Littérature russe








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LA BIBLIOTHÈQUE RUSSE ET SLAVE


— LITTÉRATURE RUSSE —

Vladimir Sollogoub

(Соллогуб Владимир Александрович)

1813 — 1882

SERGE

(Сережа)


1838

Traduction d’Eugène de Lonlay, Paris, Hachette, 1854.
TABLE

I. 3

II. 7

III. 11

IV. 14

V. 18

VI. 23

VII. 25

VIII. 30


I.


Les clochettes résonnaient avec monotonie, la voiture avançait lentement sur le chemin tortueux, et le voyageur, plongé dans ses réflexions, contemplait la route déjà couverte de neige.

On était à la fin d’octobre, à cette époque indécise où la nature semble hésiter entre l’été et l’hiver où il n’y a pas encore de bal à Pétersbourg, mais où les soirées ont déjà commencé, époque de poésie sauvage et de réunions peu nombreuses. On ne peut se dissimuler qu’il est fort ennuyeux de voyager en Russie. Ce sont partout les mêmes inspecteurs aux relais, les mêmes diligences de première classe, les mêmes confitures, les mêmes poissons, les mêmes côtelettes et le même pain d’épice ; voilà le mouton de Valachie, les cuirs de Tayok, le chti1 tellement épais qu’on peut à peine le verser de la tasse. Voulez-vous manger, voulez-vous vous arrêter pour la nuit, vous ne le pouvez pas, il n’y a plus de place pour vous, on a tout dévoré, et il faut continuer votre route sans vous reposer. Voyez les passants ; ce sont toujours les mêmes : des militaires, des employés, des enfants ou des Allemands. Voilà la téléga,2 qui traîne le paysan russe ; le britska, qui emporte le propriétaire ; la grande berline, qui s’avance fièrement comme un riche négociant ; la dormeuse c’est le grand seigneur, la calèche c’est un général ; enfin voici par derrière le gros marchand, la diligence qui, après vous avoir laissé boire quatorze tasses de thé au relais, vous fait l’aumône d’une place sur la banquette.

Cela vous amuse pendant une demi-heure. Mais enfin commence l’ennui véritable, rien ne vous distrait plus ; vous quittez la grande route et vous prenez un chemin de traverse.

Il n’y a plus qu’ennui, toujours ennui ! La route devient de plus en plus mauvaise, les chevaux plus difficiles, et c’est à peine si vous pouvez arriver. Il fait un temps affreux et horriblement triste.

Heureusement que mon voyageur était amoureux. Devant lui s’étendaient des champs couverts de neige, çà et là quelques sapins ; le tableau vous est déjà connu. A droite s’élevaient deux ou trois chaumières. Le ciel était gris ; l’air très froid. La voiture se traînait sur la route, et mon voyageur se perdait dans ses réflexions, et.... se frottait les côtes.

Il se nomme Serge. Il va à la campagne. Il est militaire, quoique d’un caractère peu guerrier. Il est d’un bon naturel, c’est un élégant hussard. Vous l’avez vu partout. Sa stalle au théâtre est toujours au premier rang, auprès de quelque personne importante ; il lorgne les jolies femmes et se permet des signes d’intelligence avec les danseuses. Il porte toujours des épaulettes neuves, même sur ses vieux uniformes. Il n’est ni bien ni mal, ni spirituel ni bête, ni riche ni pauvre ; il occupe dans le monde une place assez distinguée, grâce à son habileté constante à danser toujours avec la femme à la mode, et à se lier avec les élégants qui viennent de l’étranger briller dans nos salons. Il a lu Balzac et connaît Shakspeare de nom. Quant aux sciences, il a quelque idée du parlement de Londres, de la forteresse de Bibbac, du sucre de betterave, des voitures de pairs et de lord Londonderry. Mais maintenant occupations, bals, livres, théâtre, tout est oublié. Cinq mazurkas, trois quadrilles et deux valses ont à jamais décidé du sort du jeune homme. Des yeux noirs, une riche toilette, des boucles soyeuses ont captivé son cœur. Non seulement Serge s’est persuadé qu’il est amoureux, mais encore il a su le persuader à tous ses amis. On s’est mis à le plaindre et à le faire passer pour un modèle de fidélité. Il est devenu un homme important, le sujet de toutes les conversations, et en effet il suit partout celle qu’il aime, au bal, au théâtre, aux montagnes russes, à la promenade, où, au risque de se geler le nez et les doigts, il se promène en simple frac. Il y a longtemps qu’on n’a vu à Pétersbourg un homme aussi épris. Chacun s’accorde à le louer et à le plaindre, quoique nul ne le comprenne.

La voiture avançait toujours lentement. Serge fumait, soupirait, gémissait, s’en prenait à son domestique du mauvais temps, grondait le postillon et pensait à sa bien-aimée. Il se souvenait de tout le passé, songeait à leurs longues conversations, à leur adieu touchant, au dernier serrement de main ; et un sourire de contentement, interrompu par les cahotements de son équipage, se peignait involontairement sur les traits de mon héros.

Enfin, après qu’il eut longtemps marché et grondé, des toits commencèrent à paraître à l’horizon.

Serge arrivait chez lui ; il s’arrêta devant sa maison avec tout l’orgueil d’un propriétaire.
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