Note concernant les noms de personnes








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La civilisation des Zoras.

Durant des semaines et sans relâche, Kélékélé descendit et visita l’hyposphère. Il se cantonna à circuler, pas à pas, dans la spirale de verre et de prendre des photos qu’il ramenait jour après jour. En dehors du fait que l’on ne savait pas comment passer du tube de verre à la partie centrale désignée désormais comme la salle des machines, il essaya de ramener toutes les images possibles de ce qu’il finit par considérer comme un musée plus qu’un, mausolée. De fait, il y trouvait bien plus de similitudes avec les bâtiments du Smithsonian Institut de Washington, qu’avec le Louvre ou le Palais de la Découverte de Paris. Vint enfin le jour où il put cesser ce travail pénible et laisser à d’autres le soin de poursuivre. En effet, les savants disposaient désormais d’assez de matériel pour savoir quels êtres avaient érigé cette hyposphère et ils purent se faire une idée de la manière dont ils vivaient. Si cela se révélait insuffisant, les ingénieurs en viendraient à démonter la porte de mercure et à la remplacer par un sas plus grand. Ensuite, d’autres chercheurs, de taille normale, pourraient relayer le pygmée ! Quant à la salle des machines il y aurait tant de précautions et de sécurités à mettre en place avant d’attaquer cette exploration que cela renvoyait les réponses à au moins trois ou quatre ans.

Donc, des savants de toutes les disciplines se penchèrent sur les photos ramenées et examinèrent tout à loisir, les dessins, les planches anatomiques, les schémas, les modelages, les sculptures ou les tableaux. Par ailleurs, une analyse montra que l’air, à l’intérieur de l’hyposphère, possédait toutes les qualités requises et donc que les humains pouvaient y circuler sans scaphandre une fois le sas refermé,

Nelson.

Un ingénieur mécanicien fut spécialement chargé d’étudier et de suivre la réalisation du remplacement de la porte de mercure par une porte de fabrication humaine qui, s’ouvrant sur un système de gonds et de charnières, permettrait à des gens de taille normale de remplacer Kélékélé. Nelson s’était porté volontaire car le problème lui semblait simple à résoudre et surtout par ce qu’il voulait vérifier l'une de ses idées. Au bout de son travail, une fois le passage mieux ouvert, il obtint l’honneur de pénétrer le premier après le pygmée. Il emporta avec lui un émetteur d’ondes à fréquences variables mais qu’il avait préréglé sur celle qui avait débloqué, au tout début de l’exploration, le premier obstacle et avait soulevé la porte de verre : Soit 543 hertz.

Dès qu’il put sortir de la décontamination, il franchit deux ou trois mètres du couloir de verre, laissa son scaphandre au sol, et se plaça devant un tableau qui représentait l’évolution des espèces vue par les Zoras. Puis il émit la vibration de 543 hertz en dirigeant le faisceau sous différents angles. Il ne fut pas surpris du résultat, car l’analogie avec ce qui existait dans de nombreux musées humains lui semblait évidente. Chez les hommes le visiteur pousse un bouton ou émet un ordre vocal et la scène qui se trouve devant lui s’anime et est complétée par des commentaires verbaux ou visuels. Chez les Zoras, il se confirma que ce monument avait été construit pour servir de mausolée, de sauvegarde de ce qui, sans lui, disparaîtrait à jamais. Car, dés que le faisceau de vibrations toucha l’angle gauche supérieur du tableau, ce dernier commença à s’animer pour devenir une sorte de film qui montrait, image après image, comment les espèces nées de la mer avaient évolué progressivement vers la perfection : le Zora. Les images étaient accompagnées de sons et parfois de violentes odeurs. Une magnifique réalisation technique qui décuplerait la quantité et la qualité des renseignements ramenés par Kélékélé. Nelson, compte tenu des ondes magnétiques surgissant n’importe quand, et sous la forme de trains intenses se produisant de façon aléatoire, ne pouvait pas filmer ni enregistrer le spectacle aussi complet et intense qu’il se présentait à lui. A cette époque tous les enregistrements étaient basés sur des phénomènes sensibles à toute magnétisation extérieure. Vouloir enregistrer des sons, des images fixes ou des vidéos, conduirait à obtenir a peu près n’importe quoi ! Alors, les matheux cherchèrent à résoudre ce problème en le mettant sous forme d’équations que Nounou chercha à résoudre. Après une collation de quatorze semaines de relevés magnétiques, le réseau des réseaux donna la fonction qui produisait le facteur supposé complètement aléatoire entraînant l’apparition des trains d’onde, leurs durées et leurs puissances. A partir de ce moment les savants qui menaient ces recherches surent, avec précision, durant quelles moments, Nelson ou un autre, pouvait enregistrer images et sons sans difficultés.

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Incise de l’auteur :

L’objet du présent livre ne concerne qu’accessoirement les Zoras. Il existe, et vous pouvez consulter, à la Bibliothèque de la Fondation, de nombreux ouvrages de références traitant de cette question. Les mieux documentés sortirent des presses ou plus exactement des sites de publication, entre les années 145 et 210 A.A. ? Ceux que des compilateurs écrivirent par la suite restent de moindre intérêt et doivent être lus comme des redites ou des hypothèses invérifiables. L’auteur vous renvoie donc aux premiers. Il convient tout de même d’en brosser quelques lignes générales et j’y viens pour quelques paragraphes car tout cela nous éloigne de notre objet principal : le sort des premières missions dans l’espace et ce que le socio autisme apporta à l’humanité.

Donc, en fin de compte, les savants purent brosser une esquisse de la vie et des moeurs de ces êtres que, pour des raisons que nous verrons plus loin, ils nommèrent les Zoras. Le terme de Zoraptère évoquait trop les blattes et certains autres insectes à connotation négative. Oui, les Zoras se classaient parmi les invertébrés puisqu’ils ne possédaient pas d’ossature interne à base de calcium et de phosphore. Certaines planches très explicites montraient ce qu’ils savaient de l’histoire de l’évolution des espèces au cours de leur glaciation. Cela confirmait leur appartenance au groupe des Blattoptéroïdes. Les Zoras étaient plus proches des mantes religieuses que des blattes mais, encore plus comparables, à la taille près, à des termites. Certaines de ces créatures volaient à l’aide de deux paires d’ailes, d’autres n’en possédaient pas. Des images montraient qu’ils utilisaient, pour les besoins de leur type de société, la spécialisation génétique. Les entomologistes, à ce niveau là, pouvaient comparer leurs organisations à celles des fourmis. Mais des fourmis de deux mètres qui ressembleraient à des mantes lorsqu’elles possédaient des ailes et à des blattes lorsque elles étaient aptères.

Les Zoras développaient une vie sociale et possédaient une intelligence indéniable. Leur langage se rapprochait des crissements émis par les grillons et du gazouillis de certains oiseaux. Un jour, sans doute, les humains parviendraient à traduire ce mode de transmission ! Cela prendrait le temps qu’il faudrait, car ils avaient laissé suffisamment d’éléments pour que nous y parvenions. Ils maîtrisaient la chimie, la métallurgie la plus poussée, l’électricité - mais surtout les applications du courant continu - et ils dépassaient l’homme par leurs connaissances du magnétisme. Certains individus de leur espèce montraient un fort tempérament artistique et les œuvres présentées ne laissaient pas nos critiques insensibles. Les artistes Zoras développaient le goût de l’harmonie des formes et des couleurs. Ils attachaient énormément d’importance aux intensités lumineuses et aux filtres. Si la musique existait dans leur civilisation, nous ne la comprenions absolument pas. Les sons nous semblaient trop embrouillés et mal séparés les uns des autres.

Ils adoraient un dieu qui ressemblait à un immense Zora possédant trois paires d’ailes immenses et six yeux à facettes. Ils n’enfouissaient jamais leurs morts mais mettaient un soin tout particulier à les incinérer complètement. Ils ne laissèrent d’eux aucun fossile restant pris pour l’éternité dans du bitume ou lors d’une éruption volcanique. Leurs corps, principalement constitué d’une structure rigide en chitine et de parties molles - dont les liquides s’évaporaient totalement en trois jours après le décès - brûlaient facilement et l’incinération effaçait ainsi toute trace de leur existence. De plus, ils avaient calculé avec une très grande précision la période durant laquelle se produirait le basculement des pôles et ils savaient qu’ils ne pouvaient y trouver aucune parade. « Aucun Zora ne peut éviter l’inéducable » disait l’une de leurs maximes.

Leur civilisation s’étendit sur quarante deux millions d’années mais progressa très lentement à son début. Comme nos abeilles, puis nos termites, ils reproduisirent millénaire après millénaire les mêmes modèles d’existence sans réaliser le moindre progrès. Puis, pour une cause mal déterminée, mais qui pouvait se rapporter à l’écrasement d’un corps météoritique sur la terre, l’intelligence apparut trois cent milles années avant la construction de l’hyposphère. Dotés d’une mémoire génétique leurs progrès commencèrent très lentement et se sentirent à peine d’une génération à la suivante, mais ils existaient indéniablement ! Puis le phénomène s’accéléra de manière exponentielle et nous pouvons préciser que la partie « technique » de leur évolution ne s’étendit que durant cinq millénaires.

Végétariens et peu agressifs, ils se regroupaient en colonies fonctionnant en une sorte de royauté parlementaire. Un couple royal créait les générations futures et utilisait l’aide d’un groupe de généticiens pour les aider à choisir quels types de Zoras devaient naître ou être programmés pour une sélection. La régulation stricte des naissances et l’absence de besoins d’expansion entraînaient que les colonies ne guerroient jamais entre elles. Au contraire, pour obtenir une bonne diversité génétique, des réunions quinquennales par groupes de six à huit colonies donnaient un côté festif à ces relations. Le couple royal ne régnait que durant cinq ans. Au bout de ce temps ils laissaient la place à un nouveau couple formé entre un Zora mâle venant d’une colonie et un Zora femelle venant d’une autre. Chaque fois, six à huit couples royaux étaient remplacés, dans la joie et l’allégresse de tous, par autant de nouveaux couples. Des échanges d’idées, des jeux, des épreuves physiques, des ballets, des conférences amenaient une forme d’amour ou d’affection à exister entre ceux dont la génétique permettait de l’envisager. Les travailleurs de force, les exécutants de tâches répétitives, les pourvoyeurs de nourriture et bien d’autres n’étaient conviés que pour célébrer dignement ce renouvellement. Seuls les architectes, certains artistes, les généticiens de haut niveau, les médicastres et alchimistes, les dogmatiques religieux et autres penseurs, pouvaient participer à cette course vers la royauté.

Bizarrement, cela ne se terminait par aucun vote. D’après les tableaux, seule la quantité d’estime réciproque s’exprimant entre les deux partenaires était prise en considération. Il semble que tout cela relevait de la transmission de pensée et ne laissait jamais subsister le moindre doute quant aux choix possibles chez ces être dotés d’une intelligence si différente de la nôtre. Le couronnement ne provoquait jamais d’incident.

L’ancien couple royal, juste libéré de sa fonction, terminait en général son existence dans un logement confortable et consacrait son temps à aider, ou à assister de ses conseils, le nouveau couple ou encore à s’offrir pour le difficile rôle d’intermédiaire lorsque la décision balançait entre le conseil des généticiens et la royauté.

Les Zoras ne vivaient jamais plus que trente ans, mais la moyenne était de vingt trois années. Capables de travailler ou de se reproduire dès la troisième année, ils se voyaient attribuer la mission pour laquelle leurs généticiens les avaient conçus et ils s’y employaient totalement.

Lorsque de nouveaux besoins génétiques se manifestèrent afin de palier à l’approche quasi immédiate du cataclysme, il fallut engendrer de nouveaux types de Zoras. Des individus plus forts, plus résistants, plus persévérants et, parmi eux, il fallut former des ingénieurs, des métallurgistes, des mécaniciens, des chimistes ou des philosophes par millions. Les catastrophes se multipliaient et les Zoras périrent par milliers, puis par millions, puis par milliards. En cent ans, le climat des parties émergées devint ingérable. Disparition de la couche d’ozone, inondations, orages, tempêtes, typhons, moussons féroces ravageaient tout. Ils décidèrent de regrouper tout ce qui restait de la population des Zoras dans une seule colonie. Pour ce faire ils commencèrent la construction de l’hyposphère et, lorsque celle-ci fut terminée, il ne restait plus que quelques centaines d’individus. Ils avaient quitté les lieux et laissé leur mausolée là où Giarou, par son entêtement, poussa assez les choses pour que l’actuelle espèce industrieuse, supposée la plus intelligente de la planète, puisse le découvrir.

Chapitre quatre.

Ne dites pas que vous êtes fermement déterminés à agir …

Agissez ! (Et fermez-la …)
Rapporté par Lanoux.
Pilote.

Giarou passa donc, un peu plus rapidement que prévu, du statut de simple marin à celui de sous-officier, et devint élève pilote sur le navire amiral le G1 commandé par Athanase lui-même. A ce poste, ses études et son travail effectif convergeaient totalement, ce qui facilita sa tâche et lui permit d’avancer vite dans la quantité des travaux que ses chefs jugeaient bon de lui confier. Lorsque son temps obligatoire se trouva achevé, il demanda à continuer dans la marine, en signant pour une nouvelle période de six ans à l’issue de laquelle il devint le plus jeune officier navigateur de la flotte. Giarou obtint son premier « commandement » sur un sous-marin de poche dont il constituait, à lui seul, tout l’équipage. Il accomplissait de longues missions lointaines en solitaire et ne s’en montrait jamais affecté. Giarou n’appartenait plus à la classe des socio autistes mais se révélait capable de se passer des autres durant de longues périodes et cela, dans toutes les circonstances prévisible de son travail.

Athanase, suivant les indications de Nounou, l’envoyait repérer des amas isolés d’anciens récipients en plastique. La plupart de ceux-ci dataient du vingtième siècle et réapparaissaient, anarchiquement, ça et là, dans des zones tourbillonnaires ou au large de criques bordant des îles non habitées. La mission de notre ami consistait à s’y rendre, à en établir les coordonnées exactes, à en suivre le cheminement et à calculer, avec la plus grande précision possible, la zone où les porte-avions les ramasseraient ensuite. Cette tâche, aisée à décrire, comportait pourtant de nombreuses difficultés dues aux intempéries, à l’imprécision des premiers signalements et à la transparence aux détecteurs de type mollards, de certaines de ces matières synthétiques plus ou moins dégradées. L’exécution d’une mission complète demandait, en moyenne, un travail suivi de trente à quarante jours. Cela pouvait prendre le double de ce temps là dans certains cas. Le G1 envoyait un aviso vers la zone probable et une fois là, le sous-marin de poche partait en plongée. En effet, la densité de ces résidus était assez voisine de celle de l’eau de mer et on ne les trouvait pas toujours flottant et stabilisés en surface. Souvent, selon la température de l’eau, donc de l’ensoleillement, les amas flottaient entre la surface et le niveau moins dix mètres, pour ne remonter que dans une zone tourbillonnaire ou par un temps exceptionnellement beau. L’aviso ne restait pas sur place à attendre car, dans la plupart des cas, le sous-marin devait suivre, au mollard, les pérégrinations de ces amas que les courants et les vents promenaient un peu dans tous les sens.

On comprendra que, dans ces circonstances, Giarou ne puisse envisager aucune vie familiale. Comme bien d’autres navigants avant lui, il se contentait de brèves rencontres au cours des escales et ne nouait jamais de relations durables avec une des femmes affectées sur le G1. Pourtant, les équipages comportaient autant d’hommes que de femmes. Le jeune homme disposait d’un éventail assez large lui offrant toutes les possibilités de se trouver une compagne à son goût et ceci, tant sur le G1 que sur les bâtiments qui naviguaient de conserve avec le navire amiral !

Seulement, depuis le mariage de Clarina intervenu deux ans plus tôt, il se produisit comme une rupture en lui. Il osa transgresser, une fois et pour elle, les barrières que son socio autisme lui imposait. Lorsqu’il alla, avec toute l’ardeur et tout l’idéalisme de l’adolescence, vers cette jeune femme et il ne lui vint pas à l’idée qu’il ne s’agissait que d’amoures enfantines pouvant rester sans lendemains. Sa belle, de retour dans son milieu Berlinois, retrouva ses anciens amis et relations et, si elle conserva toujours un souvenir ému de ses premières expériences avec Giarou, elle ne se croyait aucunement obligée de s’en tenir là. Bref, elle rencontra un garçon sympathique prénommé Karl Otto et, deux mois plus tard, elle signa, avec lui, une alliance officielle qui se concrétisa très vite par les naissances successives de deux fillettes blondes et potelées.

Giarou, encaissa assez mal cet événement durant les trois premiers mois, mais, fort heureusement, le travail le tenait occupé et sur le qui-vive durant presque tout son temps d’éveil. Ensuite, il sombrait dans un sommeil de brute duquel aucun rêve n’émergerait pour le bouleverser. Bref, il s’en remit mais quelques chose en lui se trouvait comme définitivement cassé. Il ne cherchait pas à recommencer une telle expérience et se contentait de butiner de fleur en fleur lors des escales ou permissions. Bien que très sollicité par les jeunes femmes du porte-avions ou de l’escadre, il ne répondit jamais favorablement à leurs avances l’invitant à mener des relations suivies avec l’impétrante. Simplement, en usant de la plus extrême courtoisie, il déclinait en prétendant que sa vie, toute remplie de longues missions lointaines, ne s’accordait pas avec l’idée d’une liaison durable et que, pour ne pas causer de chagrin, il préférait s’abstenir de s’engager plus avant. La nouvelle se répandit assez vite sur tous les bâtiments et elles cessèrent de le courtiser pour ce que l’on nomme  le bon motif. Mais elles continuaient à l’estimer pour le  mauvais !

Il se trouva classé, par les femmes, comme un célibataire de type  ours, mais un ours relativement aimable auprès duquel une femme pouvait toujours trouver, en cas de besoin, un danseur pour l’accompagner dans une soirée ou un ami auquel elle pouvait demander un service, et, comme l’on dit, plus si affinités !

Au cours de ses périodes de congé, Giarou visitait notre planète et, plus rarement, allait voir ses parents et les gens qu’il connaissait dans ses blocs emboîtés originels. Pourtant, la personne qu’il voyait le plus volontiers, et ce jusqu’à la mort de ce dernier, était sans conteste, son vieux Mentor Maximus.

Une question obsédait notre ami Giarou : En quoi se distinguait-il des autres ? Ou, plus exactement, quel le facteur particulier pouvait bien le différentier de la plupart des autres mortels ? Son maître aimait le plaisanter à ce sujet et laissait, par jeu, planer de lourds mystères dans ses réponses, pour s’amuser ou qui sait, prolonger l’angoisse de Giarou ? Souvent, il lui expliquait que toute la différence venait du fait que, dans la civilisation actuelle, les gens ne disposaient, en réalité, d’aucun temps « personnel » pour penser ou philosopher. Pris entre leur travail, les exigences de la vie communautaire des blocs encastrés et l’envahissement du temps restant par les médias, les communications, les votes du matin et les jeux sur console, ils prenaient rarement la peine de se poser des questions existentielles ! Si l’on exceptait Giarou et quelques rares socio autistes ou philosophes de métier, nul ne se souciait plus de comprendre le pourquoi de ses propres agissements ? Nul, ne se positionnait plus en tant qu’observateur de ses propres actes et ce, en même temps qu’il agissait!

Qui plus est, qui donc pouvait encore trouver le loisir de s’auto analyser avec sérieux ? Au cours d’une dernière conversation, s’achevant lors de la lente agonie de Maximus, Giarou formula sa question de la façon la plus simple et la plus directe : « Qui suis-je ? » Et son mentor, dans un dernier souffle, lui rétorqua : « Mauvaise question ! Tu devrais te demander : <
Mais il ne repensa à cette réponse là, que bien des mois plus tard alors qu’il disposait de tout son temps à bord de son engin filant vers les astéroïdes… Sur le coup, il avait cru simplement, mal entendre les derniers mots à demi inarticulés de Maximus…

En effet, Giarou atteignait sa trente et unième année lorsque Nounou le désigna comme possible un pilote de spationef. En fait, le terme de  spationef  correspondait à une forme d’exagération destinée à entretenir l’imaginaire de la population. Il s’appliquait, effectivement, à la version améliorée des navettes qui transportaient, vers la Lune, et depuis des décennies, les éléments constitutifs des futurs vaisseaux devant tenter d’atteindre Proxima du Centaure.

Puisque l’on maîtrisait ce type de voyage, les Directeurs décidèrent qu’avant de sortir de notre système solaire il fallait commencer par visiter (ou approcher d’aussi près que possible) les mondes qui se trouvaient à l’intérieur. Certes, une quantité considérable d’engins téléguidés, recueillaient des informations de plus en plus précises qui permettaient de connaître mieux les planètes voisines et les gros satellites. Mais un homme trouvera toujours plus d’informations à ramener que vingt mille robots. De plus, il existait, d’après les psychosociologues, une forme de frustration pour les Terriens, à ce que la présence humaine ne se trouve pas corroborée effectivement par une vision obtenue sur place par des humains.

En clair, il fallait envoyer vers chacune de ces planètes ou de leurs lunes, un petit spationef piloté par un individu capable de rester seul durant plusieurs années. Cet intervalle de temps correspondait à la durée nécessaire pour que le pilote effectue le voyage aller et le voyage retour mais aussi qu’il puisse prendre le temps de se livrer à des observations plus concrètes et, si possible, à des expériences. Le mieux consistant à ce qu’il se pose un minimum de temps avant de repartir. Les problèmes concernant la réalisation d’un tel engin se trouvaient techniquement tous résolus. La question de l’alimentation - et des réserves nécessaires à la survie du pilote - ne se trouverait tranchée que lorsque ce dernier pourrait exprimer ses préférences alimentaires et que son médic posséderait assez de recharges pour le temps du voyage. Pour ces raisons n’importe lequel des pilotes ne pouvait être choisi. Mais, il fallait trouver la personne idoine. Nounou fournit la courte liste (huit personnes) de ceux qui pouvaient convenir. La mission présentée et proposée comme une simple éventualité, fut rejetée par six d’entre eux qui, quoique capable de vivre seuls durant de longues périodes, reculèrent devant l’obstacle. Il ne resta que Giarou et Philippin.
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