Cxiv michele le Sage








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Où le faux duc de Calabre fait ce qu’aurait du faire le vrai


Fra Pacifico parti, c’est-à-dire le dé jeté, les deux jeunes gens se demandèrent comment ils allaient faire si les deux villes résistaient.

Ils avaient une espèce d’armée ; mais, comme ils ne possédaient que des couteaux et de mauvais fusils, et qu’ils manquaient de canons et de munitions de siège, cette armée ne pouvait rien contre des murailles.

En ce moment, on prévint Son Altesse royale monseigneur le duc de Calabre qu’un certain Jean-Baptiste Petrucci demandait audience. Dans le cas où monseigneur le duc de Calabre ne pourrait le recevoir, il désirait être au moins reçu par monseigneur le duc de Saxe, les nouvelles qu’il apportait étant de la plus haute importance.

Et, en effet, à une heure du matin, il eût été bien indiscret de déranger deux personnages si élevés pour des nouvelles ordinaires.

Don Jean-Baptiste Petrucci fut, à l’instant même, introduit en présence des deux jeunes gens.

Don Jean-Baptiste Petrucci était inspecteur de la marine au nom de la République parthénopéenne. Il venait de recevoir l’ordre d’envoyer à Lecce un détachement de cavalerie et deux pièces de canon avec leurs caissons, leurs munitions et tous leurs accessoires.

Il venait offrir aux deux princes de leur donner ses cavaliers et ses canons, au lieu de les conduire à Lecce.

Il va sans dire que ceux-ci acceptèrent avec joie une offre qui leur arrivait en temps si opportun.

De Cesari nomma don Giovanni Battista Petrucci inspecteur général de la marine, au lieu d’inspecteur ordinaire. Il lui donna un certificat de loyalisme à valoir autant que de droit, et qu’il signa de son faux nom ; puis, comme il fallait attendre le retour de fra Pacifico pour savoir ce que l’on pouvait espérer ou craindre de Tarente et de Martina, on résolut de marcher, afin de ne pas perdre de temps, sur Lecce, qui envoyait une députation pour demander des secours contre les républicains, et particulièrement contre un certain Fortunato Andreoli qui s’était emparé de la forteresse et avait organisé une garde civique, des chasseurs et des cavaliers.

Petrucci offrit d’être de l’expédition, afin de donner par sa présence du cœur à ses cavaliers.

On se mit à neuf heures du matin en route pour Lecce. Chemin faisant, on recueillit deux ou trois cents chasseurs qui s’enfuyaient de la ville, ne voulant pas servir contre leur opinion : ces hommes se réunirent à la petite armée bourbonienne, qui se trouva ainsi portée à plus de mille hommes.

De Cesari entra donc à Lecce avec une force imposante.

Andreoli s’était retiré dans le château et s’y était enfermé ; De Cesari le fit sommer de se rendre, et, sur son refus, donna l’ordre d’attaquer.

La résistance ne fut pas longue. Aux premiers coups de fusil, la garnison ouvrit une porte sur la campagne et s’enfuit par cette porte.

Cette victoire, quoique facile, n’en avait pas moins une grande importance. C’était la première rencontre qui avait lieu entre les royalistes et les républicains, et, aux premiers coups de fusil, les républicains avaient cédé la place.

Nous répétons avec intention : aux premiers coups de fusil, car on n’avait pas pu se servir des canons. On avait de l’artillerie et pas d’artilleurs.

La joie fut grande. Toutes les cloches de Lecce et des environs se mirent en branle pour célébrer le triomphe de monseigneur le duc de Calabre, et l’on illumina la ville a giorno.

Le lendemain de la prise de Lecce, on vit arriver fra Pacifico, attiré par le bruit des cloches. Il avait accompli fidèlement et intelligemment sa mission dans les deux villes, et rapportait à la fois du bon et du mauvais.

Le bon était que Tarente était prête à ouvrir ses portes sans coup férir.

Le mauvais était que Martina était prête à se défendre jusqu’à la dernière extrémité.

On résolut alors de diviser la petite armée en deux troupes. L’une de ces troupes, sous la conduite de Boccheciampe, rallierait complètement Tarente au parti bourbonien ; l’autre, sous la conduite De Cesari, marcherait lentement sur Martina, de manière à être rejointe par la colonne de Boccheciampe avant d’être arrivée sous les murs de la ville.

Tarente, comme l’avait prédit fra Pacifico, ouvrit ses portes sans même attendre les sommations militaires, et les habitants vinrent au-devant de Boccheciampe, portant en main la bannière royale ; mais il n’en fut pas de même de Martina : la municipalité avait décrété la défense et mis à prix les têtes des deux princes, celle du duc de Calabre à trois mille ducats et celle du duc de Saxe à quinze cents.

Peut-être trouvera-t-on que c’était bien bon marché ; mais la ville de Martina n’était point riche.

À un quart de lieue de la ville, la colonne de Boccheciampe rejoignit celle de De Cesari, et, la jonction faite, on résolut de donner l’assaut à la ville, résolution presque téméraire, en l’absence, non pas d’artillerie, mais d’artilleurs.

On tenta donc, avant d’en venir aux mains, tous les moyens d’accommodement possibles.

En conséquence, on appela un trompette, on le fit monter à cheval et on lui donna pour les habitants de Martina une proclamation leur annonçant que les troupes royales, loin de vouloir commettre la moindre hostilité contre les Martinésiens, ne réclamaient d’eux autre chose que l’obéissance à leurs légitimes souverains ; mais que, cependant, s’ils refusaient de satisfaire à cette juste demande, le sort des armes déciderait de la question.

Le trompette partit à cheval, suivi des yeux par toute l’armée bourbonienne et particulièrement par ses deux chefs ; mais il ne put remplir sa mission ; car, au moment où il arrivait à portée de la balle, une effroyable fusillade l’accueillit, et l’homme et le cheval roulèrent sur le pavé.

Mais le cheval seul était mort. L’homme se releva, et, quoique à cheval pour aller et à pied pour revenir, il revint plus vite qu’il n’était allé.

Les deux chefs ordonnèrent à l’instant même l’assaut et s’avancèrent contre la ville sous une grêle de balles, attaquant les postes avancés en dehors de la porte et les forçant à rentrer dans la ville.

Mais, en ce moment, une pluie diluvienne et une grêle effroyable vinrent au secours des assiégés et empêchèrent les troupes royales de profiter de leur victoire ; puis, comme, immédiatement après la pluie, vint la nuit, force fut de remettre la continuation du siège au lendemain.

Fra Pacifico n’avait point pris part à l’action ; mais n’était point demeuré oisif pour cela.

À Lecce, à Tarente, sur la route, partout, au nombre des volontaires qui s’étaient joints à la petite troupe, il s’était trouvé des moines.

Ces moines appartenaient presque tous aux ordres mineurs, c’est-à-dire à la règle de saint François.

Fra Pacifico, en mission de la part du cardinal, avait naturellement exercé sur eux une certaine suprématie. Il les avait, en conséquence, enrégimentés, et, pour que les deux pièces de canon ne restassent point oisives, organisés en artilleurs.

En conséquence, le soir même de l’escarmouche, au grand étonnement des deux chefs et à la grande édification de l’armée, on vit douze moines, attelés six par six aux deux pièces, et qui les traînaient sur une petite hauteur dominant la ville et s’élevant en face de la porte.

Le matin, au point du jour, les deux pièces de canon étaient en batterie.

De Cesari, voyant au point du jour ces dispositions prises par fra Pacifico, voulut visiter lui-même la batterie.

Là, tout fut expliqué d’un seul mot.

À bord de la Minerve, fra Pacifico, du temps qu’il y servait, avait été chef de pièce.

Non seulement il s’était rappelé son ancien métier, mais encore, pendant les deux ou trois jours qui venaient de s’écouler, il l’avait appris aux moines qu’il avait enrôlés.

De Cesari le nomma, séance tenante, chef de l’artillerie.

Malgré cette amélioration dans son matériel, amélioration qui lui promettait la victoire, De Cesari voulut user de modération envers les Martinésiens et leur envoya un second parlementaire, porteur des mêmes instructions que le premier.

Mais, lorsqu’ils virent le parlementaire à portée de fusil, les Martinésiens firent feu sur lui, comme ils avaient fait feu sur le premier.

En réponse à cette fusillade, les deux pièces de fra Pacifico grondèrent, et, en grondant, semèrent sur les défenseurs des murs une pluie de mitraille qui les décima.

À cette reconnaissance d’une artillerie ignorée qui tout à coup, et sans avoir crié gare, s’était mêlée à la conversation et avait couché sur le carreau une douzaine d’entre eux, il y eut dans les rangs des assiégés un moment d’hésitation.

Les deux chefs royalistes en profitèrent.

Corses tous deux et braves comme des Corses, ils oublièrent leur prétendue grandeur qui eût dû les attacher au rivage, et, une hache à la main, s’élancèrent contre les portes, qu’ils se mirent à enfoncer.

Toute l’armée les suivit avec enthousiasme ; les Calabrais n’avaient jamais entendu dire que les princes fissent, pendant les sièges, la besogne des pionniers, et les capucins celle des artilleurs. La porte fut enfoncée du coup, et, De Cesari et Boccheciampe en tête, la petite armée entra dans la ville comme un torrent qui a brisé sa digue.

Les Martinésiens essayèrent d’arrêter ce flot humain, de tenir dans les maisons, de défendre les places, de se fortifier dans les églises. Poursuivis pied à pied, fusillés à bout portant, ils ne purent se rallier, et, forcés de traverser la ville en courant, ils sortirent en désordre, en fugitifs, par le côté opposé à celui où les bourboniens étaient entrés.

Un seul groupe de républicains se rallia autour de l’arbre de la Liberté, et s’y fit tuer depuis le premier jusqu’au dernier.

L’arbre fut abattu comme ses défenseurs, coupé en morceaux, mis en bûcher, et servit à brûler les morts, et, avec eux, quelque peu de vivants.

Cette fois encore, De Cesari et Boccheciampe firent ce qu’ils purent pour arrêter le carnage ; mais il y avait parmi les vainqueurs une telle animation, qu’ils réussirent moins bien que dans les autres villes.

La chute d’Acquaviva suivit celle de Martina, et nos deux aventuriers croyaient toutes choses apaisées dans les provinces, lorsqu’ils apprirent que Bari, malgré l’exemple fait sur Martina et sur Acquaviva, venait de proclamer le gouvernement républicain et avait juré de le maintenir.

La chose lui était d’autant plus facile qu’elle avait reçu par mer un secours de sept à huit cent Français.

De Cesari et Boccheciampe en étaient à se demander s’ils devaient attaquer Bari malgré ce renfort, ou, laissant derrière eux la révolution soutenue par les baïonnettes françaises, se rendre à l’ordre du cardinal en le rejoignant.

Sur ces entrefaites, ils apprirent que les Français avaient quitté Bari et s’avançaient sur Casamassima. Ils savaient que la colonne française comptait sept cents hommes seulement. L’armée bourbonienne en comptait près de deux mille, c’est-à-dire une force presque triple. Ils résolurent de risquer une rencontre avec les troupes régulières. C’était, d’ailleurs, une extrémité à laquelle il fallait toujours arriver.

Mais, pour s’assurer plus certainement encore l’avantage, les deux amis décidèrent de surprendre les Français dans une embuscade qu’ils établiraient sur leur chemin. Ils disséminèrent donc leurs troupes. Boccheciampe laissa mille hommes à De Cesari, et, avec mille hommes, s’avança sur la route de Monterossi.

Il trouva dans la vallée un lieu propre à une embuscade et s’y établit avec sa troupe.

De Cesari, au contraire, se tint en vue sur la colline de Casamassima, espérant attirer les regards sur lui et les distraire ainsi de l’embuscade de Boccheciampe.

Boccheciampe devait attaquer les Français, et De Cesari profiter du désordre que cette attaque causerait dans leurs rangs pour tomber sur eux et achever de les mettre en déroute.

De Cesari avait levé à Martina et à Acquaviva une contribution de douze chevaux qu’il avait donnés à fra Pacifico pour son artillerie, toujours servie par ses douze moines, qui, exercés trois fois par jour, étaient devenus d’excellents artilleurs.

Cette fois, on plaça fra Pacifico et ses canons sur la grande route, afin qu’il pût se porter partout où besoin serait, et l’on attendit.

Tout arriva comme on l’avait prévu, excepté le dénouement. Les Français, préoccupés de De Cesari et de ses hommes, qu’ils apercevaient au haut de la colline de Casamassima, donnèrent en plein dans l’embuscade de Bocceciampe. Attaqués vigoureusement et ne sachant point d’abord à qui ils avaient affaire, il y eut dans leurs rangs un mouvement d’hésitation ; mais, reconnaissant quelle espèce d’ennemis ils avaient à combattre, ils se massèrent au sommet d’une colline appuyée à un bois, et, de là, soutenus par leur artillerie, ils marchèrent contre Boccheciampe au pas de charge, tête baissée, la baïonnette en avant.

En ce moment, le hasard voulut que le bruit se répandit parmi les bourboniens qu’une forte colonne de patriotes sortait de Bari pour les prendre à revers.

Alors, tout fut dit. Les gardes armés, les campieri, les chasseurs de Lecce furent les premiers à prendre la fuite, et leur exemple fut suivi par le reste de la colonne.

Ce fut en vain que De Cesari, à la tête de quelques cavaliers restés fidèles, se précipita au milieu de la mêlée : il ne put rallier les fuyards ; une invincible panique s’était emparée de ses hommes. Par bonheur pour les deux aventuriers, les Français, si vigoureusement attaqués, crurent, en voyant cesser non seulement toute attaque, mais encore toute résistance, à quelque ruse de guerre ayant pour but de les attirer dans une seconde embuscade, et s’arrêtèrent court d’abord, puis ne reprirent leur marche que pas à pas, avec les plus grandes précautions.

Mais bientôt, reconnaissant que c’était une vraie déroute, la cavalerie républicaine se mit à la poursuite des vaincus. Au moment où elle arriva sur la grande route, fra Pacifico la salua de deux coups de canon à mitraille, qui lui tua quelques chevaux et quelques hommes ; et, moins un caisson qu’il renversa en y plaçant une mèche communiquant avec une traînée de poudre, il enleva au grand galop le reste de son artillerie.

Or, le hasard ou un calcul juste de fra Pacifico, voulut qu’au moment même où, pour ne point se heurter au caisson renversé et barrant la route, les dragons se séparaient en deux files, chacune suivant un revers du chemin, le feu se communiquât de la mèche à la traînée de poudre et de la traînée de poudre au caisson, qui éclata avec un effroyable bruit, en mettant en lambeaux les chevaux et les hommes qui se trouvèrent à portée de ses débris.

La poursuite s’arrêta là. Les Français craignirent quelque nouveau guet-apens du même genre, et les bourboniens purent se retirer sans être inquiétés.

Mais le prestige qui s’attachait à leur mission divine était détruit. À la première lutte avec les troupes républicaines, quoique trois fois supérieurs en nombre à celles-ci, ils avaient été vaincus.

Des deux mille hommes qu’avaient les deux jeunes gens avant le combat, il leur en restait à peine cinq cents.

Les autres s’étaient dispersés.

Il fut convenu que De Cesari, avec quatre cents hommes, irait rejoindre le cardinal, et que Boccheciampe, avec cent hommes, se rendrait à Brindisi pour tâcher d’y réorganiser une colonne avec laquelle il rejoindrait à son tour le gros de l’armée sanfédiste.

Fra Pacifico, les deux pièces de canon, le caisson qu’il avait sauvés et ses douze moines restaient attachés à la colonne de De Cesari.

Les deux amis s’embrassèrent, et, dès le même soir, prirent le chemin qui devait conduire chacun d’eux à sa destination.

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