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. Je devais en profiter pour observer les mœurs du pays, connaître les différentes situations de Tananarive. Le Père Ailloud parle parfaitement le malgache et était pour moi un interprète très-utile. Les Frères de la Doctrine chrétienne dans leur modeste ministère rendent de grands services, plus grands que ceux des Pères. Ces peuples primitifs, sans culture, comprennent difficilement l’esthétique de la religion, tandis qu’ils apprécient de suite une belle écriture, un dessin bien fait. Ils acceptent le baptême, le plus souvent sans trop savoir ce qu’on leur donne, tandis qu’une religion qui se traduit par des manifestations saisissables les touche bien davantage. À notre arrivée on citait à l’appui de cette opinion un fait tout récent. Un jeune Malgache, élève des Frères, âgé de 14 ans, avait copié le traité fait avec la France ; l’écriture en était parfaite, ornée de ces enjolivements qui se font si bien à l’école des Frères. La reine en a été tellement enchantée qu’elle a donné à l’enfant 80 piastres, deux esclaves et le riz annuel pour la consommation de sa famille. Les Pères sentent le parti qu’ils pourront tirer de cette institution et leur projet est d’augmenter autant que possible les écoles chrétiennes. Une imprimerie commence à fonctionner et avant mon départ j’ai pu avoir une grammaire et un dictionnaire malgaches imprimés chez les Pères. L’un d’eux est organiste, musicien et enseigne la musique ; une Sœur l’apprend aussi aux jeunes filles malgaches. Les méthodistes sont jaloux des succès musicaux de leurs rivaux et ils en sentent l’importance chez un peuple fou de musique. Les jours de fête, les églises sont pleines et les portes sont assiégées par une population nombreuse attirée par le plaisir d’entendre les chants catholiques. Les méthodistes en ont bien aussi, mais ils avouent la supériorité musicale des Pères.

J’avais pour le premier ministre une lettre d’un médecin de la Réunion, qui avait été appelé à Tananarive en 1857 pour une opération. Je priai M. Laborde de la lui faire parvenir et de lui demander une audience. Mon hôte, ancien ami de la famille de Rainilaiarivony, lui fit remettre ma lettre et s’occupa lui-même de nous faciliter l’entrée du palais. Le moment n’était pas favorable : la reine venait d’être couronnée et elle se disposait, ainsi que la cour, à partir pour Ambonimangue, la ville sacrée des ancêtres. Les préparatifs de départ de tous les grands personnages, la crainte de laisser la capitale et de voir surgir une insurrection violente, les partis encore agités par la dernière révolution, tout rendait difficile l’approche de la cour et du palais. La réponse du premier ministre se fit attendre ; il semblait avoir besoin d’étudier la conduite des nouveaux venus avant de leur donner audience.

Pendant le déjeuner, je ne cessai d’écouter M. Laborde, qui habite Madagascar depuis quarante ans ; son existence aventureuse mériterait un livre à part ; ami de tous les Hovas qui se sont succédé au pouvoir, le « vieux », comme ils l’appellent, a eu une grande influence sous le règne de Ranavalo et de Radama II ; il a passé souvent pour sorcier au milieu de ces hommes qu’émerveillait son esprit inventif. Avec une grande intelligence, une souplesse toute gasconne, il créait toutes les industries, tout en s’occupant de danses, de plaisirs, d’équitation. Souvent la reine et son entourage passaient des nuits à l’entendre raconter quelque histoire des Mille et une Nuits de son invention ; comme dans le conte arabe, il ne fallait pas que l’histoire eut de fin, et le narrateur s’évertuait pendant le jour à réunir ses souvenirs, à les joindre à quelques lectures pour eu faire un amalgame plus ou moins intéressant. La vieille reine était dans le ravissement, à ce qu’il paraît, et croyait à des facultés surnaturelles chez le Français, Il avait voyagé dans toute l’île au service du gouvernement hova, chassant les Sakalaves de leurs positions avoisinantes, étudiant les terrains, les productions du pays. Si la méfiance d’un pouvoir oligarchique ne l’avait pas arrêté, il aurait pu soumettre une grande partie des peuples encore indépendants, et toute l’île serait aujourd’hui sous la domination des Hovas.

Le Père Ailloud m’attendait avec les filanzanes et les porteurs. Nous nous dirigeâmes vers l’extrémité de la ville, où une vieille Malgache de grande famille réclamait mes soins.

Je vis quelques autres malades dans le voisinage, la plupart incurables, vivant dans la misère et le dénûment. Le plus souvent, même dans les familles aisées, une case n’a pour meubles que des nattes ; ses hôtes s’y couchent pêle-mêle ; un coffre quelquefois, pas de sièges, on s’assoit par terre. Ils mangent aussi par terre dans la même chambre, le plus souvent avec des feuilles pour assiettes, cuillères, etc. Cependant on fabrique ici une vaisselle grossière de terre vernie dont quelques-uns font usage.

Dans un coin on aperçoit un petit espace carré de sable ou de terre entouré de planches ; c’est le foyer où l’on fait cuire le riz et ce qu’ils appellent le rôt, c’est-à-dire des morceaux de bœuf ou de viande quelconque bouillis dans un vase contenant de l’eau. Quand ils mangent le riz, ils l’arrosent avec cette eau de viande. Leur garde-robe est aussi restreinte que possible : pour les femmes, un petit gilet serré qui va de la taille au-dessus de la gorge, c’est le canzou, une chemise ou une jupe, et le lamba. Pour les hommes, le simbou, morceau de toile dont ils s’enveloppent le bas du corps, une chemise et un pantalon chez les riches, et par-dessus le lamba : ce lamba est une grande pièce de toile blanche dont ils s’entourent gracieusement et qui prend toutes les formes. Quand ils veulent avoir les mouvements libres, ils s’en font une large ceinture autour du corps ; pour dormir, ils le développent et s’en couvrent de la tête aux pieds ; les coins servent à garder leurs monnaies, leur tabac. Tous, femmes et hommes, ont la lèvre inférieure un peu pendante et baveuse. De temps en temps, ils se passent le cornet à tabac, en mettent dans le creux de la main et le jettent dans la bouche entre les dents et la lèvre inférieure. Ils fument peu, ce serait un embarras que la pipe et son attirail. Le Malgache simplifie tout ; on dirait que c’est là la grande affaire de son existence.

En sortant de cette case, nous traversâmes un espace irrégulier, dépourvu de constructions, c’est la place du grand marché qui se tient tous les vendredis. Les marchands, les populations du voisinage viennent s’y installer ce jour-là et leurs petites baraques, faites en rabanes protectrices, s’étendent jusque sur la grande voie qui conduit à la place d’Andohalo. En regardant vers le Nord, j’aperçus une maison blanche assez belle et d’apparence particulière, c’était la maison du docteur Davidson et son hôpital ; un peu au delà, un temple méthodiste en pierre, presque terminé et d’une architecture à peu près semblable aux autres, avec un grand clocher en pyramide sur le côté. Nous arrivâmes par des sentiers remplis de crevasses, étroits, jusque dans la plaine d’Imahamassina, le Champ-de-Mars, visitant toujours sur notre chemin des cases à malades. Nous nous arrêtâmes à l’église de Saint-Joseph, en construction à la base du rocher qui domine la plaine ; elle est placée juste au-dessous de l’établissement principal des Pères, et les deux communiquent par un sentier raide et difficile. Il y a là trois Pères, quelques Frères, une école sous un hangar provisoire. L’église n’était pas encore consacrée ; sa nef intérieure est lambrissée et ornementée en bois sculpté de différentes nuances d’un très-joli effet. Quant au corps du bâtiment, les Pères n’étant pas assez riches pour envoyer chercher au loin la pierre et le granit, ont fait des murs en terre malaxée et pilée ; ces murs durcis à l’air, ils ont taillé dans leurs parois des portes, des fenêtres cintrées. Ce mastic est tellement compacte qu’on le travaille comme on ferait de la pierre. Cette construction sera d’un très-bel effet quand elle sera terminée.

Nous regagnâmes les hauteurs par le sentier abrupt ; les porteurs de tacon sont assez habiles pour vous y transporter sans qu’on soit forcé de mettre pied à terre. Nous arrivâmes à une plate-forme en création sur le flanc d’un rocher. Là se trouve un filet d’eau que les Pères utilisent pour entretenir un petit potager. À Tananarive, on ne trouve pas de légumes ; le riz et la viande, voilà la nourriture à peu près exclusive du Malgache. Les Européens souffrent de ce régime et les Pères prévoient avec plaisir le moment où ils pourront jouir d’un peu de verdure dans leur jardin. Je trouvai là le Père Jouan, assis sous une petite varangue qui domine l’abîme ; je m’arrêtai un instant avec lui pour contempler un magnifique coucher de soleil qui éclairait d’une manière remarquable et mélancolique la plaine et les montagnes de l’horizon. Ces rizières, ces lacs, ces nombreux villages aux couleurs sombres semblent comme inhabités. La campagne, ici, n’offre pas le mouvement des exploitations agricoles d’Europe. Nulle trace de charrue, d’animaux ; quelques spectres blancs aux mouvements lents indiquent qu’il y a là des hommes. Pas une voix, pas un bruit ; le silence dans un ensemble immense, majestueux. Je laissai le Père à ses méditations, car il me fallait rentrer pour rejoindre mes compagnons et aller dîner chez le commissaire impérial.

M. Garnier nous attendait dans son salon et nous fûmes bientôt assis autour d’une table servie à l’européenne. Son cuisinier blanc, après nous avoir préparé un excellent repas, nous servit à table ; pas une figure indigène : nous ne nous serions pas cru à Madagascar si la conversation n’avait pas roulé exclusivement sur ce pays. Le prédécesseur de M. Garnier était mort d’une maladie acquise par de grandes fatigues et des imprudences de voyage, mais ici les morts naturelles sont souvent attribuées au poison. On avait parlé pour M. de Louvière d’un accident de ce genre. Je comprends qu’avec ce soupçon le ministre de France actuel se soit précautionné contre toute immixtion malgache chez lui ; ses autres domestiques venaient de Sainte-Marie, colonie française ; c’étaient des gardes indigènes nommés cavasses, du gouvernement de la cette île. Ces hommes sont Malgaches, mais tout autres que les Hovas et même différents de ceux de la côte. M. Garnier nous parla beaucoup du nouveau traité qu’il venait de conclure avec le gouvernement hova et qui venait de partir pour être ratifié par la France ; il en augurait bien : le premier ministre semblait entrer dans une voie nouvelle, libérale, et favoriser le progrès. Quelques jours auparavant, le 3 septembre, avait eu lieu la cérémonie du couronnement de la reine que l’on me raconta.

Une estrade avait été placée au fond de la place d’Andohalo, près de la pierre sacrée. C’est une roche grossière enfouie dans le sol et à peine visible. Dès le lever du soleil, les tambours, les canons, la musique annonçaient la grande cérémonie. Toute la population de la ville, des villages voisins, les députations de l’Est, de l’Ouest, du Nord, du Sud étaient accourues pour prêter le serment d’obéissance à la reine. Cette foule immense remplissait la place et les gradins du voisinage ; chaque quartier, chaque village, chaque députation ayant sa place désignée et chacun dans un ordre établi et que rien ne devait troubler. À 9 heures, la garde de la reine accompagnée de musique, de chanteuses, débouche sur la place et annonce la venue de Sa Majesté et de sa cour. Les missionnaires, les consuls avaient pris place sur la tribune où se tenait la Cour. La reine y monte aussi suivie de ses ministres, des princes, des princesses vêtus de rouge, couleur dynastique. Une acclamation immense se fait entendre. La reine est portée sur un tacon en forme de nacelle ; elle est suivie de ses chanteuses et protégée de deux parasols rouges. Elle prend place devant tous et tenant une sorte de sceptre à la main, la tête couverte d’une couronne d’or avec des pointes divergentes autour ; elle prononce son discours ; sa voix est douce mais assurée. De temps en temps, en brandissant son petit bâton doré, elle s’écriait : « N’est-ce pas ainsi, vous avez confiance en moi ! ô mes 100,000 hommes ; » et la foule de répondre comme un seul homme : « Énizène, oui c’est cela. » Cette parole prononcée avec beaucoup de précision et comme dans un chœur préparé, produisait un grand effet. À la reine succéda le premier ministre, tête nue et tenant une épée à la main. Il prononça un discours éloquent qui dura longtemps, avec des gestes dramatiques et une assurance qui aurait indiqué un homme habitué aux succès de la tribune. De temps en temps aussi, comme la reine, il se servait de la forme interrogative, prenait à témoin le peuple qui répondait : « Énizène, oui c’est cela », toujours avec le même ensemble. La musique se faisait entendre dans les intermèdes.

Après le premier ministre vinrent les douze femmes d’Andriaponemerina, elles n’existent plus, mais sont toujours représentées comme un symbole. Ces douze femmes caractérisent les douze principautés d’Émirne qu’Andriaponemerina avait soumises. Depuis cette époque, les douze femmes du premier roi de la dynastie actuelle sont toujours annoncées quoique n’existant plus. Puis vinrent les députations des différents peuples soumis avec leurs costumes, leurs gestes variés, tous prêtant le serment de fidélité et affirmant à la reine qu’ils arriveraient avec leurs sagayes, leurs lances, leurs boucliers si la souveraine avait besoin de leur aide. Les discours finis, Sa Majesté, la couronne sur la tête, descendit de l’estrade et vint se mettre debout sur la pierre sacrée ; elle était entourée de sa cour. C’est là, en face du peuple et prenant Dieu à témoin, que son titre est devenu réel, indélébile, sacré.

Cette cérémonie dura presque toute la journée. Le lendemain, il y eut grande assemblée au Champ-de-Mars où la reine dut encore se mettre sur une pierre consacrée, au milieu du peuple. La musique, les danses des différentes peuplades venues en députation, les simulacres de combat remplirent cette journée. La reine rentra à son palais vers le soir. Il ne lui manquait plus pour compléter sa consécration que le voyage et le séjour à Ambonimangue, pairie de ses ancêtres. Nous fûmes assez heureux pour assister à cette dernière cérémonie et nous la décrirons plus tard. Comme on le voit, tout cela ne manque pas d’une certaine grandeur et d’idées arrêtées. Les témoins de ces deux journées parlaient avec une émotion encore vivement sentie ; ils ne cessaient de vanter l’assurance, l’éloquence facile du premier ministre. Les Malgaches ont une grande facilité d’élocution, et ils aiment à pérorer dans toutes les occasions, les mots naissent sur leurs lèvres aussitôt que viennent les idées et on me répétait souvent que jamais l’expression ne leur manquait ; j’eus occasion de m’en convaincre par la suite.

Il était tard quand nous sortîmes de chez le commissaire : les gardes nous crièrent plus d’une fois le qui-vive malgache ; mais la police était avertie de notre présence et on nous laissa passer sans difficultés. Après 8 heures, chacun doit être chez soi, et les nombreuses sentinelles, surtout dans des temps de troubles, arrêtent ceux qui s’oublient dans la rue.

Le 22, après avoir vu un nombre assez considérable de malades, j’allai rejoindre M. Laborde et son neveu ; nous devions faire ensemble une grande promenade après le déjeuner.

Il m’était arrivé les cadeaux d’usage : une malade que j’avais opérée m’envoyait deux oies avec quelques oignons ; le premier ministre m’en envoya aussi deux en me faisant demander de mes nouvelles. C’est l’usage à Madagascar : l’arrivée de l’étranger dans un village, dans une maison doit être suivie d’un don qu’on accompagne d’un petit discours ou de la demande de ses nouvelles. Mes consultations médicales devaient me rapporter des oies, des dindes, des poules, objets sans valeur, mais qui témoignaient d’une certaine reconnaissance.

La présence d’étrangers est toujours ici un événement dont tout le monde s’occupe, et les nouveaux vasa, comme les appellent les Malgaches, attirent les regards, la curiosité. La cour de M. Laborde était toujours remplie d’individus venant pour nous voir, s’informer du but de notre voyage et souvent demander des cigares ou ce que nous pouvions avoir à donner. Si j’avais eu une plus grande provision de cigares, j’aurais fait bien des heureux. Comme des enfants, sans un scrupule qu’ils ne connaissent pas, les Malgaches, même ceux de grandes familles, viennent demander ce qu’ils voient, ce qu’ils désirent ; certaines démarches étonnent d’abord, mais comme elles sont dans les mœurs, on finit par les accepter comme chose toute naturelle. Un matin, M. Campan entra dans ma chambre pour m’annoncer que le fils du premier ministre était venu me faire visite. « Munissez-vous de quelques cigares, me dit-il, car il vous en demandera. » Je sortis aussitôt avec empressement pour recevoir le fils du plus grand personnage de Madagascar. J’aperçus un jeune homme de 18 à 20 ans, nu-pieds, vêtu du lamba ordinaire et d’un chapeau de paille ; il me tendit la main et fit un sourire d’intelligence avec l’interprète commun. Comme nous n’avions pas à nous dire grand’chose et que je soupçonnais le but de sa visite, je lui offris quelques cigares : « Ne lui en donnez pas trop, me dit-on, car il reviendrait souvent. » J’avais beaucoup entendu parler de la puissance du premier ministre et de sa grande fortune ; quel contraste avec le fils que j’avais sous les yeux !

Rasafikaref m’envoya sa femme, une Malaise d’un embonpoint prononcé et d’une figure assez agréable, quoique un peu dure comme toutes celles de sa race. Elle avait un œil cataracté et l’autre en train de le devenir. Je lui parlai d’une opération qui sembla l’effrayer et je ne la revis plus. Cette femme était suivie de deux esclaves à peu près vêtues comme elle, en blanc et simplement. Les femmes d’un certain rang ne vont jamais sans leurs esclaves ; elles ont le même aspect, la même mise, s’assoient par terre à côté les unes des autres ; il n’y a pas de différence apparente.

Pendant le déjeuner, nous reçûmes la visite de deux aides de camp du premier ministre ; il nous adressait ses compliments, demandait de nos nouvelles et nous faisait savoir qu’il nous recevrait le lendemain à 2 heures. Un de ces officiers avait la face plate et l’œil du Malais, les pommettes saillantes, le regard fauve. « Quel type ! me dit le Père Jouan, mon voisin, examinez-le bien ; » l’autre présentait un type différent : la figure ovale, les traits moins durs, avec une contenance fière, raide, un peu gourmée à l’anglaise. Le premier seul parla non sans jeter d’un côté et d’autre des regards inquiets et défiants. Ils étaient tous les deux vêtus de blanc, ayant une chemise, un pantalon et des souliers, le lamba drapé sur le tout. Après un quart d’heure d’entretien, ils partirent emportant nos hommages pour le premier ministre et la reine qu’il ne faut jamais oublier.

Vers midi, nous nous mîmes en route, remontant la ville et contournant les palais sur le versant Est. Une fois au bas du faubourg, nous prîmes une route bordée de petits monuments carrés en pierre, assez grossiers pour la plupart ; ce sont des tombeaux. Quelques-uns sont assez élevés et entourés, ils appartiennent aux puissants, aux riches. Notre première station devait être au jardin de la reine, situé dans un vallon entouré de collines et de lacs.

Ce jardin, aujourd’hui à peu près abandonné, a été créé par un Français du nom de Legros, sous Radama Ier. Quelques arbres, des traces de plates-bandes où les fleurs ont disparu, une jolie maisonnette en pierre mais dégradée : voilà ce qui reste de ce lieu de plaisance renommé. À côté, un lac charmant, qui n’est plus entretenu, servait aux promenades en bateau les jours de fête. L’intérieur de la maison est tapissé par des sujets de bataille, celles de Wellington dans l’Inde. Une chambre avec des meubles venus d’Angleterre : un lit à baldaquin, une pendule à sonnerie, etc. M. Laborde nous parlait avec un souvenir pénible des fêtes qu’il avait vues dans ce joli endroit, du temps de la vieille reine. Aujourd’hui, un gardien veille à peine à sa conservation. Nous traversâmes en passant derrière un verger, une bananerie, des débris de vigne ; enfin nous arrivâmes, sur la hauteur, à une maison en pierre de taille, avec colonnes, arcades, dans le style grec, que M. Laborde avait fait construire avant son départ. Aujourd’hui tout tombe en ruine et se dégrade. Il faut avoir avec soi le créateur de toutes ces choses pour retrouver les traces du labyrinthe. Le Malgache laissé à lui-même redevient facilement sauvage et rejette avec empressement les choses de luxe et de bien-être. Déjà nous avions vu Soatsimanampiovana en ruine ; ici nous ne voyions debout que les constructions que les Européens possèdent encore.

Du jardin de la reine nous prîmes à travers champs pour nous rendre au palais de Radama Ier, qui se trouve dans le Sud de la ville ; nous étions en pleine campagne et traversions des rizières à différents degrés de culture. Les bas-fonds qu’on peut irriguer sont exclusivement plantés en riz, et on en fait deux récoltes par an. Cette terre est admirablement préparée pour la culture ; on la soulève par cubes de 20 à 25 centimètres de côté. Une large bêche en fer est placée à l’extrémité d’un bois dur d’un pouce de diamètre et assez long pour dépasser la tête de celui qui la fait agir ; le travailleur prend le manche à deux mains et appuie un pied sur un des côtés de la lame de fer qui se trouve à l’extrémité inférieure ; il pénètre aussi loin que possible dans le sol, des quatre côtés de la motte de terre qu’il doit enlever ; celle-ci une fois détachée, il la retourne de façon à ce que les faces inférieures, privées d’air et de soleil jusque-là soient mises à l’extérieur. Tout le champ est bouleversé et reste ainsi deux ou trois mois. Cette terre, marneuse et argileuse, compacte, a besoin de cette préparation pour être productive. Quelques herbes, des tiges de riz récolté, restent attachées aux mottes de terre ainsi découpées ; des troupeaux de moutons viennent y paître tout en fumant le champ en préparation. Une fois la terre bien aérée, on y fait venir l’eau, on la fait malaxer et piler par des bœufs et des hommes ; puis en pleine boue, on fait la plantation de riz ; les plans sont préparés dans un petit espace voisin et spécial qu’on a ensemencé très-serré. Ce petit espace est très-soigné, irrigué souvent, de façon à avoir de beaux plans. Les coteaux ou les plans inclinés qui avoisinent les rizières sont plantés en cannes et en manioc ; pour cette culture, la terre est préparée de la même
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