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III.

Tananarive.

Tananarive à vol d’oiseau. – Installation chez le consul de France. – Visite au commissaire du gouvernement français. – Faubourgs parcourus. – Visite des malades. – Réception du premier ministre. – Départ de la reine pour Ambonimangue : grande cérémonie. – Églises, temples, écoles. – Déjeuner à Ambonipo. – Déjeuner au jardin de M. Laborde. – Promenade au jardin de la reine, au palais de Radama Ier, au tombeau de la famille de Rainilaiarivony. – Visite à l’hôpital du Dr Davidson. – Le grand marché. – L’imprimerie anglaise. – Le grand palais. – Visite à la nièce de la reine et à sa famille. – Le sikidi de Ranavalo Ire. – Départ d’une députation de la capitale portant les fruits de la terre à la reine. – Inquiétude à la capitale. – Départ.


Tananarive est bâtie sur le sommet et les flancs d’une montagne de granit ; l’arête supérieure, quoique un peu arrondie en dos d’âne, n’offre pas une large surface ; les flancs sont à pentes abruptes. L’ensemble représente assez un prisme à angles arrondis et irréguliers dont la base irait se perdre dans les accidents des terrains voisins. De loin l’aspect en est grandiose et original ; on ne voit d’abord à une assez grande distance que le grand palais de couleur grise qui domine tout ; peu à peu les autres palais du sommet se dégagent ainsi que les clochers des temples méthodistes. Il y en a déjà plusieurs dont les flèches s’aperçoivent distinctement de loin ; ce sont ceux qu’on a bâtis sur les angles saillants du sommet. À mesure qu’on approche, on aperçoit les cases qui envahissent la montagne dans tous les sens ; ces cases, bâties en terre glaise en général, ont une couleur sombre et sont recouvertes en paille. Quand on arrive par la route de l’Est, on a en face de soi la partie la moins peuplée et la moins bien habitée de Tananarive. Sur le versant opposé, les habitations sont plus serrées et de plus bel aspect ; à partir du grand palais jusqu’à la place d’Andohalo sont les demeures des grands, des ministres, des commandants. De la place d’Andohalo, en descendant, on rencontre quelques jolies demeures, des maisons en bois, un petit palais en granit et bois, à colonnes anguleuses dans le genre vénitien, des églises, des temples jusqu’au Champ-de-Mars. Une sorte de boulevard continue la place jusqu’au bas de la ville ; des canons placés sur le sol sont tournés vers la plaine. Une porte en pierres assez bien taillées indique une ancienne limite de la ville et sert aujourd’hui d’entrée à l’imprimerie anglaise. Toutes les maisons sont entassées les unes à côté des autres, sans ordre ; il y a entre elles souvent des passages très-difficiles plutôt que des rues. La ville féodale s’est concentrée sur les hauteurs, mais l’extension forcée que prennent les capitales a fait dépasser de beaucoup aujourd’hui les anciennes limites et les constructions gagnent dans la plaine au point de se confondre avec les villages voisins.

Il y a eu un temps d’arrêt dans l’accroissement de Tananarive depuis la fin du règne de Ranavalo Ire jusqu’à nos jours. Pendant la pleine prospérité du règne de la vieille reine, comme on l’appelle, l’attraction était grande vers la capitale : les fêtes, les plaisirs, le luxe éclataient autour du trône. M. Laborde, qui avait alors une grande influence, se multipliait et des fêtes à l’instar de celles d’Europe donnaient à Tananarive et aux villes voisines un grand charme, disparu depuis. Le retour des missionnaires semble ramener la vie dans Émirne : des temples magnifiques ont été construits, des églises plus modestes s’élèvent aussi dans les différentes parties de la ville et des villages voisins. La plupart des maisons sont couvertes en paille, les palais sont en bois et recouverts en bardeaux ; quelques-uns, mais depuis peu, ont leur toit en tôle galvanisée. Partout s’élèvent des flèches de paratonnerres pour les protéger contre la foudre qui tombe fréquemment dans la saison d’été. C’est à M. Laborde qu’on doit cette importation si nécessaire dans ce pays. Cette montagne de fer et de granit possède une attraction électrique très-puissante. Avant les paratonnerres, les naturels, qui avaient observé la puissance attractive des pointes, surmontaient les deux angles opposés de leur toit de deux bois croisés à l’extrémité desquels on peut voir encore un oiseau en fer ou en cuivre. Les murs de clôture sont en pierres et le plus souvent en terre glaise tassée qui durcit comme de la brique. Cette terre est tellement compacte qu’après l’avoir malaxée on lui donne la forme qu’on veut, et le contact de l’air la rend complètement dure et d’une consistance homogène. À peine aperçoit-on quelques arbres ou arbrisseaux sur ce rocher. L’eau y est très-rare : un filet qui sourd à travers les fissures granitiques est une richesse dont on se dispute la possession. Comment cette eau arrive-t-elle sur ce sommet ? Est-elle due à l’infiltration ou à une sorte de syphon qui communiquerait avec les lacs éloignés ? Je crois plutôt à des infiltrations entretenues par des réservoirs qui, placés dans des excavations imperméables conservent l’eau. Ce manque d’eau et le genre des constructions rendent les incendies terribles à Tananarive. M. Laborde avait eu, quelques années auparavant, sa maison détruite par le feu ; celle qu’il habite aujourd’hui a été reconstruite en bois et recouverte en tôle galvanisée. Les maisons sont coûteuses à bâtir, même pour ceux qui se contentent d’une demeure très-simple. Le bois et les feuilles qui servent à les faire viennent de si loin qu’il est onéreux d’aller les chercher ; ces dépenses ne sont même possibles que pour ceux qui ont de nombreux esclaves à leur disposition.

Description de Tananarive. – Du haut de la ville on a une vue magnifique ; c’est un immense panorama avec des lacs et des rizières qui s’étendent autant que la vue, et à l’horizon, des montagnes d’une teinte bleue. Tout le pays est complètement déboisé ; on n’aperçoit pas même à de grandes distances une forêt, un bois de quelque importance. Des collines dénudées, excepté à leur base humide, qui s’élèvent graduellement jusqu’aux montagnes qui enceignent à l’horizon le bassin d’Émirne ; de nombreux et importants villages qui se touchent, avec leur aspect sombre, mais régulier, voilà l’ensemble du panorama qui se déroule aux yeux quand on se place au sommet de la capitale. Ici les plaines sont habitées. Sous la protection du pouvoir central et incontesté, les positions défensives ont disparu et les populations se sont rapprochées des lieux cultivés. Ce pays d’Émirne doit sans doute être la plus belle et la plus riche partie de Madagascar. Le nombre de ses habitants, l’immense étendue des rizières, la beauté des bœufs et le nombre considérable de volailles, dindes, oies, canards qu’on y consomme ou qu’on exporte l’indiqueraient assez si le choix qui en a été fait par la race la plus intelligente ne le prouvait pas aussi. Incontestablement ce pays a une supériorité bien marquée sur tous ceux que j’ai parcourus.

Une seule voie présente un peu d’espace malgré son irrégularité et ses effondrements : elle va du grand palais à la place sacrée d’Andohalo, se continue ensuite par un boulevard vers le bas de la montagne. Cette voie est dallée irrégulièrement. Dans certaines parties, on y voit d’énormes travertins en granit rappelant les belles et larges pierres des voies romaines ; c’est la grande voie sacrée qui conduit à Ambonimangue et dans le Nord-Ouest ; c’est par elle que les rois reviennent de la ville de leurs ancêtres après le séjour de consécration qu’ils sont obligés d’y faire à l’époque de leur couronnement. C’est sur la place d’Andohalo qu’ils viennent prendre la couronne et la mettre sur leur tête, debout sur la pierre sacrée qu’on aperçoit dans une dépression du sol. Au Sud, et entouré de collines, un plateau irrégulier où pousse une herbe verte que paissent en temps ordinaire des bœufs, des chevaux, sert de Champ-de-Mars et de manœuvre ; ce plateau s’appelle Imahamassina. Après la consécration, le souverain se place avec sa cour sur la large pierre circulaire qui est au milieu. Radama y était entouré des représentants de France et d’Angleterre lors de son couronnement. Une autre voie ou plutôt un sentier escarpé et se dirigeant vers le Nord, celui par lequel nous arrivâmes, est aussi consacré ; c’est le chemin par lequel Andrianaponemerina, le désiré d’Émirne, pénétra à Tananarive. Le roi ou la reine, après sa consécration, se rend à Ambonimangue par cette voie ; la cour et les souverains n’y passent que dans cette circonstance solennelle en mémoire de la victoire d’un de leurs ancêtres. Le retour se fait par la grande voie qui mène directement au grand palais. En somme, une montagne escarpée avec des palais d’une assez belle architecture au sommet ; sur les flancs, des aspérités et des anfractuosités irrégulières, des cases de toutes formes, entassées les unes sur les autres, séparées par des espaces étroits qui ne peuvent avoir aucun nom ; la malpropreté et l’aridité à peu près partout ; dans ces rues et ces maisons, une population qui a toujours l’air de se promener, de ne rien faire, la plupart, hommes et femmes, vêtus de blanc, nu-pieds, marchant solennellement ou accroupis le long des murailles ; quelques-uns portés par des esclaves sur leurs filanzanes ; des peaux jaunes, noires, cuivrées, rien n’indiquant la souffrance, le malaise ; des figures d’un aspect peu gracieux en général ; les uns avec des airs d’autorité, les autres plus humbles, à l’air doux, passif ; du sommet de la ville et de tous côtés, mais surtout vers le Sud un spectacle magnifique et une des plus belles vues qu’on puisse rêver, tel est le tableau offert par Tananarive.

Après avoir jeté ce rapide coup d’œil d’ensemble sur la capitale, nous allons la parcourir en détail, et nous suivrons pour cela notre itinéraire de chaque jour pendant le temps que nous l’avons visitée.

À peine installés chez M. Laborde, celui-ci nous invita à assister à la bénédiction du Saint-Sacrement dans l’église des Pères jésuites qui touche à sa demeure. Cette église en bois est très-simple ; construite provisoirement, elle fait partie d’un grand établissement qui est le siège principal de la mission de Tananarive. L’espace est restreint, mais les Pères ont su tirer parti du moindre repli de terrain ; le roc lui-même a été régularisé et sert d’assiette à des pavillons, des jardins. En nous rapprochant de l’église, nous entendions des cantiques chantés en chœur par les jeunes Malgaches ; les voix étaient justes, harmonieuses ; tout le centre de l’église était occupé par les élèves des Frères de la Doctrine et des Sœurs de Saint-Joseph ; les bas côtés étaient envahis par les hommes très-pressés et nous eûmes de la peine à traverser leurs rangs compactes pour arriver près de l’autel où se trouvaient les sièges qui nous attendaient.

Les chants continuaient et j’étais frappé de l’ensemble et de la précision des voix ; chaque partie était exécutée avec une mesure rigoureuse. Les Malgaches ont des dispositions innées pour la musique. Le timbre de leur voix cependant a quelque chose de désagréable par une émission trop horizontale et de gorge ; un peu d’art rectifierait facilement ce défaut.

Après la cérémonie, nous allâmes faire visite au plénipotentiaire français, M. Garnier, sa demeure n’étant pas éloignée de l’église ; elle est située sur une hauteur où l’on arrive par un escalier de pierre. M. Garnier nous reçut dans le salon d’entrée servant en même temps de salle à manger, comme c’est l’usage à Madagascar. Cet appartement assez grand, bien tapissé, avec un lustre au plafond, des rideaux aux portes, présente un luxe tout particulier. J’appris que cette maison appartenait à l’ancienne favorite de Radama II, la célèbre Mary, et qu’elle avait servi plus d’une fois aux débauches de ce prince et de ses amis. Un étranger et surtout des compatriotes arrivant à la capitale est un bonheur inattendu, exceptionnel ; aussi y a-t-il joie et émotion parmi la colonie européenne quand on annonce qu’un voyageur va monter. M. Garnier savait notre arrivée et était impatient de causer avec nous. Notre conversation se prolongea assez tard et le jour avait disparu quand nous nous quittâmes. Après de nombreuses séances, des pourparlers difficiles, un traité avait été conclu entre la reine de Madagascar et l’empereur des Français ; ce traité était parti par la dernière malle pour recevoir la ratification du gouvernement français ; M. Garnier attendait avec impatience la fin de sa mission pour rentrer en France ; la tristesse le gagnait, car cette vie isolée, enfermée, sans distraction, même celle de la promenade, lui était devenue insupportable. On ne peut se promener à pied à Tananarive ; le terrain est tellement accidenté qu’il n’y a qu’une manière de circuler, c’est le tacon ou filanzane ; même dans la plaine on rencontre à chaque pas des mares, des canaux, des fondrières que les Malgaches seuls ont le privilège de franchir avec aisance.

Le froid était vif quand nous sortîmes et nous aurions revêtu facilement un bon pardessus d’hiver. Un clair de lune magnifique reflétait ses rayons sur les lacs de la plaine, la ville étagée était éclairée, les montagnes se dessinaient en lignes sombres à l’horizon ; c’était un spectacle splendide dont nous aurions joui volontiers plus longtemps du haut de la terrasse où nous étions ; mais M. Laborde nous attendait pour dîner.

Ce repas se passa en conversation sur Madagascar ; notre curiosité ne tarissait pas. Notre hôte et son neveu, chancelier du consulat de France, allaient au-devant de nos désirs et nous traçaient les dispositions de nos journées de façon à nous faire voir et connaître le plus de choses possible pendant notre séjour à la capitale. Tous deux parfaitement renseignés, parlant la langue du pays, étaient complètement aptes à nous guider, à nous instruire, à nous servir d’interprètes.

La nouvelle maison de M. Laborde est en bois et assez grande ; la salle à manger, qui sert aussi de salon, est vaste et aérée et doit être froide en hiver ; même pendant la saison où nous étions, fin de septembre, aux journées chaudes succédaient des nuits et des matinées très-froides. On s’habitue à ce qu’il paraît, à ces oppositions de climat et comme il est impossible d’être installé pour les deux extrêmes, c’est l’habitation des pays chauds qui est en usage ; aussi les appartements sont vastes et peu clos. Les mouches sont un véritable fléau à Tananarive ; pendant les repas, quatre domestiques armés de balais étaient occupés à les chasser, la salle en était envahie et le plafond tout noir. Nous étions logés dans un pavillon très-confortable où nous retrouvions le bien-être complet que nous avions perdu depuis plusieurs jours. Nous pûmes ouvrir nos malles et y puiser à notre aise ; en route à peine si nous pouvions les ouvrir, elles étaient tellement cordées, attachées aux bambous que les hommes mettaient sur leurs épaules que nous y regardions avant de défaire cette installation compliquée. La nuit fut très-froide, le temps très-sec, le ciel sans un nuage. À 6 heures du matin, le 21, le thermomètre marquait + 4°.

On savait qu’un docteur français était arrivé et dès le matin les Pères, les Sœurs m’amenaient leurs malades ; il y en avait beaucoup. Privés de médecin et assaillis de demandes de secours, de soins, les Pères ont confié à l’un d’eux, le Père Ailloud, l’exercice de la médecine et de la pharmacie. L’arrivée d’un médecin français était une bonne fortune pour lui et je fus très-heureux de pouvoir lui prêter mon concours. Tananarive est une ville de malades ; outre les affections ordinaires, il y en a dans toutes les familles qui sont la conséquence du vice, de la malpropreté et du manque de soins. Le lamba de toile blanche y recouvre presque toujours la gale, des dartres, des ulcères, des altérations plus ou moins profondes. Les Pères font ce qu’ils peuvent, mais pour un si vaste hôpital il faudrait des conditions de traitement autres, que ne permettent pas leurs faibles ressources. Les méthodistes ont depuis quelque temps un médecin, un hôpital bien organisé où les malades reçoivent gratis les soins, les médicaments.

Après avoir vu quelques malades avec le Père Ailloud, nous prîmes rendez-vous dans la journée pour aller visiter ensemble quelques-uns qui ne pouvaient sortir de chez eux
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