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Mandalas : Tome sept

Les Horribles.
Petit préambule :

Pour ceux qui connaissent la Saga des Mandalas sachez que ceci se passe sur la Terre dont le quanda se note zéro (+ ou -) epsilon. Les calendriers affichent l’année : Cinquante-six de l’ère A.A. ce qui correspond, dans les coins les plus reculés du globe, à environ 2071 de l’ancienne ère chrétienne. Bien que le réseau des réseaux fonctionne déjà tant bien que mal et que quatre-vingt pour cent de la population puisse s’y relier aisément dans l’hémisphère nord et dans un bon quart de l’hémisphère sud, cette période ne connaît pas encore le distributionnisme et ses avantages mais comme dit l’expression populaire :

« L’idée de l’établir était dans l’air ».

Pour ceux qui aborderaient le présent livre de plain-pied, qu’ils n’en tiennent aucun compte !
Prélude :
Mystère 1. À Amsterdam.

Les gens du métier regardaient Jan Copper comme le véritable patron du Syndicat des Diamantaires et Exploitants de Pierres Précieuses. Le SDEPP. Il n’était parvenu à cette éminente position, ni en un jour ni en un an. Il avait commencé tout en bas de l’échelle. Grâce à son entêtement et à ses capacités exceptionnelles de travail, Jan en grimpa tous les échelons. Il possédait, aujourd’hui, sa propre taillerie et quatre magasins de vente situés dans les principales capitales du monde. Mais, surtout, il lui incombait de réguler strictement le marché en fonction des demandes et des capacités d’extractions. Les cours devaient rester assez stables, (sauf si le SDEPP en décidait autrement).

Or, le 20 janvier de l’an 1990 resterait dans les mémoires comme à marquer d’une  pierre noire. Des courtiers avaient signalé des ventes d’émeraudes et de rubis de très belles qualités mais dont les professionnels ignoraient absolument l’origine. Les premiers lapidaires qui tinrent ces pierres en main en prévinrent le SDEPP. Quelques petits éclats (et pas mal de poussières venant de la taille) furent expédiés ou remis aux employés de Jan Copper. Ils respectaient ainsi l’usage établi qui maintenait la sauvegarde des intérêts de tous les membres de leur syndicat.

Jan possédait, en effet, une sorte d’arme secrète. Il disposait, dans le plus grand secret, d’un laboratoire d’analyse qui, grâce à un matériel des plus pointu, se trouvait en avance de cinquante ans sur la science officielle. Il pouvait déterminer, avec la plus grande précision, de quelle mine ou, à défaut de quelle région, provenait un rubis, un diamant ou une émeraude. Les impuretés infimes toujours présentes dans chaque pierre pouvaient ressembler à des signatures qui indiquaient à l’expert, le lieu de l’extraction.

Ainsi, le Syndicat se montra capable, à plusieurs reprises, de démasquer quelques malhonnêtes qui ne suivaient pas les règles du jeu et cherchaient à vendre hors du circuit normal. Nombre de tricheurs y perdirent leur situation, leur réputation et une grande partie de leur fortune. Depuis une dizaine d’années les fraudeurs se tenaient tranquilles. Pourtant, Jan Copper continuait à veiller à l’éthique du métier.

Cette fois-ci, le 20 janvier 1990, l’analyse donna des résultats ahurissants : Ces rubis et ces émeraudes ne venaient d’aucune mine connue. Pire, on ne pouvait même pas situer le continent de leur origine ! Les experts rencontraient là un mystère absolu. Ce qu’ils pouvaient assurer ne concernait que leur mode d’obtention : Les pierres nouvellement introduites ne provenaient pas d’une fabrication par synthèse. Ils trouvèrent également, par des recoupements et de laborieuses enquêtes, que la première personne qui les avait proposées la à la vente, celle se trouvant à l’origine de la chaîne des transactions, se nommait Madame H. W. Talbot. Le marché ne savait rien d’elle. Elle demeurait quelque part, du côté de Cambera, en Australie.

Existerait-il de nouveaux gisements sur ce cinquième continent ? Par devoir autant que par métier, Jan devait s’en assurer. Il initia donc une correspondance avec cette dame qui déclara tenir ces pierres de son cousin. Celui-ci, maintenant décédé, ne lui avait jamais raconté la moindre chose à ce sujet. Elle pensait qu’il les avait obtenues en jouant, un genre de bénéfice en nature, car, précisa-t-elle, son cousin, le pire des mauvais garçons, avait passé son existence sans déployer d’autres activités que celles de boire et de traîner dans les maisons de jeux. Cela ne révélait rien d’utile à Jan et les membres du Syndicat grimaçaient de dépit, espérant une réponse plus instructive.

Il décida donc d’aborder le côté le plus pragmatique de cette affaire en demandant à Madame Talbot si elle accepterait de lui vendre, en une seule fois, tout le lot dont elle avait hérité ? Elle répondit qu’elle n’y voyait aucun inconvénient si le prix restait correct. Ils en discutèrent, elle donna son accord et ils traitèrent. Depuis, on ne rencontra plus jamais d’autres pierres de la même origine. Le mystère demeurait entier mais, au moins, rien de nouveau ne risquait de se répercuter sur le marché. Le Syndicat atteignit ainsi, l’objectif final !

Jan, il faut le préciser, possédait de naissance, un caractère opiniâtre et buté. Il voulait en savoir plus et s’adressa à des détectives privés pour qu’ils tentent de remonter la piste autant que cela se révélerait possible. Ces recherches se trouvèrent interrompues par la première guerre mondiale et par le décès de Jan. Son fils, Norbert, riche et un peu désœuvré, chercha à résoudre ce problème qui hantait les pensées de son père. Il continua à verser une sorte de rente à la société de détectives mais il utilisa aussi ses relations avec les Américains. Norbert, en effet, avait épousé une texane au doux prénom de Lucy, elle-même la sœur d’un type important du F.B.I.

Le « beauf » se vit donc mis à contribution et la vieille Madame H. W. Talbot fut placée sous une surveillance constante, comme si elle était classée comme un agent ‘dormant’ enfin repéré. Nul ne peut dire si elle le remarquait mais, apparemment, elle s’en moquait totalement. À l’occasion de ces enquêtes les agents apprirent que cette femme veillait à l’éducation d’une fillette, une supposée nièce, laquelle poursuivait son éducation en Suisse. La nièce appartenait à la rare catégorie humaine des albinos. Ce détail anatomique compliquait tout et coûtait fort cher à la brave Madame H. W.


Chapitre un.

O tche chor nia ! (phonétique)

Oh ! Les grands yeux noirs !

(Air populaire russe.)

Patrick Smith (alias µ#£# - prononcer : Glombl).

Sur ma visionneuse, je regardai pour la première fois quelques enregistrements optiques des êtres qui vivent sur ce monde que nous nommons Glang trois du secteur 45 B/114. Cela me glaça le sang, lequel est toujours régulé, comme pour tous les bien portants, à exactement quatre cent cinquante six felders,( plus ou moins trois) soit quatorze unités de plus que ceux d’ici dans leur propre système de mesure.

De loin, ils nous ressemblaient comme des frères et nous les confondrions aisément avec les habitants de n’importe laquelle de nos planètes civilisées. Cela ne se gâtait que lorsque la vue se rapprochait et que leurs horribles yeux apparaissaient. Imaginez des globes tout blancs parfaitement opaques avec, au milieu, une petite pupille colorée ! Rien de comparable aux yeux normaux que nous possédons ! Je veux dire des yeux du plus beau noir et sans la moindre solution de continuité entre le globe oculaire et le système de vision centrale. Chez nous, la lumière irise agréablement ce miroir de notre âme et nous pouvons constater la profondeur à laquelle nos pensées se trouvent reçues ou la densité de celles que nos interlocuteurs émettent.

Les Glangiens montrent des yeux de poissons peu frais, comme morts et donnant sur un enfer blanc. Nous éprouvons, à leur vue, une telle répulsion que cela provoque en nous un haut le cœur, une envie de refus, raison pour laquelle nous les surnommons, un peu méchamment, les Horribles. Seules leurs pupilles montrent qu’ils possèdent un peu d’esprit, et, peuvent se révéler capables de communiquer- (à vérifier) - par la pensée, avec les gens normaux, les Hommes comme nous. Pourtant la plupart d’entre eux ne discutent qu’en phonie !

Depuis quelques millions d’années d’évolution génétique nous ne possédons plus aucune crête dorsale comme nos lointains ancêtres. Simplement, nous demeurons un peu plus velus sur le parcours de notre colonne vertébrale. C’est à cet endroit précis que se manifestent les signes de l’horreur ou de la crainte que nous éprouvons. Cela peut s’apparenter à un genre de frisson qui redresse ces longs crins. Dès que j’ai regardé l’image du regard de ces Horribles, tel que nous le percevons au milieu de leurs tronches, cela monta et descendit au moins six fois le long de mon dos avant que je ne retrouve mes esprits.

Pourquoi cette mission tombait-elle justement sur moi qui ne pouvais pas les regarder sans frémir ? Sans doute que je devrais mettre cela sur le compte de mon sixième frère latéral, celui qui collaborait activement avec la Guilde des Découvreurs de Ressources Nouvelles (dite, plus brièvement, la GRN ou mieux compris de tous : Guilde des Négociateurs) … À moins que cela ne représente qu’une ultime tentative de déstabilisation que menait ma future équipe maritale en guise de test ?

De toute façon je devais m’y coller et tenir ici toute une ou deux longues années locales. Ceci, si possible, sans me laisser repérer avant l’heure et en fouillant bien à fond dans leurs savoirs pour tenter de trouver quelque concept qui deviendrait matière à négoce.

La navette me laissa (sans armes ni réels bagages) au-dessus d’une ferme abandonnée du Zimbabwe. Je passai de la phase orbitale à celle de l’atterrissage à l’aide de mon  Transporteur». Il s’agit d’une boîte isolante anti-gravité que l’on dirige à l’aide de son Pilporte personnel.

Un écriteau subsistait sur le seul mur d’enceinte qui tenait encore debout. Il disait simplement « à vendre » et indiquait le numéro de communicateur phonique où l’on pouvait contacter l’agence chargée de la négociation. La section « exploration » avait concocté, pour moi et ma mission, un ensemble de vêtements qui passeraient aisément dans la région : Un pantalon et une saharienne avec de nombreuses poches. Des samaras pour me mettre aux pieds et un grand chapeau de paille tressée. Dans l’une de mes poches, ma fortune : une pincée de carbone cristallisé, tel que nous l’obtenons en brut d’extraction et aussi quelques gemmes. Il semble qu’ici, ils attachent beaucoup de prix à ces cristaux de pur carbone. Ils les nomment des diamants. La région en contient de petites quantités, à l’état naturel. Des Sociétés Industrielles exploitent des mines et quelques cultivateurs en trouvent parfois dans leurs champs. Ces réalités, prises en compte, faciliteront la vente des miens et me procureront un pécule de base.

Physiquement, à part mes lentilles de contact qui me mettent au diapason avec les autochtones, je me trouve bâti exactement comme eux. Ils me classeront dans une sous catégorie à peau claire et non dans celle de la plus foncée. C’est heureux, car, nos experts le remarquèrent de façon nette, celle-ci paraît, (semble-t-il par définition), moins écoutée par les autres Glangiens ! Ceci, parfaitement illogique pour nous, se conçoit sur place et ce, sans la moindre justification. Cela se classe comme un fait avéré et ne se discute pas plus que n’importe quelle idée non fondée sur un nouveau monde.

Cette planète ne se trouve pas incluse dans la Fédération puisqu’elle en ignore encore l’existence. Ceux de cette Fédération organisent, entre eux, le regroupement volontaire de quelques dizaines de mondes Horribles qui se considèrent comme suffisamment évolués. Nos Voyageurs effectuèrent, jadis, une mission accidentelle sur la planète Floric leur planète capitale. Cela se solda sans aucune Négociation intéressante, mais ils nous connaissent et se disaient prêts à nous accueillir ! Cela remonte à deux années, je crois, et depuis, plus rien. Nous supportons mal la vue de ces Horribles. Nous ne doutons pas que, d’ici quelques siècles, la Terre entrera dans cette Fédération, mais en ce moment nous la considérons comme un monde isolé et éventuellement digne d’une tentative de Négociation.

En réalité bien des détails, en moi, me distinguent des gens d’ici. Par exemple : Ils ne reconstituent leurs forces qu’en s’alimentant par leur système digestif. Ils restent donc très tributaires des calories venant de la chimie carbonée. Nous n’agissons encore ainsi que pour conserver l’ensemble de nos organes en bon état de marche et chacun de nous se force à manger au moins deux fois par décade. Le reste du temps, nous absorbons directement l’énergie solaire par les microscopiques cellules de notre chevelure et en rechargeant intensément lorsque cela devient indispensable, par la « contemplation retournée » de l’astre principal du système. Cette opération, assez rare, consiste à rabattre, en taie, la languette de peau épaisse que chacun d’entre nous possède et qui se trouve placée sous chaque paupière supérieure. Cet écran a pour but d’obturer complètement la section centrale de chaque œil. Le reste de chaque globe oculaire peut alors absorber l’énergie nécessaire en quelques minutes. Nous pouvons également nous recharger directement sur n’importe quelle source électrique. Par contre nous devons nous réhydrater assez fréquemment et un peu plus que les autochtones. Il nous faut absolument au moins trois litres d’eau par cycle quotidien.

Avec les verres de contact que je m’oblige à porter en permanence je ne peux recourir à ce système énergétique que dans la plus grande discrétion et uniquement lorsque je me sens sûr de ma solitude. Dans notre Secteur galactique, tout semble identique à ce qui se passe ici et, en même temps, reste complètement différencié par des détails qui marquent à quel point ces êtres nous sont étrangers au sens pur du terme.

Ma planète originaire, Kan 569, plus grosse que Glang possède une force de gravité qui se montre de vingt pour cent supérieure à celle d’ici. Ceci explique pourquoi tous les efforts physiques que j’accomplis me semblent si aisés et si légers. Je me déplace plus vite, saute plus haut et me fatigue bien moins que les Glangiens. Si le sort avait désigné, pour cette mission, un autre Négociateur de mon Secteur, mais venant de Sphina 32, les sensations qu’il éprouverait se verraient inversées. Car sur Sphina 32 la gravité ne vaut que les trois quarts de celle de Glang. Cette planète -Glang trois- se nomme, ici, la Terre et ses horribles habitants se désignent sous le vocable de Terriens.

D’une façon générale je trouve le climat un peu trop chaud ici, mais j’en prendrai l’habitude. Par expérience, je sais qu’il me faut patienter au moins deux jours avant de constater ma complète adaptation. Le soleil atteint son zénith et, avant de me mettre en route, je profite de ma solitude pour reconstituer mon plein d’énergie. J’avale goulûment ma ration quotidienne d’eau que je prélève dans un marigot proche de la ruine. Mon système immunitaire se charge de purifier tout ce qui entre dans mon corps. Encore un truc qu’ils ne connaissent pas ici et qui constituerait une bonne monnaie d’échange !

Au loin, je vois une grande ville que je classe comme une capitale régionale. À moi d’y trouver une première base vie et d’y établir des contacts personnels. Je possède parfaitement leur langage car, dans ce genre d’expédition, le pack de base implique une assimilation complète de la civilisation que nous trouverons au sol. Il m’a suffit, pour cela, de dormir durant trois nuits successives en position mentale « ondes de type gamma » tout en laissant mes écrans projeter et bruire le programme.

Me voici arrivé dans un faubourg où grouille une population à peau foncée. Le monde sonore et complexe qui règne aux alentours me cause immédiatement une gêne. Hommes et animaux bruissent en permanence et m’étourdissent de tous ces sons émis à la fois. Je souffre encore plus vivement de leurs émissions mentales. Ils ne savent pas retenir leurs pensées car ils ignorent la télépathie. Je prends de plein fouet, et venant de tous les côtés, ce qu’ils pensent, projettent, espèrent ou conçoivent. Je capte surtout qu’ils semblent tous confrontés à de lourds problèmes de survie. Certains ressentent la faim, d’autres recherchent des moyens de se procurer ce qu’ils nomment « de l’argent » ou de « la monnaie ». Il s’agit là, pour moi d’un concept difficile à intégrer. En gros, tout ce qui existe en matériel ou en immatériel entre dans une codification selon un classement dit « de valeur ». Pour l’acquérir, il faut donner une contre partie sous forme de papiers imprimés ou de morceaux de métaux divers, (Ils nomment cela « la monnaie »). Ils ne connaissent pratiquement pas la gratuité mais agissent parfois comme des experts en trocs. Ces derniers ne se développent que pour leur permettre d’échapper au système général. Au lieu d’échanger un objet contre une monnaie, ils échangent un objet ou un service contre un autre auquel ils attribuent une valeur identique. Exactement comme nous. Mais leur système normal, celui de la monnaie, reste délirant ! Songez que la monnaie peut varier d’une région à une autre et que sa valeur relative se trouve modifiée chaque jour et parfois varie entre le matin et le soir d’une même journée ! Mais cela fonctionne ainsi ! Je comprends qu’il faut en premier lieu que je m’en procure rapidement si je veux trouver une place ici, parmi eux ! Je perçois, tout de même, dans certain esprits, plus intelligents, qu’il existerait, dans des régions lointaines, un autre système qui se nomme le distributionnisme lequel assure la subsistance égalitaire de chacun, mais seul un quart de l’hémisphère nord le pratiquerait ?

Certains parlent et je peux vérifier que je les comprends. Un gamin s’adresse à moi pour me proposer un accouplement bilatéral avec sa sœur. Ce jeune homme, à peine pubère, porte des vêtements en haillons mais ses yeux brillent de malice. Ils mûrissent vite par ici ces Horribles ! Je n’éprouve ni curiosité, ni désir d’initiation pour ce type simpliste de relations ! Ce qui m’amène à lui exprimer que rien de ce genre ne me tente pour le moment ni n’entre dans mon programme de la journée.

Mais il représente, pour moi, mon premier contact avec un Terrien. Je perçois qu’il espère un peu de bénéfice de notre entretien. Alors je lui explique que, dans le terrain de ma ferme, j’ai trouvé trois gravillons qui ressemblent fort à du diamant et que je ne sais pas à qui les vendre. S’il m’indique un gars qui ne m’arnaquera pas, je lui laisserai un centième de la somme que j’en tirerai. Il marque son accord en me frappant brutalement la paume de la main avec la sienne ? Cela doit signifier l’acquiescement.

Il me précède dans un dédale de rues et de ruelles puantes et encore plus bruyantes, mais, peu à peu, nous arrivons assez près du centre de la ville. Là, du geste il me désigne une échoppe qui expose, dans sa vitrine, des bijoux divers. Je vois de multiples pierres dures montées sur des métaux peu oxydables. Un lourd maillage d’acier, sous forme de rideau, protège la façade.

Nous entrons car le commerçant a, de loin, reconnu le jeune qui m’accompagne. Il referme soigneusement la porte derrière nous et nous passons dans l’arrière boutique. Dans la pièce on n’entend plus les bruits de l’extérieur et j’en éprouve un grand soulagement. Même les odeurs arrivent atténuées et je me concentre mieux sur l’individu. Je perçois qu’il se prépare à me rouler ! Ces humanoïdes Horribles se comportent en primitifs qui se complaisent dans les mensonges et les ruses grossières. Sur le principe, cela m’indiffère, mais je perçois exactement la valeur des trois petits cailloux que je lui montre et qu’il pèse avant de les examiner au microscope. Il relève la tête avec une moue dégoûtée et m’offre le dixième de ce qu’il peut en tirer ! Le gamin, nommé Liamba, défend mes intérêts pied à pied et discute en disant qu’il va me conduire ailleurs. Finalement après un baroud d’honneur de vingt cinq minutes (mesure de temps local) l’accord se conclu sur un peu moins de quarante pour cent de ce que cela vaut.

Je ramasse ma monnaie et donne sa part à Liamba qui semble étonné que je tienne entièrement ma promesse. Je n’ai donc pas adopté l’attitude la plus convenable et il faut vite que je me rattrape ! Alors j’ajoute que ceci ne sera vraiment à lui qu’après qu’il m’ait rendu un autre service. Je désire qu’il m’amène, sans délai, jusqu’à un hôtel correct. Là, il comprend mieux. Il semble normal à ce gamin que j’exige un peu plus que lors de ma demande initiale. Sur sa lancée, il me propose à nouveau de rencontrer une femme ! Pas sa sœur, comme une heure plus tôt, mais une personne de qualité dont il connaît les coordonnées. Je ne veux pas le vexer et lui réplique que je verrai cela après une bonne douche, un changement de vêtement et un bon repas. Il griffonne un numéro sur un papier et il le place dans une des nombreuses poches de ma veste.

Nous voici devant l’Hôtel qui ne paraît pas complètement minable, mais ne correspond en rien au statut qu’il me faut acquérir sur ce monde. Ce lieu ne constituera donc qu’une étape obligatoire. Juste le temps de m’acclimater et de vendre un peu plus de ces graviers carbonés. Je dois rester discret et procéder progressivement sinon, mes actes provoqueront trop de curiosité.

Resté seul, je pénètre dans le hall et m’adresse à un vieillard avachi qui cuve des boissons alcoolisées derrière son bureau. Je dis vieillard mais je comprends qu’il n’atteint même pas le siècle ! Je me rappelle alors que les Horribles vivent dix fois moins longtemps que nous Il flotte, dans l’air, comme une vague odeur de vomi mais je ne vois rien de ce genre à portée de nous. On dirait une imprégnation dans les planchers. Cela se mêle à une âcreté due à l’hypochlorite de sodium. La chaleur humide rend l’air moite et l’ambiance étouffante. Un plafonnier, vieux d’un siècle au moins, d’après le nombre d’insectes venus pour achever leurs vies sur lui, tente mollement de brasser l’air. Mais il ne procure aucune réelle fraîcheur. Je demande au « vieux » de me choisir une bonne chambre. Il se dit prêt à me satisfaire si j’accepte de payer d’avance pour le temps de mon séjour.

Curieusement, le prix de cette location ne donne lieu à aucune négociation car les prix à payer pour toutes les prestations que fournit cet hôtel, s’affichent en imprimé sur un carton situé bien en vue, derrière le préposé. J’en conclus que, si je comprends correctement, dans ce cas là, il est inutile de demander à payer moins. Mais je perçois dans l’œil roublard et abominable de cet homme que pour les trois nuits que je viens de retenir je pouvais exiger une réduction. Alors, en lui tendant ma monnaie, j’ajoute qu’à ce prix là je veux que cela paie également le premier repas du matin ! Il grogne mais donne son accord. L’homme cogne brutalement sur un instrument à percussion (une cloche ?) et une femme apparaît. Elle va me montrer où se trouve ma chambre. Elle s’étonne de l’absence de mes bagages mais je précise que j’arrive en ville pour acheter tout ce qui me manque, et qu’après ma douche je vais sortir pour des emplettes.

L’eau qui coule de la douche se révèle peu abondante car les dépôts siliceux ou calcaires ne laissent passer que la moitié du débit normal. Ce liquide, vaguement tiède, dégage une odeur de chlore qui montre que la civilisation commence ici avec l’eau courante. Un minimum bien nécessaire ! Après mes ablutions je me sens mieux mais je prends au robinet ma ration quotidienne d’eau. Au passage, je me vois dans le miroir de la salle à laver. Avec mes verres de contact, je me trouve aussi Horrible qu’eux. Ce détail me stresse, alors je m’offre le luxe de revenir à mon état naturel pour une demi-heure en pompant l’énergie solaire. Je me place, bien calé à l’intérieur de la chambre, dans un fauteuil en rotin que je viens de placer en biais, devant la fenêtre entr’ouverte, mais sans me montrer sur mon balcon. Je ne possède rien que l’on puisse me dérober mais je prends les mêmes précautions que si j’abandonnai mon stock de diamant dans ma chambre au lieu de le garder dans mes poches. Je boucle donc tout à clef et simule d’oublier de rendre celle-ci en partant. Mais cette attitude semble normale ici, car j’ai vu trois autres clients opérer de même avant moi …

Dehors, je décide de me rapprocher du centre ville et de commencer par acheter de nouveaux vêtements qui ressemblent à ceux que les Horribles appartenant à la classe supérieure portent. Il me faut agir progressivement. Je commence donc par un pantalon de lin et une veste assortie. Puis, je me change chez le marchand et je jette, en sortant, mes vieux habits dans une poubelle. Il me reste encore assez de monnaie pour acquérir une paire de souliers très chers et trois paires de socquettes de coton d’écosse. Je commence à ressembler à une personne aisée vivant dans cette bourgade.

Je me rends alors dans ce qui me semble le plus important magasin de bijoux du centre et, une fois entré, je demande à être reçu par le Directeur. Cela ne se réalise que quarante minutes plus tard, mais cet homme m’explique qu’en principe, il ne reçoit que sur rendez-vous. Il ajoute que les usages veulent que des telles précautions s’imposent lorsque des gens de qualité doivent se rencontrer ! Il s’excuse du temps perdu durant lequel je me trouvai en attente et m’explique qu’il a déplacé, pour moi, et non sans difficultés, une des visites qu’il prévoyait de rendre à ses parents.

Assurément mon nouvel accoutrement inspire la confiance et M. Klif Jon paraît favorablement impressionné par le petit mensonge que je lui débite avec conviction :

« Cher Monsieur, j’arrive de l’étranger et je recherche une exploitation agricole en désaffection pour la reprendre et lui donner un nouvel élan. Mon enquête m’a permis de trouver exactement ce qu’il me faut et il ne me reste plus qu’à négocier. Par précaution, je ne voyage jamais avec de grosses sommes de monnaie. De plus, pour des raisons familiales, (un divorce en cours), je ne puis laisser les traces de mes transactions en utilisant des chèques. Alors j’ai choisi d’acquérir des diamants bruts que je viens vous montrer. J’aimerais que vous m’en fixiez la valeur actuelle et me disiez, qui, sur place, se montrera susceptible de me les acheter à un prix correct. Je veux dire, correct pour moi, tout en lui laissant une marge normale pour la revente. »

Joignant le geste à la parole je renverse sur son bureau une vingtaine de pierres qui, toutes, pèsent deux carats et plus. La plus grosse doit, une fois taillée, donner un joli cabochon de six carats et je sais qu’on n’en voit pas tous les jours par ici ! Là, curieusement, il m’offre de griller un rouleau de feuilles sèches (un cigare) en attendant la fin de son estimation. Encore un truc Horrible de ce monde ! Les plus fortunés aspirent la fumée de la combustion de ce gendre de plante et n’en retirent que des agressions chimiques pour leur propre organisme. Pourtant, ils savent exactement combien ils se nuisent à eux-mêmes et à ceux qui respirent auprès d’eux, mais fumer représente, pour ces Terriens, un signe de réussite sociale auquel ils tiennent ! Et dire que le sort veut que je doive rester ici assez longtemps pour que mon organisme doive, en permanence, s’auto épurer. Quel gaspillage d’énergie !

Donc, je décline en déclarant que je ne fume qu’après les repas un peu trop riches. Il semble que cette attitude convienne ici, à condition d’enrichir son alimentation en produits alcoolisés très caloriques et produisant des effets secondaires étranges sur leurs cerveaux. Quand je vous dis que ces êtres me semblent dégénérés ! Quel besoin nous poussa donc à venir traîner dans un tel secteur de la galaxie ? Pendant mes réflexions, il a sorti une petite machine de son tiroir et se livre à des calculs. Il s’agit donc d’une calculette de type électronique fonctionnant sans doute avec des transistors. Elle fonctionne mais me prouve l’étendue de leur retard sur nous dans ce domaine. Puis, il griffonne un chiffre sur un morceau de papier et me le tend sans un mot pour apprécier mes réactions.

Je regarde et en examine les détails. Puis, à mon tour, je compare les offres avec les pierres et j’en mets deux de côté car elles se trouvent largement sous-évaluées, comme je le lis bien dans son cerveau. Sur ces deux là, il se permet un déclassement injustifié et, sans vergogne, espère que, pressé par le besoin, cela passera avec le reste. Mais je ne me trouve pas ici pour leur laisser l’impression d’un type incapable de mener une négociation à son terme normal. Alors, je me tourne vers lui en montrant mes dents. Cela correspond, sur ce monde, à un signe qu’ils considèrent comme sympathique. Ils le désignent sous le nom de sourire. Pour les habitants de notre Secteur de Galaxie et dans tous les autres mondes connus, nous verrions là le signe d’un besoin de nourriture ou de rechargement d’énergie. Cette mimique s’apparente souvent, chez nous, à un appel au secours. Je lui dis, avec un accent calqué sur le sien :

« D’accord avec vos propositions ; sauf en ce qui concerne ces deux pierres là, que je préfère proposer ailleurs. Elles valent bien plus que vous ne les estimez ! Voulez-vous les voir à nouveau avant que je ne les reprenne et ne les range ? »

Il me regarde droit dans mes occulteurs de contact et tomberait sur le cul si je les retirais, mais je ne veux rien brusquer ni rien dévoiler. Il se contente de tendre la main vers les deux cailloux et de dire qu’il a peut-être regardé un peu trop vite mais que le microscope tranchera. Puis, il se livre à un nouvel examen et m’inscrit deux chiffres nettement plus près du cours. Je bouge ma tête de haut en bas en un signe vertical qui, ici, exprime mon accord sur le total proposé. Puis, je vais vers lui et frappe sa main comme le gamin me l’a montré. Ainsi, la transaction se trouve bien conclue.

Je quitte son magasin avec une sacoche contenant une véritable fortune en billets et en chèques (morceau de papier sur lequel ils inscrivent la somme que je peux percevoir dans un établissement qui garde les fortunes et qu’ils désignent sous le nom de banque).

Me voici à même de devenir l’heureux propriétaire du terrain qui me reçut lors de mon arrivée. Je dois impérativement m’en rendre acquéreur car mon système (Pilporte/Transporteur) de retour s’y trouve dissimulé. Il ne doit pas subir de modifications intempestives, sinon je resterais coincé ici et me trouverais contraint de demander l’aide des Services de Secours, ce qui me ruinerait en trocs ! Quel ennui !

Je décide donc d’acheter un véhicule qui fonctionne avec des dérivés pétroliers. En dix minutes, je sais comment le conduire et je décide que je vais me rendre, dès le lendemain matin, dans la capitale du Pays qui se nomme « Le Cap » pour m’y installer un peu plus longuement. Je ne vois rien de spécial à noter concernant la route ou le voyage qui m’y emmène, à l’exception de l’impression étrange que certains arbres très vieux et très laids provoquent en moi. Les Horribles les nomment des baobabs. Ils représentent la meilleure image de l’inutilité qui se puisse imaginer. Un jour, je vous expliquerai pourquoi !

Arrivé au Cap, j’y trouve un hôtel de luxe et m’installe là pour quelques nuits. J’emploie les semaines suivantes à construire et à parfaire mon personnage. Je me suis mis, tout d’abord, en quête d’un appartement de bon ton. Puis, il me resta encore à le meubler selon les conseils d’un architecte d’intérieur. Ensuite j’ai rencontré le notaire le plus proche afin de lui demander d’acheter la ferme et le terrain que je voulais tant acquérir. Une fois ces formalités accomplies, il me fallut trouver des entrepreneurs sérieux pour améliorer cette acquisition rurale. Je donnai des ordres pour qu’une entreprise entoure ma nouvelle propriété d’une clôture solide. Pendant la même période, des maçons retaperont la ferme pour la rendre habitable, mais ils ne s’occuperont pas de la grange. Je leur expliquai que je voulais la conserver en l’état -et pour cause- afin de garder un certain cachet ancien à la propriété. En deux mois, ce petit domaine deviendra, pour moi, une résidence secondaire des plus acceptable.

Je suis devenu Patrick Smith, Directeur Commercial et le plus gros porteur de la firme « Compagnie de Négoce International = CNI » dont le siège social se trouve, comme il se doit, situé aux îles Caïmans. J’ai créé cette affaire, de façon entièrement fictive, à partir de l’Etat du Delaware aux Etats Unis d’Amérique avec un faible versement de cent unités monétaires locales (le dollar).

Toute cette combinaison complexe et restant impénétrable aux services fiscaux ne vient pas de moi. Elle figurait, à l’arrière plan, dans l’esprit de mon interlocuteur, le sous-directeur de la Banque anglo-africaine, celle que j’avais sectionnée pour y déposer mes actifs. Un vrai régal que de constater comme ces Horribles montrent leurs esprits retords et savent contourner leurs diverses propres lois ! Il me faudra y songer et redoubler d’attention lorsque le moment arrivera de ratifier, avec eux, quelques accords interplanétaires.

Mes ordres lancés, je décidai ensuite de me rendre à Anvers car tous les professionnels considèrent cette ville comme la capitale des diamantaires. Elle se situe, en Europe, dans l’hémisphère Nord. Cela se trouve à l’extrémité ouest de la péninsule, en zone tempérée. Je me présentai en tant que M. Smith Patrick et je demandai que les secrétaires de la « Guilde des tailleurs de Diamants » m’organisent un rendez-vous avec leur patron, un certain Berl Rabinovitch, que tout le monde connaît ici, et surnomme Monsieur Berl avec le plus grand respect.

Notre rencontre ne se réalisa pas immédiatement. En premier lieu, une secrétaire m’expliqua, avec courtoisie, que, pour eux et sur le marché du diamant, je restai un parfait inconnu. Donc, avant de rencontrer M. Berl, je devais prendre rendez-vous avec une personne compétente qui viendrait me voir à mon hôtel pour un premier contact. Je crus bon de préciser que je possédais de belles pierres brutes que je désirais tailler et d’autres pour lesquelles je souhaitais une expertise (suivie de conseils pour une vente éventuelle).

L’émissaire de la Guilde ne vint pas seul mais accompagné de deux personnes qui ne se trouvaient là que pour le protéger en cas de nécessité. Ils nomment ces spécialistes des « gardes du corps » ou « gorilles ». Je les ai invités à me rejoindre dans ma suite. Les deux brutes s’installèrent dans des fauteuils et je commandai par téléphone intérieur, qu’on leur serve de la bière. L’envoyé de la Guilde et moi-même, nous avons préféré nous installer sur deux chaises autour d’une petite table. Je posai ensuite une pincée de mes diamants sur un morceau de velours noir que M.Lucas y avait étendu pour les recevoir. Cet homme de l’art put constater la qualité des cailloux que je lui proposai et l’importance du travail que leur taille respective représenterait. Une grosse transaction en vue ! Je pus lire en son esprit à quel point sa surprise et son intérêt s’éveillaient. Pour lui prouver ma bonne foi, je lui confiais, contre remise d’un reçu, une pierre d’une grande pureté d’environ quatre carats, et je lui ouvris la mallette contenant l’ensemble de ce que je venais montrer à M. Berl. Juste pour un simple coup d’œil ! M. Lucas apprécia mais, dans cette opération à mener entre nous, une question le hantait. Il voulait ardemment, et avant toute chose, savoir d’où provenaient ces pierres ? En effet, leurs registres ne mentionnaient nul nouveau filon que l’on viendrait de découvrir, ni aucun vol récemment perpétré ! Je lui racontai donc tout un roman :

« Mon arrière-grand-père maternel, avait exercé le dur sacerdoce de médecin et simultanément de missionnaire, durant plus de cinquante années. Il avait sillonné la brousse Sud-africaine en répandant le bien et la bonne parole. On disait qu’il faisait de véritables miracles. De temps en temps, par reconnaissance, des mineurs lui apportaient des pierres détournées de certaines exploitations esclavagistes. Des paysans trouvaient un caillou ou deux dans leurs champs en grattant la terre et les lui donnaient en reconnaissance du sauvetage de l’un des leurs. Mon grand-père, qui lui succéda, hérita du même don et échangea ses soins contre des prières, des conversions, et parfois des dons en pierres. Mon père prit la suite et j’héritai, de surcroît, de plusieurs lopins de terres diamantifères. À son décès, en rangeant ses affaires, j’ai trouvé un coffret contenant le fruit du travail de trois générations. Je songeai réellement, dans ma jeunesse, à suivre leur voie, mais le commerce m’attirait bien plus !

Longtemps, je me suis employé uniquement à lancer différentes affaires dont ma récente CNI (Compagnie de Négoce International), laquelle demandait de nouveaux capitaux pour se développer. Alors j’en arrivai à la conclusion qu’il fallait me résoudre à vendre quelques-unes de ces pierres et obtenir une estimation pour le reste. »

Au fur et à mesure que je racontais, je pouvais lire en lui à quel point il me croyait ou tiquait sur certains détails. Alors je nuançais dans le sens qu’il fallait jusqu’à ce que je sente que sa conviction se rétablissait à un niveau suffisant pour qu’il gobe le tout. Ensuite, tout devint plus facile ! Il me proposa un rendez-vous avec son patron dès le lendemain et dans leurs bureaux. Lucas demanda ensuite à revoir l’ensemble du lot pour y jeter un ultime coup d’œil et pouvoir en parler mieux à M. Berl. Il garda la première des pierres que je lui confiai contre son reçu. Je déversai sur la table tout ce que voulais négocier. Avec une sorte de componction, Lucas examina rapidement chaque pierre et la reposa ensuite sur la table, mais il ne prononça pas le moindre commentaire ne voulant pas empiéter sur le domaine de M. Berl. Moi, qui suivait le cours mental de son estimation, je savais déjà, approximativement, à quel montant arriverait la fortune dont je disposerai finalement pour mener mon expédition chez les Horribles.

Le lendemain, à l’heure dite, accompagné des deux gorilles qu’ils m’envoyèrent pour sécuriser ma venue, je me présentai donc à leur siège et une secrétaire me mena jusqu’à une pièce retirée et protégée comme un coffre-fort par une lourde porte blindée. Je pensais rencontrer, en M. Berl, un vieillard chenu, mais je me trompai ! Ce Berl là, son rejeton, se présentait comme un homme rond et déplumé à peine âgé d’une cinquantaine d’années. J’éprouvai, pour ce Horrible, autant de sympathie que possible, malgré ses yeux blancs, globuleux aux minuscules iris ! Je perçus qu’il venait tout juste de reprendre la place de son père. Cela ne datait que de quelques mois lorsque le vieux se trouva contraint par sa mauvaise santé à se retirer définitivement en maison de repos. Aussi lui demandai-je avec amabilité, comment se portait son père ? Ce qui amorça agréablement la conversation.

Ensuite M. Berl m’exposa, de manière très documentée, la situation du marché du diamant tel qu’il se régulait sur la planète. Il insista beaucoup pour que je ne vende que peu à peu et selon mes besoins afin de ne pas entraîner une baisse des cours. Il paraissait sincère et consciencieux, ce qui me plut. Au bout deux heures environ, un parfait accord s’établit entre nous. M. Berl achetait ferme un dixième du lot ; il se chargeait de la taille des cailloux et des reventes à son propre compte. Le reste restera déposé chez lui, dans son coffre contre reçu. Chaque pierre portera une référence très précise. Lorsque je voudrai, par la suite, me procurer des capitaux en liquide, il me suffira de lui téléphoner ou de lui écrire pour qu’il taille et vende à mon compte tel ou tel caillou. Le prix dépendra, à chaque fois, de ma décision de choisir entre vendre à sa Maison au cours du jour (en brut si le besoin urgeait) ou de suivre la procédure normale.

Je lui laissai donc le tout, contre un chèque que j’allai immédiatement déposer dans la banque mitoyenne à leur siège. Un garde du corps, mandaté par Berl, m’y accompagna ce qui entraîna que le Directeur me reçoive aussitôt. On accéléra, pour moi, la confection du premier chéquier et je retirai aussi un peu de « liquide » en petites coupures et quelques gros billets. Pour la carte de crédit, dont il m’expliqua le fonctionnement, ils ne pouvaient pas me la fournir immédiatement car cette prestation entrait dans un système international et demandait au moins huit jours. Je me sentais riche car je possédais deux comptes distincts dans deux pays différents. Je pourrais, à tout instant, transférer, tout ou partie, de l’un dans l’autre selon ma seule volonté.

Au cours de ce voyage, que je classe comme initiatique, j’entrais en communication télépathique à sens unique avec de nombreux Horribles importants rencontrés dans les avions, les hôtels de luxe ou les aérogares. Je possédais une meilleure et bien plus précise perception des données concernant cette planète. Il me fallait accepter l’idée que le Cap pouvait rester ma base vie, que ma ferme constituait une « campagne » valable, mais que, pour envisager des négociations sérieuses, je me devais d’établir des bureaux dans les plus importantes capitales de la planète : Washington, Paris, Genève et Tokyo me semblaient les plus intéressantes.

Il ne restait aucun doute dans mon esprit que, pour devenir crédible, je devais développer une réelle activité commerciale. Je mis en route un Bureau capable de fonctionner en autonomie dans chacune de ces villes et j’embauchais le personnel (cadres et employés) nécessaire. Pour y parvenir sans trop de soucis, j’utilisais les services d’une société de recrutement laquelle me trouva quatre directeurs et quatre conseillers financiers, tous valables.

Je leur fixai des objectifs : Tenir une place sur le marché et, durant trois ans, de tourner sans perte, juste en couvrant les frais de fonctionnement. S’ils obtenaient mieux ? Un dixième des bénéfices nets de tous impôts et taxes tomberait net dans leurs escarcelles au titre de prime de bilan !

Je leur exposai ce que nous apporterons sur le marché mais que je ne savais pas encore ce que nous envisagerons de prendre pour principal objectif pour l’avenir. Pour l’instant qu’ils achètent et revendent, qu’ils étudient les meilleures possibilités et fonctionnent sur le marché qu’ils choisiront. Je fixais tout de même que le diamant resterait l’élément principal que nous vendrions et achèterions, mais je trouvai utile d’y joindre, au fur et à mesure, des métaux assez rares ici. Par exemple le germanium ou le niobium.

Mais ces échanges matériels ne pouvaient pas constituer le cœur de mon travail. On ne transfère pas de fret pondéreux d’un Secteur galactique à un autre ! Le coût du transport reste une barrière infranchissable ! Lorsque nous concluons des Négociations nous utilisons parfois ces biens matériels pour initier nos relations et prouver l’intérêt de nos contacts, mais, en réalité nous arrivons rapidement à n’échanger que de l’immatériel, autrement dit : des concepts ou des idées ! Ici, par exemple, ils paraissent mûrs pour le « troc généralisé planétaire » qui faciliterait leurs rapports mais nous devrons leur en expliquer les conditions de réussite et accélérer leurs progrès vers les microprocesseurs. Il existe d’autres possibilités, encore bien plus valables, que nous pourrions leur proposer. En particulier dans le domaine des rapports sexuels, de la natalité et de la reproduction assistée. Dans un autre registre, je sais déjà que nous pouvons leur apporter beaucoup au plan sanitaire …

Toute cette création d’entreprise et ces lancements d’agences locales me demandèrent quatre mois. Ensuite je pus enfin me consacrer à la recherche de ce que cette planète pouvait bien nous offrir en échange. Ceux qui, avant moi, avaient étudié cette civilisation et ce monde n’avaient rien trouvé de valable. Pourtant nos Dirigeants avaient décidé de m’envoyer physiquement sur place car, disaient-ils, de nombreuses expériences antérieures prouvaient qu’il existe toujours des éléments à ramener. Facile à dire ! Mais, je me dis que nos Directeurs savent, en général, de quoi ils parlent.
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