Essai sur L’Esprit de l’Azerbaïdjan








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Falaki Shirvani (1108-1146).
Ce poète choisit son nom de plume en référence au mot arabe « Falak » qui signifie « espace » ; il était en effet particulièrement féru d'astronomie, mais aussi de philosophie et de sciences naturelles.

Il commença son œuvre protégé par le pouvoir royal, mais il tomba en disgrâce sous Memchehr III, fut jeté en prison où sa santé se dégrada gravement.

A la fin de son emprisonnement, malade et ruiné, il se réfugia à Tabriz.

Khagani Shirvani (1126-1199)
Né à Melgem, un village près de Shamakhi, il fut élevé par son oncle Kafi-eddin Omar, qui était médecin et astronome. Sa mère, nestorienne l'a élevé dans cette foi chrétienne qui niait la continuité du divin et de l'humain et donnait à Marie le titre de « Mère de Jésus » plutôt que celui de « Mère de Dieu » ; il adopta l'Islam, écrivit outre un éloge de Mahomet, « les deux Irags », le persan et le mésopotamien, effectua pour ce faire de longs voyages dans tout le Moyen- Orient où il rédigea aussi « Les portraits à Madain » qui exprime son chagrin devant les ruines de Ctésiphon, l'ancienne capitale impériale des Parthes.

De retour à Shamakhi, il rompit avec la vie de cour et fut, comme Falaki, emprisonné ; il écrivit depuis sa geôle l'une des plus puissantes condamnations du despotisme féodal, le célèbre « Poème prison » (Hubsiyye).

Libéré, il se réfugia à Tabriz avec sa famille où moururent, coup sur coup, son fils, sa fille et sa femme. Il rédigea à cette occasion d'émouvantes élégies.

Il fut enterré au cimetière des poètes de cette ville.
Madeddin Nasimi (1369-1417)
Grand défenseur de l'hurufisme, il voyait Dieu dans l'harmonie des lettres donatrices de sens et dans la beauté des visages humains ; il fut aussi, à l'exemple de Nizâmi, un immense poète du plus noble et du plus beau de tous les sentiments humains : l'amour.

Connaisseur de l'arabe, du persan et du turc, il fut sans doute le vrai « stabilisateur »  de la langue littéraire azérie. Une commune de Bakou porte son nom, une sculpture à son image orne le centre-ville et l'Académie des sciences de l'Azerbaïdjan a un département intitulé : « Institut linguistique Nasimi ». On peut le tenir pour un héros ou en tous cas un martyr de la poésie azérie dans la mesure où loin de dissimuler sa pensée, il la revendiqua et périt de ce fait, écorché vif, dans la ville d'Alep, en Syrie.
Seyid Azim Shirvani (1835-1888)
Ce poète lyrique fit son éducation primaire dans sa ville natale et fut ensuite envoyé à Bagdad, à Damas et au Caire pour y recevoir une éducation religieuse, mais de retour à Shamakhi, il étudia les sciences objectives, s'investit dans les questions pédagogiques et dans l'étude du russe.

Cette langue garde une influence considérable dans la culture azérie ; le pays du feu a en effet connu un siècle d'occupation tsariste et soixante-dix ans d'occupation bolchévique.

Dans un lycée de Shamakhi de neuf cents élèves que nous avons visité en 2011, six cents étudient encore en russe et trois cents en azéri. Tous, il est vrai, apprennent l'anglais ; ni le français, ni l'allemand ne figurent aujourd'hui parmi les options possibles.

Seiyd Azim ne fut pas seulement un grand poète ; il fut un formidable pédagogue qui réunit une anthologie intitulée : « Printemps des enfants » et un infatigable artisan de l'inter culturalité azéri-russe à qui le poète Sabir, lui aussi originaire de Shamakhi, dédia son roman

« Ma voix à travers le monde ».
Mirza Alekber Sabir (1862-1911)
Ecrivain d'une exceptionnelle précocité, il passa rapidement de la versification à l'analyse politique du Proche et du Moyen Orient. Son œuvre marquée par le réalisme se signale par un engagement sans failles au côté des déshérités et par la modération qu'il requiert chez tout belligérant. L'honneur d'un soldat n'est-il pas de faire la différence entre un ennemi en armes et un ennemi désarmé ? Entre un combattant et des femmes ou des enfants sans défense ?
Abbas Sehhat (1874-1918)
Cet autre natif de Shamakhi fit des études de médecine à Téhéran, mais son diplôme n'étant pas reconnu par la Russie, il consacra le meilleur de son activité à ouvrir des écoles, des bibliothèques, à rédiger des manuels scolaires (« Nouvelle Ecole ») et à traduire de nombreux poètes tels que Pouchkine, Lermontov (le « poète du Caucase », il y fut exilé par Nicolaï Ier), Nadson (auteur du poème « Il est temps » mis en musique par Sergeï Rachmaninoff), Victor Hugo, Alfred de Musset...

Pro-iranien, défenseur de la révolution constitutionnelle persane de 1905, i1 échappa de justesse à la destruction de Shamakhi par les Arméniens en avril 1918 et après un court séjour à Kurdamir, mourut à Gandja.

Sultan Majid Afandiyev (1887-1938)
Ce poète participa à la révolution russe de 1905 et fut l'un des membres fondateurs du parti communiste d'Azerbaïdjan. Il fut aussi Président de la République de Transcaucasie qui regroupait la Géorgie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan : elle fut incorporée à l'Etat soviétique en 1922.

Ce grand écrivain fut arrêté par Staline durant la Grande Purge et fut exécuté à Bakou en 1938: il fut réhabilité en 1956.

Auteur d'un dictionnaire russo-azéri, il écrivit entre autres des tragédies, des vaudevilles, des ouvrages pour enfants, des essais sur Sabir, Narimanov (traducteur de Gogol, grand révolutionnaire vraisemblablement éliminé par Staline en 1925) et sur le dramaturge Huseyn Arablinski.

Il rédigea aussi des traductions de Tolstoï…



21 § Entre tsarisme et bolchevisme : la première indépendance

L'histoire de l'Azerbaïdjan est incompréhensible sans référence à son puissant voisin du Nord qui, occidentalisé et industrialisé par Pierre le Grand (1682  1725) et Catherine II (1762-1796) avait assuré son expansion vers l'Ouest par la prise de Paris en 1814 et l'écrasement des révoltes polonaises (1830) et hongroises (1849).

Dès 1813, la Russie avait poursuivi ses conquêtes vers le Sud par l'annexion du Caucase.

Le traité de Turkmanchai (1828) a confirmé cette victoire sur la Perse : Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan furent ainsi annexés par la Russie qui, dès 1843 avait compris toute l'importance des richesses pétrolières : sur ce point et beaucoup d'autres, les Bolcheviques ne furent pas en reste ; le Caucase demeura toujours l'une de leurs cibles privilégiées. Au milieu du dix-neuvième siècle, Géorgie et Arménie ayant soi-disant demandé la protection de la Russie contre ce qu'elles appelaient les « incursions musulmanes », la pénétration tsariste s'effectua par la route géorgienne qui relie Tbilissi à Vladicaucase, ville du Nord.

L'Azerbaïdjan a donc été soumis à une russification qui va tenter de superposer à l'esprit azéri les principes moraux du christianisme orthodoxe.

Sur le fond, ceux-ci ne diffèrent pas du christianisme occidental : les divergences sont toutes d'ordre mondain ; les Orthodoxes (ceux de la foi droite) ne reconnaissent pas l'institution divine du pape et depuis 1054 lui dénient le droit d’intervenir dans les nominations des prêtres.

La mise à sac de Sainte-Sophie par les croisés vénitiens en 1204 a profondément aggravé le schisme qui en Arménie fut en quelque sorte « constituant. » : le zoroastrisme y fut très tôt supplanté par le christianisme et ce, par l'action de Grégoire l'Illuminateur (257-331).

Il convertit le roi Tiridate et eut deux fils, Aristokès et Vertanès qui organisèrent le fonctionnement temporel de cette « catholicité » (universalité) autocratique très particulière.

La Russie est en fait devenue orthodoxe beaucoup plus tardivement que l'Arménie : ce n'est qu'au seizième siècle, après la prise de Constantinople par les Ottomans et leur splendide restauration de Sainte- Sophie (« Hagia Sophia » veut dire en vérité « Divine Sagesse ») qu'Ivan V, dit Ivan le terrible fit de Moscou, après Rome et Constantinople, le troisième grand centre du christianisme. En même temps qu'il devenait un autocrate byzantin et instaurait en Russie une tyrannie sans précédent, cet empereur vraiment terrifiant se lança dans une politique d'expansion et de colonisation de ses voisins qui, au cours des âges, ne s'est plus jamais reniée.

La Russie connut certes de nombreux troubles intérieurs, passage de la dynastie des Riourikides à Boris Godounov le Boyard, occupation du Kremlin par la Pologne alliée à la Suède, mais la constante fut toujours, appuyée sur l'Eglise orthodoxe, une politique de conquêtes tous azimuts, à l'Ouest, au Nord-Ouest, à l'Est et au Sud-Est vers les embouchures du Danube et toute la région du Caucase . Syndicats et partis interdits, circulation très limitée, presse censurée furent l'ordinaire de la Russie qui, à partir de 1888, finança son industrialisation par les emprunts russes qui connurent en France un énorme succès d'autant que depuis la création de la Triplice (l’alliance de l'Allemagne, de l'Autriche-Hongrie et de l'Italie), le gouvernement français recherchait une alliance avec les Russes.

Le slogan publicitaire était : « Prêter à la Russie c'est prêter à la France ! »3.

Le XIXème siècle, paradis du capitalisme et des triomphes coloniaux avec leur cortège de pillages et d'exactions fut aussi celui de l'apparition en Occident d'une force de résistance formidable aux oppressions sociales : l'espérance communiste !

Saisi sous l'angle philosophique, le marxisme peut être tenu pour une variante sécularisée du christianisme, car si le salut ne s'y trouve plus dans le ciel, il se tient néanmoins dans un au-delà de l'histoire qui n'existe pas davantage.

Le but de la vie s'il est situé avant, au–dessus ou après l'histoire terrestre des hommes conduit au nihilisme : néanmoins, l'espoir que le communisme avait apporté aux déshérités et aux misérables fut l'âme active des révoltes anti-tsaristes et de la grande révolution d'octobre 1917.

C'est à la faveur des désordres engendrés par celle-ci que l'Azerbaïdjan connut sa première indépendance. Cette République fut en fait le premier Etat laïque du monde musulman.

Il faut savoir qu'avant la victoire des Bolcheviques de 1917, un révolutionnaire de Géorgie était né en 1879 sur la rive gauche de la Koura (en grec « Kuros » et en français « Cyrus »), à Gori, non loin de Tiflis.

Joseph Vissarionovitch Djougachvili, mieux connu sous le nom de Staline, « l'homme d'acier » commença par étudier la religion orthodoxe au lycée de Tiflis.

En fait, la Géorgie fit toujours preuve d'une résistance farouche à la russification et à la tutelle impériale de Moscou.

La langue maternelle de Staline fut donc, rappelons-le, le géorgien ; le tyran parla toujours assez mal la langue de l'Empire qu'il finit par dominer d'une main de fer. Les parents de Staline avaient connu le servage qui ne fut aboli qu'en 1865 et lui-même eut une enfance largement gouvernée par la misère et l'insubordination à la discipline religieuse.

La jeunesse géorgienne était atrocement brimée et ses sentiments nationaux constamment bafoués : le chemin de fer qui amena avec lui les méthodes de l'oppression capitaliste amena aussi une traduction du Manifeste du parti communiste : les révoltés de Tiflis n'étaient pas insensibles aux grèves qui éclataient à Bakou conduites par les prolétaires qui extrayaient le naphte.

C'est d'ailleurs à Bakou que Staline est devenu un « ouvrier » de la Révolution Bolchevique dont les foyers annonciateurs se multipliaient dans toute la Russie : de Saint Petersbourg à Kiev, de Simbirsh à Tiflis.

C'est à Bakou que ce même Staline recherché pour « instigation à l'émeute » fut caché par l'un des pères de la première république d'Azerbaïdjan : Mammed Amin Rasulzadeh

Ce leader idéologique qui fonda en 1911 le premier parti azéri « Müsavat » (Egalité) et qui participa entre autres à la création en 1919 de l'Université d' Etat de Bakou, fut l'auteur du slogan : « Une fois hissé, le drapeau de la liberté ne sera jamais plus abaissé. ».

Rasulzadeh fut arrêté par les Bolcheviques et torturé, mais il fut sauvé par Staline lui-même qui s'était rappelé lui devoir la vie.

Staline l'emmena à Moscou et voulut lui faire accepter de hautes fonctions : il les déclina toutes et parvint à échapper aux foudres du tyran en gagnant la Finlande et ensuite la Pologne où il milita aux côtés du grand nationaliste Pilsudski ; il vécut aussi en Roumanie avant de terminer ses jours en Turquie.
Mais revenons au début du siècle : partout l'oppression tsariste conduisait à des révoltes sociales doublées d'un fort sentiment national. Cette situation était quelque peu différente en Arménie et ce, sans doute en raison des liens ancestraux qui la reliaient à la religion orthodoxe. La résistance au tsarisme n'y prit pas la forme internationale que prônait l'idéologie marxiste, mais conduisit ce pays à pratiquer exclusivement une politique nationaliste d'expansion territoriale, de purification ethnique et religieuse, bref une politique génocidaire qui allait se concrétiser par la guerre de 1905-1907, laquelle frappa effroyablement les villes de Bakou, de Shamakhi, de Nakhitchevan, de Chanchi et de Gandja... .

Cette politique, loin d'être entravée par la révolution de 1917 et ses multiples turbulences, allait se trouver encouragée par les nouveaux maîtres de la Russie. Lénine nomma à la direction des opérations répressives Stephan Shaumyan ; celui-ci les conduisit avec une rare férocité.

L'Arménie et l'Armée rouge ont massacré deux millions d'Azéris et ce, sous couvert du très fameux principe révolutionnaire d'occidentalisation « des peuples » avec comme motif à peine dissimulé l'appropriation des ressources pétrolières de Bakou.

Celles-ci repartaient en Russie tsariste par des navires remontant la Volga, mais cette opération n'était possible qu'à partir de la mi-mars lors de la fonte des glaces : il fallait donc que les Bolcheviques s'emparent complètement de Bakou et mettent fin à la « Première Indépendance ».

Le génocide de Shamakhi prit du temps ; il eut lieu en trois phases, car l'Armée islamique du Caucase formée en Turquie vint au secours des Azéris.

C’est après la chute définitive de la République démocratique d'Azerbaïdjan que plus aucun frein ne fut mis à la « Terreur rouge ».

Lors de la prise de Shamakhi, les Arméniens et les soldats soviétiques coupèrent jambes, bras, nez, oreilles, ils crevaient les yeux et massacraient indistinctement vieillards, femmes et enfants.

Ainsi, incendièrent-ils la Mosquée de Juma en y ayant enfermé un grand nombre de femmes et d'enfants qui périrent brûlés vifs.

Cent trente villages du district de Shamakhi furent entièrement détruits et brûlés.

Ceux des habitants qui parvinrent à fuir ces abominations moururent de faim et de soif.

Parmi eux figurait le poète Abbas Sahat dont nous avons évoqué la figure. Aidé par l'armée turque qui, elle aussi, eut à combattre l'Arménie durant la première guerre mondiale, la République démocratique d'Azerbaïdjan qui fut proclamée en mai 1918 dura jusqu'à avril 1920.

Sous l'impulsion entre autres de Rasulzadeh, des enquêtes furent conduites à propos de ces crimes qui ne s'étaient pas limités à la région de Shamakhi, mais avaient touché toutes les villes et villages de l'Azerbaïdjan.

A la conférence sur la paix qui se tint à Paris en 1919, ces atrocités furent exposées et dénoncées par la délégation azérie que dirigeait A.Topchubashov.

Le Président américain Woodrow Wilson s'y montra attentif et envoya dans le Caucase sud une mission d'enquête dirigée par le général Harbor.

Celle-ci n'eut pourtant pas les effets espérés car l'Union soviétique et l'Arménie qui n'avaient pas limité leurs crimes aux populations musulmanes, mais les avaient étendus aux Juifs et aux civils allemands, unirent leurs efforts pour que la vérité fut niée, minimisée ou en tous cas fort peu divulguée.

Pourtant, conclut Meharam Zulfugarli dans son livre « 1918, le génocide de Shamakhi », une manifestation plus généralisée de ces vérités eût peut-être permis d'éviter le «janvier noir » de 1990, la tragédie de Khodjali de 1992 ainsi que le million de réfugiés qu'engendra la guerre du Haut-Karabagh dont il faut tout de même espérer que les rencontres de Kazan qui ont lieu au moment où nous écrivons ces lignes trouveront un chemin pour atténuer le malheur de ces « déplacés ».

On peut l'espérer, mais rien n'incite à l'optimisme ; les « médiateurs » russes ont trop d'intérêts dans le statu quo.

Pourtant, Arméniens et Azéris devraient se demander : avec qui faire la paix, si ce n'est avec son ennemi ? Faire la paix avec ses amis ou ses alliés n'a pas de sens vu qu'elle existe déjà.

Quoi qu'il en soit, la première indépendance azérie fut aussi la première démocratie du monde à promouvoir l'égalité entre les sexes, le vote des femmes, le multipartisme et la laïcité de l'Etat, s'entend une tolérance de l'Etat à l'endroit de tous les cultes pour peu que ceux-ci se gardent de tout fanatisme et ne briment ni les citoyens des autres confessions, ni ceux qui, sans croyance aucune, n'ont pour objectifs que les connaissances scientifiques ou les pensées conceptuelles de la philosophie.

Obsédé par l'accaparement des richesses pétrolières de Bakou, Lénine, suivi sur ce chemin par Staline, orchestra la destruction de la République démocratique de l'Azerbaïdjan.

Dès après 1924, l'homme d'acier a su conserver dans l'ignorance et la pauvreté un peuple continuellement apeuré par d'effroyables et constantes représailles et maintenu dans l'espérance par des promesses toujours réitérées, jamais tenues : son régime était idéal sur le papier, mais le but absolument inaccessible avait transformé une dictature dite passagère en un despotisme absolu finalisé par l'évènement toujours différé de la « première société sans classes ».

Ce sera « magnifique », mais c'est « futur » et qui doute de cet « avenir » est au pire exécuté sur le champ, au mieux menacé de mort.

Staline déporta des personnes par centaines et centaines de milliers ; il eut pour technique de gouvernement de promouvoir aux plus hautes fonctions les plus irresponsables et les plus incompétents à qui il imputait tous ses échecs et qui constituèrent la nouvelle classe dominante de l'Union soviétique restaurant à qui mieux mieux un néo-tsarisme effroyable ainsi qu'une éducation dominée par une propagande qui réhabilita Ivan le terrible, Pierre le Grand et tous les nationalistes que l'internationalisme marxiste avait largement condamnés.

Dans les bibliothèques et les librairies, les œuvres de Staline remplacèrent peu à peu celles de Lénine, tandis que la politique étrangère demeura une politique de colonisation et d'expansion impérialistes : la démocratie intégrale dont le vrai visage fut celui du despotisme le plus délirant supprima les « droits des nationalités », abolit la fédération de Transcaucasie et imposa aux Azéris qui avaient pratiqué, avant Atatürk, « la révolution des signes » en adoptant l'alphabet latin, un retour à l'usage de l'alphabet cyrillique.

Les procès en sorcellerie se multiplièrent ; les accusations de « trotskisme » se mirent à pleuvoir et les condamnations à mort à proliférer.

L'année 1937 marquera l'apogée de cet abominable carnage qui n'épargna aucun étage de la pyramide bureaucratique.

De Minks à Vladivostok, d'Arkhengelsk à Tiflis et Bakou, les exécutions sommaires furent légion autant que les « suicides » des poètes, ainsi ceux d'Essénine et de Maïakovski.

La mort fut partout, elle régna de jour et de nuit ; elle frappa et faucha sans distinction les amis et les ennemis du plus sanguinaire de tous les Georgiens.

Staline imposa à son peuple et à ses satellites une interminable Saint-Barthélemy ; elle n'épargna ni l'Arménie, ni la Géorgie, ni bien entendu l'Azerbaïdjan : Moussabekov, Efendiev, Rakhmanov, Safarov, Sultanov , Ibrahinov, Husseïnov furent éliminés sans pitié.

Les camps de concentration furent à nombre d'égards le modèle que suivit Hitler répandant partout une demi culture lamentable, faite d'éloges du sport, de schémas simplistes, de sophismes grossiers et de slogans en tous points comparables aux mensonges journalistiques des religions, aux erreurs qu'elles chantent et louent comme autant de « vérités intangibles » : à leurs yeux, la terre serait plate , la philosophie « une science humaine » et Staline « un soleil qui dissipe les ténèbres », « l'âme de la poésie et l'esprit de toute prose », autrement dit une chaîne sans fin d'improvisations stupides et criminelles.

Staline craignait son brutal voisin allemand qui lui fit miroiter l'obtention sans coup férir d'un tiers de la Pologne, ce qui conduisit à l'union sacrée du bolchevisme et du nazisme, du communisme et du nationalisme socialiste.

Staline a cru dur comme fer en cette alliance, il n'a pas compris que « Barbarossa » était en préparation et qu'après les refus de Franco et Salazar d'entrer en guerre à ses côtés, Hitler allait devoir utiliser sa machine de guerre non contre l’Afrique, mais contre le meilleur de ses alliés.

Staline n'écouta ni Churchill, ni Roosevelt, ni ses propres services secrets ; il se laissa lamentablement surprendre et ne fut protégé au fond que par l'immensité des territoires russes, que par la rudesse de l'hiver et les routes mal entretenues où s'enlisaient les divisions de panzers : s'il parvint à vaincre les Allemands à « Stalingrad », ce fut en grande partie, grâce aux ressources pétrolières de Bakou... mais personne n'expliqua jamais pourquoi les Allemands purent pénétrer aussi loin aussi facilement et surtout être si souvent accueillis comme des libérateurs venus abolir les méfaits du collectivisme.

Incapable de profiter de ces alliés potentiels (dont André Vlassov), Hitler se laissa aveugler par sa haine suicidaire et son obsession démente à ne voir partout que des « sous-hommes ».

Sans l'aide des tiers très impliqués que furent l'Angleterre et les Etats-Unis, Staline n'eût jamais emporté la victoire de Valgograd, ville qui s'étend sur environ quatre-vingt kilomètres le long de la Volga.

Ce point d'histoire sinistrement occulté par les grandes puissances a été remarquablement analysé par Georges Fisher dans son « Soviet Opposition to Staline », magistralement confirmé par Alexandre Soljenitsyne dans «l'archipel du Goulag » et somme toute distillé goutte à goutte par les autorités soviétiques et russes à partir du célèbre rapport de Nikita Khrouchtchev qui suivit la mort du tyran survenue en mars 1953.

Après l'éclatement de l'éphémère Transcaucasie qui vécut quelques mois sous la présidence de Nicolas Cheïdzé et tenta de s'émanciper de la domination russe, devenue bolchevique, l'Azerbaïdjan (pro-turc), l'Arménie (pro-russe), et la Géorgie (pro-allemande) ont recherché, chacun pour son propre compte, une indépendance nationale qui sera brisée par leurs divergences et par l'Ours soviétique.

Les troupes bolcheviques ont occupé tour à tour ces petites nations incapables de s'unir.

Rasulzadeh, rappelons-le, avait organisé la résistance dans les montagnes de Shamakhi.

Il fut arrêté en aout 1920 et transféré à Moscou d'où il s'échappa pour gagner la Finlande, ensuite la Turquie, la Pologne (il y épousa la nièce du président Pilsudski) où il fonda en 1926 « le Mouvement Prométhée », lequel s'efforcera jusqu'en 1939 de restaurer contre Staline une véritable unité caucasienne.

Ce projet, qui avait bénéficié de l'appui de la France et de l'Angleterre, prendra fin avec l'invasion de la Pologne en 1939.

A cette date, le monstre de Tiflis avait gagné ; l'Allemagne nazie et la Russie stalinienne se partageaient la Pologne.

Staline avait le champ libre pour annexer les Etats baltes et la Moldavie et après l'échec de l'invasion allemande, continuer sa politique de répression, de déportation et de terreur qui au fond sera poursuivie durant la guerre froide (Budapest, 1956 sous Khrouchtchev ; Prague, 1968, sous Leonid Brejnev ; Bakou, 1990, sous Gorbatchev) et même très au- delà (intervention d'Eltsine en Tchétchénie avec le bombardement de Grozny).

La présence russe, soviétique, puis russe dans le Caucase est tantôt d'occupation militaire, comme en Tchétchénie, tantôt de présence stratégique comme en Géorgie (qui considère ces bases militaires comme une atteinte à sa souveraineté) ou en Arménie (qui les tient pour un appui essentiel contre l'Azerbaïdjan) et tantôt diplomatique et économique comme en pays azéri...

En parfaite continuité avec les politiques inaugurées par Lénine, Staline et poursuivies par Khrouchtchev, Brejnev, Andropov, Tchernenko, Eltsine, Poutine, la Russie n'a cessé d'appuyer tantôt l'Arménie et tantôt l'Azerbaïdjan afin d'affaiblir les deux camps et d'être seule à tirer avantage du conflit.

Cette position de surplomb sous apparence médiatrice est toujours très sensible dans la rencontre de Kazan.

La politique du tiers intéressé ou des tiers inclus doit demeurer au cœur de la présentation politique du Pays du feu, toujours en opposition plus ou moins larvée à l'ancien occupant impérial.

La Russie n'est pas, loin s'en faut, le seul tiers intéressé par les richesses de l'Azerbaïdjan.

L’Iran, la Turquie, les Etats-Unis, l'Europe ne laissent, eux aussi, de poursuivre leurs intérêts propres en usant des seuls moyens dont la politique dispose : la force et la ruse, l'armée et la diplomatie.

La géopolitique du Caucase est particulièrement complexe et mouvante, même si pour le cas qui nous retient, elle nous semble dominée par la guerre qui oppose le pays du feu à l'Arménie.

C'est par l'analyse de cette question qu’il convient de présenter la politique du jeune Etat azéri.

Peut-être, faut-il malgré cela commencer par exposer la carrière et les réalisations de la personnalité éthique et politique la plus importante : Heydar Aliyev.
22 § Heydar Aliyev.

Né à Nakhithevan le 10 mai 1923, Heydar Aliyev, mort aux Etats-Unis à Cleveland dans l'Ohio le 12 décembre 2003, eut une vie absolument inséparable de la vie éthique, politique et économique de l'Azerbaïdjan.

D'une beauté et d'un charisme exceptionnels, il étudia l'architecture et l'histoire à Bakou, mais surtout fut-il formé en Union soviétique à Leningrad, aujourd'hui redevenue Saint-Pétersbourg.

Il y séjourna durant le plus long siège de l'histoire moderne (du 8 septembre 1941 au 27 janvier 1944) : Heydar Aliyev étudiait à l'Académie du Ministère de la Sécurité d’Etat, il revint à Bakou pour siéger au comité de la Sécurité de l'Etat dont il gravit un à un les échelons jusqu'à en devenir Vice-président en 1964 et Secrétariat en 1967.

Leonid Brejnev, premier secrétaire du parti communiste de l'Union soviétique, le nomma en 1969 premier secrétaire du comité central du parti communiste azerbaïdjanais et en 1976, il devient membre du politburo avant d'être promu vice-premier Ministre d' URSS par Iouri Andropov qui fut sans doute le vrai initiateur de la « perestroïka » : après avoir occupé le poste d'ambassadeur à Budapest en 1956 et, fait remarquable, avoir étudié le hongrois, ce dirigeant soviétique n'hésita pas à soutenir Alexandre Dubcek ( ce qui ne signifiait rien moins qu'une condamnation de l'intervention militaire en Tchécoslovaquie et une manière de marquer ainsi un certain infléchissement de la politique étrangère soviétique).

Andropov était conscient des faiblesses du régime soviétique ; il lutta comme il put contre la corruption et par exemple, démantela la maffia du caviar organisée par les dirigeants, qui vendaient les œufs précieux à leur bénéfice exclusif.

Heydar Aliyev fut donc l'Azéri qui occupa la plus haute fonction au sein de la hiérarchie dirigeant l'URSS ; il y fut Ministre des transports et des services sociaux et premier adjoint du Président du Conseil des Ministres d’URSS.

En 1987, Mikhaïl Gorbatchev trop loué par l'Union européenne qui ignorait et continue à tout ignorer ou presque des luttes de pouvoir en Union soviétique, rompit avec la politique de changement inaugurée par Andropov et obligea Aliyev à démissionner.

Celui-ci garda pourtant la haute main sur l'Azerbaïdjan : accusé de corruption par les services de Gorbatchev, il s'opposa à celui-ci avec détermination et affirma de plus en plus nettement son nationalisme.

Sous l' occupation soviétique , il avait usé de sa situation privilégiée pour limiter les pillages staliniens et moderniser l'industrie de son pays, mais cette fois, il fut obligé de combattre Gorbatchev ouvertement.

En 1988, le nouveau maître du Kremlin reprit l'antique politique pro-arménienne et encouragea ou en tous cas autorisa l'expulsion des Azéris et l'annexion du Haut-Karabakh ainsi que des sept districts adjacents.

En continuation directe des politiques tsaristes que le Traité de Turkhmenchay avait définies et qui appelait les territoires conquis à la Perse « quartier arménien », la population azérie fut déportée et eut à subir le terrible génocide de 1918 ; Gorbatchev continua à soutenir sans conditions la politique de la grande Arménie qui, au passage, annexa aussi la Djavakhétie géorgienne.

L'épuration ethnique et religieuse recommença donc avec l'appui et l'aval de Gorbatchev :
« Nous, gens d'Arménie, n'oublierons jamais les journées sanglantes de 1915, les horreurs qui nous ont été infligés par Talat Pacha, Enta Pacha et Kemal Pacha (Atatürk). Quiconque se dit Arménien doit chasser le Turc de sa terre, ne lui donner ni eau d'une source arménienne, ni pain cuit par une femme arménienne. Turcs hors de chez nous ! »
Cette affiche tout à fait dans l'esprit de la chrétienté orthodoxe déclencha des massacres d'une ampleur exceptionnelle.
Les expulsions massives furent organisées par Suren Arutyungan, le premier secrétaire du Comité Central du Parti Communiste arménien.
Il y eut sous menaces de mort des centaines de milliers de déportation ; il y eut des décapitations, des femmes et des enfants brûlés vifs, découpés en morceaux, attachés à des voitures et traînés jusqu'à ce que leurs crânes éclatent ; il y eut des milliers d'Azéris battus à mort ou qui gelèrent dans les montagnes en tentant de fuir.

L'Arménie utilisa pour les mitrailler hélicoptères et véhicules blindés ; à Erevan, la mosquée, une école secondaire et le théâtre azéris furent incendiés et le cimetière vandalisé.

Il y eut partout viols, tortures et lynchages ; femmes et enfants emmurés vivants et partout les fonctionnaires et les policiers prêtèrent main forte à ces horreurs.

Ceci ne sera freiné que par un tremblement de terre qui conduisit la Communauté internationale à porter secours aux...Arméniens.
L'URSS ferma les yeux sur ce génocide, mais réagit à l'annexion du Haut-Karabagh : comme celle-ci s'est effectuée en violation de l'article 78 de la constitution soviétique qui interdisait toute modification de frontières sans le consentement du Soviet suprême, l'Union soviétique confirma l'appartenance du Haut Karabagh à la République d'Azerbaïdjan, mais les violences anti-azéries continuèrent à s'intensifier et sont encore et toujours soutenues par les forces soviétiques.
Pour casser toute volonté indépendantiste de l'Azerbaïdjan, Gorbatchev va profiter de ce que l'Europe de l'Ouest se félicite de la chute du mur de Berlin et lui en attribue tout le mérite.

Cet événement avait pourtant été largement préparé par la politique de l'Est de Willy Brandt et plus que vraisemblablement décidé par Brejnev lors de sa visite d'Etat à Bonn en 1972 : le soviétique avait obtenu ce qu'il demandait, (de l'argent, de la technologie, un accord économique privilégié pendant cinquante ans), mais la contrepartie était et est encore demeurée secrète.

Quoiqu'il en soit de cette hypothèse formulée en son temps par le philosophe Roger Munier, Gorbatchev, qui reçut le prix Nobel de la Paix, décida d'envoyer ses chars contre Bakou sous couvert de normaliser les luttes inter-ethniques qui, en effet, avaient lieu .

Ces événements que nous avons déjà évoqués lors de l’introduction sont connus sous le nom de «janvier noir ».

L'opération dirigée par le Ministre de la Défense en personne utilisa les chars et le matériel militaire le plus sophistiqué pour écraser le million de personnes désarmées qui s'étaient rassemblé dans le centre de Bakou.

Heydar Aliyev retourné dans son Nakhitchevan natal après sa disgrâce voulue par Gorbatchev condamna l'intervention dans les termes les plus durs ; il démissionna du parti communiste et se fit élire au parlement alors que l'Azerbaïdjan proclamait son indépendance le 30 aout 1991, laquelle ne sera officialisée qu'en octobre.

La deuxième Indépendance enfin gagnée, le pays entra en guerre ouverte contre l'Arménie et tenta de recouvrer l'intégralité de son territoire.

Ce conflit particulièrement sanglant s'enlisa et le deuxième Président du nouvel Etat, Aboulfaz Eltchibey candidat du front populaire d'Azerbaïdjan, connu pour n'avoir jamais pactisé avec l'Union soviétique, se résolut à faire appel à Heydar Alyev qui devint Vice- Président.

Toutefois, cette alliance d'union nationale n'améliora pas la situation sur le terrain militaire et le 26 février 1992, les forces armées d’Arménie épaulées par le régiment 366 de l'armée russe s'emparèrent de la ville de Khodjali et se livrèrent à l'un des massacres les plus effroyables de la guerre arméno-azérie.

Hommes, femmes, enfants furent mitraillés, scalpés, découpés en morceaux ; la ville fut bombardée, puis brûlée et rasée ; celles et ceux qui tentèrent de fuir furent rattrapés, exécutés et souvent mutilés jusqu'à la mort.

Ce génocide nié par les Arméniens qui continuent à tout justifier en se référant à la guerre de 1914, commence à être reconnu tant à Strasbourg qu'à Washington…

Quoiqu'il en soit de ces événements effroyables, les échecs militaires azéris plongèrent le pays dans le chaos ; il était au bord de la guerre civile lorsqu'Heydar Aliyev réussit à se faire élire Président le 3 octobre 1993.

Force est de reconnaître qu'il s'imposera comme le vrai père de l'Azerbaïdjan moderne : il échouera militairement contre l'Arménie et devra accepter un simple gel du conflit armé, mais il négociera avec succès le retrait des troupes soviétiques, le contrat du siècle, lequel, nous l'avons signalé, associera à l'exploitation des richesses pétrolières de la mer Caspienne, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Norvège, la Turquie, le Japon, la France, la Russie, l'Arabie Saoudite et l'Italie ; plus encore, parvint-il à ouvrir pour le pétrole azéri un débouché sur l'Europe et le marché mondial par la création du pipeline BTC (Bakou, Tiblissi, Ceyan) qui évite soigneusement tout passage par l'Arménie, l'Iran et la Russie.
Cette consolidation de l'économie azérie s'est doublée d'une démocratisation politique par l'adoption d'une constitution présidentielle, l'adhésion au Conseil de l'Europe et à l'OTAN.
Brillamment réélu en octobre 1998, il est unanimement admis qu'il parvint en usant de diplomatie à desserrer l'étreinte soviétique (Gorbatchev a lui-même reconnu que le «janvier noir » était sans doute sa plus grave faute politique) et à prendre les mesures sociales, éthiques, politiques et économique les plus susceptibles d'assurer la sécurité, la prospérité et la liberté de l'Azerbaïdjan.

Heydar Aliyev, bien que de confession musulmane, eut la sagesse éthique de comprendre qu'une nation doit fonder son développement sur la citoyenneté de tous et sur l'égalité civique : la liberté des cultes ; c'est bien, mais c'est assez !

On ne consolide pas un Etat par l'exclusion des citoyens qui ne pratiquent pas les rituels de la majorité religieuse ou par celle de ceux qui se définissent comme sans religion : athées, philosophes ou poètes4.

Il n'est possible de parvenir à cette fin, à cette éthique de la politique (il n'y a pas de politique éthique ou de politique universelle, car toute politique est par essence plurielle, par essence inséparable de l'hostilité de l'ennemi) qu'en pratiquant une étatisation au service de tous les citoyens qui peuvent être entre eux des adversaires électoraux, mais nullement des ennemis en armes.

La guerre n'a pas sa place au sein d'une identité collective nationale, mais la guerre, le plus humain de tous les phénomènes humains ne sera pas suppressible aussi longtemps que les hommes seront des hommes : tout au plus, peut-on conjurer la guerre un long temps et à l'exemple de l'Union européenne s'efforcer autant que possible de la maintenir hors de son propre territoire...

En Europe occidentale, ce succès récompensé par un prix Nobel a demandé des réconciliations douloureuses et des renversements d'alliance étonnants, car la paix exige plus de courage et d'intelligence que le pur et simple déclenchement des conflits ; la paix de surcroît, ne peut être faite qu'avec l'ennemi, car, répétons-le, entre amis il ne sert à rien de la construire vu qu'elle existe déjà.

Guerre et paix sont des états en alternance continue : le premier prétend toujours avoir pour but le second, mais assorti de conditions nouvelles qui si elles sont objectivement réalisables ont une chance d'exister.

Par contre, si elles sont irréalisables comme la société sans classes, la disparition de la distinction entre pauvres et riches, la fin de toute séparation entre le privé et le public, l'extermination totale de l'ennemi comme il en va dans toute volonté de purification ethnique ou dans les guerres de religion, elles réduisent les conflits à du fanatisme suicidaire.

Tout Etat responsable et viable se doit de cultiver des liens avec tous ses voisins en se gardant de vouloir les briser, mais aucun ne saurait tolérer l'occupation d'une large part de son territoire sans mobiliser toutes les forces de la nation pour restaurer sa souveraineté à l'intérieur de ses frontières.

Le choix d'une résolution négociée du conflit avec l'Arménie, malgré le génocide de 1988, le « janvier noir » de 1990 et la tragédie de Khodjali, a été fait par Heydar Aliyev dès 1993 ; mais une négociation, si elle suppose aussi longtemps qu'elle dure l'absence de la violence armée, peut toujours ou aboutir, ou échouer.
« Il n'est certainement pas facile d'en finir avec une guerre qui dura cinq années et de reprendre les territoires qui furent annexés. Plusieurs opinions se font entendre au sein de notre société quant à la meilleure façon d'atteindre cet objectif. Nous trouvant encore et toujours dans une disposition d'esprit pacifique, nous préférons y parvenir par des négociations de paix et par des moyens diplomatiques aidés pour ce faire par l'organisation des Nations Unies, le conseil de sécurité et les principaux Etats des organisations internationales qui prennent part à la résolution du conflit. En même temps, la république d'Azerbaïdjan, en tant qu’ 'Etat indépendant, devrait disposer d'une armée efficace. Malheureusement, depuis que l'Azerbaïdjan a conquis son indépendance, nous n’avons pas suffisamment travaillé pour cet objectif. Si nos négociations de paix échouent, la création d'une armée capable de restaurer l'intégrité territoriale et d'assurer la défense de la République deviendra l'une des tâches prioritaires de notre Etat. »
Plus de dix ans plus tard, ces propos d'Heydar Aliyev demeurent de pleine actualité.

Le statu quo est plus que jamais inacceptable car les tragédies vécues par les Azéris, loin de briser leur élan national l'ont au contraire consolidé.

Comme si souvent, la guerre a joué son rôle socialisant qui est de renforcer l'unité de chacun des belligérants.

Le lien fondateur de l'identité collective azérie s'est ainsi conforté dans les épreuves, dans les combats et les génocides endurés et s'il est vrai que ce ciment du collectif a pris au pays du feu une tournure manifestement démocratique, il ne faut jamais oublier, que s'il y a « peuple » dans le mot « démocratie », il y a aussi le mot « cratie », c'est-à-dire « pouvoir », c'est-à- dire « puissance ».

Celle-ci implique une force armée, mais aussi une intelligence diplomatique en éveil permanent.

La politique n'est pas le champ de l'impossible et des utopies ; elle est celui du réalisable, de l’effectivement possible.

Sa santé s'étant gravement dégradée, Heydar Aliyev eut la sagesse de nommer premier ministre son fils Ilham, non parce qu'il était son fils mais parce qu'il lui semblait le plus compétent pour continuer et parfaire l’œuvre commencée.

Le premier ministre, Athur Rasizade demeura d'ailleurs en fonctions officieuses et les reprit officiellement après qu'Ilham Aliyev eut gagné les élections présidentielles contre Issa Gambar, qui contesta la régularité de celles-ci en s'appuyant sur les rapports de l'O.N.G. « Human rights watch ».

L'idée de réaliser « une révolution des roses » comme en Géorgie ou une « révolution orange » comme en Ukraine ne cessa de hanter cet opposant, mais après le succès électoral de Ilham Aliyev en octobre 2008, il est certain que la base populaire lui ferait défaut d'autant que les deux aspects nécessaires à toute identité collective semblent réunis : il y a un « contre l'Arménie » et plus important, un « pour l'Azerbaïdjan » tourné vers l'avenir ainsi que le préconisait Heydar Aliyev dans son discours du 10 octobre 1993, « Towards the future ».

Résolument en route vers l'avenir, l'Azerbaïdjan a son futur antérieur inscrit dans sa politique du présent.

23 § La logique du tiers-intéressé

L'état le plus naturel, le plus humain n'est pas la paix, mais la guerre. On peut déplorer cette réalité ; mais on ne saurait la nier sans tenir ses rêves pour argent frais ou se rendre aveugle et sourd aux violences et aux fureurs qui déchirèrent l'histoire des hommes et continuent à le faire aujourd'hui de la Lybie à la Syrie, de l'Irak à l'Afghanistan, du Soudan à la Somalieou au Mali, la liste est sans fin.

« La guerre, savait déjà Héraclite, est père de toutes choses. ».

Nous l'avons suffisamment martelé, l'actualité politique de l'Azerbaïdjan est aujourd'hui, peut-être plus encore qu'hier, inséparable de la guerre qui l'oppose à l'Arménie.

Notons que celle-ci ne saurait indéfiniment réclamer la reconnaissance d'un « génocide arménien » ayant eu lieu durant la première guerre mondiale à seule fin d'occulter les génocides azéris que l'Arménie a tout récemment commis.

Le devoir de mémoire n'a de sens que s'il sert hic et nunc à combattre les horreurs génocidaires du présent : il est une infamie lorsqu'il est utilisé comme paravent, lorsque le passé n'est invoqué qu'à la justification de crimes perpétrés au présent.

Mais revenons à l'état de guerre opposé à l'état de paix.

Celui-ci est le moins probable des deux ; il est le plus rare et le plus difficile à obtenir car pour déclarer ou déclencher une guerre, il suffit de l'intention hostile d'un seul tandis que pour atteindre à la conclusion d'une paix véritable, s'entend d'une paix qui ne soit pas une simple manœuvre tactique pour différer la reprise du conflit armé jusqu'à la pleine reconstitution des forces à jeter dans la bataille, il faut être au moins deux à vouloir la paix et à la vouloir sincèrement.

A ne considérer que deux entités en opposition armée, sans tenir compte, nous y viendrons, des tiers intéressés à ce que le conflit reprenne ou s'enlise, on peut résumer comme suit les logiques de paix et de guerre entre A et B en signalant par 1 le désir d'en découdre et par 0 la volonté de paix.
AB

01= 1 La guerre

10= 1 La guerre

11= La guerre

00= La paix
Outre que les raisons de faire la guerre sont infinies et rarement louables, la rareté de l'état de paix s'explique aussi par la logique politique du tiers inclus ou du tiers intéressé, celui qui peut soutenir du dehors l'un des belligérants.

Le Vietnam du Nord aurait-il vaincu les Etats-Unis sans l'aide de l'Union soviétique et de la Chine ?

Les partisans espagnols auraient-ils triomphé de Napoléon sans l'appui de l'Angleterre ?

Le tiers intéressé peut affaiblir l'un des deux camps, mais aussi affaiblir les deux en les maintenant dans une lutte sans issue, dans une sorte de « combat de chiens » circonscrit à tel ou tel territoire.

Ceci fut particulièrement manifeste dans la manière dont Staline le Géorgien sut toujours dresser l'un contre l'autre les Etats d'Arménie et d'Azerbaïdjan.

En fait, le pays du feu eut à connaître tant d'envahisseurs et fut l'objet de tant de convoitises que les enjeux de sa politique ne sont pas intelligibles sans l'analyse du jeu des tiers intervenants qui sont tout, sauf neutres et tout, sauf désintéressés car la morale universelle n'est pas de mise en politique.

Prenons la Russie d'après l'effondrement de l'empire soviétique et l'échec de Gorbatchev à briser l'élan national azéri pourtant pris en tenailles entre les alliés soviético-arméniens et les troupes martyrisant Bakou.

Bon gré, malgré, la Russie actuelle ne peut plus réussir à préserver ses intérêts stratégiques et économiques qu'en acceptant de passer d'un rapport de domination à des relations de coopération relative.

Ce changement d'attitude, peut-être plus tactique que sincère, est certainement dû à l'habileté d'Heydar Aliyev qui, fort de son expérience au Politburo, parvint à confirmer le retrait des troupes russes en même temps qu'il consolidait son alliance avec la Turquie, se rapprochait des Etats-Unis et même de l'Union européenne qui, jusqu'ici, loin d'appuyer les résolutions onusiennes, se laisse plutôt influencer par le parti pris pro-arménien de la diplomatie française.

Quoi qu'il en soit sur le fond, la Russie redevenue une puissance régionale n'a certainement pas renoncé à retrouver, sinon son rang impérial, à tout le moins son statut de grande puissance.

Il serait faux d'affirmer qu'il s'agit pour elle d'envisager une reconquête armée de l'Azerbaïdjan, mais il est certain qu'elle veut conserver ce qui peut encore l'être en matière d'observation astrophysique (Shamakhi), d'observation militaire (Gabala), d' accès aux ressources pétrolières et de contrôle effectif de la mer Caspienne.

La Russie est encore et toujours le plus puissant contrepoids aux Etats turcs, iraniens, arméniens et européens qui jouent leur propre jeu dans le Caucase comme ailleurs.

La Russie vit jadis d'un fort mauvais œil le rapprochement avec Ankara opéré par le Président Aboulfaz Eltchibey, mais voit d'un plus mauvais œil encore ceux opérés avec l'OTAN, les Etats-Unis, Israël et même l'Union européenne : autant de coups de maître joués par la diplomatie d'Heydar Aliyev !

Certes, celui-ci eut la sagesse d'associer la Russie au « Contrat du siècle », mais elle n'y est plus qu'un partenaire parmi d'autres. Peut-être même est-elle le moins fiable d'entre eux !

Dans la guerre du Haut-Karabagh qui oppose Arménie et Azerbaïdjan, la Russie qui s'est pourtant ostensiblement rangée du côté arménien est parvenue à obtenir aux côtés des Etats-Unis et de la France la co présidence du groupe de Minsk.

Loin de vouloir obtenir un retrait des troupes arméniennes et d'être en quête d'une solution négociée, la Russie semble parier pour le pourrissement et le statu quo, lesquels peuvent lui sembler la meilleure stratégie pour défendre ce qu'elle appelle ses « intérêts vitaux » dans la région et ce, nonobstant le fait qu'elle parvient fort mal à reprendre pied dans le vide géopolitique laissé par l'implosion de l'URSS.

La politique ayant horreur du vide, celui-ci a été comblé par une multitude d'intervenants.

Si le conflit venait à reprendre, la Russie ne se trouverait donc pas devant une « communauté internationale » faisant semblant de croire que les Tchétchènes n’avaient aucune légitimité tellurique et étaient tous des suppôts du « terrorisme » islamiste.

La vérité nous semble donc être que le bras de fer de l'Azerbaïdjan avec l'Arménie est aussi, pour des raisons différentes, mais liées, un bras de fer avec la Russie qui peut, malgré tout, ne l'oublions pas, se prévaloir d'une multitude de liens culturels issus de la « période coloniale » et surtout d'une interdépendance commerciale et économique qui profite aux deux Etats : l'Azerbaïdjan certes exporte son pétrole, mais importe une multitude d'autres produits provenant de la Russie.

Cette interdépendance a par exemple conduit à des accords tripartites non négligeables entre la Russie, l'Azerbaïdjan et le Kazakstan portant sur l'exploitation des richesses maritimes non seulement pétrolières, mais liées à la pêche et à la navigation.

Les deux autres Etats riverains de la mer Caspienne, le Turkménistan et l'Iran par exemple, contestent la validité de ces accords : le maintien de ceux-ci contre l'avis de ces deux Etats suppose donc une certaine solidarité russo-azérie...

L'Azerbaïdjan veut préserver la paix avec la Russie et le fait au prix de concessions quelque peu paralysantes comme la location d'une station de radars de détection avancée à Gabala ou la participation à la CASFOB, force maritime censée assurer la sécurité de la mer Caspienne.

Ceci n'empêche pas l'Azerbaïdjan de nouer des accords avec les Etats-Unis en matière de contrôles aériens, ni surtout de rechercher activement l'aide de l'Union européenne pour limiter l'influence russe en considérant par exemple qu'existe en Arménie située sur une zone sismique, la centrale nucléaire de Metsamor (qui n'est qu'à 15 km de la Turquie et 60km de l'Iran).

Outre ce danger qui devrait concerner tout le monde, la résolution du conflit devrait permettre l'approvisionnement de l'Arménie en énergie et surtout dégager la possibilité de construire un oléoduc qui se relierait « directement » à l'Europe et rendrait donc celle-ci moins dépendante de la Russie qui, bien entendu, privilégie encore et toujours les routes du Nord pour l'acheminement des hydrocarbures.

La centrale nucléaire de Metsamor comporte deux réacteurs de type WER-440/V230, autrement dit, deux réacteurs ne disposant d'aucune enceinte de confinement et qui en cas de rupture du système de refroidissement provoqueraient une catastrophe majeure.

Cette centrale devait être fermée en 2001, mais au mépris de toutes les voix qui réclament sa fermeture, elle a été « ré-ouverte » en 2007. Elle fournit, il est vrai, plus de 40% de l'électricité arménienne.

L'agence Internationale de l'énergie atomique (AIEA) a conclu le 10 juin 2011 à un danger extrême dans la mesure où les tremblements de terre sont fréquents dans la région et où la capitale Erevan se trouve à moins de trente kilomètres de cette menace gravissime dont la question n'est pas savoir si elle va se concrétiser, mais quand ?

L'Arménie joue la montre en promettant sa fermeture pour 2016 et en coopération avec l'Iran, la construction de deux centrales hydroélectriques sur la rivière Araxe.

A la suite de la catastrophe survenue à la centrale japonaise de Fukushima, l'Arménie a dit vouloir renforcer la « sécurité » de Metsamor, mais elle a confié la gestion du problème à une société russe.

Le manque d'implication de l'Union européenne qui semble laisser la main à la Russie est de manière générale chose inquiétante car Bakou pourrait être contraint ou fortement tenté de récupérer le Haut Karabagh par une reprise des hostilités qui pourrait déboucher sur un conflit mondial pour peu, par exemple, que l'Arménie s'en prenne à l'oléoduc BTC.

L'Union européenne semble croire que le problème de l'occupation arménienne est « juridique », qu'il oppose le principe d'intégrité territoriale à celui d'autodétermination, mais la réalité, c'est-à-dire la vérité, est que la question relève de la politique et que celle-ci ne sera jamais un sous- ensemble du Droit.

Les arguments qui mettent en avant la majorité arménienne vivant dans le Haut-Karabagh négligent le million de réfugiés azéris qui, rentrés chez eux, ne manqueraient pas de relativiser le poids de cette majorité.

Bref, ce conflit ancestral est le problème politique majeur de l'Azerbaïdjan, mais aussi le plus efficace moyen de pression dont dispose la Russie pour conserver une position dominante parmi les tiers intéressés qui forment. l'instabilité multipolaire du Caucase.
Il y eut entre la Russie et l’Azerbaïdjan d’innombrables désaccords économiques ayant trait aux fournitures de gaz, à l’envoi d’argent vers leurs familles des ouvriers azéris travaillant en Russie etc.
Toute cette chaîne de heurts plus ou moins graves donne une assez bonne idée de la difficulté pour la Russie d'accepter l’Indépendance de l'Etat azéri et de manière plus générale l'autonomie en devenir des Républiques du Caucase ayant vécu sous la férule soviétique.

Il ne s'agit pas de prétendre que la Russie viserait à la reconstitution de son empire, mais de considérer qu’elle continue très normalement à protéger ses intérêts en pesant autant qu'elle le peut sur une région qui se destine à se soustraire à son influence.

Des trois Républiques du Caucase, c'est évidemment l'Azerbaïdjan qui, par le fruit de ses réserves en hydrocarbures, s'émancipe le plus sûrement de la Russie, mais ceci est aussi très certainement dû à sa proximité culturelle et linguistique avec la Turquie dont la participation à l'OTAN et l'alliance avec les Etats-Unis rend crédible son poids en face de la Russie.

24 § « Une nation, deux états »

La Turquie n'a cessé d'être l'alliée de l'Azerbaïdjan non seulement dans les guerres contre l'Arménie, mais encore par une multitude de coopérations culturelles liées à la langue (le turc est une variante de l’azéri qui utilise, lui aussi, l'alphabet latin), à l'enseignement de celle-ci, à la création d'écoles et d'universités, à l'existence de bourses et d'échanges estudiantins.

La télévision turque diffuse ses émissions en Azerbaïdjan, etc.

Bref, les accords de coopération économique et politique sont innombrables.

Les deux pays ont un régime politique de nature laïque (séparation de l'Eglise et de l'Etat) et démocratique ; les deux ont opté pour une insertion active dans l'interconnexion mondiale des économies et les deux, de surcroît, souhaitent se rapprocher de l'Union Européenne nonobstant les « obstacles » qui demeurent et dont les moindres ne sont certainement ni la taille de la Turquie, ni la majorité musulmane de l'espace turcique, ni l'action diplomatique de l'Arménie...

Au sein de l'espace turcophone, l'axe privilégié est clairement celui de l'Azerbaïdjan et de la Turquie car, outre langue et religion, leur commune affiliation à l'OTAN et leurs accords en matière d’acheminement des hydrocarbures confortent les intérêts communs qu'exprime la formule : « une nation, deux Etats ».

Cette union a naturellement de profondes implications stratégiques et militaires : la Turquie a compensé le transfert d'un milliard de dollars d'armements que la Russie a offert à l'Arménie pour qu'elle parvienne à s'emparer du Haut-Karabagh et concrétiser sa politique de génocides, de déportations et d' expulsions.

Ankara est l'un des plus importants investisseurs étrangers présents en Azerbaïdjan et ce, pas uniquement dans le domaine pétrolier : la Turquie est donc le plus important et le plus sérieux contrepoids à la volonté russe de garder l'Azerbaïdjan dans sa zone d'influence. Mais nous l'avons déjà largement souligné, le pipeline BTC (Bakou, Tbilissi, Ceylan) a été la plus grande clé du développement azéri en même temps qu'il a fait de la Turquie le plus important de tous les tiers intéressés entourant la mer Caspienne.

Ceci ramène au centre des préoccupations stratégiques la Géorgie et surtout l'Arménie...

La Turquie constitue à n'en pas douter la puissance qui favorise le plus efficacement le développement de l'Etat et de l'économie azéris ; il faut encore citer les possibilités qu'offrent à la Turquie et à l'axe BTC les formidables réserves gazières de Shah-Deniz situé à soixante-dix kilomètres de Bakou.

Cette réserve a donné lieu à un projet de gazoduc intitulé Nabucco qui, signé en 2009, devrait alimenter l'Europe à partir de la Turquie vers l'Autriche en passant par la Roumanie, la Bulgarie et la Hongrie. Soutenu par l'Union européenne et les Etats-Unis, ce projet non seulement renforce l'alliance turco-azérie, mais devrait diminuer considérablement la dangereuse dépendance de l'Europe vis-à-vis de l'énergie russe.

On se souvient combien le différend russo-ukrainien à propos du gaz rendit l'Union Européenne consciente de cette dépendance.

Remarquons que la Turquie serait tout autant renforcée dans sa position dominante, si au lieu de se tourner vers l'Europe, l'Azerbaïdjan en accord avec le Turkménistan et le Kazakstan se tournait vers l'Inde et la Chine, grandes demanderesses d'énergie.

En ce cas, la difficulté serait sans doute plus politique que financière, car pour l'Inde, il faudrait transiter par l'Afghanistan et le Pakistan et pour la Chine par la région autonome de Xinjiang qui, située sur l'ancienne route de la soie est à majorité musulmane, parle une variante du turc et menace régulièrement la Chine de sécession.

Cette province est en effet, avec le Tibet, l'une des zones les plus instables de la Chine.

25 § Éthique azérie ou théologie iranienne
Trente millions d'Azerbaïdjanais vivent en Iran : trois fois plus qu'en Azerbaïdjan où la population est dite azérie afin d'être clairement différenciée de ceux qui peuplent l'Etat iranien.

Il en va donc un peu comme du pays basque espagnol et français dans le sud-ouest de la France et le nord-ouest de l'Espagne ; c'est le réalisme ici aussi qui, selon la formule de Gilles Riaux, a le plus de chances de l'emporter : les Basques français sont davantage français que basques et il en va de même des Espagnols. 

Eh bien, les Iraniens azerbaïdjanais sont plus iraniens qu'azerbaïdjanais et les Azéris évidemment plus azéris qu'iraniens !

Cette situation est potentiellement porteuse de conflits.

Géopolitiquement, il semble que les Etats-Unis envisageraient de « déstabiliser » l'Iran en prenant appui sur Bakou et en incitant à la révolte « régionale » la population azerbaïdjanaise tandis que les Iraniens menacent régulièrement de « réclamer le retour à l'Iran de l'Azerbaïdjan » qui il faut le rappeler a été détaché de l’Empire Perse à la fin du dix-huitième siècle, détachement confirmé par les traités de Golestan (1813) et de Turkmanchai (1828).

Outre cette bi-séculaire partition d'un peuple dont une moitié devint russe tandis que l'autre demeurait persane, trois sources de conflits sont clairement identifiables :
1° Le soutien iranien à l'Arménie.

2° La répartition des ressources de la mer Caspienne.

3°. Le choc de l'éthique et de la théologie.
L'identité nationale azérie s'est constituée à partir de l'influence orthodoxe et marxiste, mais aussi à partir d'une résistance éthique à cette double influence ; le fait est, nous y reviendrons dans l'analyse de la troisième source de conflits, que le rejet azéri de l'orthodoxie chrétienne et du despotisme soviétique n’a pas du tout consisté en une « reterritorialisation » nationaliste sur les valeurs théocratiques de l'Islam, qu'il soit chiite ou sunnite.

L'Azerbaïdjan est autrement proche de la laïcité turque et de sa manière de gérer le « fait religieux » qu'il ne l'est de la confusion islamiste du « temporel » et du « transcendant » : ceci allait le maintenir très éloigné de la révolution khomeyniste qui, en retour, cinglant démenti à la thèse de Samuel Huntington, a choisi contre l'Azerbaïdjan de soutenir la cause arménienne.

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