Essai sur L’Esprit de l’Azerbaïdjan








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Les dirigeants oppresseurs, alliés aux chefs religieux, essaient de dominer le peuple par la ruse et la force en gaspillant leur vie. »
Un tel enseignement ne pouvait être qu'un motif d’inquiétude pour les tyrans et les prêtres ; il s'inscrivait en faux contre l'alliance horrible des despotismes politiques et des croyances religieuses unies contre la beauté, la vérité et la justice.

Ces pouvoirs armés se sont souvent alliés contre la puissance désarmée de la philosophie, contre les soucis éthiques de Zarathoustra. Ils se sont de toujours réfugiés dans les transcendances imaginaires, dans les confortables asiles où s'unissent les stupides et les cupides.

Aucun feu ne brille dans le regard de ces « assis » qui connaissent sans penser et objectivent sans aimer ; ils vivent sans aimer la vie, sans épouser cette perfection qu'est la vie elle-même.

Celle-ci s'atteint dans les bonnes rencontres qu'il nous arrive de faire et qu'il faut cultiver en sachant qu'il n'y a pas de rédempteur unique, que Dieu n'aime ni ne hait personne.

Nietzsche réactiva dans une Europe fatiguée, usée par le nihilisme le message de Zarathoustra et loin d'en déformer l'esprit, il fut, pensons-nous, au plus proche de cette pensée que Platon déjà admirait.

Après avoir rappelé au jeune Alcibiade que ses dons naturels ne suffisent pas, qu'il convient certes d'être meilleur que ses soldats, mais qu'il faut aussi être meilleur que les chefs de ses ennemis et que ceux-ci sont parfois formés par l'étude de Zoroastre, traduction grecque de Zarathoustra, Socrate souligne à quel point le jeune et fougueux Alcibiade est d'une éducation très inférieure à celle des Perses. (« Premier Alcibiade », 121d-122d) Ceux-ci cultivent les quatre vertus majeures : sagesse, justice, tempérance et courage.

L'influence du zoroastrisme dont Platon rappelle encore l'excellence dans « Les Lois » est tout particulièrement sensible, nous l’avons martelé déjà, dans les actes et les propos du premier roi des Perses, Cyrus le Grand.

Lors de la prise de Babylone, non seulement libéra- t-il tous les hébreux qui s'y trouvaient prisonniers, mais encore fit graver un décret sur le cylindre d'argile conservé au British Museum et qui accordait à tous les peuples de son immense Empire une totale liberté de croyance, de langue et de coutumes. Relisons et relisons :
« Je n’ai autorisé personne à malmener le peuple et détruire la ville. J'ai ordonné que toute maison reste indemne, que les biens de personne ne soient pillés. J'ai accordé à tous les hommes la liberté d'adorer leurs propres dieux et que nul n'ait le droit de les maltraiter pour cela. J'ai ordonné que chacun soit libre de sa pensée, de son lieu de résidence, sa religion et ses déplacements, que personne ne soit en droit de persécuter autrui... »
Cet édit d'une implacable clarté énonce des libertés fondamentales à la hauteur desquelles aucun droit moderne ne s'est hissé.

Les tracasseries administratives et policières auxquelles sont soumises nos existences d'Européens néolibéraux nous conduisent à éprouver de la nostalgie pour l'esprit qui présida à la rédaction d'un tel écrit : il n'est plus pour nous qu'un idéal ; l'Organisation des Nations Unies ne s'y est d'ailleurs pas trompée dès qu'en 1971, elle le fit traduire dans les six langues qui sont en usage dans le cours de ses assemblées et installa dans ses locaux une copie de ce célèbre cylindre.

Au vrai, cette Organisation peine toujours à devenir autre chose qu'un lieu de négociations politiques entre les Etats les plus puissants. Sa relative inefficacité se traduit d'ailleurs au nombre de ses résolutions qui demeurent lettre morte ; la politique ne saurait avoir de prétention universelle : dès que les mots « Humanité » ou « Universalité » sont prononcés, il faut toujours se demander quel intérêt particulier s'y dissimule.

Il n'y a pas de politique éthique, mais il y a une éthique de la politique, laquelle consiste à ne vouloir abolir aucune des relations dialectiques constitutives de cette activité : il y a toujours en politique des ennemis et des alliés, toujours du commandement et de l'obéissance accordée ou refusée, toujours du privé et du public et enfin y-a-t-il toujours, dans tous les régimes, des actions monocratiques exigeant l'unité de vue d'un seul chef, des prises de décision oligarchiques issues de conseils d'administration ou de diverses assemblées collégiales et enfin existe-t-il toujours une participation active ou passive des individus à l'identité globale.

Tout ceci est assez clairement indiqué dans le texte du cylindre qui eut aussi, rappelons-le, une belle version architecturale de ces principes d'inspiration zoroastrienne dans Persépolis !

Cette Cité fondée par Darius Ier et dont la construction s'étendit sur plusieurs siècles offrait, répétons-le, de larges espaces d'accueil pour tous les dieux de toutes les religions de l'Empire, elle disposait aussi d'un Palais dit des Cents colonnes : gardé par de hautes sculptures peintes en rouge figurant des lions, les murs ornés de céramiques et d'incrustations d'or et d'ivoire, ce lieu accueillait les fêtes du Novrouz dont nous avons signalé la survivance en terres azéries.

Quoi qu'il en fût de ce haut phare de toutes les civilisations, phare dont on commence à redécouvrir avec émerveillement certains principes éthiques enfouis sous des couches de barbarie, il faut admettre que le premier ennemi déterminé de cette organisation sociétale fut Alexandre le Grand.

Pour signifier à tout l'Orient que la puissance perse avait été vaincue et marquer l'avènement de son propre règne impérial, le Macédonien ordonna le pillage et la destruction de Persépolis.

On mesure l'écart éthique entre les civilisations grecque et persane aux sorts respectifs réservés par Cyrus à Babylone et par Alexandre à Persépolis !

Le triomphe d'Alexandre le Grand fut néanmoins grandiose et il serait historiquement injuste de le définir par cette unique action incendiaire ; il fut grandiose, admettons-le, mais il fut aussi éphémère.

En vérité, nous l’avons indiqué, c’est très certainement Nizâmî de Gandja qui fit le plus pour magnifier le Conquérant et lui conférer l’aura de grandeur qu’il conserve en nos esprits.
17 § Le mot d’Azerbaïdjan

A la mort d'Alexandre, un satrape du nom d'Atropatès (Aderbaygan) qui avait été un général de Darius, mais qui s'était rallié au vainqueur, avait reçu mission d'administrer le territoire azerbaïdjanais alors divisé en deux parties distinctes.

Le Sud était l'un des principaux centres du zoroastrisme, il abritait la montagne éternellement en feu ainsi que le temple d'Atashgah situé à Surakhani dans la périphérie de Bakou.

Le Nord donnera lieu à la naissance d'un autre Etat : l'Albanie du Caucase dont la capitale fut Gabala.

Avec l'invasion romaine dirigée par Pompée dit le Grand en référence au Macédonien et qui partageait le triumvirat avec César et Crassus, l'éthique zoroastrienne se trouva confrontée avec une éthique qui, à la différence de ce qu'il adviendrait avec le christianisme, n'était pas codifiée comme le sont les religions d'Etat.

Cette éthique « naturelle» avait pourtant sa spécificité et il vaut certainement la peine d'expliciter celle-ci si l'on veut saisir tout ce qui la sépare des éthiques dogmatiques et surnaturelles qui seront caractéristiques du christianisme et de l'islamisme.

Cette éthique hellénistique et romaine était moins une affaire de connaissance de soi qu'un problème de transformation et d'amélioration progressive du soi. La pratique recommandée n'avait pas pour fin le savoir d'une vérité révélée, mais la construction de Sujets individués capables de sortir des irrésolutions infantiles pour s'attacher à la justice et agir en conformité avec elle. Pour ne pas se laisser disperser par les mille et une curiosités qui détournent les esprits de l'essentiel, il faut, affirmait cette éthique, l'intervention d'un Maître, il faut une main tendue qui « educet », qui conduit dans la bonne direction et qui « educat », qui dispense un savoir : un être civilisé a connaissance d'un grand nombre de choses, mais il faut encore qu'il sache penser et agir.

Bref, la science ne suffit pas, il faut la philosophie.

Ce domaine excède le registre de la politique ; il a trait à ce que Nietzsche appelait « la Grande Politique », non celle de tel ou tel Etat, mais celle de l'Esprit, celle d'un désir de civilisation corrélatif d'une esthétique et d'une éthique qui soient entièrement de ce monde.

Ce souci d'excellence dans la relation de soi à soi a été gravement délaissé par le christianisme et plus encore par l'islamisme qui ont l'un et l'autre dévalorisé le monde existant au profit d'un monde inexistant.

Au lieu de cultiver le soi, la préoccupation chrétienne, commençons par celle-ci, fut de renoncer au soi, de tout faire pour accéder à une autre vie, à une vie qui serait comme purifiée d'elle-même.

Certes, nous l'avons souligné, cette tendance ascétique et anachorétique a certainement existé dans le zoroastrisme qui eut, lui aussi, ses malades et ses rêveurs, ses masochistes et ses êtres naturels qui ne s'emploient qu'à brimer leur nature.

Ceci, la célébration du Novrouz l'atteste à suffisance, n'était pourtant pas le principe central de l'éthique de Zarathoustra : se libérer de la nature pour devenir tout entier tout pur est tout simplement un désir insensé, une dérive religieuse proprement inacceptable qui pourtant s'installe dès que les Eglises et les Etats s'adonnent à leurs noces monstrueuses et assimilent la philosophie à de la religion ou pire encore à de l'histoire des religions....

Mais ce n'est pas de cette idéologie moderniste, scientiste et obscurantiste qu'il est ici question ; il s'agit seulement de distinguer deux manières d’interpréter la conversion.

L'une est un retour vers soi qui s'effectue au sein de ce monde, l'autre est une rupture d'avec soi qui adhère à un Royaume qui n'est pas de ce monde.

La première se détourne de la nature externe pour se consacrer à la nature interne de l'homme et patiemment s'efforce de l'améliorer, de la transfigurer en la stylisant ; le but est de parvenir au meilleur accomplissement de soi ; il n'est pas de renoncer à soi pour se donner à Dieu, il n'est pas d'abandonner les ténèbres terrestres pour n'aspirer qu'aux clartés célestes...

Le but est de vivre pleinement sa vie, de faire corps avec son corps et avec son esprit qui sont le Même. Mais, on l'aura compris, le christianisme a tranché cette coappartenance, a séparé à même l'humain ce qui relevait de la nature et ce qui relevait du spirituel.

Ce fut une religion d'amour et de salut, d'espérance en une vie autre se vivant dans on ne sait quel au-delà. Le salut s'atteint ou ne s'atteint pas ; les hommes sont sauvés ou perdus ; c'est du « tout ou rien » et cette cruelle distinction devint avec Constantin et surtout Justinien une affaire collective, autrement dit un programme politique et un motif de conquêtes militaires destinées à universaliser tout un arsenal de croyances proprement stupéfiantes. Celles-ci mirent du temps à s'imposer, car l'esprit de Zarathoustra régnait encore, tout particulièrement dans le Sud de l'Azerbaïdjan.

Toutefois, l'Albanie du Caucase se montra plus réceptive aux extravagances chrétiennes et même devenu religion d'Etat, le zoroastrisme y fut supplanté.

Le christianisme agit sur les esprits comme un opium qui console et laisse espérer tandis que la philosophie de Zarathoustra demeure inséparable de la joie de vivre et de la lucidité.

Quoi qu'il en soit des premiers grands progrès de ce deuxième et redoutable ennemi de Zarathoustra, - Alexandre le Grand ayant été le premier-, un troisième, tout aussi radical, tout aussi fanatique commençait à faire son apparition : l'Islam.

18 § Une Nation poétique

Babak que nous avons évoqué est sans conteste l'une des grandes figures historiques et à certains égards mythiques qui avec Zarathoustra et quelques autres composent les références majeures de la singularité azérie.

Il fut en effet un acteur important de la naissance d'un sentiment national et un ardent défenseur de la liberté politique, autrement dit de l'existence d'un Etat indépendant.

A ce titre, fut-il un sujet de prédilection de l'art azéri et plus particulièrement de l'art majeur de ce pays : la poésie.

L'éthique azérie dont nous nous efforçons de cerner les contours est indissolublement articulée à l'esthétique et en ce cas si singulier au dynamisme de l'art poétique, de cet art animé par un « vouloir vivre ensemble » qui tient à égale distance les codes rigides des religions et les rêveries floues des promenades solitaires. La poésie est habitée par une inconscience constructive, par une inépuisable réserve de signifiance qui, certes, indique une direction collective, mais se retient d'en définir le but, de lui conférer un contenu consciemment simplifié.

La poésie ouvre la vie à l'avenir, mais se garde de fixer celui-ci dans un système qui serait fermé à toute innovation ; elle est inséparable d'une relance, d'une fraîcheur renouvelées, inséparable d'une animation orientée qui demeure en prise directe sur le sens de la vie.

La poésie entretient une relation vitale avec l'esprit de l'éthique et c'est sans doute ce qui lui confère son intensité si particulière, son aptitude à s'écarter des paralysies pratiques et des théories du néant qui nient la vie en la privant de son centre de gravité.

La vraie puissance de la poésie n'est pas dans les croyances et les valeurs sacerdotales ; elle n'est pas dans les divinités religieuses et leurs substituts modernes dont le communisme, mort à Budapest, Prague et Bakou, mort dans les goulags staliniens et les crimes de Mao, est l'un des plus terrifiants exemples ; elle est dans l' « idée » que la vie n'a pas besoin d'être justifiée ou légitimée par autre chose qu'elle-même.

La poésie intensifie la vie, elle ne la rétrécit pas ; elle ne craint, ni ne hait la pensée, mais s'y allie en se refusant à valoriser l'inexistant, à vénérer les arrière mondes.

Elle veut la vie et une organisation de celle-ci qui ne la nie d'aucune manière, mais l'embellit et peut écarter d'elle tous les fanatismes et tous les comportements pathologiquement unilatéraux.

Poétiquement, la vie n'a pas d'autre sens qu'elle- même, ce qui ne veut pas dire qu'elle soit réductible à de la simple survie : la vie veut plus qu'elle-même ; elle veut du sens ; elle veut son sens, lequel se tient dans le mouvement poétique par lequel elle se met en forme et s'affirme contre les forces du chaos et les adorations de la mort.

L'éthique azérie est poétique et en cela est-elle un chant de vie, une résistance active à tout ce qui maltraite ou condamne celle-ci.

Le Pays du feu pourrait tout autant s'intituler le « Pays de la poésie » car s'il arrive dans l'Europe d'aujourd'hui que chacun ait plus ou moins rêvé d'être peintre ou plus tristement chanteur ou acteur, eh bien, chaque Azéri a quant à lui pratiqué ou voulu pratiquer la poésie. Il faut intégrer à l'approche intellectuelle de l'Azerbaïdjan l'esprit du feu, mais aussi le feu poétique, celui qui conduit jusqu'au cœur incandescent de cette contrée multiforme qui a résisté à tant de catastrophes naturelles, mais plus encore à tant et tant d'horreurs culturelles.

Ce qui rendit possible cette résistance exemplaire, cette force, osons-le mot, « sacrée » et proprement « transhistorique » est inséparable de la poésie et de sa puissance opératoire en intime connexion avec le meilleur des amours, celui de la vie.

Cette formidable puissance s'est incarnée dans Nizami qui écrivait, pour l'essentiel, en persan.

Avant de revenir sur ce génie qui ne fut pas loin d'être un « civilisateur » de l'Islam, il faut expliciter ce particularisme par quelques considérations historiques qui ne sont pas, loin s'en faut, anodines.

19 § Nizâmî : Le poète de la civilisation mondiale
A partir du neuvième siècle qui commença avec Babak le rouge et le supplice que lui infligèrent les envahisseurs arabes qui apportèrent avec eux l'Islam, l'Azerbaïdjan eut à connaître des vagues migratoires massives : les Oghouzes, Mongols venus de Sibérie, des parages du fleuve Ienisseï dont l'estuaire se termine dans la mer de Kara, ont déferlé dans toutes les régions de la Mer Caspienne.

Ils étaient plus nombreux que les populations locales et cela donna lieu non seulement à un formidable brassage ethnique qui dura plusieurs siècles, mais encore à l'établissement graduel de la langue azérie.

Celle-ci est donc une langue altaïque, une langue agglutinante dont les fonctions syntaxiques procèdent de l'adjonction de suffixes à un radical ; c'est une langue du groupe turc, lequel comprend le turkmène, le turc du Kazakstan, le turc Kachkaï d'Iran, celui du Khorassan, celui des Gagaouzes dit aussi des Oghouzes « bleus » ou « célestes », toujours parlé en Ukraine et en Moldavie et bien entendu le turc de Turquie qui, depuis l'Anatolie, s'est étendu jusqu'à Istanbul et jusqu'à Chypre.

Le turc azéri, d'origine nomade, est une langue isolante qui mit bien du temps à supplanter le Persan : on peut même dire que L'Azéri et le Perse vécurent longtemps de conserve et s'enrichirent l'une l'autre ; ainsi, Tabriz et Bakou sont-ils des noms d'étymologie persane, le premier signifiant « qui ôte les fièvres » et le second « la niche des vents».

« Oghouze » quant à lui vient du mot « ok » (la flèche) joint à « uz » (la tribu) ; il désigne les tribus mongoles qui se sont emparées du Khorassan, de Bagdad, de Téhéran, de l'Anatolie et furent les créateurs de l'Empire Seldjoukide.

Leur mythe fondateur expose que Oguz Han eut d'une première épouse trois fils, le soleil, la lune et l'étoile et qu'il eut d'une seconde épouse trois autres fils, le ciel, la montagne et la mer. Chacun d'eux eut à son tour quatre fils et c'est pourquoi il y a vingt-quatre tribus ayant chacune pour totem un oiseau de proie et un sceau destiné à marquer le bétail.

Leur littérature contient l'épopée du peuple turc : « Le Livre de Dédé Korkut » ou si l'on veut « Le Livre de Grand-Père Korkut ».

Avant que le Turc azéri ne l'emporte sur la langue iranienne, il faut rappeler que celle-ci avait été précédée par un grand nombre d'autres langues caucasiennes, dont, par exemple, le Mannéen...

Mais plus encore que par les langues, c'est par l'esprit poétique de celles-ci qu'il faut en passer pour cheminer jusqu'au cœur de l'âme azérie et pour cela, faut-il en revenir inlassablement au prince des poètes : Nizâmî Ganjavi !

Sans son œuvre d'exception, ni l'Azerbaïdjan, ni l'Europe, ni l'Humanité ne seraient ce qu'ils sont lorsqu'on les approche pour le meilleur d'eux-mêmes.

Par un « oui » sans concession accordé à la vie en ce qu'elle a de naturel, Nizâmî s'est séparé des traditions religieuses et des despotismes politiques ; il a donné aux sèves printanières de la vie un vecteur d'une force prodigieuse ; il a intensifié le désir en le spiritualisant, en lui donnant son vrai sens, lequel se nomme « Amour ».

Ce sentiment, saisi pour lui-même, c'est-à-dire en dehors des cadres institutionnels qui tantôt le favorisent, tantôt l'entravent, est conceptualisable comme un rapport de force orienté.

Ainsi, dans une société dirigée par les hommes mûrs comme l'était l'Athènes du Vème siècle avant Jésus-Christ, la relation d'amour n'était pas celle des hommes et des femmes, mais plutôt celle des actifs (les citoyens mâles) et des passifs (jeunes gens, femmes, esclaves...) ou des aimants et des aimés.

Certes, ce rapport pouvait être retourné ou inversé comme il arrive au moment où Achille (l'aimé) décide au prix du sacrifice de sa divine immortalité de venger Patrocle (l'aimant) et par cette décision aime-t-il son amant par-delà la mort ; certes, il est même arrivé que l'idée d'amour comme rapport de force orienté soit purement et simplement contesté.

Platon dans « Le Banquet » fait dire à une femme, la déesse Diotima, s'exprimant par la voix de Socrate que l'amour a la vertu d'égaliser les partenaires, de les rendre l'un et l'autre aimant et aimé, mais il était jusqu'à Nizâmî Gandjani inconcevable que l'objet aimé l'emportât sur le sujet aimant.

Nizâmî a inauguré une logique et une esthétique de l'amour qui a fait de la femme la vraie maîtresse du jeu érotique.

C'est selon ce poète la femme qui en amour a le rôle dominant et cela instaure une rupture radicale avec le schéma suivant lequel une femme ne sortirait jamais de son état de minorité, passant de l'autorité paternelle à l'autorité maritale sans être jamais libre.

Eh bien, selon Nizami, c'est l'amour qui leur confère cette liberté : l'amour et non le statut social !

L’œuvre de Nizâmi a élevé la femme au point de définir l'humanité de l'homme par sa soumission chevaleresque : il a, pourrait-on dire, spiritualisé l'amour pour la femme là où les grecs avaient spiritualisé la pédérastie et les chrétiens la simple cruauté (songeons à l'enfer, aux supplices, martyrs et tortures inquisitoriales dont l'histoire de cette religion regorge).

Cette conquête poétique s'est surtout manifestée dans les œuvres « Layla et Medjoun » ainsi que « Farhad et Shirine » qui firent de la beauté féminine le symbole même du divin et ce, sans aucunement décharner, désincarner ou dissimuler leurs charmes.

Nizâmî, nom qui signifie donc « celui qui enfile les mille et un mots », n'a pas seulement conduit la sublimation de la femme à des hauteurs que n'atteindront qu'avec peine Chrétien de Troyes, Dante ou Shakespeare, il a aussi clairement exprimé les plus vives critiques à l'endroit des pouvoirs établis et des courtisans qui ne manquent jamais de les fréquenter.

Pour Nizâmî, être « turc azéri » c'est être libre, juste et équitable ; c'est aimer la poésie, être à la fois sage et savant, grand lecteur du Coran et de la Bible, mais plus encore savant de toutes les sciences : les médicales, les mathématiques, les chimiques, les physiques et les astronomiques.

Nizâmî savait la nature sphérique de la terre, l'interaction des planètes et des étoiles, mais se moquait totalement des astrologues leur préférant le sérieux de la philosophie et de l'histoire, de la géographie et de l'ethnologie.

Il lisait l'arabe, l'hébreu, le persan, le grec et le latin ; il préférait à n'en pas douter l'étude à la vanité des honneurs.

Le roi Musaffar, gouverneur de Derbent, désirant humilier une belle esclave du nom d'Afack qui se refusait à lui et n'acceptait pas de figurer dans son harem, l'offrit en cadeau au poète désargenté qui s'en éprit, en fit son épouse légitime et respectée : elle fut son grand amour et la plus sensuelle de ses muses.

Elle n'était pour lui ni une simple source de plaisir, ni une manière de prolonger une lignée.

Il ne se consola jamais de la mort de celle qui lui avait donné un fils : Muhammad ; il exprima son chagrin en d'innombrables ghazals d'un lyrisme incomparable qui tous, répétons-le, font de l'amour interhumain le sentiment divin « sans lequel la mort dessècherait l'univers », sans lequel le corps et l'esprit ne seraient pas la même substance éthique.

L'amour est la clé du seul paradis qui soit, le terrestre ; la nature, loin d'être dominée, doit être aimée, le peuple ne doit pas être humilié ou exploité, il doit être protégé.

Tels sont les axes du grand roman-poème « le Trésor des mystères » relatant les amours du roi Kosraw et de la très belle Shirine qui situa la justice au cœur de sa propre politique et voulut prodiguer à ses sujets sécurité et prospérité.
Dans « Shirine et Khosraw », le héros apprenant la mort de Shirine alors qu’il se trouvait à la Mecque, se hâta de venir mourir sur la tombe de sa bien- aimée.

« Layla et Madjoun » présente deux victimes des traditions tribales et des morales religieuses, comme Roméo et Juliette le furent des Montaigu et des Capulet. Le poète oppose la vérité de l'amour à l'insensible stupidité des lois qui tiennent les femmes pour des marchandises qu'il faut acheter ou pour des poids morts dont il faut se séparer (dot).

Layla obéit aux lois, mais c'est au prix d'une souffrance intolérable que le poète décrit admirablement.

Au-delà des romans poétiques chantant l'amour, Nizâmî fut aussi l'auteur de l’ œuvre absolue que nous avons déjà largement commentée : Le Pavillon des Sept Princesses.

Cette œuvre excellemment traduite en français par l'américain Michael Barry, ami du commandant Massoud et spécialiste de l'Afghanistan, conte donc les aventures du roi Bahrâm, personnage historique et légendaire.

Barhâm Gour qui entre 420 et 439 s'opposa victorieusement aux invasions hunniques fut aussi le modèle dont les Arméniens usèrent pour élaborer leur interprétation du mythe de saint Georges, le protecteur des princesses menacées et le défenseur des ordres territorialisés contre les ravages des dragons, que ceux- ci figurent des catastrophes naturelles ou des agressions humaines.

Bahrâm, après avoir gagné sa couronne en étranglant à mains nues les deux lions dont les sculptures ornent le trône des rois sassanides, reçoit en cadeau sept jeunes filles d'une beauté incomparable, chacune associée à une couleur, (rouge, bleu, vert, noir, jaune, gris, blanc); à un jour de la semaine, à une planète (Mars, Mercure, Jupiter, Saturne, le soleil, la terre, Vénus), mais aussi et surtout à une civilisation dont les fondements philosophiques s'expriment et se communiquent par et dans l'histoire que chacune d'elles, un peu sur l'exemple des Mille et Une Nuits , conte au roi Bahrâm.

La première parle d'un prince enlevé par Rokh, l'oiseau de feu qui le conduit jusqu'au jardin d' Hiram où se tient, entourée d'une myriade de houris, une femme qui en était « la Rose rouge ». Goûtant à des mets savamment mijotés, s'enivrant de vins capiteux, le prince caresse la dame peu farouche, qui « en douceur de langue lui fit mille grâces- d'amour » mais qui cependant ne se laisse point déflorer.

Voulant la violer, il est aussitôt chassé du paradis auquel il a goûté, car l'amour doit apprendre à mûrir : pour le faire vraiment, il faut être deux et surtout, faut-il le temps du désir, sa patience et non sa satisfaction immédiate.

La couleur de Fourak, la belle indienne est le noir de la nuit qui affole le désir des hommes, les manipule, les piège et les tue, sauf celui qui mérite leur Amour.

La deuxième princesse est byzantine : elle a la couleur du soleil grec ; elle est jaune et or, voluptueuse et généreuse car sachant que le don de son corps à l'amant qui la fécondera équivaudra à mourir le jour de son accouchement, elle s'abandonne malgré cela au désir de son amoureux et prolonge La vie en sacrifiant sa vie.

Un « miracle » sauve et l'enfant, et les parents...
La troisième, la princesse Nâz-Parî, est lunaire et chorasienne ; elle conte les aventures du chaste Bech de Raam et se lie au vert, couleur de l'espérance islamique et des houris du paradis.
La quatrième a la couleur des couleurs ; elle fusionne avec le rouge de mars, le rouge érotique et brûlant, le rouge slave de Nasrine-Nouche, cette belle russe sachant que le prétendant ne peut être seulement dévoué, beau et bon amant, car il faut aussi qu'il soit intelligent et qu'il ait réponse aux énigmes de la vie.
Le rouge, couleur de la religion joyeuse nommée d'après la libre et belle Khurramiya, l'épouse de l'anarchiste Mazdak qui fut mis à mort parce qu'il défendait l'égalité entre les hommes et les femmes ainsi que la communauté des biens est, selon Amann par exemple, naturellement la moins visible des couleurs de la nature, mais néanmoins est-ce celle qui fonde et soutient toutes les couleurs du monde, celle qu'il faut connaître dans son reflet visible et dans son essence invisible pour que s'ouvre le mystère de « La Fiancée juive » de Rembrandt.
La cinquième est celle du bleu trompeur, du bleu turquoise.

Azaryoune la maghrébine conte l'histoire du jeune Mâhân qui croyant baiser les lèvres d'une femme au visage d'une beauté lunaire se trouve happé par « un éfrit aux crocs de truie, à face de crabe, à l'haleine fétide, au museau en forme de four à briques et à la gueule semblable à une cuve de teinturerie».

Le bleu comme le noir est une couleur liée au deuil.

La sixième princesse est la chinoise Yaghmâ-nâz ; sa couleur est le gris santal : elle dit le récit d'un jeune voyageur dépouillé, gisant dans le désert, assoiffé, les yeux crevés et qui est secouru par une jeune fille kurde qui, agissant à la manière d'un ange miséricordieux lui sauve la vie et la vue et devient son seul amour.

La septième princesse est la persane Dorostî : elle conte l'histoire de la Vénus blanche qui dans un beau jardin aguiche l'homme, mais se refuse à lui : après mille incidents, elle finit par se faire épouser et le matin, au chant du coq laisse enfin « le bâton de corail perforer sa perle non forée. »
La leçon des sept civilisations qui de l'Indus au Bosphore et à la Méditerranée alimentent la culture de Bâhrâm Gour et assurent sa formation, vont toutes dans le sens éthique de l'amour et soulignent la nécessité de combattre sans relâche la tyrannie, c'est-à-dire, selon Platon, la pire de toutes les injustices.

Cet Islam s'intégrant ce qu'il y eut de mieux dans toutes les grandes civilisations qui le précédèrent, de la Grèce à la Chine, de l'Iran à l'Irak, de l'Egypte à la Russie est une création azérie, une création de Nizâmî, le poète natif de Gandja qui savait tout de tout, des trésors de Summer à la grandeur hellénique d’Alexandre.

L'influence de Nizâmî fut mondiale : on la trouve à Cordoue et à Damas, mais aussi dans toute la littérature de l'Europe médiévale, particulièrement celle des chevaliers de la Table Ronde et de leur quête du Graal qui n'est rien que l'impossible victoire définitive du bien sur le mal ou disons de manière plus zoroastrienne, plus spinozienne, plus voltairienne, plus nietzschéenne, plus azérie du bon sur le mauvais.

En matière d'esthétique, il ne faut pas user pour juger de l'opposition du beau et du laid, mais plutôt du bon et du mauvais, car il n'y a pas de poésie sans éthique.

Ce souci de la fusion de l'esthétique et de l'éthique est le cas de tous les très grands écrivains azéris qui en un sens profond, sont tous des enfants de Nizâmî.

20 § Un détour par Shamakhi.

Il est une ville qui peut à nos yeux résumer tout ceci, condenser ou plutôt cristalliser l'esprit de la plus poétique des nations : SHAMAKHI !

Cette ville couleur de lait, couleur de crème ne fut pas seulement la cité des cités de tous les poètes ; elle fut aussi le centre, le cœur de la plus extraordinaire, de la plus belle de toutes les routes du monde : celle de la soie.

Elle fut un carrefour où se côtoyaient pour échanger marchandises et dieux, des Chinois et des Hindous, des Russes et des Vénitiens, des Génois et des Egyptiens, des Français et même le Marco Polo belge : Guillaume de Ruysbroeck.

Ce robuste franciscain flamand né en 1220 entre Bruxelles et Hal fut l'envoyé de Louis IX dans le nord de la Sibérie afin d'évangéliser les Tartares ; sa tâche missionnaire le conduira jusqu'à Karakoroum siège du petit fils de Gengis Khan, l'empereur Mongku.

Celui-ci reçut Guillaume avec de grands égards, organisa une controverse entre des Musulmans, des Idolâtres, des Bouddhistes, des Nestoriens et Guillaume de Ruysbroeck lui-même.

L'empereur Mongku ne se convertit point et ne fut pas long à reprendre ses incursions guerrières au Sud et à l'Ouest de l'immense territoire qu'il dominait.

Le voyage de retour de Guillaume de Ruysbroeck le conduisit dans les parages de la mer Caspienne et plus particulièrement à Shamakhi, capitale du khan de Shirvan qu'avait déjà mentionnée le géographe grec Claudius Ptolémée.

Le rapport que Ruysbroeck fit à saint Louis est unanimement tenu pour l'un des grands chefs- d'œuvre des récits de voyage et ses cartes considérées parmi les plus belles et les plus précises que l' époque avait élaborées de l'Asie centrale. Shamakhi qu'évoquèrent Alexandre Dumas dans son Voyage au Caucase et plus indirectement Alexandre Pouchkine par le personnage de la reine de Shamakhi dans Le Conte du Coq d'or qu'adapta Nikolaï Rimski Korsakov fut l'objet de tremblements de terres particulièrement destructeurs, par exemple en 1191, 1667, 1859 et 1902, mais à chaque fois, cette ville de la route de la soie et de la poésie azérie fut reconstruite. Elle symbolise au fond la résistance éthique de la nation azérie et de la contrée du feu ; elle le fait par ses gros raisins noirs célèbres pour leur vins jusqu'à Cahors, le fait par ses ours et ses renards, ses lynx et ses chats sauvages, ses gazelles et ses faisans, ses perdrix et ses aigles, par ses chênes multi centenaires et ses roses trémières, par ses nèfles et ses euphorbes, par ses ovins aux laines somptueuses et ses sumacs donateurs de pigments organiques et de laques rouges ; elle le fait par ses hautes et verdoyantes montagnes et ses volcans de boue et par tout le savoir astronomique que matérialise encore et toujours l'observatoire astrophysique bâti par les Soviétiques en 1960 dans la magnifique réserve d' Etat du Pirgulu où vivent aujourd'hui encore loups, sangliers, cerfs, belettes…

Shamakhi, ancienne capitale du « Pays du feu » , actuellement centre administratif de la province de Shirvan et dont les antiques statues de calcaire ont la couleur crème de lait qui domine à Bakou, la ville la plus activement européenne du Caucase, est célèbre aussi pour ses soies, ses laines et l'une des sept écoles de tapis qui , avec Quba, Bakù, Ganja, Gazak, Karabagh et Tabriz, imposent l'admirable singularité d'un style : celui de Shirvan, au tissage généralement allongé, a souvent pour motif un oiseau abstrait réalisé dans des teintes grises, bleues ou brunes caractérisées par leur douceur, par leur élégance parfaitement maîtrisée.

Cet art du tissage inséparable de l'harmonie des danses l'est aussi de l'une des trois grandes écoles de « Mugham ».

Cet art de la composition musicale dont la fondation Heydar Aliyev que dirige la première dame du pays, Mehriban Alyieva, a efficacement promu la connaissance et le rayonnement internationaux est fort joliment décrit par Alexandre Dumas au chapitre 27 de son « Voyage au Caucase » ; il y conte la fin tragique de la belle bayadère Sonia et de son répétiteur Navljiv qui fut poignardé et eut les mains coupées à la mode caucasienne par un groupe de Lesghins ; il y expose leur mise à mort par la « police tartare » et enfin s'attarde sur la beauté de la bayadère Nyrsa qui avait porté le piétinement lent ou rapide et le mouvement des reins jusqu' « à la perfection ».

Shamakhi est le symbole d'une nation et d'un pays baignés dans une atmosphère poétique ; la poésie n'y est pourtant pas seulement atmosphérique et présente en toutes les formes d'art et d'artisanat elle y est une tradition pratique.

Peu de Villes, je pense, peuvent se targuer tout du long de leur histoire d'une telle profusion de poètes, tous oscillant entre les trois axes de l'éthique poétique posée par Nizâmî.

Un ouvrage entier ne suffirait pas à passer en revue leurs œuvres et leurs vies : les sculptures qui ornent le jardin du Musée local et historique Lore à Shamakhi, non loin de la mosquée Juma que la fondation Heydar Aliyev restaure avec à l'avant plan des travaux un vibrant appel à la tolérance, ce comportement qui n'est l'apanage d'aucune idéologie, mais l'aptitude à discuter avec un autre ne participant pas aux même idées, forment une sorte de chemin des créateurs ayant adopté la voie poétique avec tous les risques inhérents à cette vocation.

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