Congrès Marx International V section Sociologie Paris-Sorbonne et Nanterre 3/6 octobre 2007








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4.2. Le forum comme lieu d’expérimentation des pratiques alternatives
Mais il existe une autre voie permettant d’apaiser la tension entre la constitution d’un espace commun (P1) et la production de mobilisations collectives (P2), dont on a vu qu’elle se manifestait notamment par le développement d’une périphérie de plus en plus active en bordure des forums, préférant mobiliser un répertoire d’actions directe et symbolique plutôt que de participer au bavardage redondant et anesthésiant des forums. C’est, en effet, en retournant les discours projetés dans les forums vers les participants eux-mêmes, afin qu’ils mettent concrètement en œuvre les mondes utopiques dont ils dessinent les contours, qu’une forme d’action collective peut trouver à s’exprimer. Cette dimension préfigurative de l’action collective a toujours constitué une voie d’action privilégiée par les mouvements sociaux revendiquant une forte culture démocratique et participative (Polletta, 2002, p. 7 et suiv.). Dans l’expérience des forums, la recherche de « mécanismes pour concilier un espace ouvert et une activité politique réelle et concrète » (Wallerstein, 2005) s’incarne alors à travers la constitution du forum comme espace d’expérimentation de formes de vie alternative : « Le FSM devrait être un espace ouvert, non pas simplement pour débattre sur des sujets et des formes d’action alternative, mais aussi pour stimuler l’expérimentation de ces formes alternatives pour ceux qui veulent les essayer » (Ibid.). C’est donc le forum comme simple espace de débat qui se trouve redéfini par le développement d’espaces dans lesquels un ensemble de formes de vie « alternatives » peut être expérimenté. Cette revendication a d’abord été portée par les réseaux de jeunes activistes au sein des forums sociaux et a pris forme dans la réalisation de campements, véritables villages autogérés dans lesquels sont mis en œuvre des principes de gestion « mixtes », de partage des tâches et d’autorégulation de la vie commune. Les campements de la jeunesse de Porto Alegre, les deux villages édifiés à Annemasse lors du contre-sommet du G8 à Evian en juin 2004 ont constitué de telles expériences (Pathieu, 2004). D’abord ignoré des organisateurs des forums, ces initiatives ont aujourd’hui acquis une importance de plus en plus significative et représentent l’une des principales lignes d’orientation du FSM 2005. La conception de village de l’économie solidaire, l’usage de logiciels libres, le recours aux bénévoles pour la traduction des conférences, la mise en place d’un système d’alimentation biologique ou l’attention portée à la gestion des déchets et des matériaux conçus lors de la construction des forums sont devenus des éléments déterminants du cahier des charges de la mise en place des forums.
4.3. Des stratégies d’action collective plurielles
Cette réarticulation de la forme forum réoriente aussi les manières dont celui-ci se présente comme un espace d’initiation d’actions collectives et de définition de stratégies pour le mouvement altermondialiste. Dans la configuration auto-organisée prise par le forum, toute stratégie d’action collective commune et partagée est rendue impraticable. Le déploiement de stratégies de conquête du pouvoir qui nécessitent une concentration, au moins ponctuelle, des énergies pour opposer à la centralité de l’état la centralité alternative du nouveau pouvoir en gestation est impensable dans le cadre de la « forme réseau ». Reste à résoudre l’équation posée par la construction de « l’autre monde possible » avec comme outil le réseau. Aussi est-ce vers une pluralisation des centres de décision que s’orientent actuellement les acteurs. Le forum a été pensé par ses initiateurs brésiliens à un moment où le « consensus de Washington » symbolisait l’unité de point de vue des élites mondiales et le discrédit des alternatives « socialistes ». Le FSM intégrait pourtant déjà une composante stratégique, ou plus exactement une stratégie implicite, l’action par influence. Tout un ensemble de stratégies, souvent implicites, se sont déployées avec comme point commun de penser la force du mouvement comme un moyen de peser par influence sur l’avenir du monde sans avoir à construire une stratégie opérationnelle supposant un affrontement centralisé. Les « mouvementistes » défendent des stratégies basées sur le développement de l’autonomie des acteurs, des « zones d’autonomie temporaires » d’Hakim Bey, chères aux Black Blocs, au « Making the revolution without taking the power » de John Holloway (2002), en attendant le jour où ces autonomies seront suffisamment puissante pour faire s’écrouler d’elles-mêmes les murs de l’Empire (Hardt, Négri, 2000). Les « modérés » comptent, eux, s’appuyer sur la force des mouvements pour changer les rapports de force dans les institutions et faire émerger une « gouvernance globale » à même de répondre aux défis posés à la planète. Toute la force de la formule « Un autre monde est possible » a été de permettre la conjonction entre ces différentes sensibilités, des jeunes radicaux de Seattle aux ONGs les plus modérées.
Aujourd’hui, les espaces que dégagent la division et les tensions internationales qu’exacerbe la réélection de George Bush redonnent un espace à des stratégies plus offensives. Pour certains, il s’agit de profiter de la situation pour avancer des propositions concrètes de gouvernance, comme la réforme de l’ONU, ou instaurer une « démocratie supplémentaire » en multipliant les espaces de débats afin de faire jouer l’influence discursive de la société civile sans affronter la question de la représentativité. Une autre famille de stratégies, qui part d’une même analyse de la situation internationale, commence à émerger. Des stratégies du faible au faible qui réhabilitent les campagnes internationales, mais avec un sens aigu des opportunités. Le modèle de la campagne contre les mines anti-personnels est souvent pris en exemple : une alliance d’ONG, de petits états du Sud symboliques parce que premières victimes de ces mines (Cambodge, Angola) et de gouvernements du Nord cherchant à faire entendre leur voix dans le concert des nations (Canada) s’appuie sur l’opinion publique internationale et réussit à faire signer par 25 Etats, contre l’avis des grandes puissances (Etats-Unis, Russie), un traité de droit international qui est aujourd’hui un point d’appui pour imposer partout l’interdiction des mines anti-personnelles. Dans les séminaires des forums sociaux, de nombreuses campagnes sont initiées sur ce modèle : pour un impôt mondial contre la pauvreté, pour soumettre les multinationales au contrôle de la commission des droits de l’homme de l’ONU, pour le retrait des troupes d’Irak ou pour effacer la dette des pays victimes du Tsunami. Toutes s’appuient sur les opportunités qu’ouvrent les contradictions entre grands états et l’opinion publique internationale. De nombreuses voix (Wallerstein, 2005 ; mais aussi Samir Amin ou Susan George) demandent que le Forum favorise l’expression d'une pluralité d’options stratégiques : « je crois que la clef pour une solution est de promouvoir et créer un espace institutionnel pour de multiples alliances et activités politiques dans le FSM » (Wallerstein, 2005).

*
La logique des transformations des institutions dont s’est doté le mouvement altermondialiste pour faire du commun tout en restant divers ne s’interprète pas simplement. En l’absence de recul temporel, on voudrait simplement proposer pour conclure quelques éléments d’analyse très partiels. La forme des forums sociaux apparaît d’abord comme un enjeu hautement concurrentiel. Les acteurs centraux du mouvement « alter » se livrent à d’intenses et âpres luttes pour définir son sens et son architecture. Or il apparaît, au terme de l’expérience accumulée par la succession accélérée des sept récents forums mondiaux et européens, que deux orientations possibles ont, au moins provisoirement, été écartées : la première visait à faire des forums une sorte d’états généraux mondiaux de la critique de la globalisation néo-libérale définissant une plateforme de revendications communes et partagées ; la seconde cherchait à organiser un pilotage collectif des mobilisations internationales. Ces deux types de projet se sont heurtés aux principes constitutifs de la forme réseau, la diversité, l’horizontalité et le consensus. La réalisation de tels projets menaçait l’équilibre interne entre des acteurs réunis dans le refus de donner à leur espace un porte-parole. De fait, les principes d’ouverture et de pluralité contraignent trop fortement la forme des forums pour qu’ils puissent être le lieu d’émergence d’un discours ou d’une volonté partagé. A cet égard, les multiples critiques qui ont conduit les acteurs centraux du forum à élargir leur recrutement et à se défaire de certaines de leurs prérogatives montrent clairement comment le collectif « alter » tient d’abord de la valorisation de sa diversité et des procédures qui permettent de la nourrir. C’est donc sous la forme d’un espace mosaïque constitué d’un enchevêtrement de mobilisations et d’articulations que se développent des mécanismes d’auto-organisation entre une multiplicité d’initiatives locales, sectorielles et thématiques. Même si l’éclatement et l’hétérogénéité des différentes logiques de mobilisations qui le parcourent constituent à l’évidence un risque certain pour la forme forum, un travail souterrain et moins visible de socialisation collective s’opère à travers la mise en commun des différentes thématiques du forum. Ce phénomène d’apprentissage collectif qui se construit sous la bannière identitaire de l’« altermondialisme », constitue un cadre puissant, bien que peu visible, d’auto-régulation du collectif hétéroclite des forums sociaux.
Dans cette dynamique s’affiche aussi l’influence d’une certaine culture « libertaire » sur l’ensemble de la galaxie altermondialiste (Corcuff, 2004). En effet, l’écho des revendications d’horizontalité, le souci de « changer le monde sans prendre le pouvoir » (Holloway, 2002), de constituer des espaces de mise en relation et d’action autonomes qui n’obéissent pas à un plan d’ensemble témoignent clairement des effets des contraintes d’horizontalité sur la forme prise par le gouvernement du réseau altermondialiste. Il ne fait pas de doute que les formes organisationnelles conçues par les promoteurs des forums sociaux ne font que reprendre des formes organisationnelles existantes, en s’efforçant de les généraliser à des coordinations internationales. Mais la participation à un espace auto-organisé constitue aussi une rupture importante pour nombre de traditions politiques qui participent aux activités des forums sociaux. Ainsi, les organisations d’extrême-gauche qui ont abandonné les schémas d’avant-garde doivent s’ouvrir à des modèles de concertation ouverts et pluriels. Les organisations centralisées et fortement architecturées doivent apprendre à circuler dans un espace qui ne leur ressemble pas et accepter de côtoyer plus petit qu’eux. Etc.
Mais ce qui apparaît surtout, dans le cheminement par essai/erreur auquel ont procédé les promoteurs de la forme forum est le lien indissociable entre mise en débat et action dans le projet des forums sociaux, lien qui s’est notamment tendu avec la multiplication des espaces périphériques « activistes » face aux forums « programmatiques ». Or ce qui fait le propre des organisations en réseau est que les investissements s’y déploient dans un horizon de réactivité et d’efficacité. Le travail de coordination que rend possible l’espace des forums se réalise toujours avec comme visée des actions à mener et des campagnes à conduire. Ce pragmatisme radical appelant la recherche de solutions et de modes d’action directe et immédiate est une composante essentielle des formes d’engagement que suscite la forme réseau. Il interdit ainsi le découplage entre le forum comme lieu de construction programmatique et les mobilisations internationales, lors des contre-sommets ou des mobilisations locales ou transnationales, comme espace d’engagement. Sans doute peut-on expliquer ainsi le travail de reconstruction en cours de la forme forum visant à relancer à la fois les expérimentations de formes de vie alternative et la construction plurielle et décentralisée des stratégies d’action des segments de réseaux qui le compose.
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