Colloque de l’Ecole Doctorale IV – Paris iv-sorbonne








télécharger 57.2 Kb.
titreColloque de l’Ecole Doctorale IV – Paris iv-sorbonne
date de publication31.03.2017
taille57.2 Kb.
typeDocumentos
ar.21-bal.com > loi > Documentos


ELODY RUSTARUCCI

Colloque de l’Ecole Doctorale IV – Paris IV-Sorbonne

11 juin 2009
Le mythe du héros post 9/11 dans les médias américains

Dans l’introduction du livre de l’exposition « d’Achille à Zidane » Odile Faliu et Marc Tourret écrivent « Le héros est l’objet d’une construction, le produit d’un discours, d’une "héroïsation", qui révèle, à travers des actes exceptionnels, les valeurs d’une civilisation». Interrogeons-nous maintenant sur la figure du héros lors d’un moment précis, considéré comme le choc d’une civilisation, plus particulièrement la civilisation occidentale, et prenons le cas de la société américaine frappée par les attentats du 11 septembre 2001.

Dès la catastrophe, certaines personnalités - publiques ou non - ont été mises en avant et louées comme des « héros ». Nous pouvons nous demander dans quelle mesure le 11 septembre a changé le statut du héros aux Etats-Unis et quelles sont les représentations et les enjeux de ce discours médiatique.

Afin de répondre à ces questions nous reviendrons brièvement sur les critères du statut du héros et sa figure médiatique jusqu’au 11 septembre puis nous étudierons les 4 grandes figures de héros que nous pouvons distinguer dans les médias à partir des attaques et leur oppositions aux héros (superhéros) établis jusque alors. Enfin nous tenterons de déceler les enjeux sociaux, politiques et économiques de ces nouvelles représentations.

Notre étude se base sur l’analyse des médias d’information telles les éditions de mois de septembre 2001 des quotidiens New York Daily News, New York Post, et New York Times ainsi que celles des hebdomadaires Queens Courier, Riverdale Review, Canarsie Courier, Villager. Nous cavons comparé le traitement des événements par trois grands quotidiens new yorkais avec celles des hebdomadaires des boroughs mais aussi entre les hebdomadaires eux-mêmes. Notre travail s’appuie également sur l’étude des médias de divertissement et notamment des trois épisodes de la série de NBC Third Watch, des séries Rescue Me, Heroes et bien sûr des films de super héros produits dans les années 2000.

I – le Statut du « héros » aux Etats-Unis jusqu’au 11 septembre 2001

- définition du héros

Nous savons que le mot « héros » désignait dès son origine grecque un dieu ou un demi- dieu. S’il garde toujours aujourd’hui cette référence à un être surhumain, le terme « héros » désigne aussi dans son sens plus large (selon le Robert) : « - un personnage légendaire auquel on prête un courage et des exploits remarquables ; celui qi se distingue par ses exploits ou un courage extraordinaire ; un homme digne de gloire par son courage, son génie, son dévouement ». Quant au super héros, Jean-Paul Gabillet le définit comme un personnage de fiction avec des caractéristiques distincts (mais qui n’a pas forcément de pouvoirs) basé sur un schéma appartenant au registre mythologique. Le super héros a ainsi une maitrise du corps et est conscient du rapport de l’individu au droit. Il met en pratique les valeurs morales. C’est par exemple la figure du justicier à la double identité.

- les héros américains

L’Histoire et la culture américaine a souvent mis en avant des « héros ». Certains sont de vrais personnages historiques mythifiés tels Les pères fondateurs, Martin Luther King, Kennedy, les G.I.s… d’autres figures moins individualisées font aussi partie de la mythologie américaine, tels les pionniers et les cow-boys dont l’héroïsation atteint son apogée avec le cinéma - notamment grâce aux westerns. Ces figures ont permis la construction d’une identité américaine.

Les super héros pour leur part, naissent aux Etats-Unis dans la première partie du XXe siècle. Dans « Step Aside, Superman...This Is a Job for Captain America! Comic Books and superhéros Post September 11 », Jarett Lovell souligne que le personnage du super héros est apparu en temps de crises. Superman fût ainsi créé après la Grande Dépression en 1938 et Captain America pendant la Seconde Guerre Mondiale, en décembre 19401. Plus tard il est à constater que certaines adaptations télévisuelles ou cinématographiques des aventures de superhéros ont lieu à des moments marquants de l’Histoire. Ainsi les premières apparitions de Superman sur grand écran datent de 1978 et 19802, période charnière entre la fin difficile du mandat du Président Carter et l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan.

- New York et les (super)héros

Depuis la naissance des comics, New York occupe une place centrale dans l’univers des super héros. Elle incarne l’archétype de la ville. Les plus célèbres des super héros de bandes dessinées évoluent en effet à New York – le plus souvent Manhattan – ou dans un alter ego imaginaire. Il semble ainsi évident que la Metropolis de Superman soit l’équivalent de la ville de New York. De même, Gotham City – la ville de Batman - n’est autre qu’une directe référence à l’un des surnoms de New York popularisé par l’auteur Washington Irving au début du 19e siècle3. Enfin, aussi bien les Quatre Fantastiques que Spiderman protègent les New Yorkais du mal. Peter Parker, le jeune homme réservé qui se cache derrière Spiderman, est d’ailleurs originaire du Queens

II – Nouvelle typologie du héros post 9/11

En nous basant sur l’analyse des médias américains à partir du 11 septembre et tout en prenant en compte les contraintes techniques et les particularités de chaque média qui induisent un temps différent de réaction, nous proposons ici une nouvelle typologie des héros new-yorkais.

- les New-Yorkais: éloge des gens ordinaires

L’analyse des journaux montre qu’ils s’attachent à relater le sacrifice et la dévotion des New Yorkais. Dans son édition du 16 septembre 2001, le New York Times met en avant la transcendance héroïque d’employés dans les tours qui sauvent la vie de leurs collègues sous le titre « At 8 :48 a.m, Two ‘Normal Guys’ Met a Moment o Transformation » soit « A 8h48, deux types ordinaires vivent un moment de transcendance ». Soulignons l’utilisation du terme « ordinaire ».

Les hebdomadaires s’attachent quant à eux, à décrire les réactions des habitants New Yorkais face aux attaques remplissant leur rôle de médias de proximité. De nombreux reportages racontent ainsi le témoignage d’un résident, voire d’un journaliste racontant sa propre expérience de New Yorkais ou décrivant son voisinage. Ces articles sont très présents dans le Villager (hebdomadaire de Manhattan qui s’adresse aux habitants du « West et East Village, Chelsea, Soho, Noho, Little Italy, Chinatown et le Lower East Side »). Dans son édition du 14 septembre notamment, le journal publie deux reportages de ce genre. Si l’un correspond à un reportage de terrain - malgré l’usage de la première personne - l’autre est tout simplement le récit personnel de cette journée4. Au travers de témoignages, les quotidiens donnent également la parole aux New Yorkais et à leurs sentiments d’effroi et d’incrédulité.

Autre fait caractéristique : l’angle « régional » choisi pour aborder un sujet. Les quatre hebdomadaires choisis pour cette étude ont publié des portraits ou des témoignages de secouristes volontaires. Chaque journal a donc choisi de couvrir un représentant de sa « région » (son grand quartier) donnant presque l’impression à chaque fois que seuls les habitants du borough dont dépend le journal, convergent vers le site des tours pour se porter volontaire. Pourtant les titres des articles laissent croire à l’évocation d’une solidarité « pluri-régionale » comme par exemple dans l’article de l’hebdomadaire de Brooklyn, le Canarsie Courier « Community Shows Its Support After Trade Center Tragedy » (« la Communauté montre son soutien après la tragédie du Trade Center »).

Dans son travail sur les récits populaires autour du 11 septembre, Amy Kiste Nyberg relève aussi ce thème dans les albums de bandes dessinées publiés par les grands noms de Comics Marvel ou DC5 après le 11 septembre. De fait, la dernière de couverture de l'album Marvel - intitulé précisément Heroes - est particulièrement intéressante:

« Le monde des bandes dessinées est peuplé de personnages hauts en couleur et qui possèdent des pouvoirs fantastiques. Mais le 11 septembre 2001, un certain nombre de vrais hommes et femmes ont épaté le monde par leurs actes de bravoure phénoménaux. Ils ne savent pas coller aux murs. Ils ne savent pas contrôler les éclairs. Ils ne savent pas voler. Ils sont de simples HEROS. »6
Les qualificatifs de « simples et ordinaires » vont également être repris par la télévision et les médias de divertissement à travers les séries télévisées. La série Heroes lancée par la chaîne NBC en septembre 2006 mettra précisément ces deux adjectifs en avant dans la promotion de la série: une fiction sur des gens ordinaires bien que possédant des pouvoirs extraordinaires. Des héros oui, des super héros non.

- Mayor of the Year: Rudolph Giuliani

Maire de 1994 à 2001, Rudy Giuliani est un Républicain, très exposé médiatiquement. Il a d’ailleurs géré pendant un temps lui-même sa communication. En septembre 2001, il arrive à la fin de son deuxième mandat en mauvaise posture médiatique, ses écarts adultérins ayant fait la une des tabloïds new-yorkais tout l’été, ce qui a causé la chute de sa popularité. Le 11 septembre va lui permettre de redorer son blason. Il va très vite maitriser la situation médiatique en organisant selon ses propres termes des « conférences de presse ambulatoires » (les journalistes suivirent Rudolph Giuliani à pied alors que celui-ci remontait vers le nord de Manhattan) et sa première conférence de presse sera donnée dès 11 heures du matin depuis une caserne de pompiers. Nous pouvons d’ailleurs pointer l’association d’image symbolique : maire-pompier.

Il incarne donc le leader (le titre de son livre où il revient sur ses mandats de Maire de New York et où il évoque notamment le 11 septembre est même Leadership) et le protecteur. Lors de ses conférences de presse il déclare notamment s’être entretenu avec le Gouverneur et la Maison Blanche et annonce l’arrivée de l’armée. Cela lui vaudra d’être désigné par le magazine Time « Person of the Year 2001 ». Il sera souvent surnommé « Mayor of the year », « le maire de l’année ».

- The Bravest: les policiers et pompiers new-yorkais

Les plus grands héros –aux yeux de la presse – restent toutefois les policiers, les secouristes et surtout les pompiers de la Ville de New York très vite rebaptisés « the Bravest » c’est-à-dire « les plus courageux ». Dans Media Representation of September 11, Steven Chernak, Frankie Bailey et Michelle Brown conviennent que leur « statut de héros avait déjà été établi avant » mais ils précisent que « ce sont les événements qui sont arrivés ce jour-là et la manière dont les médias ont présenté les pompier qui ont renouvelé l’importance de leur position de héros »7.  Figure de proue du patriotisme, les qualités du pompier sont unanimement honorées. La différence principale que nous notons entre les quotidiens et les hebdomadaires des grands quartiers de New York se situe dans la façon d’évoquer ces héros. Les hebdomadaires privilégient le particulier en centrant l’article sur un pompier ou une unité originaire du quartier comme le fait le Canarsie Courier. De même, la Riverdale Review consacre un reportage à un fils du Bronx, pompier disparu à Ground zero. Les quotidiens new yorkais à portée plus large insistent aussi fortement sur le courage et le dévouement des pompiers. Le New York Post est à cet égard le quotidien qui propose le plus grands nombre de reportages sur les pompiers de New York. Si nous considérons les éditions du 12 et 13 septembre, cinq articles leurs sont consacrés, auxquels nous pouvons ajouter un article sur les secouristes et pompiers des états limitrophes et ceux rapportant l’afflux des volontaires. A la télé, ces nouveaux héros seront d’ailleurs les invités vedette du talk show de Jay Leno sur NBC qui reçoit habituellement des acteurs ou chanteurs en promotion.

Sur le front des séries, c’est encore une fois la chaîne NBC qui va être très prompte à réagir et à intégrer la 11 septembre dans sa trame narrative grâce à la série Third Watch. Outre le fait qu’elle soit tournée à New York, cette série a la particularité de décrire le quotidien des personnels de police, pompiers et secouristes de la ville, trois professions spécialement sollicitées et meurtries par les attaques.

Le premier épisode, diffusé le 15 octobre 2001, interrompt le cours de l’histoire habituelle de la série. L’épisode s’inscrit dans le genre documentaire. Intitulé « On their own words »8, l’épisode donne la parole aux vrais acteurs de la tragédie: de vrais sauveteurs. Il n’y a pas d’analyse juste l’expression de leurs sentiments.

Si le deuxième épisode de la série s’arrête avec la première attaque, le troisième intitulé « After Time »9 se déroule le 21 septembre 2001 soit dix jours après les attentats. Il est véritablement question ici d’un hommage aux personnels de la ville. L’épisode s’ouvre en effet par les plans représentant le parterre de bougies devant la caserne des pompiers. Cet épisode offre de nombreux exemples de la bravoure des pompiers, secouristes et officiers de police de New York. Plusieurs scènes décrivent leur fatigue et insistent sur la longueur de leur de leur journée de travail comme la séquence pendant laquelle le Lieutenant de police annonce le retour à des horaires normaux d’ici une semaine, c’est-à-dire 12h au lieu de 16h par jour. « After Time » montre surtout la volonté des personnages de continuer à travailler des heures, en particulier sur les décombres en tant que bénévoles, au détriment parfois de leur vie personnelle.

L’héroïsation des pompiers est particulièrement frappante quand elle est mise en opposition avec la représentation des super héros comme elle a été abondamment faite à travers des dessins dans la presse ou la publication d’albums de bande-dessinée. La comparaison n’est jamais flatteuse pour les superhéros. Au contraire, le pompier est montré comme supérieur et les superhéros tels que Superman (personnage de DC) ou Captain America (personnage de Marvel) sont montrés en état de faiblesse. Ils ont été incapables de protéger la ville et ses habitants des attaques.


Ci-contre, la couverture de l’album DC consacré au 11 septembre.


De plus, la population peut plus facilement s’identifier aux pompiers alors que Superman ne peut plus symboliser l’Amérique étant donné qu’il vient d’une autre planète. C’est un alien, c’est l’autre or « l’autre » a attaqué l’Amérique.

- New York City : ville phoenix

L’autre personnage célébré dans la presse new yorkaise est la ville même de New York, ainsi que ces habitants, “La « the city of human beings at their most highly imaginative honor and create works of beauty »10. La ville est personnalisée. Elle devient une victime blessée physiquement puisque son architecture est marquée par les attaques. Quand dans la série Third Watch, les officiers Bosco et Yokas patrouillent en voiture, ils évoquent aussi la nouvelle morphologie de la ville :

Yokas : I don’t think I’ll ever get used to it
Bosco: What?
Yokas : The downtown skyline. You think it’ll ever be normal again, Bos ?
Bosco : What’s normal ?
Yokas : The way it was
Bosco : No 11
Le 14 septembre 2001, le New York Times consacre un article entier au skyline, la célèbre ligne d’horizon de Manhattan. L’article fait ainsi l’éloge de la ville, signifie l’importance de son architecture et de prôner sa symbolique reconstruction : « the skyline is our psyschic equivalent of the cathedrals and temples and mosques that other cities rushed to rebuild after other attacks »12.

Dès le jour même du 11 septembre une tendance très nette se distingue dans la presse new yorkaise : l’affirmation de la fierté et de l’amour des New Yorkais pour leur pays et surtout pour leur ville. Le Canarsie Courier de Brooklyn publie par exemple un article sous le titre « Terror Tragedy can’t Diminish American Pride »13. A travers le récit des expériences des New Yorkais et de leurs sauveurs, les journalistes louent l’esprit de survie de la ville et de ses habitants. La presse dépeint New York tel un phœnix capable de renaître de ses cendres. Une image particulièrement symbolisée par la reconstruction des tours. Tous les procédés stylistiques servent à cette démarche. Il est ainsi significatif que le New York Daily News finisse un de ses articles du 12 septembre en citant le Maire de la ville, Rudolph Giuliani qui affirme que la « ville va ressortir [de cette tragédie] plus forte et avec un caractère encore plus déterminé qu’auparavant ». Très vite on parle donc de renaissance. En outre, le titre de cet article est très significatif puisqu’il s’agit de « Aujourd’hui, un nouveau New York». 14

Par ailleurs, nous pouvons comparer le traumatisme du 11 septembre au traumatisme « originel » qu’a vécu un héros/ superhéros dans son enfance ou sa jeunesse et qui détermine son destin.

III – Les raisons/ buts du nouveau statut de héros

- raisons sociales et psychologique

Dans le N°3 –(Vol. 66) 2002 de la Revue Française de Psychanalyse, Christine Anzieu- Premmereur analyse l’après 11 septembre à New York. Elle remarque que naturellement, « La recherche de symboles a été une réaction presque immédiate » et de citer le symbole du drapeau américain qui « en donnant le sentiment de la force de la solidarité du groupe (…) a été investi de façon intense et massive » ce qui « offraient la possibilité de construire des représentations unifiantes face au risque de désorganisation psychique. ». Le même constat pourrait être fait à l’égard de l’investissement médiatique dans les héros et surtout des sauveteurs. Ceux-ci sont devenus – précisément – des portes drapeaux de l’Amérique derrière lesquels la population et les médias se sont ralliés et se sont unis dans une période de deuil. Christine Anzieu-Premmereur compare en outre « le bénévolat et l’agir » deux notions que nous pouvons associer aussi bien à la population –volontaire – aux sauveteurs et même au maire – à des  « anti-dépresseurs ». Et de citer Freud dans l’Avenir d’une illusion « La satisfaction narcissique engendrée par l’idéal culturel est une des forces qui contrebalancent le plus efficacement l’hostilité contre la civilisation à l’intérieur même du groupe culturel ». De même Odile Faliu et Marc Tourret analysent processus d’héroïsation médiatique post 11 sept comme une « déréalisation ». En ce focalisant sur ces nouveaux personnages héroïques les médias accentuent les aspects positifs de la tragédie et évacuent « complètement les morts et donc l’horreur de l’attentat ».

- raisons politiques et économiques

Il est important de souligner la fascination des téléspectateurs pour les images de la tragédie. Si les Américains s’accordent à dire que ces images les rendent tristes, 63% d’entre eux avouent ne pas s’empêcher de regarder les émissions de télévision consacrées aux événements15. Ce chiffre édifiant nous aide à comprendre pourquoi les reportages, images et récits du 11 septembre ont envahi la presse et la télévision, surtout pour les sujets consacrés aux pompiers et aux victimes. Figures populaires, les héros du 11 septembre ont exercé une véritable fascination sur le public. De la même manière que certains journaux exploitent le fait divers pour augmenter leurs ventes, les rédacteurs en chefs et surtout les patrons de médias ont pu exploiter ce phénomène d’attraction populaire pour les héros. Avançons le concept de « sensationnalisme positif » : en louant le sacrifice et le dévouement des nouveaux héros, les médias ont pu aussi chercher à vendre. Constatons ainsi que les courbes d’audience de septembre 2001 semblent infirmer la généralité selon laquelle les Américains se tournent vers leurs médias en temps de crise. De fait, selon le Pew Reseach Center for the People and the Press, 45% des Américains se sont tournés vers la télévision câblée alors que 30% ont préféré les networks. La circulation des journaux a également augmenté. Les newsmagazines Newsweek et Time ont même vu leur vente augmenter de 80% dans les semaines suivants les attaques16.

De plus, ces héros incarnent le patriotisme américain, il était donc impossible pour les médias américains de ne pas traiter ces sujets dans une période où les médias américains ont fait preuve d’un patriotisme exacerbé. (Difficile de faire autrement sous les pressions politiques…).

La mise en avant de figures héroïques, symbole d’un pays permet également la mobilisation pour le futur. Or très vite après les attaques, l’administration américaine parle de partir en guerre en Afghanistan à la recherche de Ben Laden des opérations nécessitant l’adhésion de la population. Le « héros » peut servir de proue à une propagande patriotique. On peut à ce propose noter dans la représentation médiatique des sauveteurs un parallèle avec l’image des G.I.s durant la seconde guerre mondiale.

A gauche : Monument commémorant la bataille de Iwo Jima durant la Seconde Guerre Mondiale représentant des G.I.s plantant le drapeau américain

A droite : Timbre commémorant le 11 septembre. On y voit trois pompiers dressant le drapeau américain sur le site de Ground Zero



De même – toujours d’un point de vue politique – le statut de héros de Rudolph Giuliani fut un grand atout électoral. Cela lui a permis de finir son mandat en beauté après un été très mauvais médiatiquement. Cela a aussi bénéficié au candidat Républicain jusque là inconnu et pour qui Giuliani s’est révélé un tremplin : M. Bloomberg. De plus, Rudolph Giuliani s’est appuyé sur ce statut de héros du 11 septembre et de Maire de l’année durant sa candidature aux primaires Républicaines de 2008.

Pour conclure, les médias américains ont donc créé de nouveaux héros causant ainsi une redéfinition des héros et superhéros établis jusqu’alors. Nous avons vu l’éloge des gens ordinaires et la faillite des superhéros, ceux-ci étant désormais des figures affichant leur aspect humain et faillible. La boulimie de Hollywood pour les prequels – ces épisodes qui reviennent sur l’enfance ou l’adolescence d’un personnage déjà connu et qui insistent sur le traumatisme originel – mais aussi pour une tendance scénaristique qui privilégie la bataille interne des héros entre le bien et le mal - est tout à fait remarquable à cet égard. Si les médias d’information ont été les premiers à portée aux nues ces héros sans remise en cause, la télévision américaine a pu mettre à profit ses contraintes de temps pour mieux analyser et mettre en perspective cette héroïsation : la saison 3 de Third Watch diffusée en 2002 s’est ainsi attachée à montrer les conséquences dramatiques (psychologiques principalement) du 11 septembre sur la vie des pompiers et des policiers de NY. Une nouvelle série du câble américain Rescue Me est même allée encore plus loin en mettant en scène un personnage principal pompier à New York, hanté par son cousin pompier aussi et tué dans l’écroulement des tours.

Bibliographie :

Barthes, Roland. Mythologies. Collection « Essai ». Paris : Seuil, 1957.

Bertrand, Claude-Jean, et al. Les médias et l’information aux Etats-Unis : depuis 1945. Paris : ellipses, 1997 

Bertrand, Claude-Jean. Les médias aux Etats-Unis. Coll. « Que sais-je ? ». N°-1593. 5ème édition. Paris : PUF, 1997 

Brooks, Tim et Marsh, Earle. The Complete directory to primetime network and cable TV shows 1946-Present. 8ème edition. New York : Ballantime Books, 2003

Carey, James, W. Media, Myths and Narratives. London: Sage, 1988

Chermark, Steven, Bailey, Frankie Y et Brown, Michelle (ed). Media Representations of September 11. London: Praeger, 2003

Clark, David B (ed). The Cinematic City. London & New York: Routledge, 1997

Daly, Charles V., Bagdikian, Ben. The Media and the cities. The University of Chicago Center for policy Study. Chicago: The University of Chicago, 1968

Faliu Odile et Tourret Marc (ed). Héros d’Achille à Zidane. Paris: BNF, 2007

Gabillet, Jean-Paul. Des Comics et des Hommes: Histoire culturelle des comic books aux Etats-Unis. Paris : Du Temps Editions, 2005

Giuliani, Rudolph. Leadership. Trad. Dubos Sylvie, Gamberini Marie-Christine, Hussein Anne-Marie et Leroy-Batistelli Martine. Paris : Buchet/Chastel, 2002

Jackson, Kenneth T.. The Encyclopedia of New York City. New York, Yale University Press, 1995

Joly, Martine. L’image et son interprétation. Coll. Nathan Cinéma. Paris : Nathan, 2002

Kellner, Douglas. Media Culture: cultural studies, identity and politics between the modern and the postmorden. London & New York: Routledge, 1995.

Sanders, James. Celluloid Skyline : New York and the movies. New York, NY: Knopf, 2003

Terrace, Vincent. Encyclopedia of Television : Subjects, Themes and Settings. Jefferson, NC and London : McFarland & Company Inc, Publishers, 2007

Winckler, Martin et Petit Christophe (et al). Les séries télé. Coll. Guide Totem. Paris: Larousse, 1999

Articles universitaires ou revues spécialisées:

Giuffo, John. “Rudy Giuliani, Media Saint”. Columbia Journalism Review. Avril, 2002

Articles de presse:
Amateau, Albert. “With songs and candles, 1,000 vigil in the Village”. The Villager. 14 septembre 2001

Boyle, Wickham. “A day of terror in Tribeca”. The Villager. 14 septembre 2001

Chang, Jeff. « Radio Free Haiti ». City Limits Monthly. Juin/Juillet 2001

DeMarco, Peter. “Today, A New New York”. New York Daily News. 12 septembre 2001

DeSio, John et Kacmarova, Marcela. « A Bronx mom prays for her missing son, a hero at ‘Ground Zero’». Riverdale Review. 20 septembre 2001

Feinberg, Alexander. « Rising Crime Record a Grave City Problem : Report on First Six Months Brings Demands for Prompt Action ». New York Times. 17 août 1952

Friedman, Neil S.. « Terror Tragedy Can’t Diminish American Pride ». Carnasie Courier. 13 septembre 2001

Gordon, Mary. “There Were No Sounds of Lamentation”. The New York Times. 16 septembre 2001

Grandell, Keith. “Doves and Hawks on 14th Street”. The Villager. 14 septembre 2001 « In America; It Wasn’t a Dream ». New York Times. 13 septembre 2001

Kappstater, Bob. “Hundreds Dead Among Finest and Bravest Toll is departments’ worst”. New York Daily News. 12 septembre 2001

Mink, Eric. « Like a Made-For-TV Horror Movie ». New York Daily News. 12 septembre 2001

« Out of destruction New Yorkers pull together to survive ». The Villager. 14 septembre 2001

« Rendez-vous With Afghanistan ». The New York Times. 14 septembre 2001

Rogers, Charles. « Community Shows Its Support After Trade Center Tragedy ». Canarsie Courier. 20 septembre 2001

Sutter, John, W.. “Into the rubble, September 13, midnight to 4 a.m”. The Villager. 14 septembre 2001

Tierney, John. « The Big City ; Restore the Skyline, but Do It the New york Way ». The New York Times. 14 septembre 2001

Weiss, Murray. « Osama Hunter Buried by Blast ». New York Post. 13 septembre 2001

« We’re living a Nightmare ». New York Post. 12 septembre 2001

Williams Walsh, Mary. « At 8 :48 a.m., Two ‘Normal Guys’ Met a Moment of Transformation ». The New York Times. 16 septembre 2001

1 Lovell, Jarrett. « Step Aside, Superman...This Is a Job for Captain America! Comic Books and Superheroes Post September 11 » in Media Representations of September 11 ed. Chermark, Steven, Bailey, Frankie Y et Brown, Michelle. London: Praeger, 2003, p161-174

2 “Superman”

3 Lewis Allen, Irving. “Gotham” in Jackson, Kenneth T. (ed). The Encyclopedia of New York City. New Haven &London: Yale University Press, 1995, p 475

4


5 Kiste Nyberg, Amy « Of Heroes and Superheroes » in Media Representations of September 11 ed. Chermark, Steven, Bailey, Frankie Y et Brown, Michelle. London: Praeger, 2003, p175-180


6 “Comic book universe are populated by colorful characters that possess fantastic powers. But on September 11th 2001 an untold number of real men and women amazed the world with their phenomenal acts of bravery. They can't stick to walls. They can't summon thunder. They can't fly. They're just HEROES”.

7 Chernak, Steven , Bailey, Frankie et Brown, Michelle (ed). Media Representations of September 11. London: Praeger, 2003

8 « avec leur propres mots »

9 « Après coup »

10 Gordon, Mary. “There Were No Sounds of Lamentation”. New York Times. 16 septembre 2001

11 Yokas : Je crois que je n’arriverai jamais à m’y faire

Bosco: A quoi?

Yokas : La ligne des toits du centre-ville. Tu crois que ça redeviendra normal un jour, Bos ?

Bosco : ça veut dire quoi ‘normal’?

Yokas : Comme c’était avant

Bosco : Non

12 « La ligne des toits est notre équivalent psychique des cathédrales, temples et mosquées que les autres villes se sont dépêchées de reconstruire après d’autres attaques ». Tierney, John. « The Big City ; Restore the Skyline, but Do It the New york Way ». New York Times. 14 septembre 2001

13“La terreur et la tragédie ne peuvent pas atténuer la fierté américaine”

14 « the city is going to come of this stronger and more a determined personage than before » in DeMarco, Peter. “Today, A New New York”. New York Daily News. 12 septembre 2001

15 “American Psyche Reeling From Terror Attack”. Pew Research Center for the People and the Press.

16 Williams, Bruce A. “The New Media Environment, Internet chatroom, and Public Discourse after 9/11”. Op. cit. p176

similaire:

Colloque de l’Ecole Doctorale IV – Paris iv-sorbonne iconJean-Luc Moulène Selected Biography Born in France, 1955 Lives and...

Colloque de l’Ecole Doctorale IV – Paris iv-sorbonne iconJean-Luc Moulène Selected Biography Born in France, 1955 Lives and...

Colloque de l’Ecole Doctorale IV – Paris iv-sorbonne iconBac+4, Maîtrise en Sciences de gestion, Université Panthéon-Sorbonne Paris 1

Colloque de l’Ecole Doctorale IV – Paris iv-sorbonne iconNé le 3 Février 1945 à Louzy (Deux-Sèvres)
«Théories et démarches du projet de paysage» (Paris 1 Panthéon-Sorbonne, AgroParisTech et ensp versailles), depuis 2006

Colloque de l’Ecole Doctorale IV – Paris iv-sorbonne iconLisez le texte et dégagez toute l’information factuelle concernant la Sorbonne, soulignez-la
...

Colloque de l’Ecole Doctorale IV – Paris iv-sorbonne iconCongrès Marx International V section Sociologie Paris-Sorbonne et Nanterre 3/6 octobre 2007
«Cultures et pratiques participatives : une perspective comparative» laios/afsp

Colloque de l’Ecole Doctorale IV – Paris iv-sorbonne iconRésumé Les cinq livres qui composent le cycle intitulé
«Théorie et histoire des arts et des littératures de la modernité» (thalim), Université Paris 3 – Sorbonne Nouvelle

Colloque de l’Ecole Doctorale IV – Paris iv-sorbonne iconDocteur en Histoire des Mondes Anciens. Université Paris IV sorbonne
«Dynamique d’occupation et zones de confins à l’époque antique : la question du territoire carnute (Ier s av. J. C. –IVe s ap. J....

Colloque de l’Ecole Doctorale IV – Paris iv-sorbonne iconInha, les 4 et 5 octobre 2012, Salle Vasari
«Esthétique et politique des cartes» sous la direction de Manola Antonioli (École Nationale Supérieure d’Art de Dijon – École Nationale...

Colloque de l’Ecole Doctorale IV – Paris iv-sorbonne iconColloque sur "L'oeil de Hugo" organisé par le Groupe Hugo (Université...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com