Essai sur L’Esprit de l’Azerbaïdjan








télécharger 436.16 Kb.
titreEssai sur L’Esprit de l’Azerbaïdjan
page7/7
date de publication03.04.2017
taille436.16 Kb.
typeEssai
ar.21-bal.com > loi > Essai
1   2   3   4   5   6   7
Le soutien iranien à l'annexion du Haut-Karabagh par l'Arménie.
Cette décision khomeiniste ne pouvait qu' inquiéter grandement le gouvernement azéri qui, politiquement, était conscient d'au moins deux choses, à savoir, que l'intérêt national prévaut toujours sur l'intérêt international , fut-il religieux et qu'en bonne politique plurielle, mieux vaut avoir des alliés puissants et le moins d'ennemis possibles, s'entend d'ennemis dont l'intérêt majeur serait de partir en guerre.

La Turquie fit contrepoids à la Russie, mais l'Azerbaïdjan pouvait-il espérer qu'elle serait en mesure d'avoir le même effet sur un Etat musulman ?

Son appartenance à l'OTAN plaidait pour l'adhésion à l'Union européenne, mais il s'agissait en ce temps d'une alliance transatlantique contre la Russie soviétique : qu'en serait-il si l'ennemi devenait « musulman » alors même que le parti brillamment dirigé par Recep Tayyip Erdogan comporte une référence explicite à l'Islam ?

Ceci fut l'un des arguments avancés par Valery Giscard d'Estaing pour s'opposer à l'intégration de la Turquie dans l'Union européenne.

Aussi, loin de durcir son opposition à l'Iran, l'Azerbaïdjan opta fort sagement pour des mesures diplomatiques visant à relativiser l'alliance iranienne avec l'Arménie : elle obtint ainsi que l'Iran accepte d'être un peu moins l'allié d'un camp et un peu plus l'un des « juges » arbitrant du dehors les deux camps.

L'Iran consolida ainsi son statut de puissance régionale capable de contrebalancer la puissance russe au lieu d'être compté comme un simple appui de celle-ci.

Ce « réalisme » s'est traduit par ceci que l'Iran laissa les Azéris réprimer les mouvements révolutionnaires islamistes tandis que le pays du feu ne réagit pas quand l'Iran écrasa les tenants d'une manifestation qui se destinait à honorer la mémoire de Babak le rouge.

2° La répartition des ressources de la mer Caspienne.

Mer ou lac? Géologiquement, c'est un lac vu qu'aucun détroit ne la relie aux océans, mais géopolitiquement [ce qui prévaut toujours : l'Ile de la Réunion (Océan indien) comme la Polynésie (Océan Pacifique) font partie de l'Union européenne], c'est une mer.

En droit international, quand il s'agit d'un lac tous les riverains se partagent équitablement les ressources en pêche ( caviar), exploitation des sous-sols (pétrole et gaz) ainsi que droits de navigation ( particulièrement importants s'il s'agit d'acheminer vers le marché mondial les ressources pétrolières et gazières du Turkménistan et du Kazakstan en les faisant transiter par tankers sur la Caspienne) mais quand il s'agit d'une mer, ce qui est géopolitiquement le cas, les partages sont proportionnels à l'importance des espaces côtiers.

Chacun aura compris que l'Azerbaïdjan s'en tient à l'idée que la mer Caspienne serait une mer tandis que l'Iran maintient la thèse du lac.

Celle-ci a pourtant peu de chances de l'emporter, car la première plus géopolitique que géographique bénéficie du soutien européen et surtout américain. Les U.S.A. redisons-le, ne désespèrent pas de déstabiliser la République islamique des mollahs.

Il est vrai que l'option euro-américaine privilégiée par Bakou, option qui se traduit on ne saurait plus nettement par son adhésion enthousiaste à l'OTAN est également motivée par ce qui constitue le troisième point conflictuel irano-azéri, à nos yeux, le plus ancien et le plus important : celui de l'éthique et de la théologie.
3° Ethique et théologie
L'opposition de ces deux disciplines qui sont aussi deux manières de penser, l'une fondée par la philosophie, l'autre basée sur la religion se retrouve dans toutes les civilisations à des degrés divers.

Il ne s'agit donc pas d'une « opposition » ou d'un différend susceptible d'être tranché au bénéfice de l'une ou de l'autre.

De même qu'il y aura toujours et partout des riches et des pauvres, du privé et du public, du commandement et de l'obéissance, il y aura toujours opposition entre la puissance désarmée de la philosophie et les pouvoirs de la foi soutenue par les forces armées de la politique.

On pourrait évidemment donner de ceci bien des exemples qui, en Occident, analyseraient les assassinats de Socrate et de Giordano Bruno ou bien la mise à la torture de Machiavel, ou bien l'odieux « Herem » ayant frappé Spinoza, mais vu que l'opposition que nous venons d'évoquer se présente de manière interne à l'Islam, c'est à partir du droit islamique que nous tenterons de la traiter et ensuite de la commenter.

Ce différend qui se retrouve en toutes les civilisations et dont nous avons déjà relevé les traces dans l'histoire même du Pays du feu est pourtant conceptualisable. Ibn Ruchd (1126-1198), mieux connu en Europe sous la forme latinisée de son nom, Averroès, célèbre pour ses commentaires d'Aristote publia en 1179 « le Livre du discours décisif » qui porte sur les rapports de la philosophie et de la religion.

Cet écrit fondamental expose en toute clarté ce qu'est une Fatwa : ce n'est pas une sentence judiciaire au sens où l'entend notre code pénal, c'est, pourrait-on dire, un avis autorisé qui répond à une demande à propos d'une action, d'un comportement ou d'une pratique et les classe sous l'une de ces cinq rubriques :

Obligatoire

Recommandable

Indifférent

Blâmable

Interdit

On voit qu'il ne s'agit pas toujours d'une sorte de condamnation à mort ainsi qu'ont donné à le croire les médias occidentaux commentant l'apostasie dont l'ayatollah Khomeini frappa l'écrivain Salman Rusdie, ce qui équivalut à ce que « tout musulman zélé » put le tuer sans commettre la moindre faute.

Pour le problème qui nous occupe, celui du rapport entre la philosophie et la religion, Averroès conclut que la philosophie ne saurait être obligatoire vu que tout le monde n'a pas les capacités techniques ou la tournure d'esprit requises pour la comprendre et la pratiquer avec succès (Platon avait déjà abordé cette éternelle question fermée à ceux qui confondent « opinions » et « concepts»), elle peut seulement être « recommandable » et qui voudrait la déclarer « indifférente » ou pire « blâmable » ou « interdite » ne serait tout simplement pas un musulman.

Averroès ne gomme donc pas la distinction du religieux et du philosophique ; il ne nie pas la fonction sociale de la religion, mais il n'autorise pas celle-ci à se tourner contre la philosophie et à vouloir purement et simplement l'extirper du monde dès qu'elle ne serait pas en conformité avec les opinions majoritaires : l'absence d'unanimité est pourtant le signe le plus sûr de l'existence d'une vie démocratique.

C'est sur ce point précis que les versions des Shiismes iranien et azéri diffèrent radicalement : le premier accorde tout à la religion et entend plier l'éthique interhumaine aux dogmes d'un Islam duodécimain qui confère aux imans une réputation d'infaillibilité tandis que le second loin de condamner la pensée philosophique, intègre celle-ci comme une donnée inévitable, comme une réalité ontologique.

La distinction de la religion et de la philosophie, de la foi et du savoir n'est pas de celles que l'Azerbaïdjan entendrait supprimer.

Les « Lumières » et la chrétienté athée du marxisme sont passés par là, y ont laissé des traces, mais à mon sens elles n'expliquent pas tout ; il faut tenir compte de Zarathoustra, de Babak, de Nizâmi, de Rasulzadeh, de Heydar Alyiev et de la fondation qui porte son nom et que dirige magnifiquement Mehriban Aliyeva.

Nous avons vus qu'à Shamakhi, exemple entre mille, elle patronnait la restauration de la mosquée Juma en prenant soin de signaler que ces travaux s'effectuaient au nom de la « tolérance » laquelle, n'y revenons pas, n'appartient à personne et n'est l'apanage d'aucune idéologie.
26 § L’Azerbaïdjan et les Etats-Unis

L'Azerbaïdjan est donc entouré d'un allié solide, la Turquie, d'un ennemi l'Arménie, ennemi d'autant plus redoutable qu'il est très manifestement soutenu par la Russie et d'un ennemi, l'Iran à la fois « paralysé » par le réalisme et par le souci de ne pas déclencher une guerre contre la première puissance mondiale, les USA.
Le 11 septembre 2001, plus encore que l'humiliation infligée aux Etats-Unis par l'occupation de leur ambassade à Téhéran , a changé beaucoup de choses : cette attaque eut des effets planétaire inédits, ne serait-ce que pour la raison qu'elle était le signe d'une guerre mondialisée qui pour la première fois, n'était pas d'origine occidentale (lutte de la démocratie libérale contre le fascisme ou le communisme) : il s'agissait d'une attaque conduite par un islamisme fanatique qui loin d'être le fait tel ou tel Etat ou de telle ou telle partie du monde n'était que très difficilement localisable. (Irak, Iran, Afghanistan, Pakistan, Mali etc.)

Le danger pouvait désormais venir de n'importe où : ceci fut corrélatif d'une instabilité généralisée un peu comme si les grands mouvements macro-politiques étaient doublé d'une micro-politique mondiale agissant à la manière d'un retour en force de ce que Hobbes qualifiait d' « état de nature » : un désordre antipolitique, des groupes échappant à tout contrôle, des organisations dynamisées par une logique maffieuse confortée comme ce fut toujours le cas par les dérégulations financières, les paradis fiscaux et les trafics en tout genre touchant aux drogues, aux armes et aux êtres humains.

Ces phénomènes où se croisent jusqu'à l'indistinction du terrorisme politique, du gangstérisme pur et simple , des pratiques de bandes et de gangs se livrant à des enlèvements ou des rackets, une multitude aussi d’hommes réduits à la vie la plus dénuée, la plus simplement nue comme c'est le cas dans les camps de réfugiés qui prolifèrent dans le monde : étendues de la honte humaine et vivantes preuves de l'infinie bestialité, qui, encore et toujours, règne et règne.

Une alliance des Etats-Unis et du jeune Etat azéri ne pouvait exister et se renforcer que par une coopération accrue dans le domaine de la sécurité : les Etats-Unis devaient y gagner des postes d'observation stratégique et des bases logistiques tant pour leurs opérations en Afghanistan que pour la constante surveillance du territoire iranien qu'ils entendent exercer et les Azéris quant à eux y gagner une insertion de plus en plus profitable dans le camp occidental assortie d'une sécurisation internationale des oléoducs et des gazoducs.

Cette coopération se traduit par des équipements américains confiés aux troupes azéries afin qu'elles soient en mesure de détecter les transports pouvant comporter des armes de destruction massive : l'Azerbaïdjan devient de ce fait un acteur important dans la politique de non-prolifération des armes nucléaires que conduisent les Etats-Unis.

L'idée géopolitique est qu'il ne faut pas attaquer ceux qui détiennent l'arme monstrueuse et qu'il convient d'attaquer ceux qui la recherchent avant qu'ils ne l'aient.

La dite coopération s'étend aussi à la lutte intensive contre les narcotrafiquants dont les revenus alimentent les résistances tribales, tout particulièrement en Afghanistan.

Il est essentiel pour les intérêts américains, turcs et européens que la mer Caspienne ne devienne pas une sorte de grande étendue hors contrôle par laquelle transiteraient librement armes, drogues, et tout ce qui est de nature à intensifier l'instabilité et les déséquilibres.

Il est évident que cette politique est très mal perçue par la Russie et l'Iran qui n'apprécient guère ce voisinage armé des Etats-Unis.

Aussi, la contribution azérie à la politique américaine doit-elle demeurer strictement proportionnelle aux avantages ainsi obtenus : il ne faut pas que la sécurité gagnée soit perçue comme une menace pour la sécurité de la Russie ou de l'Iran, ce qui serait certainement le cas s'il y avait, par exemple, une installation massive de troupes terrestres issues des Etats-Unis.

L'équilibre est délicat, car plus la souveraineté azérie s'affirme contre la Russie ou se soustrait à son influence et plus la Russie conforte la position de l’Arménie.

Beaucoup de tiers sont intéressés à la souveraineté politique de l'Azerbaïdjan, mais celui-ci joue à son tour un rôle considérable dans la politique de ses puissants voisins dès lors que le pays du feu entend y promouvoir la spécificité de ses intérêts.

Nous reviendrons ultérieurement sur le « proche voisinage » : c'est le mot géopolitique proposé par l'Europe qui, certes, renforce les liens azéris avec l'Occident, mais ce renfort ne saurait se payer le luxe d'une politique de statu quo dans le Haut-Karabagh et d'un continuel mépris des résolutions onusiennes.

Sur cette question, qui est aussi celle de la politique génocidaire que conduisit l'Arménie, l'Azerbaïdjan sera longtemps encore d'une extrême prudence.

L'Arménie est un pion russe dans le Caucase ; il ne serait pas profitable aux Azéris qu'elle y devienne de surcroît un pion américain et européen.

Ce passage d'un tiers intéressé aux autres serait alors un jeu de dupes auquel il est certain qu'Ilham Aliyev ne se laissera pas prendre.

Moins les puissances occidentales, ce qui vaut des Etats-Unis vaut de l'Europe, seront pro-arméniennes et plus l'Azerbaïdjan deviendra pro-occidental, à moins qu'un jour, à l'exemple de ce qui s'est passé en Europe entre de Gaule et Adenauer, moins entre Pompidou et Brandt, mais davantage entre Giscard et Schmidt, Mitterand et Kohl, Chirac et Schroeder, Sarkozy et Merkel, les ennemis d'hier ne deviennent les alliés de demain et n'établissent enfin cette « maison du Caucase » dont rêvait « le mouvement Prométhée » et à laquelle certains Azéris se surprennent encore à rêver ...

Les Azéris savent qu'une politique pro-occidentale ne saurait réussir sans une lutte contre la corruption, sans une politique dite «des droits de l'homme » et une accélération des processus de démocratisation, mais ils savent aussi que ces progrès ne peuvent avoir de sens que s'ils réussissent leur intégration dans le processus d'interconnexion mondiale de toute les économies soucieuses de surplus, c'est-à-dire de croissance ou comme on dit aussi de création d'une plus-value justement répartie.

L'axe « Occident-Turquie-Azerbaïdjan » est contrebalancé par un axe « Iran-Russie-Arménie, » : ceux-ci ne sont pas toujours clairement perçus, mais leur réalité ne paraît pas douteuse.

Les présidents Bush et Clinton ont nettement inscrit leur politique dans le schéma stratégique de ces deux axes et loin de s'attacher à des questions « formelles » qui ont certes leur importance, ils ont décidé que les intérêts généraux des différents Etats prévalaient nécessairement sur les questions « des droits de l'homme » qui occultent parfois celles des droits naturels, c'est-à-dire ceux que tout homme ne prend qu'à ses risques et périls, mais qui existent en chacun et que nul n'abandonne jamais complètement aux identités collectives.

Toute société politique a en elle du monocratique , de l'oligarchique et du démocratique : ces trois processus se combinent partout et s'il est vrai que le régime démocratique est bien « le pire, à l'exception de tous les autres » (W.Churchill) et qu'il comporte des régulations formelles bien définies, une source de légitimité légale impliquant des élections libres et périodiques ayant pour principe : « un être humain en âge de voter, une voix », un multipartisme, un statut de l'opposition, une presse libre, des garanties constitutionnelles pour les droits fondamentaux qui sont de nature individuelle, politique, économique et sociale, une séparation équilibrée des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire ,- écart qui permet de maintenir la coupe du pouvoir à distance des lèvres de la dictature-, eh bien, tout ceci qui va comme de soi dans les démocraties libérales n'a que trop tendance à laisser les esprits oublier que le pouvoir constituant n'est jamais et ne pourra jamais être de nature légale.

L'histoire des révolutions anglaise, américaine et française est là pour le rappeler à ceux qui douteraient de leurs origines et plus près de nous, convient-il de se souvenir que le général de Gaule, le héros de la France libre, n'était pas élu et n'était qu'un militaire sans droit de vote lorsqu'il s'est rebellé contre le pouvoir légal de Vichy...

Les lois d'extermination votées par le nationalisme socialiste étaient légales, ce qui ne les a pas rendues justes... Shakespeare nous a familiarisés avec les turpitudes et les conflits conduisant au pouvoir, mais a-t-on analysé ce que les rois maudits ont fait du pouvoir lorsqu'ils l'ont obtenu ? Ont-ils comme de Gaule restauré les libertés publiques ?

Comme Heydar Aliyev conduit leur pays sur la voie d'une cohésion sociale de nature démocratique ?

Ou bien, comme Hitler ou Staline organisé l'horreur et la ruine ?

Les réponses à ces questions sont fondamentales : outre que des progrès considérables ont été réalisés dans le processus de démocratisation et que la légitimité d'Ilham Alyiev ne pose aucun problème sérieux, il est important de garder à l'esprit qu'au plan politique, l'Azerbaïdjan demeure en guerre et ce, avec toutes les contraintes et restrictions que cette situation implique (un cessez-le-feu avec un statu quo inacceptable n'est pas un pas vers la paix, mais plutôt une sorte d'annonce d'un retour prochain aux armes) et au plan éthique , faut-il rappeler à « la jungle internationale » qu'un million de réfugiés survivent dans des conditions déplorables, en attente toujours prolongée de savoir s'ils rentreront un jour dans leurs terres occupées et retrouveront leurs villages détruits par les Arméniens.

L'axe géopolitique de cette tragédie humaine est « Azerbaïdjan-Turquie-Etats-Unis » contre « Arménie  Russie-Iran » et, entre les deux, dotée d'une formidable expertise en matière de paix : l'Union Européenne qui pourrait et devrait jouer un rôle plus actif dans le Caucase ; elle aurait tout à y gagner.

27 § L'Azerbaïdjan et Israël.

Avant de présenter les multiples relations de l'Azerbaïdjan et de l'Union européenne, il faut relativiser une fois encore la thèse exposée par Huntington dans « Le choc des civilisations », car l'Azerbaïdjan, Etat majoritairement musulman, entretient avec l'Etat juif des relations anciennes et fructueuses.

L'Iran est une menace pour Israël : la situation géopolitique de l'Azerbaïdjan en fait donc un allié particulièrement précieux et ce, d'autant plus qu'il est en mesure d'assurer à Israël un approvisionnement énergétique.

En retour, l'Etat hébreu pourrait certainement contribuer à la diversification et au développement de l'économie non pétrolière, laquelle devrait constituer une priorité azérie.

Les relations sont très anciennes, car dès la destruction du premier temple en 587 avant Jésus- Christ, des tribus d'Israël se sont réfugiées dans les montagnes du Caucase : elles ont abandonné l'hébreu, mais ont conservé la tradition juive ; la région de Kaba a même vu naître en 1742 un quartier baptisé « le petit Jérusalem » et Heydar Alyiev a justement mis fin aux persécutions et discriminations dont les pouvoirs soviétiques frappaient les Juifs.

Il y a en Israël une importante diaspora azérie qui a créé une « Association d'amitié et de coopération israëlo-azérie », regroupant près de cent mille membres

Israël importe des produits azéris et exporte du matériel militaire, des machines-outils, de l'équipement médical, des instruments de téléphonie...

Les échanges, on le sait, sont nombreux et dans le cas d'Israël tout particulièrement importants par la nécessité où cet Etat se trouve d'assurer sa sécurité et de mettre fin à son relatif isolement stratégique : se rapprocher de l'Azerbaïdjan, c'est se rapprocher de la Turquie et c'est suivant une heureuse expression d'Ilya Bourtman « se donner une capacité de fixer l'Iran à sa frontière nord ».

Israël et Azerbaïdjan ont en commun d'être embourbés dans des conflits réputés insolubles, le premier avec la Palestine et les nations arabes, le second avec l'Arménie et la Russie.

Les deux ont un intérêt mutuel à se renforcer et à se protéger : la route BTC est en effet sous menace arménienne et c'est de cette route que dépend une grande part de l'approvisionnement énergétique d'Israël...

La menace nucléaire que Téhéran fait peser sur Israël envenime la situation, car une intervention américaine aurait inéluctablement de graves retombées en Azerbaïdjan et renforcerait la coopération de l'Iran et de l'Arménie.

Washington n'obtient pas de Bakou l'appui inconditionnel souhaité, car les intérêts azéris ne sont pas les mêmes que ceux des multiples tiers intéressés qui l'entourent et pourraient, à tout moment, en venir à trop favoriser l'Arménie.

La relation bilatérale entre Israël et l'Azerbaïdjan est solide, mais elle dépend pour beaucoup de l'axe Washington-Ankara-Jérusalem...

Bakou n'a pas toutes les cartes entre ses mains, mais joue habilement celles qu'il détient : Ilham Alyiev est fort heureusement un diplomate exceptionnel, en ce cas précis, quelque peu « aidé » par le traditionnel antisémitisme arménien, qui parfois, va jusqu'à nier l'holocauste !

Il se peut, malgré tout, que la diplomatie arménienne se mobilise davantage et obtienne un jour d'Israël qu'il « reconnaisse » le génocide arménien de 1915, qu'il en vienne à nier le génocide azéri et à négliger l'importance de l'aide que l'Arménie apporte aux Palestiniens : ... possible... mais peu probable !

En ce domaine comme en tant d'autres, la connexion turco-azérie est la plus déterminante : donc, si les tensions turco-israéliennes s'intensifiaient, la qualité de l'axe Bakou-Tel-Aviv risquerait de s'affaiblir.

La mondialisation n'est pas seulement une affaire économique et commerciale ; elle est aussi une affaire continûment géopolitique.

Aucune relation bilatérale ne peut se construire ni se maintenir sans être affectée par les autres relations et tensions du monde, en particulier celles de la Turquie et d'Israël ou de Washington et de la Turquie.

28 § L 'Azerbaïdjan et l’Union Européenne
Jusqu'ici, l'Union européenne, un peu à l'exemple des Etats-Unis a surtout péché par une approche trop globale de la région du Caucase considérée hâtivement et en bloc comme formant une zone d'influence post- soviétique.

L'idée de faire de tout le monde caucasien « des proches voisins de l'Europe » ne résout rien quant à la situation des réfugiés azéris et arméniens que la Députée roumaine, Norica Nicolaï a pour projet de faire se rencontrer et « se parler » au Parlement européen.

Nonobstant donc les accords stratégiques réalisés par Javier Solana et les déclarations bien intentionnées quant aux progrès en matière de démocratie formelle, l'Union Européenne paraît vouloir continuer à fermer les yeux sur une situation explosive que le groupe de Minsk (Etats-Unis, France, Russie) échoue à désamorcer.

Si L'Azerbaïdjan va plus que certainement continuer d'accroître la qualité de son processus démocratique et devenir un partenaire économique de plus en plus fiable et de moins en moins contournable, il n'en demeure pas moins que les deux aspects sur lesquels l'Europe met l'accent (la lutte contre la corruption et l'activité économique) sont en Azerbaïdjan absolument inséparables de la guerre contre l'Arménie et de l'impossible « statu quo » qui semble arranger tout le monde : sauf les Azéris et les réfugiés des deux camps .

La composition du groupe de Minsk devrait peut-être se trouver modifiée, car il n'y avait qu'un seul représentant européen, la France, ce qui ne favorise certainement pas le poids que devrait représenter le géant économique aux pieds d'argile politiques.

L'Union européenne hésite à combler le vide laissé par l'implosion du système soviétique, elle voudrait demeurer neutre ; mais la neutralité ne sera plus longtemps « tenable ».

En reconnaissant le « génocide arménien de 1915 » (ce que les Etats-Unis n'ont pas fait), le parlement français a fait perdre à la France et du même coup à l'Europe son statut d'arbitre impartial ; elle s'est bêtement et injustement rangée aux côtés des génocidaires arméniens et russes...

Cette singularisation à bon compte ne plaide pas pour la vocation européenne du plus vieux des Etats européens, car celui-ci pourrait peut-être, à défaut de toute considération éthique, montrer un peu plus de souci pour les intérêts économiques et les approvisionnements énergétiques de l'ensemble de l'Union européenne.

Notons encore à cet égard que Suède et Pologne seront peut-être moins enclines à faire aveuglément confiance à la politique russe dont la cohérence tri-séculaire apparaît à tout observateur quelque peu féru d'histoire : l'Union Européenne gagnerait à cultiver et approfondir l'intercompréhension qui lentement, mais sûrement s'établit avec le Pays du feu...

En vérité, la coopération euro-azérie se développe en de nombreux domaines liés aux réalisations et projets économiques concernant l'extraction des hydrocarbures et leur transport, concernant aussi les techniques juridiques et fiscales visant à moderniser le système, à y combattre la corruption et les dégradations de l'environnement qu'entraîne avec soi l'usage intensif des énergies fossiles.

Bref, l'Union Européenne contribue à promouvoir tout ce qui est de nature à favoriser l'installation pleine et entière de l'Azerbaïdjan dans l'économie du marché mondial, mais paraît négliger la nécessaire levée des barrières culturelles.

Or, politique et économie ne fonctionnent pas au mieux de leurs capacités créatrices, si elles tiennent pour secondaires le constituant éthique sur lequel nous ne saurions trop insister.

La connaissance de Zarathoustra, de Cyrus Ier, de Babak, de Nazimi, Rasulzadeh, de Heydar Aliyev, , des Ecoles de tapis et de mougham ainsi que de tant d'autres choses telles que la gastronomie et l'art de la danse est indispensable à l'Europe pour qu'elle en vienne à reconnaître l'immensité de ses dettes intellectuelles à l'égard de l'Azerbaïdjan et cesse de considérer le superbe Pays du feu comme un utile fournisseur de pétrole.

29 § : « En route vers le pays de la mieux-value»

L'économie est aujourd'hui quasi entièrement internationalisée ou comme on dit aussi mondialisée : ce fut le fait depuis les décisions de Deng Xiaoping qui, dès 1978 mit la Chine sur le chemin de l'économie capitaliste et ce fut celui de l'effondrement de l'Empire soviétique en 1991.

Les pays sortis de l'orbite soviétique sont nombreux qui peinent à s'intégrer dans l'impitoyable concurrence de l'économie mondiale ; quelques-uns y réussissent tels la Pologne ou la République tchèque et tel… l'Azerbaïdjan.

Il ne fait aucun doute que la formidable croissance à deux chiffres que connaît le pays soit due aux réserves pétrolières et gazières.

C'est de la demande sans cesse croissante de ces énergies et de la montée formidable du prix du baril que l'Azerbaïdjan tire sa forte plus-value monétaire, laquelle lui permet de financer de grands programmes sociaux et d'augmenter considérablement le niveau de vie des citoyens.

Toutefois, cette victoire est loin d'être exempte de risques et d'inconvénients parmi lesquels l'inflation qui tend à s'installer dans le système des prix et les crédits bancaires qui, comme partout, jouent le court terme et privilégient les crédits immobiliers ne sont pas les moindres.

Ces deux plaies de la financiarisation de l'économie freinent la lutte contre la pauvreté et détournent les investissements du secteur non pétrolier, lequel demeure assez gravement sous-développé.

L'écart est considérable entre les réussites dues à l'or noir et la faiblesse du réseau des petites et moyennes entreprises.

Prenons l'exemple des produits agricoles : leur qualité légendaire n'a rien de surfait et pourtant l'Azerbaïdjan importe au lieu d'exporter, avec une notable exception pour le caviar, nonobstant sur ce point les dégâts engendrés par la surpêche des esturgeons...

Bref, le risque majeur est dans la réussite elle- même, car la rentabilité des investissements pétroliers tend à négliger dangereusement les autres activités économiques et ce, alors même que les ressources en hydrocarbures ne seront pas éternelles.

L'enjeu essentiel est donc dans la diversification et le développement des multiples potentialités extra- pétrolières du Pays du feu.

C'est sur ce terrain que la plus-value qui est là pourrait se transformer en une « mieux-value » inédite qui ne se contenterait pas de remplacer le sens de l'histoire par un souci de croissance monétaire, mais doublerait celle-ci de ces pratiques qui nous font encore tant défaut à nous les hommes : celles de l'amour et de la justice.

Table
Introduction


  1. Considérations préliminaires

  2. 1990 : Une dissimulation médiatique lourde de conséquences

  3. Le génie poétique de l’Islam et du monde se civilisant

  4. De la nécessité d’une histoire autre de la philosophie

  5. Précisions quant à « l’objet » du présent livre

  6. La constitution de l’Azerbaïdjan

  7. La spécificité de l’éthique

  8. La plus ancienne fête du monde

  9. L’esprit de Zarathoustra

  10. Le zoroastrisme ou le temple le mieux enseveli de l’Azerbaïdjan

  11. La pensée de Zarathoustra selon Ferdowsi

  12. L’Islam contre la religion joyeuse : le martyre de Babak

  13. Nizâmî de Gandja : la création de l’éthique azérie, un modèle pour la civilisation mondiale

  14. Retour à la question éthique

  15. « Gilgamesh » vu par quelques d’aujourd’hui

  16. Retour vers la Mésopotamie d’avant la Perse

  17. Le mot d’Azerbaïdjan

  18. Une nation poétique

  19. Nizâmî : le poète de la civilisation mondiale

  20. Un détour par Shamakhi

  21. Entre tsarisme et bolchevisme : la première indépendance

  22. Heydar Aliyev

  23. La logique du tiers-intéressé

  24. « Une nation, deux Etats »

  25. Ethique azérie ou théologie iranienne

  26. L’Azerbaïdjan et les Etats-Unis

  27. L’Azerbaïdjan et Israël

  28. L’Azerbaïdjan et l’Union Européenne

  29. En route vers le pays de la « mieux-value »



1 Cette ville fut un des hauts lieux de la philosophie stoïcienne ; elle fut aussi celui de la première rencontre entre Antoine et Cléopâtre et plus tard de la naissance de Saint Paul.

2 Cf. Michel Foucault, le Courage de la vérité

3 Les Bolcheviques porteront un coup très dur à cette spéculation en refusant, dès 1918, d'honorer les dettes de la « Russie tsariste ».

4 On se reportera sur ce point à un article de Fuad Babayev « Vues sur l'intégration d'Elkhan Suleymanov « The civile et la cohésion sociale en Azerbaïdjan » et à l'excellente analyse EU and Azerbaïdjan strategic partnership »
1   2   3   4   5   6   7

similaire:

Essai sur L’Esprit de l’Azerbaïdjan iconFace au Mystère. Table des Matières
«moi» au fond de mon être. Je suis donc un esprit qui transcende le corps. Le corps meurt, mais l'esprit, transcendant le corps,...

Essai sur L’Esprit de l’Azerbaïdjan icon37. azerbaïdjan, georgie, armenie

Essai sur L’Esprit de l’Azerbaïdjan iconDiscours sur Descartes
«La vie de l'intelligence constitue un univers lyrique incomparable, un drame complet où ne manquent ni l'aventure, ni les passions,...

Essai sur L’Esprit de l’Azerbaïdjan iconEssai sur les données

Essai sur L’Esprit de l’Azerbaïdjan iconEssai sur les hiéroglyphes égyptiens

Essai sur L’Esprit de l’Azerbaïdjan iconEssai du contenu sur différent navigateur

Essai sur L’Esprit de l’Azerbaïdjan iconBibliographie sur la création du climat de classe et d’un esprit de groupe 20

Essai sur L’Esprit de l’Azerbaïdjan iconD1 : Environnement informatique
«essai» : nom, taille, … ? Prenez une capture d’écran de la fenêtre qui vous permet de trouver ces informations et collez-la dans...

Essai sur L’Esprit de l’Azerbaïdjan iconEssai sur l' art, de l' Antiquite a nos jours

Essai sur L’Esprit de l’Azerbaïdjan iconMon esprit pense à mon esprit
«Canard pékinois» de fameuse saveur, IL redistribue les fantômes de son enfance slavo-hongroise dans la veine malicieusement burlesque...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
ar.21-bal.com