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IV.

Tananarive à Tamatave.

Soatsimanampiovana. – La vallée d’Ankaï. – Ampassimpouce. – Lalamazotra. – Béfourme. – Ambatoarana. – Bain à Ranemafano. – Arrivée à Andévourante. – Rencontre de Mlle Juliette Fiche. – Présentation à Rainifiring, commandant de Tamatave. – Près d’Ivondrou. – Visite à la Cruche-Cassée, lieu renommé pour les sacrifices. – Arrivée à Tamatave. –Massoua. – Belle-Vue, ancienne guildiverie Delastelle. – Grand kabar pour l’installation du nouveau commandant. – Fêtes. – Incendie de nuit qui menace de brûler tout le village. – Arrivée de la frégate l’Armorique.


En quittant Tananarive, nous reprîmes la route de l’Est, au milieu des faubourgs et des terres cultivées. J’admirai de nouveau avec quel soin les Hovas font leurs plantations ; le sol est travaillé avec une méthode et une régularité remarquables. Nous couchâmes le soir à Soatsimanampiovana, où nous retrouvions les souvenirs de notre première étape. Le temps était beau quoique un peu couvert ; nous parcourûmes une seconde fois ces ruines, ces lacs giboyeux que nous avions déjà admirés ; j’y fis une collection minéralogique intéressante, et M. Laborde voulut bien donner des ordres pour me laisser puiser dans celle qu’il avait faite en parcourant l’île et qui avait alimenté toutes ses fabriques.

Le 30 au matin, un brouillard épais et glacé couvrait tout le pays ; nous aurions voulu attendre que le soleil dissipât ces vapeurs, mais nous avions une longue étape à faire et il fallut partir ; on ne voyait pas à dix pas devant soi et les hommes cherchaient souvent leur route. Arrivés à Enkeramadine le soleil commença à paraître. Nous traversons des montagnes, des forêts, des ravins par les pentes vertigineuses qui terminent les monts Ankove et nous arrivons à Amboudinangave à 11 heures et à Amboudinifoudi à 5 heures et demie, après avoir traversé des vallées à rizières, des canaux, des marais, des ruisseaux. Cette région est une des plus malsaines de Madagascar : la population en est pauvre et d’aspect misérable ; on aperçoit bien des troupeaux de bœufs, des cultures, mais tout commence à dégénérer. Nous sommes aux limites du pays des Hovas ; la culture n’est plus aussi soignée que dans l’Ankove, les maisons n’ont plus d’architecture régulière ; on sent déjà une civilisation moins avancée et l’éloignement de la capitale.

Nous nous trouvions dans une région assez basse, et le soir il faisait tellement chaud que nous dînâmes dehors, aux bougies. Pendant ce repas à la belle étoile, au milieu des habitants du village qui nous regardaient avec curiosité, mon voisin aperçut une petite araignée qui s’apprêtait à me sucer au-dessous de l’oreille, il s’en saisit aussitôt et la tua. Je l’avais échappé belle ! Il y a à Madagascar très-peu de bêtes venimeuses, mais la plus à craindre est cette petite araignée à corps en forme d’une petite olive avec l’extrémité rouge (Latrodatus menavodi) ; sa piqûre est très-dangereuse et on raconte sur ses effets les choses les plus émouvantes. Couchant dans des cases en paille, sur des nattes, au milieu de tous les insectes possibles, nous avions plus d’une fois redouté cette petite bête et je n’osai plus dormir en pensant que j’aurais pu être victime de sa morsure. Les centpieds, les scorpions sont communs, et il faut toujours être armé d’ammoniac pour en détruire le venin s’ils viennent à vous piquer.

Presque toute la nuit, il y eut danse et chants dans le village ; des voyageurs de passage payaient le besabèse ; les libations et la joie égayaient toutes les cases et les ruelles.

D’Amboudinifoudi la route monte par un sentier à pic ; il faut se coucher en avant sur son tacon pour pouvoir s’y maintenir. On traverse les monts Foudi ; c’est le second contre-fort de montagnes qui séparent l’Ankove de l’Ankaï. La route parcourt un pays désolé avec quelques rares vallées à roches ferrugineuses ; on en rencontre à chaque pas et souvent par couches très-épaisses.

Après avoir de nouveau traversé le Mangoure, la plaine sablonneuse et inculte d’Ankaï, nous arrivons à 11 heures à Mouramangue pour déjeuner. C’était encore jour de marché comme à notre premier passage ; une grande population s’y trouvait rassemblée avec tous les produits de l’île. Mouramangue est un grand village qui n’a d’importance que par son marché, le pays voisin ne produisant pas grand’chose. Nous nous installons dans la case de la reine qui est très-spacieuse ; elle était encombrée de monde. Pendant notre repas, un officier de douane, partant pour Manourou, vint s’asseoir près de nous, demanda nos noms et les inscrivit en disant qu’il voulait les connaître pour nous servir si nous allions dans son district. Après s’être assuré que nous étions catholiques, il se mit à genoux et fit le signe de la croix. Il voulait se faire offrir un verre de vin ou de rhum, ce que nous fîmes à sa grande satisfaction.

Nous allâmes coucher à Ampassimpouce, village situé à l’entrée de la forêt de l’Alamazotra. Le nom de ce village veut dire sable blanc, à cause de sa situation dans un pays entièrement composé de sable blanc quartzeux ; c’est le même qu’on rencontre depuis l’Ankaï, et à part les collines à tuf ocreux, partout c’est ce même sol à quartz qui ne devient fertile qu’avec beaucoup de fumier. Ampassimpouce est un village presque abandonné et en ruines ; sa population s’est transportée en grande partie à Simoune, qui se trouve un peu avant, et dont la situation est meilleure. Nous n’y trouvâmes que des cases délabrées ; heureusement nous avions un temps magnifique. Pendant la nuit une lune splendide éclairait la forêt que nous avions devant nous et nous donnait un spectacle magique. Nous partîmes le lendemain à 6 heures par une matinée froide ; l’entrée des bois était envahie par une brume humide que le soleil ne tarda pas à dissiper. La journée s’annonçait très-belle : les chemins que nous avions parcourus quelque temps avant, glissant dans la boue, étaient séchés ; le soleil traversait de ses rayons la cime des grands arbres et nous permettait de jouir plus à notre aise des détails de la magnifique forêt. Nous nous croisions souvent avec des voyageurs malgaches, des officiers accompagnés de leurs soldats, des porteurs de paquets et des troupeaux de bœufs énormes qui viennent de l’intérieur pour être vendus à la côte. Ces troupeaux mettent quelquefois deux mois pour descendre ; ils paissent en route, campent dans les plaines, et les hommes qui les conduisent, appartenant le plus souvent aux grands de la capitale, vivent aux dépens des villages qu’ils traversent. La reine ne tracasse pas ses sujets par des impôts fixes, mais les villages qui se trouvent sur la route de la capitale sont chargés de fournir le riz aux officiers et soldats qui voyagent, et il y a des cas où cela arrive trop souvent. On parlait encore du voyage que l’année précédente avait fait la reine Rasoherina suivie de 3,000 ou 4,000 hommes ; elle campait avec sa troupe et sa suite auprès des villages, et les malheureux habitants étaient rançonnés et obligés de fournir à tous leurs besoins. On voit encore les emplacements nombreux des haltes de ce voyage qui dura deux mois. Ce passage fréquent et onéreux des troupes hovas est considéré par quelques-uns comme la cause principale du dépeuplement du pays. Ceux qui peuvent se sauver loin de ces routes fréquentées, s’en éloignent. Je ne crois pas à cette cause d’une manière absolue : il y en a une autre bien plus puissante et permanente, c’est l’apathie naturelle à ces populations. J’ai voyagé loin des voies qui conduisent à la capitale, la culture alors disparaît presque ; il n’y a plus de village, mais quelques huttes isolées autour desquelles les Malgaches ne plantent que ce qui est strictement nécessaire à une existence misérable. Ils se pillent entre eux quand ils ne sentent plus l’autorité qui les réprime ailleurs. Règle générale, le voyageur a une sécurité très-grande quand il traverse un village où domine le mât de la reine. La police hova se fait en général très-bien. Les Betsimsarak et autres sont pillards, et cela se comprend : la plupart sont sans biens, sans principe social d’aucun genre, ne possèdent rien. L’Hova, au contraire, a le sentiment de la propriété porté à un point extrême. Partout où il domine il y a un certain ordre, une organisation, une police ; les corvées qu’ils imposent aux habitants des villages peuvent être pénibles, mais ne m’ont jamais paru vexatoires. Quand ils ne veulent pas obéir, ils se sauvent, et on est souvent obligé de renouveler les travailleurs appelés à l’ouvrage.

Nous mîmes une demi-journée à traverser la forêt de l’Alamazotra par un temps superbe. La route était meilleure et nous n’avions plus besoin d’avoir une attention de chaque minute pour ne pas tomber dans des abîmes. Les cris de babakoutes nous accompagnaient ; ils semblaient être tout près de nous, mais nous ne pûmes jamais en voir : ils fuient à l’aspect des passants. Le chant des oiseaux se faisait entendre dans tous les sens, les fleurs avaient plus d’éclat, les orchidées d’une autre espèce que celles de la côte, ornaient en grand nombre les bords du chemin et le tronc des arbres ; elles sont moins développées que celles des régions inférieures, mais plus variées ; de splendides papillons, l’Urania surtout, tachetaient le feuillage de leurs couleurs variées et éclatantes.

Nous couchâmes le 2 octobre à Béfourme. Ici s’arrête la grande forêt et les bois ne doivent plus reparaître que par intervalles. Le plateau de Béfourme est grand, productif en riz, en bœufs, mais c’est un vaste marécage et le matin un brouillard épais et très-humide obscurcissait tout. Nous partîmes par une pluie fine et glaciale ; il fallait renoncer au parapluie, car les mains devaient être occupées à tenir les bras du tacon. Les chemins au milieu de ces marais étaient difficilement praticables et les hommes s’enfonçaient souvent dans la boue jusqu’à la ceinture. Parfois il fallait venir relever ceux qui ne pouvaient plus en sortir avec leur charge.

Nous déjeunâmes à un grand village, Passimbé, où l’on fabrique beaucoup de rabanes. Le moufia est abondant ici ; on en rencontre des forêts. Le jour de notre arrivée, on avait tué un bœuf énorme et très-gras venant de l’intérieur. Ces bêtes, arrivées à leur complet engraissement, sont monstrueuses ; leur loupe est double et se jette des deux côtés du cou ; nous en avions rencontré souvent en route ; mais tous ceux de cette dimension ne viennent que des plateaux du centre, sur la côte ils n’ont pas d’assez bons pâturages. La chair en est excellente ; tout un filet nous coûta, je crois, 50 ou 60 cent. Le Malgache aime les morceaux à os et la peau ; la queue est une des parties qu’il préfère. Dans les grands villages on débite souvent du bœuf ; l’animal tué, on le coupe par morceaux, peau et chair ; le marchand s’installe près d’une case en plein soleil et vend sa viande qui est parfois verte et décomposée sous l’action d’un soleil ardent et des mouches. Cela n’empêche pas la consommation. Le Malgache n’a pas d’odorat et son estomac digère tout, le cru, le cuit, le gâté ; le remplir est l’essentiel, n’importe avec quoi.

Le soir, nous couchâmes à Ambatoarana, joli village dans une vallée charmante que nous connaissons déjà. Dans toutes les cases on prépare les feuilles de moufia. Ce sont les femmes qui, ordinairement, font ce travail, ainsi que le tissage des rabanes. À Ampassimbé comme ici, il y a un métier à navette qui fait partie de l’ameublement. Il y a plusieurs sortes de rabanes : la plus commune sert de vêtement au peuple ; les plus fines sont employées en lambas pour les riches ou exportées. Leur couleur naturelle est le jaune paille, mais les Malgaches teignent souvent les fils et forment des tissus de teintes variées ; c’est la seule industrie de ces villages. La rabane commune se vend à très-bon marché ; quant aux rabanes fines, elles sont trop chères pour la plupart des consommateurs : on en fait très-peu et il est difficile d’en trouver.

Le lendemain, passant près de Ranemafano, je m’arrêtai près de la source thermale et pris un bain. L’eau en est tellement chaude qu’il me fallut faire un mélange de l’eau thermale avec l’eau froide de la rivière qui coule à côté. Cette rivière de Ranemafano est pleine de crocodiles et plus d’un accident y est arrivé. J’emportai deux bouteilles de cette eau pour l’analyser. Après Manambonitra, où nous déjeunâmes, le pays devient affreux et aride : collines sur collines, roches et herbes sèches. Cette région contient de très-beau quartz. J’en ai vu un bloc de couleur rose admirable et d’une dureté telle que mon marteau put avec peine en détacher un morceau. À 3 heures, nous étions à Maroumby où nous eûmes beaucoup de peine à trouver des pirogues pour descendre la rivière jusqu’à Andévourante ; les hommes craignaient que la nuit ne nous surprît en route ; nous pûmes enfin nous embarquer et descendre cette même rivière que nous avions remontée le matin en venant. Ce voyage est délicieux ; l’eau est calme et sa surface s’élargit beaucoup à mesure qu’on avance vers le rivage. Sur les deux rives, plates, uniformes, une grande végétation, des forêts de songes gigantesques, des cannes à sucre, de petites rizières ; des villages bien situés et d’un joli aspect se détachent des coteaux peu élevés des deux rives ; à tout moment des troupes de sarcelles, de canards. En nous approchant d’Andévourante, le spectacle change : la rivière devient un immense lac avec de nombreux débouchés, des îles ; l’une d’elles, grande, couverte d’arbres masque le village à l’arrivée. Au fond, près du rivage, des bois épais. Cette rivière est plus grandiose que celle d’Ivondrou, mais elle est moins riante, moins accidentée. Après avoir dépassé la grande île, on voit le village bâti sur une plage de sable, triste, aride, et d’un aspect misérable comme ses habitants. Nos marmites, sentant l’arrivée, poussaient des cris sauvages et joutaient à qui donnerait une plus grande impulsion aux pirogues. Ce bruit, ces chants avaient attiré quelques personnes au débarcadère ; nous reconnûmes de suite au milieu des Malgaches M. et Mme Mandrel ; ils nous apprirent qu’ils partaient le lendemain pour Tamatave, afin de profiter comme nous de la malle française. Aux approches de l’hivernage, Mme Mandrel fuyait cette région malsaine pour se rendre dans sa famille à Maurice. Andévourante est un séjour très-fiévreux ; à l’époque des pluies, ces terres marécageuses sont entièrement noyées.

Nous allions nous installer dans la maison de Mlle Juliette Fiche, quand on nous apprit qu’elle l’occupait elle-même. Le nouveau gouverneur de Tamatave était arrivé à Andévourante avec une suite nombreuse, et Mlle Juliette l’accompagnait depuis la capitale qu’ils avaient quittée un mois auparavant. Ils avaient stationné longtemps en route, selon l’usage des grands dignitaires malgaches. Nous nous disposions à chercher un autre logis quand une voix s’écria derrière nous :

– Il y a toujours place chez Juliette pour des amis ; venez tous, plus on est de fous plus on rit.

– Nous voudrions bien au moins faire connaissance avec elle avant de nous loger dans sa maison.

– Vous parlez à elle-même, je suis Juliette.

Je fus surpris bien agréablement, car j’avais beaucoup entendu parler de la princesse Juliette Fiche hors de Madagascar et à Madagascar et j’avais le plus grand désir de la connaître ; depuis notre arrivée, nous étions à sa recherche. Elle s’était rendue à Tananarive pour le couronnement. À notre arrivée à la capitale, elle venait de partir avec le nouveau gouverneur de Tamatave qu’elle ne devait pas quitter d’un instant. Nous aurions pu nous manquer, et Mlle Juliette Fiche est une personne aimable, bonne, originale qu’il faut connaître. C’est de plus un personnage politique et un type remarquable à étudier. Née sur la côte, de la famille princière d’Ivondrou, élevée à Bourbon, elle était revenue jeune encore à Madagascar. Associée de la maison Delastelle et Rontaunay, elle a toujours fait marcher, comme elle le dit elle-même, les affaires et la politique. Ses parents avaient favorisé les Français dans leur infructueuse tentative de conquête, et depuis la domination hova elle a eu l’adresse de rester princesse et en bons termes avec les conquérants. Mais aussi que d’adresse, que d’habileté et de souplesse elle a dû déployer ! Aujourd’hui Mlle Juliette doit avoir cinquante et quelques années ; elle est petite, de couleur noire, replète ; sa tête est large et recouverte de cheveux crépus grisonnants ; sa physionomie est vive, intelligente ; avec sa corpulence et pour une femme de sa race elle est d’une activité extraordinaire, toujours en mouvement, prête à rendre service, surtout aux Français avec lesquels elle a vécu presque constamment. Il fut de suite convenu que nous dînerions ensemble.

– « Si vous n’êtes pas trop fatigués, Messieurs, je vous proposerai de vous présenter à Rainifiring, le nouveau gouverneur ; vous allez voir des sauvages, mais ne faites pas trop attention à leurs manières : ils seront heureux de faire votre connaissance. »

Nous acceptâmes avec plaisir. Le village était en fête ; les danses, les chants, la musique du commandant, les soldats, les officiers de la suite contribuaient à donner un aspect agité et gai à Andévourante. Après avoir traversé quelques rues et une foule de danseurs et d’hommes ivres, nous arrivâmes à une case de modeste apparence où était logé Rainifiring ; une seule chambre servait de demeure à lui, à sa femme, à ses frères, à ses domestiques ; les bagages étaient dans un coin. Après avoir parlé de notre voyage, on nous fit offrir du vermouth par l’intermédiaire de Mlle Juliette. Le second commandant, des officiers arrivèrent, et bientôt la case fut pleine de monde. Rainifiring est un malais de traits, de physionomie ; il a 58 ans. Il a fait partie de l’ambassade envoyée en Angleterre et en France en 1864 et parle assez bien anglais. Lui et sa suite devaient mettre encore 15 jours pour se rendre à Tamatave, devant s’arrêter dans chaque village, de manière à faire son entrée avec la nouvelle lune, ce qui est d’un bon augure. Notre visite terminée, la nuit se faisait ; nous rentrâmes pour dîner. Mlle Juliette, qui par goût mange par terre, à la malgache, nous avait fait les honneurs d’une table et on nous servit sur une malle carrée ; nous fîmes usage de nos couverts, mais elle mangea et but à l’aide d’une feuille de bananier repliée de façon à servir de cuillère et de verre ; elle avait dans un grand bol du ranampang, eau chaude noircie par du riz grillé ; elle buvait toute brûlante cette liqueur couleur de café.

– « Voilà notre vin et notre café à nous autres Malgaches », dit-elle.

Elle but cependant volontiers de notre vin. En guise de serviette, elle avait une manière de s’essuyer la bouche avec la main, très-leste et tout à fait particulière ; les doigts allongés parcourent rapidement la bouche d’un angle à l’autre qui reste propre comme si un linge l’avait essuyée. Ses esclaves nous servaient, étant avec elles dans des termes d’amitié et d’égalité. Nous parlâmes un peu de tout pendant notre dîner ; mais nous avions besoin de repos et ne prolongeâmes pas longtemps notre conversation. Nous devions partir le lendemain de bonne heure.

Cette femme si gaie en apparence avait un chagrin profond : elle avait perdu récemment un fils de 35 ans ; un fils bien-aimé, un ami, un frère selon son expression. Ce fils demeurait sur une de ses propriétés à Ivondrou. Élevé en Europe, il était revenu à Madagascar où il vivait seul, mélancolique. Elle apprit un jour qu’il était souffrant, accourut et arriva à temps pour le voir mourir d’une mort singulière, inexpliquée. On a soupçonné comme toujours le poison dirigé peut-être par les Hovas soupçonneux et redoutant en lui les talents, l’instruction qui auraient pu le rendre influent. Mlle Juliette nous fit un tableau triste et affreux de la domination hova, et je comprends difficilement qu’elle puisse vivre au milieu de semblables scélérats. Je lui en fis la réflexion et elle me répondit :

– Ils sont nos maîtres, et pour conserver nos vies et nos biens nous sommes obligés de vivre en bonne intelligence avec eux.

– Cependant votre éducation, votre supériorité intellectuelle doivent vous donner une position influente.

– Ne répétez pas cela, nous dit-elle, car s’ils pouvaient se douter que j’aspire à être autre chose qu’une bonne femme, apte seulement à les servir, ma tête serait bien vite compromise et je ne tarderais pas à recevoir la baguette.

– Qu’est-ce donc que la baguette ?

– Les braves (elle appelait ainsi les Hovas, et on leur donne volontiers ce nom dérisoire depuis leur victoire de Tamatave sur les Français et les Anglais réunis en 1845), les braves ont horreur du sang et quand ils veulent se défaire d’une personne, ils lui envoient dire de la part de la reine que Sa Majesté désire prendre soin d’elle et qu’elle ait à éloigner son entourage. Les serviteurs de la reine sont alors substitués à ceux de la maison et le simandoa (émissaire, exécuteur du pouvoir) la prie ensuite de vouloir bien s’introduire une tige de fer qu’il lui présente, de bas en haut. Si la victime désignée n’a pas le courage d’agir elle-même, le simandoa lui rend ce service. La mort qui s’ensuit est silencieuse et ne laisse pas de trace sanglante. Quand elle est bien constatée, on annonce qu’un tel est mort d’un coup de sang subit ou après avoir trop bu. Quelquefois on se sert de poison, mais toujours sans trace apparente. Ces mœurs atroces paraissent incroyables, cependant il paraît qu’elles ont cours dans le pays. Vous me voyez rire, mais ce n’est que grimaces. Je dois amuser et servir mes maîtres et je me garderais bien de les quitter d’un pas ; ainsi, je suis partie de Tananarive avec eux et je ne rentrerai à Tamatave qu’avec eux.

Est-ce vrai ? Le fait est que Mlle Juliette qui a des propriétés nombreuses, des esclaves, n’en retire presque rien et que sa vie se passe près des chefs, et je crois que cette existence active, politique, agitée de toute manière lui est nécessaire. À chaque instant, le commandant la fait appeler pour avoir son avis ou se servir d’elle comme interprète.

Andévourante nous avait paru bien triste à notre premier passage ; ce grand village était cette fois-ci animé par les chants et les danses ; mais sa population noyée dans l’ivresse ne me parut pas plus belle.

Le matin au jour, nous reprenions notre voyage. Maintenant plus de montagnes, d’accidents de terrains à redouter ; nous retrouvons cette magnifique route de la côte au milieu des lacs, des forêts. Nous déjeunons à Vavoni et couchons à Antenerano. D’immenses nappes d’eau nous entourent ; elles éclatent la nuit sous une lune splendide. À 2 heures du matin, nos hommes, prenant cette lumière pour le commencement du jour, nous réveillent et nous nous remettons en route. À 8 heures du matin, nous nous arrêtons dans un bois qui précède l’Ivondrou de quelques minutes ; il y a là, sous un grand manguier, un endroit consacré par des sacrifices nombreux. Nous voyons une grande cruche cassée au pied de l’arbre ; elle porte des traces récentes du sang des animaux qui ont été sacrifiés ; elle est entourée de bambous, de bois, au sommet desquels sont attachés des pattes, des têtes de coq, des cornes de bœufs. Les Malgaches qui passent à cet endroit et qui veulent se rendre propices les destins s’y arrêtent et tuent plus ou moins de bêtes selon leur fortune. C’est un lieu très-célèbre. Plus loin on montre aussi un manguier également très-renommé. Rainifiring, le nouveau gouverneur, avant son départ pour l’Angleterre, y avait fait tuer 8 bœufs que sa suite s’était partagés.

À 10 heures, nous arrivons à Ivondrou, village charmant dont une partie est située sur le bord de la délicieuse rivière avec une vue magnifique ; l’autre est dans un bois touffu, sauvage, avec toutes les plantes des grandes forêts. Nous nous étions arrêtés dans une très-jolie case appartenant à un ancien traitant de Tamatave et nous pûmes nous y reposer jusqu’à 3 heures. D’Ivondrou à Tamatave il y a à peine 2 heures de fitacon ; nous arrivâmes chez M. Soumagne le soir, ayant devancé de 2 jours l’époque fixée pour notre retour. Nous retrouvâmes chez notre hôte la bonne hospitalité que nous connaissions déjà et les fatigues du voyage furent bien vite oubliées. Après 9 jours de fitacon, de coucher dans les villages, on retrouve avec ivresse un lit, une table propre et le confortable ordinaire. Hélas ! notre empressement à revenir pour ne pas manquer la malle devait être inutile et notre séjour à Tamatave devait se prolonger bien au delà de nos prévisions.

En attendant l’aviso, il fallut employer son temps de façon à ne pas trop séjourner dans un lieu peu gai et que nous connaissions déjà. Nous allâmes visiter l’ancienne propriété de M. Delastelle sur les bords de l’Ivondrou. Pour aller à Belle-Vue, on arrive d’abord au village, puis on remonte la rivière en pirogue. On peut aussi y aller par terre, mais nous préférions la pirogue. Cette belle création de M. Delastelle est en ruine aujourd’hui. Il y a là de fort beaux champs de cannes qui viennent comme elles peuvent et une guildiverie montée dans de grandes proportions. Cet établissement, créé en association avec l’ancienne reine Ranavalo, a dû être fort beau ; un moulin anglais de 6 chevaux brasse les cannes dont le jus est porté aux alambics. Le moulin ne va plus et les alambics avaient besoin d’être remplacés ; mais la reine ne voulait rien débourser et cherchait un autre associé qui voulût bien fournir les fonds nécessaires. Mlle Juliette n’a plus les ressources d’autrefois et son titre d’associée ne lui profite guère ; cette propriété en participation n’est au fond que très-éphémère et en réalité l’oblige à des dépenses sans profit. Le jour de notre arrivée, elle devait y donner à déjeuner à des officiers hovas. Des condamnés pour vol, pour marronnage, coupent les cannes et les portent au moulin. Un frère de Mlle Juliette Fiche séjourne à Belle-Vue, mais il n’a pas l’activité et l’intelligence nécessaires pour diriger une semblable industrie. C’est ici qu’est mort ce fils tant regretté ; sa chambre est encore tapissée de portraits de Napoléon et de dessins de bataille ou autres pris dans les illustrations. On sent que la vie malgache avait gagné le jeune homme élevé en Europe. Tous reviennent avec bonheur à cette vie facile, sans contrainte et simple de leurs compatriotes.

Le gouvernement a fait de Belle-Vue un bagne et nous y avons assisté à l’arrivée d’une femme malgache que son maître envoyait pour la punir de marronnage. Un forgeron dont l’atelier touche à la prison prit la mesure du cou et de la jambe, prépara ses anneaux de fer et les scella autour du cou et de la cheville, une tige en fer articulée réunissait les deux anneaux. La malheureuse versait des larmes silencieuses. La cérémonie finie, on la mit au bloc. C’est avec cet appareil que ces malheureux travaillent et marchent toute la journée sans prendre de repos. Leur nourriture n’est même pas du riz ; on les envoie dans un champ planté par eux, récolter quelques patates ou du manioc qu’ils mangent le plus souvent cru. Sur un coteau voisin et qui mérite bien le nom de Belle-Vue, se trouve le tombeau de M. Delastelle et de son fils, Ferdinand Fiche, celui que regrette tant sa mère Juliette. Des arbres nombreux entourent le mausolée et une case assez spacieuse sert de demeure aux hommes chargés de le garder. L’Ivondrou se resserre beaucoup à cet endroit comme toutes les rivières de Madagascar à une certaine hauteur. La gorge qu’on aperçoit à l’Ouest avec ses nombreuses collines est magnifique et on peut en suivre toutes les anfractuosités. On nous a dit que la végétation était fort belle dans cette partie et qu’on y rencontrait de belles caféières. La plaine qui se trouve du côté opposé est plantée en cannes, en riz, mais d’une manière irrégulière, sans soins. La terre de la plaine est un mélange de sable et de tuf. Le coteau sur lequel nous étions était composé d’ocre et de quartz. Les cannes viennent bien dans ces plateaux toujours humides et il y aurait là de quoi faire un vaste établissement sucrier. Cette magnifique position appartient à la reine ou au premier ministre ; mais ils ne veulent ou ne peuvent faire aucun déboursé pour une installation complète. Avec l’habitude qu’on leur a donnée, ils comptent sur l’appui des étrangers qui, leurrés peut-être encore par l’espoir de richesses non réalisées, viendraient y sacrifier leurs capitaux et leur existence. M. Delastelle, qui a joué un grand rôle à son époque dans ce pays, y a dépensé beaucoup d’argent et y est mort avec une dette considérable. Associé à un négociant de Bourbon, celui-ci faisait les avances et s’en tirait par le commerce de la côte. Quant à l’industrie, elle a toujours ruiné ceux qui s’y sont livrés. M. Delastelle a mené une grande existence matérielle, mais est mort de fièvre et d’épuisement, de plus insolvable. Le premier ministre fournit la terre qu’il possède avec les hommes pour sa part. L’associé pourvoit à tous les frais d’installation et de faisance-valoir. Les revenus sont partagés. Un officier hova, un aide de camp, est le contrôleur de tout ce qui se fait et il prend ce qu’il veut ; il ne reste à peu près rien pour l’associé actif. Désirant goûter le rhum qu’on fabrique à Belle-Vue, j’en demandai au frère de Mlle Juliette qui me fit répondre que cela ne lui était pas permis, qu’il fallait s’adresser à l’officier hova. Le représentant de l’associée actuelle n’était là qu’un mannequin, représentant fictif des intérêts de sa sœur. De Belle-Vue nous allâmes en pirogue à Ambonimangue qui est peu éloigné et où résidait M. Delastelle. La maison en bois et à étage tombe en ruines ; elle est entourée de magnifiques manguiers. On y donnait des fêtes fréquentes ; aujourd’hui, tout cela est abandonné ; la maison s’affaisse, l’herbe est partout.

Le 15 octobre, nous assistâmes à Tamatave, à l’entrée du nouveau gouverneur. Dès la veille, tout se préparait pour cette grande cérémonie et Rainifiring avait couché avec toute sa suite dans un village voisin. À midi, les soldais étaient tous sur pied, les officiers en grand costume, toute la population se dirigeait vers la batterie où devait avoir lieu le grand Kabar. La place entre le fort et le village hova était remplie de Malgaches de toutes les castes, de traitants. Mlle Juliette, vêtue d’une robe écarlate, en gants blancs, avec un parasol rouge, couleur princesse, était au premier rang avec les dames des premiers officiers. Nous pûmes arriver jusqu’à elle et obtenir une place convenable pour tout voir. Les soldats, les officiers, la foule formaient un grand carré avec un espace libre au milieu. Du côté de la batterie était l’envoyé de la reine en grand costume, portant en sautoir un grand ruban rouge comme celui de grand-officier de la Légion d’honneur ; il avait à ses côtés deux Mozambiques coiffés de rouge, un grand sabre nu à la main ; ce sont des simandoa, ou exécuteurs muets des ordres de la reine. En face le nouveau gouverneur, le gouverneur partant, Rainimousoa, et tous les officiers dans des costumes impossibles à décrire, vraie défroque de théâtre, mélange de toutes les formes et de toutes les couleurs. La musique et les soldats formaient un des côtés du carré. L’envoyé fait un discours et annonce qu’il est chargé par la reine de présenter Rainifiring comme gouverneur de Tamatave ; il a la tête découverte, tient son épée à la main et marche en parlant. Ce discours dure au moins un quart d’heure. La musique suit. Rainifiring se découvre, tire son épée du fourreau et s’avance pour prendre la parole à son tour. Il remercie la reine, promet de remplir son devoir et de faire ses efforts pour satisfaire tout le monde. Mlle Juliette me traduisait en quelques mots ces discours assez longs où les mêmes phrases se représentaient souvent : Ranavalo Manjaka, Madagascar, etc., etc. Prim-minister Rainimaharavo, etc., etc. Rainimousoa entre en scène à son tour et ne peut se lasser de pérorer avec force gestes et une voix gutturale ; le second, le troisième commandant, les juges, mulâtres de Tamatave, prononcent aussi leur discours. Ces derniers sont en habit noir. L’un d’eux, Betsimsarak, aux cheveux crépus et épais, est vêtu d’un pantalon noir, d’une chemise blanche avec un lamba de couleur drapant le tout. Il s’intimidait en parlant et s’excusait de son manque d’expérience, d’habitude. – « Parle sans crainte, lui crie sa mère dans la foule, parle mon fils, je suis là pour te soutenir. » – Il faisait un soleil de feu et cette cérémonie était d’une longueur désespérante. Ces Malgaches ont une facilité d’élocution déplorable et ils en abusent sans merci ; la musique aidant, j’en avais la tête cassée. Les hommes du Sud, de l’Ouest s’élancent au milieu de la place et armés de sagayes, de boucliers, font aussi leur discours, proclament la reine et leur fidélité en gesticulant comme dans un combat. C’était la reproduction en petit du couronnement à la capitale. Enfin à 3 heures, la musique joue l’air des Hovas et la foule entre dans l’enceinte de la batterie.

Je quitte la place brûlé, ahuri ; mais j’avais joui de ce spectacle singulier et qui rappelait le grand jour du couronnement, auquel je n’avais pu assister ; c’était une parade de foire, avec le sérieux en plus. L’aspect théâtral des orateurs ne manquait pas d’un certain effet. Je remarquai qu’un des luxes de quelques officiers galonnés était de changer de coiffure et d’étaler une casquette en velours après le chapeau à plumes. Les esclaves placés derrière eux sont chargés de passer les rechanges. Rainifiring et l’envoyé de la reine avaient l’habit de général de division ; leur mise sentait leur récent séjour en Europe. La foule qui se tenait dans le voisinage se livrait au plaisir de la danse au son du lobre et du vallya, en plein soleil ; le rhum et le besabèse avaient produit leur effet.

Deux jours après, il y eut un grand incendie qui éclata pendant la nuit ; il commença par le bazar qui fut consumé en peu d’instants et s’étendit vers la côte, poussé par un vent du Nord-Est. Le vent menaçait de tourner à l’Ouest ; chacun attendait ce moment avec anxiété ; c’en était fait alors de tout Tamatave. Il n’y a ici ni pompe, ni aucune organisation contre le feu ; Quelques puits fournissaient un peu d’eau qu’on jetait à la main. Aussitôt le feu déclaré, on bat le tambour et deux ou trois officiers hovas ou soldats suivent en faisant le tour de l’endroit qui brûle ; on attend le reste du ciel, du hasard. Les propriétaires hovas ne bougent pas et ne commencent à s’émouvoir que lorsque le feu a gagné leur demeure ; ils ne comprennent pas qu’on sacrifie une case qui ne brûle pas encore pour empêcher l’extension du feu. Les traitants, les Pères, les étrangers de passage, les capitaines étaient à l’œuvre et faisaient de leur mieux ; sans eux les dégâts eussent été bien plus considérables. Vers la fin de la nuit, l’incendie était limité, et le lendemain on put constater une vaste surface de charbons mal éteints, là où la veille de nombreuses cases étaient serrées les unes contre les autres. Les traitants parlent souvent de constituer un corps de pompiers, de s’organiser, mais ils ne s’entendent pas assez pour cela et le gouvernement ne comprend pas cette nécessité. À Tananarive, où les incendies sont communs, on compte, comme ici, exclusivement sur le hasard pour les éteindre. Comme toujours on accuse les Hovas de mettre le feu pour piller et on les accable de malédictions. Ils seraient les premiers punis. Je les ai vus, au contraire, cherchant à mettre l’ordre partout.

Le retard de la malle nous inquiétait et nous ne savions que penser quand arriva l’Armorique avec le nouveau commandant de la station de la mer des Indes. Nous eûmes une courte joie en présumant que la frégate pouvait peut-être nous transporter à la Réunion ; malheureusement elle devait continuer sa route au Nord, faire une grande tournée et ne reparaître à la Réunion qu’en mai. Notre déception fut pénible ; rappelés par nos occupations, ayant atteint le but de notre voyage, nous nous trouvions forcés de rester à Madagascar. Les navires à bœufs sur rade étaient destinés pour Maurice ; aucune occasion directe ne se présentait, il fallut donc attendre.

La présence de l’Armorique et d’un nouveau commandant donna lieu à un échange de saluts et à des visites réciproques avec la batterie hova. La frégate avec ses canons se chargeant par la culasse fit un salut de 15 coups avec précision et rapidité. La terre répondit par autant de coups, en se servant de ses canons grossiers et mal établis, mais avec une régularité telle que les officiers du bord en furent étonnés. J’assistai à la visite du gouverneur à bord de la frégate. Il fut, ainsi que sa suite, émerveillé des armes perfectionnées qu’il y vit. On chargea un canon et le commandant pria Rainifiring de tirer sur un fil de cuivre qui devait développer de l’électricité et mettre le feu à la pièce ; il n’osa jamais, tous reculaient. Enfin, le général d’artillerie, par position, ne put refuser et fit partir le coup. Les uns et les autres n’étaient pas rassurés et avaient hâte de s’en aller. Les Hovas ont du reste horreur de la mer ; l’eau leur est antipathique et ils démentent leur origine malaise par le changement complet de leurs goûts. Un long séjour au milieu des terres a pu déshabituer cette race de la vie sur l’eau qui est le goût dominant des peuples de la Malaisie. Le commandant partit en nous assurant que l’Indre, en réparation à la Réunion, serait paré à faire le courrier du mois suivant. Il nous fallait donc attendre encore une vingtaine de jours sur une plage triste, sans ressources, sans distractions. L’ennui et l’impatience me pesaient à un tel point que je projetai une excursion dans le Nord jusqu’à la Pointe-à-Larrée. On chercha à m’en détourner en me faisant craindre la fièvre de cette région malsaine et très-marécageuse. Mais je n’y tins pas et après avoir pris mes dispositions, je repris l’appareil du voyage et me mis en route.
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