters ».
Concernant, enfin, la contrainte limitant la délégation et la possibilité de s’exprimer au nom du forum (C2), de nouveaux enjeux de représentation se sont trouvés posées par l’émergence de multiples projets de constitution d’une mémoire des forums. Un groupe international consacré à la « Mémoire des forums sociaux » s’est en effet créé en 2004 au sein de la commission Méthodologie et contenu, afin de soutenir les projets de captation et de conservation des propos et des textes issus des forums. A l’exception des séances plénières (Fisher, Ponniah, 2003), les premières éditions des forums sociaux n’ont guère consacrées de moyen à enregistrer les traces de leurs débats – seul Ibase, un centre de recherche brésilien appartenant au réseau des fondateurs, s’est attaché à produire des compte-rendu, des CD roms et des analyses lexicales des débats. De façon extrêmement hétérogène, certains collectifs ont diffusé des comptes rendus, mais dans la majorité des cas, aucune trace de l’activité au sein des séminaires et atelier n’a été conservée, comme s’en émeuvent de nombreuses organisations. Si l’absence de trace contribue à l’exclusion des absents – figure typique des mondes en réseaux –, elle interdit aussi tout effet d’apprentissage collectif et renforce les critiques internes relatives au caractère stéréotypé et répétitif des forums sociaux. C’est donc un ensemble de collectifs, de réseaux et de think tank, souvent très proches du monde intellectuel et de l’université, qui s’est engagé dans le projet de constituer et de diffuser une mémoire ouverte et polyphonique du mouvement. Mais la production d’une mémoire des forums est un enjeu hautement polémique. Celle-ci peut en effet apparaître comme une stratégie de reconstitution d’une centralité au forum, contrevenant comme l’Assemblée des mouvements sociaux à la deuxième contrainte d’horizontalité, en installant les producteurs et les gestionnaires de la mémoire du forum en position d’autorité sur la définition des termes des débats, leurs orientations et leurs priorités. Certain acteurs, comme Bernard Cassen, ont ainsi vainement proposé qu’une entreprise d’identification et de capitalisation des principaux thèmes débattus dans les forums soit la matrice de la formation d’une plateforme programmatique (un « consensus de Porto Alegre » opposable au « consensus de Washington ») ; sa conception devant être piloté par un comité d’experts faisant objet d’un consensus. Concevoir la représentation du forum à travers l’expertise de « sages » contrevient cependant aux contraintes d’extension et de refus de la délégation. C’est pourquoi, la question des mémoires du forum a été abordée de manière polyphonique et plurielle. Lorsqu’une organisation a proposé d’envoyer une personne dans chaque atelier et séminaire pour y produire un compte-rendu, l’initiative a été vivement combattu. La restitution des événements du forum ne peut être faite que par ses participants et, ceci de manière collective et plurielle.
C’est dans un tel contexte que les multiples initiatives à base de nouvelles technologies trouvent un terrain d’expression privilégié dans l’espace du forum. Les technologies de l’Internet qui suscitent des engagements relativement spécifiques notamment autour du logiciel libre, du partage de l’information et des médias alternatifs (Blondeau, 2003 ; Cardon, Granjon, 2005) apparaissent comme des outils particulièrement adaptés à la logique d’auto-organisation des forums. L’initiative la plus remarquable est le projet Nomad qui vise à « reconquérir » les modes de production, de traduction, d’enregistrement et de publicité des débats précédemment délégués à des traducteurs professionnels et des sociétés de services (Aguiton, Cardon, 2004). Ce processus qui relève de la logique des « innovations ascendantes » a conduit les acteurs à co-définir conjointement les procédures de débats et de traitement de la parole des participants et les dispositifs techniques adaptés. Ainsi, des associations ont-elles entrepris de réfléchir à la bonne et à la mauvaise forme des débats. Dans le même temps, un réseau international qui regroupe aujourd’hui 4000 traducteurs bénévoles, Babels, s’est constitué pour suppléer les professionnels, coûteux et mal préparés à la forme échevelée des débats altermondialistes. Un peu plus tard, un groupe incluant des informaticiens bénévoles français, indiens et tunisiens a développé un système informatique de numérisation, d’indexation, de mémorisation et de mise en ligne des débats, outil en licence libre qui supplée à un coût réduit les appareils de traduction professionnels.
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