Note concernant les noms de personnes








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Maximus.

Ce Giarou me surprendra toujours et, en même temps, me donnera à chaque fois autant de satisfactions. Quel original ! Mes intentions personnelles m’amenaient à le classer parmi les gens guéris par notre thérapie si particulière et donc à le renvoyer, sans plus attendre, vers son lieu d’origine. Une fois chez lui, il devrait normalement se diriger vers une formation professionnelle et je crois que le pilotage - de jets ou d’engins complexes - lui conviendrait assez bien.

L’escapade aventureuse dans laquelle il souhaite se lancer dorénavant ne peut lui causer aucun tort, sous réserve qu’il continue à maintenir ses liens par portable et qu’il n’oublie pas d’emmener son médic et les chargeurs de ce dernier. Le bateau qu’il a pu extraire de son hangar appartient à la classe des neuf mètres et son confort vaut sa sécurité. On le nomme un « modèle I » et, dans cette désignation, le I correspond au mot insubmersible. Le moteur, qui l’anime en cas d’absence de vent, fonctionne à l’électricité produite par des batteries solaires qui couvrent entièrement le grand roof et qui chargent des accumulateurs chimiques placés, en fond de cale, près du puits de dérive. De plus, ce moteur peut être basculé aisément et il est possible de lui substituer un petit moteur de secours fonctionnant au fuel. Giarou vient de vérifier l’état des stocks et du matériel. Tout fonctionne, il lui faudra tout juste attendre deux jours de bonne luminosité pour charger à fond les accus.

Je me trouve donc sur le point de donner ma bénédiction à son escapade puisque cette dernière restera sous mon contrôle, mais je dois demander une confirmation à Nounou. Or, lorsque je m’en acquitte, la réponse que je reçois est très nuancée. Pour des raisons qui m’échappent complètement, Nounou considère que si Giarou ne peut être rangé parmi les socio autistes, sa guérison définitive doit encore passer par une ou deux périodes effectuées en zones ethniques particulières. Pressée par les flots de questions que je lui pose dans toutes les directions, elle finit par exprimer qu’elle poursuit un but bien plus important que la simple guérison du sujet. Elle désire qu’il accomplisse tout le circuit que devrait normalement suivre un socio autiste récalcitrant pour examiner ses réactions et ses comportements. Ainsi donc, je dois autoriser Giarou à prendre la mer mais je ne peux pas lui permettre d’aller n’importe où !

Si tout se déroule selon les prévisions de la grande toile, il recevra l’autorisation de choisir une formation professionnelle sur une liste qui nous lui présenterons et qui concerne une série de métiers très originaux. J’ai eu pour instructions de lui préciser que la plus proche de ces exceptions culturelles, se trouve installée sur l’île du Cap Vert, là où se cantonnent les Bimillénistes (ou Bims) qui, comme chacun le sait, désirent continuer à vivre exactement comme vivaient leurs ancêtres de l’époque précédant le développement de la grande toile. Je ne crois pas que Giarou se sente attiré vers ce genre de vie, mais … Qui sait ? De toutes les façons, cela ne me concernera plus. Je suis persuadé que je parviendrai à la fin de ma vie, que je quitterai ce monde définitivement, bien avant de le savoir.
Nounou.

« Destinataire Naviguant Giarou. Message personnel et confidentiel non enregistré : Votre choix de milieu ethnique est accepté et rien ne s’oppose à ce que vous puissiez vous y rendre dès votre seizième anniversaire. Entre temps, vous pouvez continuer à naviguer ou à vous promener en tout lieu vous restant accessible dans la limite des possibilités de dépenses prévues sur votre carte mensuelle. Toutefois, je précise que le bateau que vous utilisez constitue une antiquité non classée. Il n’existe aucun propriétaire légal connu et vous pouvez le vendre, mais uniquement afin d’acheter des titres de transport. Ceux-ci devront être utilisés au cours de la période qui vous sépare encore du début de second cycle de réadaptation et de formation professionnelle. Votre Magister vous considère comme revenu à la norme, mais il est utile que vous puissiez vous confronter à des milieux très différents de celui dans lequel vous viviez avant d’arriver à Gibraltar. Il semble que vous rencontrerez un maximum de difficultés, dans votre situation d’immersion en milieu ethnique particulier, les principales se rapportent à :

- Une langue ancienne à apprendre.

- Des us et coutumes dont les cassettes ne rendent pas totalement compte car elles ne présentent que des analyses synthétiques et globales.

- L’agressivité et la lutte pour survivre en un milieu qui reste intégré dans le système distributionniste, mais qui applique des règlements particuliers.

Comme vous devrez simultanément poursuivre vos études de second cycle, les autorités dont vous dépendrez vous fixeront des tâches qui tiennent compte de votre formation préalable et de ce que vous devrez encore apprendre. Cette affectation n’interrompt en rien les engagements pris par vous et qui concernent le rythme de vos utilisations de portable et vos devoirs de citoyen »

Giarou.

Le choix qu’il fit, après mures réflexions, entre les diverses possibilités que la liste présentait, imposa qu’il visionne les cassettes de plusieurs exceptions culturelles. Toutes différentes les unes des autres et, globalement, elles se révélaient comme toutes très différentes de ce qui constituait pour l’homme moyen, le normal, le standard, le cas courrant ! Il ressentit une première tentation de rejoindre les Amishs qui vivent comme à la fin du dix neuvième siècle, s’expriment en allemand, écrivent en gothique et refusent tout progrès technique découvert ou développé depuis cette période.

Le système dans lequel vivaient les Kibboutzim rescapés de la disparition d’Israël ne l’attira aucunement et la vision de la cassette provoqua, sur sa peau, de nombreux frissons. Les ethnies isolées des bochimans, des pygmées, des adorateurs du vaudou restèrent pour lui sans autre attrait que celui que provoque une curiosité. Il admettait qu’un jour il aimerait les visiter mais sans plus. Il éprouva une sorte de répulsion vis à vis du steitel d’Anvers, du ghetto de Harlem, des réserves indiennes du Canada. Parmi les autres choix proposés, peu retinrent son attention. En dehors d’un retour pur et simple à la vie normale, il ne trouva, en dernier ressort, que deux possibilités dans lesquelles il sentait pouvoir compléter sa formation et vivre autre chose que la routine de tous.

Le message de Nounou, une cassette et des textes de références à examiner, lui expliquèrent les difficultés (et même l’âpreté) de la tâche, mais Giarou ne manquait ni de courage, ni de pugnacité. Il se sentait prêt à affronter cette première vie nouvelle que lui offrirait ce choix, bien qu’il sache qu’il s’engageait pour un minimum de trois années pleines au cours des quelles il ne prendrait que quatre fois, deux semaines de congés. Son second choix le poussa à tenter de vivre, plus tard, dans une communauté de yogis car le côté philosophique de l’aventure l’inspirait. En premier choix il rejoindrait dès son anniversaire, sa première destination : L’escadre ! Mais rien ne l’empêchait de commencer à se préparer déjà mentalement aux attitudes de pensées de la seconde. De plus, pour mieux réussir dans sa première affectation, il souhaita apprendre une autre langue que la langue universelle. Cela, il pouvait le réaliser au cours de son périple à raison de quelques heures de laboratoire de langue par jour. Maximus, consulté préconisa une heure de laboratoire le matin et une demi heure de révision chaque soir. Giarou se mit donc au grec moderne et se comporta en bon élève tout le long de sa période vécue en marin solitaire.

Durant ces quelques semaines, il appliqua le même emploi du temps. Le matin au lever, il accomplissait ses devoirs de citoyen en votant, utilisant consciencieusement son médic et expédiait des messages vers le minimum requis de personnes avec lesquelles il acceptait de se voir relié. Ses messages restaient brefs mais il répondait aux questions que posaient sa famille, Clarina, son Magister et ses professeurs. Après une heure de Grec, il consacrait sa matinée à disposer ses engins de pêche pour obtenir des protéines animales fraîches. Les noix de coco, les bananes complétaient utilement son menu. Le reste venait des ports dans lesquels il passait pour se réapprovisionner à l’aide de sa carte. Il consacrait deux heures le matin et trois heures après le déjeuner à étudier avec ses mentors. Ensuite, il se détendait en attendant le moment de sa révision de langue. Plus tard, il s’occupait du bateau et de la suite de son voyage. Nous devons, pendant quelques pages, nous concentrer sur son métier de marin, métier qu’il devait acquérir au cours de sa première affectation…

… Retrouvons donc Giarou, se baladant après l’abandon de son îlot perdu et rejoignant tranquillement la zone de la côte Africaine dans laquelle se déployaient les bâtiments impressionnants de son futur point de résidence, je veux parler de l’escadre de Papadakis.

Giarou, âgé de presque seize ans, se différenciait des jeunes gens de son âge par sa morphologie et son assurance. La vie qu’il venait de mener lui laissait un corps sec, dépourvu de graisse superflue et très musclé par les pénibles travaux qu’il se trouva forcé d’accomplir pour survivre. Les autres jeunes, les gens normaux, travaillotaient à raison de quelques heures de cours par jour, heures noyées entre des temps principalement consacrés aux jeux sur console = position assise et immobilité de nombreux muscles. Ils passaient aussi des heures à communiquer entre eux ou à s’envoyer des images ou des musiques. Ils connaissaient le flirt et souvent l’acte sexuel mais ne rencontraient pas des personnes du sexe opposé avec lesquelles ils voulaient vivre en continuité. Certes, ils se fréquentaient, nouaient des liens affectifs ou purement sexuels, mais cela ne présentait pas la moindre idée de la vie en couple. Lorsque les jeunes gens qui vivaient dans leur proximité (immeuble, bloc, voire groupe) voulaient se rencontrer, rien ne les en empêchait. La morale en cours voulait que de bons rapports sexuels entretiennent un parfait équilibre mental et diminue des tas de tensions potentielles. Donc, les jeunes s’exerçaient à la pratique de l’amour mais ils n’y attachaient guère plus d’importance qu’à celle du sport, du plaisir de bien manger ou de celui de prendre une petite cuite de temps en temps. Plus tard, les célibataires continueraient à vivre ainsi, en fréquentant, chaque semaine, un nouveau Copclub. Giarou se sentait très sûr de lui, de ses possibilités d’endurance physique, de ses capacités à fournir de longues périodes de travail, mais surtout, il venait de vivre, avec Clarina, une expérience d’amour partagé qui avait duré presque deux ans. Du seul fait de ce qu’ils avaient vécu, en permanence ensemble, durant une grande partie de cette période, le pli qui s’était établi entre eux deux, resta très différent de celui que les autres adolescents prenaient. Sa perspective se rapprochait assez de celle d’un adulte deux fois plus vieux que lui et cela se sentait dans son attitude ou sa façon de se comporter, de parler et d’agir.

Naturellement, Giarou, en balade maritime, arrêtait son bateau dans un port lorsqu’il le souhaitait et il n’hésitait pas à profiter de cette escale pour renouveler ses provisions de bord et aussi pour passer une partie de son week-end au Copclub local.

Bien musclé, bien bronzé sous les embruns, réservé dans ses paroles mais très sûr de lui dans ses contacts, il plaisait beaucoup à ses partenaires de rencontre. Plusieurs lui proposèrent d’officialiser une union provisoire, mais, Giarou ne pouvait accepter car il rejoignait le lieu de sa formation. Il refusait toujours, avec la plus parfaite courtoisie mais aussi, en montrant sa ferme détermination.

Donc, au cours de cette navigation en solitaire vers la flotte qu’il devait rejoindre, il restait à bord durant de longues périodes et réduisait au plus court les échanges qu’il devait continuer avec ses correspondants. Lorsqu’il débarquait, il commençait par aller au magasin général du port et y déposait sa commande ; il reprendrait ses approvisionnements chez le même commerçant, juste avant de repartir. Puis, sortant de ce centre d’achat, il cherchait un hôtel où restait une chambre libre et, en général, il en trouvait aisément. Pour ses repas il préférait acheter, au fur et à mesure, le sandwich ou la pizza qui comblerait son appétit. D’autres fois, il achetait des fruits et se contentait de les manger en se promenant ou de les terminer dans sa chambre. Si, et seulement si, il prévoyait de passer quelques heures au Copclub du coin, il prenait le soin de mettre ses meilleurs vêtements, d’arriver propre comme un sou neuf, et une fois sa cotisation enregistrée, il prenait place à une table que personne n’occupait encore. Au cours de la séance, la musique entraînait les gens sur la piste de danse et Giarou les regardait avec intérêt évoluer en rythme. Clarina lui avait enseigné les rudiments de cette activité ludique et il savait assez de danse pour aller avec les autres. Mais il n’en prenait jamais l’initiative.

Cela ne manquait jamais, moins d’une heure après son arrivée, une jeune femme venait l’inviter à danser et, si elle lui plaisait il se levait pour accomplir ce rite obligatoire de la parade nuptiale. Si la demoiselle lui déplaisait, il déclinait poliment en prétextant que pour l’instant, il se contentait d’écouter et de regarder. Il ajoutait que plus tard, sans doute, il se déciderait à aller sur la piste. Ce genre d’échange, parfaitement convenu, signifiait : « non » mais l’exprimait sans agressivité.

Lorsque la belle voulait simplement converser, Giarou se forçait à entretenir, de quelques mots ou de quelques vagues grognements, la suite du soliloque de sa compagne. Si, elle parlait de choses qui l’intéressaient, il acceptait un véritable dialogue. Mais, notez-le, cela se déroulait de vive voix et sans l’intermédiaire des instruments de communication.

Giarou savait se taire, pouvait rester seul longtemps, refusait de se laisser abrutir du matin au soir par des voix lui susurrant à l’oreille, mais il restait un être humain sympathique et, somme toute, assez ouvert. Lorsque l’heure de rejoindre la Flotte arriva, il se sentait fin prêt et, également, plein de curiosité.

Chapitre trois.
Sois comme le martin pêcheur qui plonge

et ressort sans avoir mouillé ses plumes.

(Proverbe bouddhiste)
Anatole Papadakis, disparut en 154 A.A. et laissa sa fortune à une œuvre destinée au nettoyage des Océans que les dix générations précédentes de sa famille avaient tant contribué à polluer. Il mourut, sans descendance, d’un cancer de la peau qui se généralisa brutalement au cours de sa trente huitième année.

Certains prétendent que son testament visait à assurer une reconversion utile aux actionnaires de sa Compagnie de Navigation. D’autres ajoutent que la construction de la cent millionième éolienne sonnait le glas des transports de pétrole, lequel devenait une denrée de plus en plus rare chaque jour. Ce qui nous importe dans ce récit concerne la vente et le retour à la casse des pétroliers ainsi que les ordres laissés par Papadakis d’acquérir tous les porte-avions atomiques désaffectés.

En effet, l’établissement d’un gouvernement mondial entraîna la disparition des guerres et ces énormes villes flottantes n’avaient plus la moindre utilité. Par contre, deux siècles d’exploitation forcenée des ressources en or noir ( et de dégazages sauvages) avaient rendu les océans dangereusement biocides.

Certes, le pétrole ne tuait « que » les oiseaux de mer et de nombreux végétaux marins, mais les sacs en plastique que certains animaux confondaient avec des méduses, détruisaient des pans entiers d’espèces. Le milieu marin devenait l’égout de la planète et le gouvernement mondial ne pouvait se contenter d’empêcher que ces erreurs se perpétuent. Il devait aussi les réparer, faute de quoi, toute la population du globe finirait par en mourir ! Des dispositions furent prises et enclenchées pour que les fleuves restent propres et que, seules, les stations d’épuration reçoivent les eaux usées. On construisit, sur toute la planète, des usines de triage et d’incinération pour recycler les ordures ménagères et les déchets industriels, et ce, en y mettant le prix nécessaire pour obtenir un fonctionnement non polluant.

Les populations se trouvèrent progressivement ramenées à une conception plus saine de la vie au cours de laquelle chacun acceptait de petits sacrifices et quelques efforts pour ne pas produire trop de déchets. Les industriels réduisirent le nombre des emballages, les sacs en plastique non biodégradables se virent remplacés par du papier. Les ménagères allaient aux provisions avec un panier qu’elles remplissaient au fur et à mesure. Bref, on en revint partout à ce qui existait en Europe au début du vingtième siècle. Durant cette période là, le ramassage des poubelles se réduisait à un passage hebdomadaire car on ne jetait presque rien. Cette diminution de quatre-vingt-douze pour cent de la production des déchets résolut une bonne partie du problème.

Mais encore, restait-il à corriger les erreurs du passé ! Le Gouvernement mondial fixa à la flotte des porte-avions déclassés, la mission de rechercher, de traquer et de nettoyer les ordures que le temps ne détruirait pas ou qu’il ne recyclerait que bien trop tard. Secondairement, il lui demandait de repérer toute nouvelle pollution imprévisible et d’y porter remède. Ainsi, depuis la décision internationale du quinze septembre cent quatre-vingt-quinze A.A., ces énormes vaisseaux, ces villes navires non polluantes, devinrent des complexes industriels flottants qui se chargèrent de ces lourdes tâches.

Par petits groupes de deux, de trois ou plus rarement de quatre, leurs bâtiments se chargeaient de la traque des amoncellements d’ordures à détruire, du ramassage et surtout de la transformation terminale. Chaque ancien porte-avions se spécialisait dans la destruction de tel ou tel groupe de déchets, mais tous participaient au ramassage car, très souvent, une fois le lieu d’un ‘gisement’ détecté, il leur fallait tendre des filets entre eux pour ramasser les déchets sur de larges surfaces.

Une fois par an, tous les porte-avions se réunissaient pour la conférence des Pachas Celle-ci se tenait obligatoirement au large de Villefranche, port méditerranéen. Cela procurait aux marins une semaine de réjouissances coupées, pour les cadres, de quelques conférences ou réunions multilatérales.

Athanase Kouros régnait sur tout ce monde qui ressemblait fort à un enfer ! Amiral de cette flotte plus ou moins dispersée, Président Directeur général de cet ensemble industriel, éducateur en chef de cette école de réinsertion, oreille destinée à recevoir toutes les plaintes des embarqués de gré ou de force, formateur de futurs Capitaines ou de Navigateurs principaux, il cumulait tous les rôles ! Nounou l’avait désigné pour ce rôle dès qu’elle trouva un individu capable de s’en acquitte. De plus, le réseau des réseau recherchait déjà qui, dans la future génération, saurait le remplacer le moment venu. Il fallait tant de qualités et de caractéristiques spéciales pour tenir ce poste que les statistiques ne présentaient à l’analyse que deux ou trois sujets potentiels par génération. Sur six milliards d’individus, reconnaissez que la proportion était bien faible !

Athanase devint le sixième Amiral huit années avant que Giarou ne monte à bord du moins noble des bâtiments de la flotte, le G11, celui qu’on surnommait le  ramasse merde . Nounou souhaitait qu’on le forme, à la dure, au métier de Capitaine et accessoirement à celui de Naviguant ou d’Opérateur aux instruments.

Ce Giarou, très individualiste ne deviendrait jamais ni Pacha, ni Amiral car, précisa Nounou, ses caractéristiques comportementales, son ancien socio autisme, ne le prédisposaient pas au rôle. Par contre, il pouvait devenir un bon Capitaine pour une petite unité détachée, puisqu’il pouvait tenir longtemps sans ressentir de besoins de communiquer avec les autres.

L’Amiral tenait à savoir absolument tout ce qui concernait les nouveaux arrivants et il prenait donc le temps de lire les fiches que Nounou lui fournissait. Il s’intéressait plus particulièrement à ceux qui choisissaient de venir se former chez lui et beaucoup moins aux délinquants qui effectuaient des peines pour payer des fautes commises. Ce Giarou deviendrait quelqu’un, mais pourquoi Nounou recommandait-elle de le dresser à la dure ?

Athanase régnait en Maître absolu sur son escadre mais, dans son bureau, face à l’écran du réseau des réseaux, il devait admettre que ses décisions pouvaient être infléchies en fonction de considérations émises par la machine. Celle-ci le conduisait, parfois, à modifier sa propre volonté. Le passé lui avait démontré, à de nombreuses reprises, qu’il gagnait à suivre ces orientations. Par conséquent, il confierait le jeune homme à un vieux dur à cuire, pas très commode, un homme qui travaillait comme quartier maître dans l’atelier des mélangeurs à liants hydrocarbonés. Ce type, fruste mais correct, se nommait Zigomar Khan, mais tout le monde le surnommait  le balafré  à cause des cicatrices qui creusaient sept fois sa gueule sinistre. En effet, au début de sa carrière les éclats de métal venant d’une chaudière en explosion lui avaient déchiré la face.

Ainsi, durant le premier des quatre semestres que Giarou effectuerait sous son commandement, il consacrerait le principal de son temps à tripatouiller les résidus des dégazages pétroliers sauvages remontant à un, deux ou, même, trois siècles. Il gagnerait son pain en effectuant ce dur labeur, et continuerait à suivre son cursus estudiantin pendant ses moments de liberté.

Giarou.

Le jeune homme, nous le disions ci-dessus, avait pris le temps de se balader et de profiter de son nouveau bateau particulièrement agréable à manier. Il suivait les vents ou les courants au gré de sa fantaisie, vivant de sa pêche, de trocs ou de cueillettes auprès des plages et utilisant sa carte, comme tout un chacun, lorsque cela devenait nécessaire. Lorsqu’il ne lui resta plus que vingt jours avant de devoir rejoindre la Grande Escadre, il posa son sac à terre, vendit son bateau et se procura les titres de transports qui lui permirent de rendre visite à sa famille et aux gens des blocs emboîtés, sans oublier Clarina qui le présenta à sa famille et aux proches. Il put également s’offrir le luxe de prendre un Jet qui le déposa à l’aéroport de Nice. De là, une des libellules de service le mena dans la rade de Villefranche où il resta encore deux jours pleins à l’hôtel, comme un bon touriste. Ensuite, il se présenta au port muni de sa convocation. Quatre autres personnes, comme lui, attendaient la navette. Finalement celle-ci se présenta sous la forme d’une barcasse assez puante, laquelle prenant les lames par le travers, les amena à destination, trempés comme des soupes. Les quatre autres montèrent à bord de différents porte-avions et, finalement, Giarou arriva, seul passager, en bas de l’échelle de coupée du G11.

Son sac de marin - dernière de ses acquisitions contenant ses vêtements et quelques objets personnels - sur l’épaule, il entreprit la montée raide de l’échelle de coupée, ce qui se révéla comme assez incommode à réaliser. Les barreaux semblaient recouverts d’une graisse brune un peu poisseuse et il lui fallait les serrer fortement pour ne pas tomber. Pour éviter de salir son pantalon, il chercha à en rester le plus éloigné possible ce qui ne rendit pas son ascension plus facile. Parvenu à ses fins, il rencontra, en face de son visage, la trogne hirsute d’un premier maître qui attendait manifestement quelque chose de lui. Il prononça donc la phrase de politesse qui doit vous ouvrir l’accès d’un navire :

« Permission de monter à bord ? »

Machinalement, le gradé le débarrassa de son sac et le posa au sol, mais lorsque Giarou s’exprima, comme on le lui avait enseigné dans les cours de formation préliminaires, le visage du loup de mer vira au rouge comme s’il se sentait insulté et le jeune homme se trouva proprement balancé dans la baille par un bras puissant et vengeur. Il dut donc reprendre, tout mouillé, la pénible montée tout en se demandant ce qui lui valait une telle mortification ? A onze barreaux du pont d’arrivée, il comprit qu’il devait parler uniquement en Grec et non en Interlangua. Bien lui en prit car, le marin apprécia qu’il se plie aux bons usages.

Giarou sortit de sa poche, le dossier -sous latex étanche- qui contenait les documents nécessaires à son admission. L’homme y jeta un coup d’œil puis le conduisit directement aux douches pour qu’il se nettoie à fond et perçoive son barda complet de marin. Il devint, en deux temps et trois mouvements, le mousse Giarou, personnage situé au plus bas dans l’échelle des grades, donc un individu taillable et corvéable à merci, objet potentiel de toutes les brimades et de tous les quolibets. Un ancien lui désigna son hamac pendu près de la huitième chaufferie et le gradé dont il dépendrait désormais : Le Balafré.

Celui-ci ne perdit pas son temps en longs et vains discours, il expliqua simplement :

« Ici, pas de distributionnisme. Tu travailles, tu manges. Ton travail terminé, tu dors ou tu étudies, pas mon problème. La vie sur un bateau se partage en deux bords. Nous sommes des bâbordais et ne voulons rien savoir de ces cochons de tribordais. Tu ne leur adresses pas la parole, tu ne les vois pas, tu ne les entends pas ! Compris ? La journée se divise en trois quarts de huit heures. En principe, tu dois travailler durement pendant un de ces quarts mais en réalité, aucun moussaillon ne peut effectuer son travail en un seul quart, alors, prévois plutôt des périodes de dix à onze heures. Nous ne mangeons que deux fois par jour : au milieu de notre quart et au milieu de notre période de repos. Il existe des cantines et des distributeurs mais, pour aujourd’hui, puisque tu n’as pas travaillé, tu ne peux donc pas manger. Maintenant, viens avec moi, je vais te monter ton boulot ! »

L’installation se trouvait au repos, non éteinte bien sûr, car un complexe de solidification pétrolière ne s’arrête que par fraction et pour des périodes assez courtes. Sinon cela tourne très rapidement à la catastrophe. Il y régnait la température assez supportable de trente deux degrés mais, en période active, le poste de commande de la machine montait aux alentours de trente-huit et même, en fin de journée, jusqu’à quarante et un degrés.

Son fonctionnement semblait enfantin mais demandait une surveillance de tous les instants car des hétérogénéités pouvaient se produire dans la nappe à traiter. La merde noire, le pétrole brut échappé ou rejeté des anciens transporteurs, avait été recueilli par un filet à petites mailles, tendu entre deux porte-avions qui écrémaient la zone polluée et cherchaient à ne rien laisser s’échapper. Cette substance, comprenant du pétrole brut, un peu d’eau de mer émulsionnée et des débris divers emplissait des réservoirs de dix milles litres. Ces derniers arrivaient sur le G11 et décantaient dans les stockages de gigantesques réservoirs de deux cent mille litres. Au fil des jours, l’eau se séparait des substances organiques et tombait au fond. Au fond existait une robinetterie permettait de la soutirer pour la renvoyer à l’atelier de régénération. Des filtres primaires, à gros barreaux d’aciers, travaillant en alternance, arrêtaient les solides et on devait les nettoyer au moins une fois par semaine. Ce travail, particulièrement pénible et salissant, était confié, en général, aux punis ou aux condamnés. Giarou devait savoir comment fonctionnait le système mais ne devrait sans doute jamais s’occuper des filtres. Il en ressentit un grand soulagement. Travailler dans l’odeur entêtante des solvants ne le tentait guère et la tâche qui lui incombait désormais lui paraissait tout à fait à sa portée.

La nappe de ce brut vaguement filtré, arrivait ensuite dans des échangeurs thermiques qui la portait aux alentours de quarante-cinq degrés. Elle devenait liquide et émettait relativement peu de vapeurs. Pourtant ces gaz étaient aspirés vers des condenseurs. Ces derniers les ramèneraient à l’état voulu avant qu’ils ne rejoignent la même fraction de poids moléculaires que celle obtenue au niveau de la distillation qui s’opérerait sur un autre porte-avions. Le brut tiède passait ensuite au travers de grilles successives qui éliminaient tout déchet dont la dimension dépassait les trois millimètres. Puis, elle parvenait au poste dont Giarou assumerait la responsabilité : la solidification.

Ce terme, parfaitement impropre mais imagé, concernait le mélange de la nappe de brut avec des sables et des kieselgurs afin d’augmenter sa viscosité et sa masse spécifique. Les kieselgurs contiennent des diatomées fossiles qui possédent un très grand pouvoir d’adsorption. Il fallait mélanger plusieurs de ces sables pour obtenir une courbe à granulométrie très précise. Le responsable du poste la réalisait à partir de trois arrivages différents mais, chaque fois que l’un des constituants arrivait en fin de silo et qu’il fallait un réapprovisionnement, il devait tout régler à nouveau.

Des malaxeurs puissants, de type Werner, mélangeaient les trois sables, les kieselgurs et le brut jusqu’à en former un mastic dense que l’on extrudait, chaud, au travers de filières sous forme de gros boudins. Ces derniers, positionnés sur des tapis roulants, passaient dans un bain d’eau de mer froid avant de se voir découpés en blocs de cinq kilos environ. Puis, dans un second refroidissement en eau de mer maintenue à douze degrés, les techniciens vérifiaient que ces blocs n’émettaient plus de résidus polluants au bout de la chaîne de traitement. Alors on les rejetait dans l’océan, mais dans des abysses dont on savait la température bien inférieure à cette limite. Les terres de diatomées bloquaient les parties les plus légères par pure adsorption et les sables contribuaient au même phénomène pour les plus grosses molécules.

Ce qui rendait ce travail pénible venait de cinq facteurs différents :

- la température ambiante.

- Le fait de travailler en intérieur confiné où jamais la lumière du jour ne pénétrait.

- L’attention soutenue et le soin qu’il fallait apporter à ce travail pour éviter toute erreur.

- La surveillance permanente de l’état des stocks des différents composants.

- Savoir demander, ni trop tôt ni trop tard, l’intervention des équipes de nettoyage pour les filtres et les cribles.

Les deux premiers points concernaient de pénibles conditions extérieures imposées auxquelles Giarou ne pouvait apporter aucune modification. Il devait donc s’y adapter et il comprit très vite que râler ne servirait à rien. Par cette attitude mentale il s’évita bien des problèmes et de nombreuses difficultés. Le Balafré apprécia qu’il n’émette aucune protestation à ce sujet. Plus même, il s’arrangea pour lui rendre la vie un peu moins dure en l’envoyant sur les ponts au cours de son quart sous les prétextes les plus divers. Entre temps, il assurait la continuité du travail. Ces pauses, d’une vingtaine de minutes, à raison de deux fois par quart permirent à Giarou de subir sans claustrophobie ni étourdissements, les dures conditions imposées.

Pour le reste, il suffisait de rester attentif et précis dans le travail. Or Giarou possédait un grand avantage sur tout autre : Aucune distraction ne lui venait aux oreilles par l’intermédiaire d’un portable. Il continua à s’en passer en dehors des temps auxquels il devait absolument l’utiliser selon les ordres de Maximus. Comme prévu, la première semaine, douze heures lui suffirent à peine pour exécuter sa tâche quotidienne, puis, avec l’habitude et une meilleure organisation, il parvint à terminer sa part de travail aussi rapidement que les plus anciens.

Il s’installa alors dans une sorte de routine au cours de laquelle il trouvait du temps pour tout. Il continuait à étudier avec passion les matières qui devaient lui permettre de boucler son second degré. S’inscrivant aux cours facultatifs d’arts martiaux, il se montra rapidement comme l’un des meilleurs éléments et il participait à des joutes amicales avec d’autres marins qui s’adonnaient à cette activité. Un moment, il reçut une proposition pour participer officiellement à l’équipe du G11, mais il déclina expliquant que son séjour à bord ne dépasserait normalement pas les six mois.

Le Balafré se montrait content du travail accompli et en rendit compte plus haut. Giarou entretenait des relations courtoises, mais retenues, avec les autres membres de son quart ou de son bord. Il évitait, comme prévu, tout contact, même fortuit, avec ceux de tribord, mais trouvait intérieurement cette attitude stupide et rétrograde. A quoi bon supprimer les guerres et les nations, si des factions se trouvaient psychologiquement maintenues dans une agressivité permanente contre d’autres factions, elles mêmes constituées d’individus avec lesquels ils restaient parfaitement interchangeables et dont la participation à l’une ou l’autre de ces factions ne relevait que du hasard ? Tout cela le dépassait, mais il apprenait à vivre en appliquant des us et des coutumes auxquelles il ne souscrivait que par commodité.

Il continuait à observer les règles fixées par Maximus et donnait régulièrement de ses nouvelles aux personnes de sa liste. Du fait qu’il rencontrait des problèmes techniques nouveaux dans la compréhension de son travail et, en général, de ce à quoi s’employait la flotte des porte-avions, il se brancha souvent sur Nounou pour obtenir des informations complémentaires. Mais la Machine ne fournissait que des faits ou des données. Lorsqu’il cherchait à comprendre les raisons psychologiques ou historiques de telle ou telle évolution, il ne pouvait s’en contenter. Nounou lui fournit donc, à sa demande expresse, les coordonnées de quatre spécialistes capables de lui procurer le type d’informations et d’idées fondamentales qui lui manquaient. La liste de ses correspondants réguliers s’allongea donc d’autant et Nounou le classa définitivement comme guéri de son socio autisme.

Par ailleurs, le jeune homme n’échappa nullement aux corvées et brimades qui restaient l’apanage de sa position d’ultime sous-fifre. L’épluchage des pommes de terre comme le sempiternel plaisir d’écosser des haricots lui volaient quelques heures chaque jour. Mais, tout en s’activant à ces travaux ingrats, Giarou réfléchissait, révisait intérieurement ses cours et jouait mentalement aux échecs contre lui-même en développant une variante de défense moins connue que les plus classiques. Il lui arrivait, deux fois par semaine, de devoir laver les sols de l’atelier dans lequel son équipe bossait. Il ne considéra jamais cette activité comme dégradante ou humiliante car, la fraîcheur dégagée par l’évaporation de l’eau, lui procurait un réel plaisir. Bref, il accomplit sans grimaces ni colères ce que l’administration de l’escadre exigeait de lui. Ainsi, les six mois passèrent assez vite et il gagna son pain de façon concrètement très sensible, ce qui lui procura une forme d’assurance à laquelle il ne s’attendait nullement.

A la fin de son premier semestre dans la flotte, il passa ses examens avec succès et devint Matelot. Il devait quitter le G11 et rejoindre le G6, plus spécialisé dans la détection et le ramassage des déchets.
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