Education / formation le projet des Socialistes








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Le mérite de nos maîtres et des parents tout au long des années 85 jusqu’à 1997, est d’autant plus grand qu’ils ont eu à affronter (on l’oublie, là encore, la mémoire est courte) deux défis qui étaient quasiment insurmontables pour des éducateurs, des maîtres et des parents. D’abord, ils ont eu à gérer la vague de démocratisation sans précédent qui s’est traduite, en dix ans, par le doublement du nombre de bacheliers et d’étudiants, alors que le précédent doublement du nombre de bacheliers s’était opéré, non pas en dix ans, mais en 85 ans. Il ne faut pas non plus oublier le chômage de masse qui a paupérisé et désespéré de nombreuses familles et leurs enfants. Récemment encore, notre école républicaine et laïque a su montrer qu’elle était le meilleur rempart, le barrage le plus sûr contre toutes les formes de fanatisme et de barbarie. Seul creuset social et culturel depuis la disparition du service national, l’école (avec le sport) est aux avant-postes de l’intégration républicaine sur l’ensemble du territoire national. Nous pouvons, Jean-Luc Mélenchon et moi-même, en porter témoignage, de même que tous ceux qui vivent dans des établissements dans différents lieux du pays. Il y a quelques exceptions comme toujours, mais pratiquement partout, nos maîtres ont su, en ces circonstances, faire appel à la réflexion, à la raison, expliquer, poser des questions, interroger, et donner la parole aux élèves, ce qui est très important aussi. Ils ont su replacer les évènements que nous vivons dans l’histoire, rappeler qu’aucune religion ni aucun pays, notamment pas occidental, n’est à l’abri d’un intégrisme, du totalitarisme et du fanatisme destructeur, de l’Inquisition à la Saint Barthélemy, du génocide des Indiens d’Amérique à la déportation des esclaves noirs ou à la Shoah.


A tous ceux qui, jour après jour, doivent faire progresser nos enfants, nous devons, en tant que socialistes, exprimer notre reconnaissance.

Dans le texte qui nous est soumis par la direction du Parti socialiste, nos camarades rappellent clairement la double exigence de notre idéal éducatif : l’exigence d’excellence, car plus que jamais notre société a besoin de femmes et d’hommes de haut niveau de formation, et l’exigence d’égalité des chances. Car moins que jamais dans un pays prospère, riche, nous n’avons le droit de laisser au bord de la route, sans qualification et sans horizon, des jeunes qui se sentiraient alors étrangers chez eux.

C’est pourquoi, d’un même mouvement, d’un même pas, nous devons mener ce double combat en faveur d’une haute culture pour tous. Le pire mépris qui puisse s’exercer à l’égard des jeunes en difficulté serait, sous prétexte de les aider, de leur offrir une école au rabais. Et si récemment nous avons voulu, avec Jean-Luc Mélenchon, insister sur l’école du respect, ce n’est pas seulement pour lutter contre les incivilités, mais aussi et surtout contre toutes les formes du mépris : mépris des élèves qui connaissent la difficulté, et je me rallie à 100 % à ce qu’il vient de dire à l’instant, mépris des filières qui ne seraient pas classiques ou générales, mépris de la diversité des intelligences ; parfois aussi, disons-le, le mépris de l’école elle-même. Une société qui méprise son école se méprise elle-même.

Éclairés par cet idéal commun qui nous réunit, je le crois, quelles que puissent être nos différences d’approche ou d’appréciation, nous avons depuis quelques mois, avec Jean-Luc Mélenchon, ouvert une quinzaine de chantiers : la transformation de l’école, la réforme du collège, la rénovation des lycées et de l’enseignement technique et professionnel, le rajeunissement de l’enseignement supérieur, notamment son premier cycle, ou encore la rénovation de la formation des maîtres.

Si je veux résumer ce que je peux apporter à l’instant comme réflexion, je dirai que le maître mot de ces quelques commentaires pourrait être la réussite, je veux dire : la réussite des jeunes du pays. Cela doit être notre obsession de tous les jours, et ce, dès l’école de base, dès l’école maternelle et élémentaire.

Je suis très heureux, Jean-Pierre, que dans ce premier texte qui a été élaboré, vous ayez à ce point focalisé l’attention sur les premiers commencements du petit garçon ou de la petite fille. En effet, nous le savons de mieux en mieux par les études, c’est dès 3 ans, 4 ans, 5 ans, que les premières inégalités culturelles et sociales se manifestent crûment. Exemple saisissant que les maîtres ici présents connaissent mieux que moi : lorsque les petites filles et les petits garçons entrent en CP, sortant de la grande section de maternelle, certains d’entre eux sont en possession de 500 mots tandis que d’autres en connaissent déjà 1 500. Or, tous les linguistes nous le disent : « La richesse de l’expression orale d’un enfant est un préalable à la réussite de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. » D’où notre volonté, par toute une série de mesures que je vous épargnerai ce matin, de mieux leur donner la main pour les arracher à la noyade et leur permettre de connaître le bonheur de parler leur langue avec aisance.

Cet enjeu sur lequel je me permets d’insister (peut-être est-ce une marotte ou un entêtement, mais je ne le crois pas), cet enjeu, à cet âge-là, notamment 5 ans, est si déterminant pour la réussite des petits que je m’interroge encore sur la possibilité ou la nécessité d’abaisser à 5 ans l’âge d’obligation scolaire. Certes, l’immense majorité des enfants fréquente l’école maternelle. Mais, outre qu’un faible pourcentage la déserte pour des raisons diverses, ou la fréquente parfois irrégulièrement, une telle mesure marquerait politiquement, pédagogiquement, symboliquement, l’importance que nous attachons à ce premier apprentissage du français. Notre langue nationale est, à l’évidence, l’ossature, l’épine dorsale, la clé de voûte de l’éducation. Rien n’est ouvert s’il n’y a pas cet accès commun à la langue. Nous devons absolument gagner cette bataille de la lecture et de l’écriture et donner à chaque enfant la clé d’accès à la maison commune : notre langue nationale. Ne perdons jamais de vue qu’un enfant exclu de sa langue est un enfant blessé, mutilé, banni, et donc potentiellement violent et en révolte.

Plus largement, si je devais, rejoignant votre document, résumer en quelques mots ce que doit être plus que jamais l’ambition de la première école, je dirais qu’elle doit avoir pour objectifs l’intégration de l’enfant dans la République. Cela va de soi, cela passe par la maîtrise de la langue commune mais aussi par l’apprentissage des valeurs démocratiques dès le premier âge.

Nous devons encore viser à l’épanouissement complet de l’enfant, pas seulement celui de ses facultés intellectuelles mais aussi de ses facultés pratiques, sensibles, émotives, affectives, d’où les mesures que nous avons prises. J’espère que l’on pourra, dans le futur, non seulement continuer à les mettre en œuvre mais les amplifier en faveur de l’éveil de la sensibilité artistique. Je vois en ce moment à quel point ces mesures suscitent l’enthousiasme, notamment auprès des maîtres et des parents. Cela passe aussi par le plein achèvement de notre plan à partir des expériences Charpak de La Main à la pâte, par la participation des enfants eux-mêmes à des expérimentations scientifiques et, de manière plus générale, par l’appel constant à l’imagination de l’enfant, à la sollicitation de sa parole et de sa créativité.

Enfin, l’ouverture de l’enfant au monde passe par l’apprentissage obligatoire d’une langue vivante étrangère et le nouveau brevet Internet.

Ces préoccupations, je pense que nous devons les retrouver tout au long de notre système éducatif, c’est l’esprit de la réforme du collège, à laquelle vous avez bien voulu apporter votre soutien. Un collège pour tous, qui sera en même temps un collège pour chacun, qui saura reconnaître pleinement la diversité des talents et des intelligences. Ainsi, je le crois vraiment, si nous persistons, si nous nous entêtons, nous réussirons à élever la culture générale des collégiens, à leur redonner confiance, et nous parviendrons à réintégrer des enfants qui, encore en trop grand nombre, se trouvent déscolarisés parce qu’ils ont, un jour, rencontré un échec.

J’indique ici d’ailleurs que notre engagement est total, qu’il est irréversible et, qu’en janvier prochain, l’ensemble des textes sera publié pour que dès la rentrée 2002, les itinéraires de découverte soient pleinement appliqués, et que soit connu aussi le contenu du futur brevet obligatoire en fin de troisième.

Pour clore ce que j’ai dit à l’instant sur l’intégration des élèves dans le collège républicain, j’ajouterai un mot pour souhaiter que, dans notre projet, figure en bonne place un engagement clair en faveur de l’internat public. Cette mesure permettra à des jeunes qui, dans leur vie quotidienne, ne bénéficient parfois ni de bonnes conditions d’hygiène ni de repos et qui ne connaissent pas les conditions de vie propices à une bonne scolarité ni même parfois à l’apprentissage de la citoyenneté, de trouver dans ces maisons du collégien, maisons de la civilité, le lieu d’une éducation complète.

C’est cette même volonté d’assurer la réussite des élèves qui doit nous inspirer pour l’avenir du lycée. Des réformes ont été engagées, nous les achèverons mais, en même temps, je m’interroge ; je me demande si trop de chamboulements successifs, je pense en particulier aux bricolages de M. Bayrou, n’ont pas parfois un peu brouillé les cartes. Par ailleurs, Jean-Luc le disait à l’instant, et vous le dites vous-mêmes dans le document : « Le nombre de bacheliers tend à plafonner. »

Rassurez-vous, je ne proposerai pas une énième réforme qui viendrait à nouveau donner le tournis aux uns et aux autres. Simplement, je crois que nous devons réfléchir dès maintenant, et cette réflexion pourra enrichir elle-même notre projet commun, à un recentrage de nos lycées vers les grandes voies de formation, qu’elles soient générales ou professionnelles, afin de tenter de mieux établir les liens avec l’université. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à l’un de nos très bons recteurs, en l'occurrence une rectrice, celle de Toulouse, Mme Nicolet Belloubet-Frier, d’animer un petit groupe de réflexion. En effet, il y a toute une série de questions que vous évoquez qui méritent d’être résolues : comment mieux organiser l’orientation des élèves ? Comment assurer la traduction pour la voie technologique du rapport Descombs ? Comment porter plus loin encore cette belle idée du lycée des métiers que, Jean-Luc Mélenchon et moi-même, nous voulons absolument porter le plus loin possible ? Comment revaloriser les grandes voies de formation, et en particulier la voie littéraire et la voie scientifique ? Comment établir des liens plus étroits avec l’université ?

Là encore, je m’interroge à propos de l’obligation scolaire et sans y répondre, je veux vous soumettre une question : dans un pays de haute culture, de savoir avancé, qui a besoin d’encourager la formation au plus haut niveau, ne devrions-nous pas réfléchir, (je n’ai pas le pouvoir d’en décider, cela relève de la loi) à la possibilité de porter l’obligation scolaire de 16 ans à 18 ans ? Dans une société de l’éducation, de la création et de l’intelligence, ce ne serait pas un luxe mais, au contraire, un investissement plein de promesses, que d’inciter ainsi les pouvoirs publics, sous des formes multiples, à assumer cette nouvelle obligation.

J’en viens enfin à l’enseignement supérieur. Vous y avez consacré une analyse très précise. Sur beaucoup de points, nos idées se retrouvent et convergent. Je dirai quelques mots sur le DEUG. Contrairement aux idées propagées ici ou là, la réforme Jospin de 1992, que j’ai eu la charge de parachever en 1993, les acquis de 1995 en faveur des étudiants, les initiatives pédagogiques multiples prises par les uns et par les autres, ont permis d’améliorer très substantiellement les taux de succès. Voici dix ans, 65 % des étudiants échouaient au DEUG tandis que, aujourd’hui, près 50 % des étudiants réussissent leur DEUG en deux ans et 70 % en trois ans.

Mais, comme vous le dites très justement dans votre document, il nous faut être plus encore ambitieux. Comment ? Par toutes les mesures que vous voulez bien soutenir et accompagner, en encourageant la pluridisciplinarité qui facilitera la réorientation en fin de première année des étudiants qui auraient fait fausse route ou qui auraient hésité. Après tout, lorsque l’on a 19 ans et que l’on entre à l’université, on a bien le droit de s’interroger sur la voie où l’on s’engage.

Il faut également recourir à de nouvelles méthodes pédagogiques : travail en petits groupes, nomination d’un directeur des études, tutorat, tout cela est en marche. Et ce nouvel état d’esprit transformera l’enseignement supérieur au niveau du DEUG, en particulier dans les sciences économiques, dans la foulée de l’excellent rapport établi par Jean-Paul Fitoussi à notre demande ; dans l’enseignement des lettres, à cet égard, j’attends avec impatience le rapport de Blandine Kriegel ; dans l’enseignement des études médicales, et nous venons de décider avec Bernard Kouchner, c’est passé presque inaperçu, et après tout tant mieux, c’est dire qu’il y a un large assentiment, après des années de réflexion, de consultation, sur les grands principes de réforme du premier cycle, notamment de la première année. Nous allons enfin en finir avec ce gâchis scandaleux : 90 % des étudiants qui suivent en première année des enseignements de haut niveau se trouvent jetés dehors, sans possibilité de rebondissement. C’est la raison pour laquelle nous avons opté pour deux idées simples : premièrement, donner à l’ensemble des étudiants une culture pluridisciplinaire pour que ceux qui ne sont pas retenus dans l’une des filières de santé, puissent trouver une autre voie. Deuxièmement, et cela rejoint l’excellente politique qui, je l’espère, sera également mise en valeur le jour venu ce gouvernement a la volonté de donner à tous ceux qui se préparent à un métier de la santé une culture commune. En effet, que l’on se prépare à devenir sage-femme, dentiste, médecin, infirmière, toutes ces personnes sont appelées à travailler ensemble, il est donc normal qu’il y ait un socle d’apprentissage commun.

Ces avancées pédagogiques sont rendues possibles, disons-le, par la décision prise par le Premier ministre et par l’ensemble du gouvernement sur le plan budgétaire. Naturellement, ce n’est jamais assez. Cependant, pour l’enseignement supérieur, on vient cette année de franchir une étape qui n’est pas mince et qui a été, je crois, dans l’ensemble, reconnue. Je lisais hier une appréciation portée par le président de la Conférence des présidents d’universités, M. Bernard Belloc : il qualifiait ce budget de très bon.

D’ailleurs, la traduction concrète de la création d’emplois et des crédits obtenus, je pense que nous devons en tirer une fierté collective, va nous permettre d’atteindre pour les étudiants un taux d’encadrement comparable à celui des années 80, c’est-à-dire avant l’explosion démographique ; c’est une moyenne, naturellement, on sait que les moyennes sont à la fois justes et fausses. Cela veut dire que le combat qui a été mené, parfois à marche forcée, par les ministres successifs, par les gouvernements de gauche successifs, a été gagné. J’ajoute que ce taux d’encadrement nous placera en tête des pays européens.

La réussite des étudiants (et là encore, je rejoins Jean-Luc Mélenchon), en dehors de ce que je disais à l’instant sur la rénovation pédagogique et la pluridisciplinarité, suppose également l’accélération dans certains domaines de la professionnalisation des études supérieures. A cette rentrée-ci, sachez-le, nous connaîtrons le doublement du nombre des licences professionnelles, qui avaient été lancées par Claude Allègre ; nous avons poursuivi l’an dernier avec Jean-Luc Mélenchon. Cette rentrée verra également le doublement des DESS, lesquels donnent immédiatement accès à des jeunes qui en sont titulaires à un travail qualifié.

Dans un domaine qui intéresse les professeurs de l’enseignement secondaire ou de l’enseignement primaire, il convient de signaler l’augmentation très sensible des postes mis au concours des professeurs des écoles et des professeurs de l’enseignement secondaire. J’indique d’ailleurs, pour ceux qui en douteraient, que selon la promesse que j’avais faite au nom du gouvernement, pour la première fois depuis très longtemps, nous annoncerons le nombre de postes mis au concours dans les plus brefs délais, alors que pour des raisons que je ne comprends toujours pas, année après année, on attendait parfois jusqu’à quinze jours avant les épreuves pour les faire connaître aux étudiants.

A ce sujet, je peux dire, sans livrer le chiffre, que le nombre de postes mis au concours, dans l’esprit qui est le nôtre de renouveler sérieusement, solidement et de façon maîtrisée, les générations d’enseignants, sera en hausse très sensible.

La réussite des étudiants passe aussi l’ouverture internationale : c’est l’objet du plan pour la mobilité des étudiants, adopté au sommet de Nice. Nous avons souhaité ne pas nous contenter de mots et nous avons décidé, la France est le seul pays à le faire, de créer 12 000 bourses de mobilité européenne, pour permettre à des étudiants d’aller passer trois mois, six mois hors de France, dans d’autres universités. De même, nous avons engagé une réforme qui vise, vous l’évoquez dans le texte, à conserver les acquis de parties de diplômes obtenus en France ou hors de France ; du coup, les études qui seront accomplies hors de France pourront être intégrées dans les diplômes nationaux français.

L’ouverture internationale, c’est aussi, naturellement, tout ce qui est entrepris pour les langues vivantes et en particulier à l’université. Nous mettons fin à une incroyable anomalie du système français, que nous avons tous subie ou vécue : dès que l’on entre à l’université, nous cessons le plus souvent d’apprendre une langue vivante, sauf lorsqu’on se destine au métier de professeur de langue ou que l’on entre dans une grande école, où cela devient même parfois difficile, peut-être trop difficile, pour certains étudiants. Bref, nous donnons désormais la possibilité d’assurer cet enseignement, de mettre au point un certificat de compétence linguistique qui pourra être inclus dans le nouveau style de diplôme.

La réussite des étudiants passe aussi par l’ouverture aux nouvelles technologies. Vous connaissez la réussite des campus numériques : dix, cette année. Je souhaiterais que l’on puisse se fixer, pour les années qui viennent, la création d’une centaine d’autres.

Toujours pour ce qui concerne la réussite des étudiants et la lutte contre l’échec, il convient de rappeler le plan social étudiant qui avait été conclu entre le gouvernement de Lionel Jospin et les organisations étudiantes. Les engagements pris ont été pleinement respectés : 30 % d’étudiants perçoivent aujourd’hui une bourse, soit une augmentation de 15 %. D’ailleurs, on le sait, peu de pays comportent un libre accès aux universités comme c’est le cas en France. Tout à l’heure, j’évoquais les DESS. Nous avons décidé avec Jean-Luc de créer cette année, et ce n’était pas prévu dans le plan social étudiant. Nous évaluons à 12 000 les bourses pour le DESS, afin de permettre à des jeunes, sur critères sociaux, de poursuivre leurs études dans le troisième cycle. Mais, j’ai conscience que nous ne sommes pas encore complètement au bout de nos peines, notamment pour ce qui concerne les étudiants en grande pauvreté.

Un autre sujet, évidemment toujours très controversé chez nous, est celui de nos grandes écoles qui demeurent encore anormalement fermées, trop fermées à des étudiants d’origine modeste. C'est la raison pour laquelle j’ai demandé à une personne qui connaît bien ces sujets, Mme la professeur Figuière-Lamouranne, de bien vouloir proposer rapidement des solutions.

Comme vous, je souhaite que, sur ce plan-là, nous soyons volontaristes et déterminés. Forçons un peu le trait : on ne peut pas admettre, dans un pays comme le nôtre, qu’il y ait d’un côté un enseignement de masse, certes, le plus souvent de très bonne qualité, et de l’autre, un enseignement qui, parfois (pas toujours) s’apparente à un enseignement de caste.

Je me résume : tout au long de notre système d’enseignement, de la petite école jusqu’à l’enseignement supérieur et ensuite, il nous faut persévérer pour assurer les apprentissages fondamentaux mais, en même temps, partout encourager l’innovation, l’initiative, l’imagination, la créativité des élèves et des maîtres.

Pour les maîtres, une rénovation de la formation est en cours et s’appliquera pleinement à la rentrée 2002. Et, au-delà de la rénovation de la formation des maîtres, permettez-moi de dire un mot sur le métier lui-même, sur l’exercice et la conception du métier de professeur.

L’esprit d’innovation qui doit souffler sur l’ensemble du système scolaire et universitaire nous conduit naturellement, c’est mon sentiment, à accorder à nos maîtres et à nos professeurs, une plus grande liberté d’initiative, dans le cadre de programmes nationaux et de diplômes nationaux.

Le maître ou le professeur, on l’oublie parfois, accomplit de plus en plus souvent un travail créateur, inventif dans la relation avec les élèves, avec ses collègues, dans le lycée, dans le collège, dans l’école, à l’université. Et loin d’être un simple exécutant, ce serait totalement absurde, de l’instruction nationale, il est d’abord, vous le savez bien, un éveilleur de l’esprit et de la conscience.

Je crois que dans notre réflexion, et l’on doit y travailler au cours des prochaines semaines et des prochains mois, nous devons absolument mettre l’accent sur ce caractère créateur du métier de professeur. Cela vaut évidemment pour l’enseignement supérieur. Et c’est pourquoi, dans l’esprit du rapport que j’ai demandé au professeur Espérét, les missions de professeur d’université, désormais, n’incluront plus seulement le temps de cours ex cathedra, en deuxième ou en troisième cycle, mais pourront inclure toute une série d’activités : la pédagogie en premier cycle, notamment pour la réussite des élèves en DEUG, l’assistance ou le développement des nouvelles technologies, la formation continue etc. Je ne vais pas les énumérer mais il y a toute une série de mesures que nous voulons absolument prendre pour soutenir votre projet, chère Anne Hidalgo, concernant la formation continue, afin que celle-ci devienne une obsession dans notre système universitaire. Bref, il nous faut, là encore, libérer les imaginations des universités, des universitaires et des étudiants.

Je conclurai par deux ou trois observations sur l’excellent document élaboré par l’équipe d’Anne Hidalgo.

Première remarque, je dois dire que le ministère de l’Éducation nationale n’a pas lui-même donné le meilleur exemple, depuis dix ans, en matière de formation continue de ses personnels. C’est une situation anormale et, vue de près, elle est plus grave que je ne l’imaginais au départ. Je veux absolument y remédier. Et nous n’y parviendrons pas d’un seul coup mais par un véritable pilotage national ainsi que par des moyens réels. C’est d’ailleurs dans cet esprit, même si ce n’est pas de la formation continue mais un complément de formation initiale, que nous avons doublé le temps de stage sur le terrain. Au cours des premières années de formation des maîtres. Il nous faut aller beaucoup plus loin.

Deuxième remarque, la transformation du « statut » des professeurs d’enseignement supérieur devra inclure, s’ils le souhaitent, une part pour la formation continue. Il n’y a pas de raison qu’ils le fassent, comme c’est le cas aujourd’hui, dans des conditions de bricolage inacceptables. De même, le système des points capitalisables pour les diplômes permettra à quelqu’un qui quitte l’université à un moment T, d’y revenir quelques mois ou quelques années plus tard, pour parachever ses études.

Troisième chose : on peut s’interroger. Pour ma part, je ne suis pas un fanatique des réformes de structure administrative. Souvent, on y consacre du temps, de l’énergie, et l’on crée des conflits génétiques. Cependant, dans un grand pays comme le nôtre, il est anormal que l’on ne puisse pas avoir un ministère commun (je ne suis pas candidat, j’ai assez à faire comme cela) pour ces actions complémentaires. Il nous faut une instance, un vrai pilotage, cherchons la formule, je ne sais pas si c’est un ministère de la Formation. Je sais très bien que les publics ne sont pas les mêmes, que les interlocuteurs ne sont pas les mêmes, que les organisations avec lesquelles nous travaillons ne sont pas les mêmes, mais, finalement, les citoyens sont à peu près les mêmes, c’est le même pays, et c’est la formation.

Essayons de mener une réflexion à ce sujet. Je n’ai pas la solution. Comment pourrions-nous, dans une nouvelle étape, quand notre candidat sera à la présidence de la République, imaginer une réorganisation gouvernementale qui permette de faire place à un tel projet ?

Je conclus : dans quelques mois, notre projet sera prêt, nous serons dans une bataille politique qui sera vive. A ce moment-là, il faudra, à partir de notre projet, parler clairement à nos concitoyens, et appeler un chat un chat. Sur chacun des sujets, l’éducation, la santé, la démocratie, le reste, il faudra clairement demander à nos concitoyens de choisir en leur âme et conscience. Souhaitent-ils par exemple, et ils en ont le droit, revenir, à propos des moyens budgétaires, à la saison des vaches maigres et du pain sec, avec les docteurs Juppé, Bayrou et autres Balladur, ou pensent-ils que nous devons aller de l’avant, poursuivre et continuer ? Mon sentiment sur ce point rejoint le vôtre.

Dans les propositions budgétaires que vous faites, je souhaite que le plan pluriannuel de recrutement, qui aura permis en trois ans la création de 50 000 emplois, et Lionel Jospin est le seul chef de gouvernement en Europe qui ait conçu une telle programmation, ne se limite pas aux trois ans que nous avons prévus, mais qu’il soit prolongé. Alors, il faut en discuter : cinq, sept ans, cela reste à déterminer.

Mais nous savons bien que si la droite revenait au pouvoir, elle mènerait une politique diamétralement opposée. Les politiques de droite sont les spécialistes toutes catégories du charcutage budgétaire. L’enseignement serait, une fois de plus, la première victime sur l’autel des sacrifices et de l’austérité, sans compter le retour à la ségrégation, à la sélection, à la discrimination ou au démantèlement.

Je vous demande, simple illustration de ce que je dis à l’instant, de vous reporter aux propositions du RPR en matière d’éducation. J’y ai découvert une idée, que, dans un premier temps, j’ai considérée comme un canular tant elle est saugrenue et, comme aurait dit quelqu’un, abracadabrantesque : la décentralisation, non plus des universités, non plus des collèges, non plus des lycées, mais la décentralisation (on n’avait encore jamais fait mieux) des académies ! Il y a quelques juristes parmi vous, j’imagine, enfin, des gens de bon sens, tout simplement. Indépendamment de toute considération politique, comment peut-on proposer une telle ânerie, qui confine à ce que certains juristes appelleraient de la tératologie juridique ?

Bref, Mesdames, Messieurs, chers amis, chers camarades, je crois que, au-delà de nos propositions, et nous devons les enrichir, les affiner, les améliorer, sans cesse réfléchir et réfléchir encore, plus que jamais les circonstances actuelles nous montrent que le reaganisme, le thatcherisme, et toutes les écoles françaises qui ont épousé ces doctrines, ont eu pour conséquence d’appauvrir les États afin de les paupériser, de les désarmer et, du coup, de les rendre faibles face à l’internationale des spéculateurs, ou l’internationale des terroristes.

Nous sentons aujourd’hui plus que jamais la nécessité de politiques publiques puissantes, dans le domaine de la ville, par exemple. J’aimerais un jour que l’excellent rapport que notre secrétaire national à la Formation et à l’Éducation avait consacré à la ville devienne réalité afin que, précisément, notre Éducation nationale n’ait pas à recevoir de plein fouet, comme c’est le cas aujourd’hui, l’effet d’un urbanisme ségrégatif et d’un certain nombre de ghettos qu’il faudra un jour faire disparaître. Vous le dites dans votre texte : tout ce que l’on propose sur la mixité sociale, sur la mixité scolaire, aura nécessairement ses limites tant que nous ne mènerons pas une politique publique très volontariste dans le domaine de la ville ou des quartiers. Sur ce plan d’ailleurs, j’attends prochainement des propositions de Jean Hébrard, qui permettront, je pense, d’avancer.

Chers amis, pardon d’avoir abusé de votre patience. Je souhaite que nous puissions, ensemble, continuer à consolider l’école républicaine, à soutenir nos enfants dans leur désir d’apprendre, nos enseignants, et à accompagner les parents dans l’exercice de leur métier devenu aujourd’hui si difficile. Merci à tous.

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