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XIV


Avec l’arrivée de la nuit, la brume semblait se dissiper lentement, mais il en restait encore d’énormes lambeaux glissant sous un ciel bas. Par moment tout disparaissait dans un nuage épais, puis le brouillard se déchirait et le paysage apparaissait pour être, un moment plus tard, enfoui sous une nouvelle avalanche de brume.

Le temps fraîchissait, puis il se mit à bruiner, une sorte de crachin glacé, pénétrant.

Un moment Sheila contempla l’étroite vallée, l’endroit, si riant en été, était devenu triste et presque sinistre.

Le ruisseau, grossi par les pluies, roulait des eaux tumultueuses et limoneuses et on l’entendait gronder et battre furieusement les murs du moulin. Les hauts peupliers dépouillés se balançaient dans le vent avec lenteur et majesté, accrochant parfois un pan de nuage et l’effilochant.

Sheila, cachée derrière une touffe d’arbustes, observa longuement la demeure. Celle-ci semblait déserte. Se décidant, la jeune femme descendit par un sentier abrupt dans le fond du vallon. Il y avait, dans le mur du jardin, une brèche jadis faite par une crue de la rivière et que Sheila avait remarquée lors de sa première visite avec Sydney et Georgina ; elle la franchit. Contre le mur de la maison, de ce côté-là, sinuaient les ranches d’un énorme rosier grimpant qui atteignaient le premier où s’ouvraient plusieurs fenêtres, plus ou moins délabrées et que, dans sa négligence, Adam n’avait jamais songé à faire réparer.

La jeune femme empoigna le tronc et commença de se hisser. Elle était leste et légère et pareille gymnastique, d’ailleurs facilitée par la présence de gros crampons plantés dans le mur pour soutenir le rosier, n’était pas pour l’effrayer. Elle avait accompli des prouesses plus difficiles aux Indes. Elle atteignit, ainsi, la lucarne ouverte et se glissa à l’intérieur. Elle se trouva dans une sorte de réduit qui, comme la plupart des pièces, servait de débarras et était encombré d’objets de toutes sortes. De là, elle sortit dans le couloir et écouta. Le silence le plus absolu régnait, sauf une sorte de ronronnement régulier qu’elle attribua à la turbine et à la dynamo que celle-ci actionnait.

S’éclairant discrètement avec une petite lampe de poche, elle s’engagea dans l’escalier. Une fois en bas, elle se dirigea vers le laboratoire. Une faible lumière filtrait sous la porte. Doucement, elle colla son oreille contre le battant et écouta.

Brusquement, alors qu’elle s’y attendait le moins, l’huis s’ouvrit tout grand et elle se trouva devant Georgina. Les deux femmes s’observèrent avec surprise.

Ce fut Georgina qui reprit la première son sang-froid.

– Lady Cheyne ! Quelle surprise ! s’exclama-t-elle. Que venez-vous faire ici à cette heure ?

– Je venais rendre visite à Mr. Cheyne, balbutia Sheila.

– Comme cela... Et comme les corps glorieux vous êtes passée à travers la porte fermée.

– Il faut que je vois Adam sans retard, ce que j’ai à lui dire est très important.

– Ah ! très bien ! s’il en est ainsi, entrez donc, répondit Georgina avec une singulière ironie.

Elle s’effaça pour laisser passer la visiteuse.

Cheyne était assis dans un grand fauteuil, dodelinant de la tête, les yeux vagues et murmurant des choses incohérentes.

– Adam, appela la jeune veuve, voici la comtesse de Sitwell qui désire vous entretenir de choses urgentes et graves.

Le savant releva la tête et fixa Sheila avec des yeux égarés et troubles.

– Ah ! Oui ! Sitwell, ricana-t-il péniblement. Salut au grand ! au puissant ! au dominant ! au terrible comte de Sitwell... Avec Sitwell morituri te salutant... Ceux qui allaient mourir t’ont salué... Ils sont morts... Tous morts à cause de toi, ô Sydney, tu es un traître !

– Non ! jeta Sheila bouleversée et haletante, non, Sydney n’est pour rien dans cette terrible histoire. Tout cela est un abominable mensonge... Vous savez vous-même qui est la coupable... C’est...

– Mais oui, c’est moi, laissa tomber Georgina d’une voix glacée et dure.

– Vous ! murmura Sheila, surprise par cet aveu spontané et sentant, dans l’extraordinaire sang-froid de la perverse créature, qu’un grave danger la menaçait.

– Oui... Vous avez entendu tout à l’heure dans les bois... Je ne m’étais pas trompée, Adam, lorsque je vous disais que quelqu’un nous écoutait, cette petite vipère nous espionnait... Tenez-la, elle est armée !

Sheila se sentit saisie dans l’étau de deux bras solides. Elle essaya de se débattre, mais ne parvint pas à ébranler la prise du chimiste.

– Oui, reprit la veuve, vous êtes venue pour vous emparer de la preuve qui vous est nécessaire, pour établir ma culpabilité... vous vouliez tout savoir, je vais tout vous raconter.

Le changement opéré dans la physionomie de Georgina était frappant. Tout le vernis mondain avait craqué. Ce n’était plus la femme distinguée au langage châtié et d’aspect doux et aimable ; l’expression que revêtait son visage était effrayante, celle d’une bête de proie. Le masque ôté, il ne restait qu’une face empreinte de cynisme. Le regard était plein d’une fascination méchante. Elle était belle cependant, mais d’une beauté démoniaque, arrogante et implacable.

– Oui, c’est moi, reprit-elle. Je ne m’en cache pas. Imaginez cette misérable boutique dans laquelle j’ai vécu si longtemps. Je désirais passionnément sortir de ce milieu. La guerre m’en avait fourni le moyen en me permettant d’épouser Edgard. Mais si mon mari portait un nom éclatant, il était sans fortune. L’héritier du nom et du titre et de la fortune des Sitwell était Humphrey... Il n’y avait qu’un être à supprimer, je l’ai fait.

– C’est épouvantable ! fit Sheila.

– Oui, je suis un monstre... Mais un monstre que l’on peut aimer... C’est ma force... Et maintenant vous comprenez sans doute que nul ne doit être à même de raconter cette histoire... C’est pour cela que j’ai poignardé Claypole qui se faisait trop pressant... Et vous aussi devez disparaître...

Avec un ricanement horrible, elle alla soulever la lourde trappe sous laquelle passait le canal du moulin.

– ... Nous allons vous jeter là-dedans. Demain on vous trouvera noyée sur la berge et on croira que vous vous êtes jetée à l’eau par désespoir...

– Oserez-vous ? demanda Sheila. Et aussitôt elle regretta sa question... Comment Georgina n’oserait-elle pas ?... Elle avait fait des choses bien plus horribles.

– J’ose tout, repartit Mrs. Cheyne d’une voix sauvage. Vous n’avez donc pas compris que je vous hais ?... Je vous hais comme je n’ai jamais haï personne. Vous êtes mon antithèse la plus frappante et vous avez une chance inouïe, vous êtes devenue lady Cheyne, comtesse de Sitwell... Et c’est moi... Mais qui de mes propres mains vous ai ouvert la voie... Vous avez épousé Sydney. Sans vous, il me serait revenu et je serai ce que vous êtes... Je serai riche. Oh ! si riche, vous ne savez pas combien j’ai soif de cette richesse. J’ai connu si longtemps l’humiliation de la pauvreté.

– Ce n’est pas une humiliation si elle est digne.

– Ce que vous dites est une sottise ! lorsqu’on est belle on ne peut pas être pauvre. On ne doit pas s’y résigner.

– Et vous allez commettre un nouveau crime ?

– C’est notre dernière carte... Puis Adam et moi serons comte et comtesse de Sitwell.

– Les mains pleines de sang ?

– L’histoire est pleine de sang... Les murs de tous les châteaux du monde sont cimentés avec du sang... Le sang et les larmes, c’est avec cela qu’on bâtit la puissance.

– Et vous aidez à ces crimes, mister Cheyne ? jeta Sheila avec mépris.

– Je n’ai pas d’autre volonté que celle de Georgina... Et laissez-moi vous dire qu’elle aussi se trouve dans mon moulin pour découvrir le document que vous cherchez... Seulement ses motifs sont moins nobles... – Il eut un petit rire grinçant. – Elle ne les découvrira pas, je puis vous l’assurer...

– Allons, ne nous disputons pas, Adam, jeta Georgina qui craignait que le savant, assez versatile, ne se décidât à rendre sa liberté à Sheila... Débarrassons-nous de cette curieuse.

Le chimiste obéit et entraîna Sheila vers la trappe grande ouverte, d’où montait un grondement menaçant et le chuintement de la turbine qui tournait à toute vitesse.

Lady Cheyne se débattait avec vigueur, mais il la poussait inexorablement vers ce trou sombre et bouillonnant. Au moment où ils arrivaient près de l’ouverture béante, d’un effort désespéré, elle parvint à pivoter, ce qui mit Adam le dos à l’abîme. Il glissa, ouvrit instinctivement les bras et tandis que Sheila s’échappait, battit l’air de ses mains pour essayer de reprendre son équilibre et, tombant à la renverse avec un cri horrible, disparut dans le gouffre.

La scène avait été si rapide que les deux femmes restèrent un moment frappées de stupeur, immobiles, se regardant.

Georgina se reprenant bientôt, fit un mouvement pour se jeter sur Sheila, mais, changeant d’idée brusquement, en deux bonds elle sortit du laboratoire, refermant derrière elle la porte à double tour...

Surprise par la rapidité de cette action, Sheila resta debout au milieu de la pièce. Avec un déclic un judas s’ouvrit dans le battant et la voix de la jeune veuve retentit de nouveau, sarcastique et triomphante.

– Vous voici prisonnière, milady... Mais vous serez bientôt délivrée de toutes vos chaînes. Dans un moment le feu brûlera cette maison et tout ce qu’elle contient. Il y a dans ce laboratoire des quantités de matières dangereuses qui ne demandent qu’à faire explosion. Le moulin sautera et vous avec. On croira à un accident provoqué par Adam au cours d’une expérience... Oh ! j’aurais une lettre d’Adam pour innocenter Sydney et faire retomber toute l’histoire sur la tête du pauvre fou... Vous disparue, je ferai la reconquête de Sydney... Je serai douce et patiente autant que vous pouvez l’être, plus, sans doute... Adieu, lady Sheila.

Le guichet se referma avec un bruit sec... Et Sheila entendit le pas de Georgina s’éloigner... C’était la fin, maintenant. Elle était enfermée et quelque part dans la maison, le feu aiguisait ses longues dents jaunes, qui dévoreraient le moulin. Elle allait mourir loin de Sydney, sans avoir été aimée de lui, sans avoir pu le sauver et Georgina triompherait.

Après la lutte horrible qu’elle venait de soutenir, une sorte de prostration la saisit. Elle resta ainsi, l’esprit comme obnubilé, lasse infiniment et sans ressort.

Brusquement elle fut tirée de son apathie par un craquement qui se produisait dans la maison... On eût dit que quelqu’un marchait... Était-ce un secours qui accourait ?

Le craquement retentit plus fort et plus proche. Sheila se redressa. Elle tendit l’oreille, c’était comme un chuchotement, une sorte de soupir. Puis soudain il y eut comme une détonation et une nappe de fumée passant sous la porte comme un jet se répandit dans le laboratoire. Par un interstice entre le chambranle et la porte, elle vit danser une sinistre lueur rougeâtre.

– Le feu !

Georgina avait tenu parole, le moulin flambait. L’épouvante jeta Sheila contre la porte bardée de fer qu’elle martelait de ses poings impuissants. Sous l’effet de la chaleur intense l’huis devenait brûlant.

– Sydney ! À moi, au secours ! hurla-t-elle... Sydney, au secours !

Elle comprit bientôt que c’était folie, que nul ne pouvait l’entendre. Le salut ne pouvait venir que d’elle-même, en admettant que le salut fût encore possible.

Tandis qu’elle réfléchissait, elle entendit un appel rauque qui montait du puits dans lequel Cheyne avait disparu.

Elle s’approcha de l’orifice et, allumant sa lampe de poche, fouilla l’abîme avec ce rayon lumineux. L’eau se précipitait dans la cuve en bouillonnant et la turbine poursuivait sa giration folle au milieu d’un tourbillon d’écume.

Elle poussa une exclamation en voyant Adam accroché des deux mains à un barreau de l’échelle de fer, qui permettait l’accès de la turbine pour les réparations. Le malheureux luttait de toutes ses forces contre la formidable puissance du courant qui se déversait sur lui à travers la grille. Par moment, le flot le recouvrait et menaçait de l’asphyxier et de l’emporter pour le jeter contre les pales de la machine.

– La vanne ! râla-t-il.

Elle comprit aussitôt ce qu’il voulait dire. Des yeux, elle chercha parmi toutes les machines installées dans la salle. Dans un coin, elle aperçut un lourd volant de fonte, c’était la commande de la vanne. Elle se précipita et – bandant ses forces – fit tourner la pesante roue aussi vite qu’elle put. Peu à peu, dans la cuve, le bruit de la chute d’eau décroissait. La lumière faiblit puis s’éteignit tandis que la dynamo cessait de ronronner... Mais, plus fort de minute en minute, s’entendait le ronflement de l’incendie.

S’éclairant avec sa lampe, lady Cheyne revint près de la trappe. Regardant en bas, elle vit Cheyne qui gisait au fond du déversoir. L’eau qui restait rougissait lentement. Sans doute était-il blessé.

En hâte elle descendit par l’échelle de fer et s’approcha de lui.

– Adam ? appela-t-elle.

– C’est vous, Sheila ?... Je... vous demande pardon... Où est Georgina ?

– Partie...

– Vous pourrez... fuir par le... canal.

– Je vais vous aider, Adam.

– Pas la peine, fit-il avec un sourire plein de douceur étrange et ironique... Trop tard, pour... moi... fuyez...

Il ferma les yeux, épuisé, elle voyait le visage exsangue se couvrir d’ombre. Tout à coup, il tressaillit, ses paupières se soulevèrent :

– Les papiers... Pour Sydney, balbutia-t-il, dans le... labo... un flacon bouché... N.C. 44... Allez les chercher...

– Je ne puis vous laisser ainsi ?

– Allez ! avant qu’il ne soit trop tard... Soyez heureuse... Pardon...

La jeune femme gravit l’échelle rapidement. La pièce s’emplissait de fumée acre et épaisse. Fébrilement, elle examina les bocaux rangés sur les étagères de verre. Elle finit par trouver un grand pot de grès solidement bouché et portant la formule N.C. 44 « Gaz dangereux et toxique ».

Un moment elle le tint dans ses mains, réfléchissant.

Et si tout cela n’était qu’un piège ? Si en ouvrant ce récipient, elle allait respirer la mort ? Elle se décida cependant et fit sauter la fermeture hermétique. Le pot contenait un petit sac de cuir, elle l’ouvrit et il en tomba une enveloppe. Jetant un coup d’œil à la clarté de sa lampe, sur la suscription, elle vit, avec surprise, que la lettre lui était adressée.

« À Milady Sheila Cheyne. »

Elle ouvrit l’enveloppe et en tira plusieurs feuillets. Dépliant le premier, elle le parcourut :

« Milady, lut-elle dans un style emphatique, mon esprit est accablé de remords et de lugubres pressentiments. Pourtant je ne croyais pas que ce fût possible. Je veux libérer ma conscience.

« J’étais caché derrière une haie quand Sa Grâce, Monseigneur le duc de Maskery vous fit cet affront au sujet de cette tragédie que vous savez et, depuis, je suis très troublé. Je suis aussi extrêmement bouleversé lorsque j’entends les gens dire du mal de lord Sydney, car je sais que tout cela est immérité. Non, mylord Cheyne n’a pas trahi. Je connais le nom du coupable... De la coupable, et je l’ai caché, car j’espérais tirer grand profit de son secret.

« Vous le voyez, milady, je suis un être infiniment méprisable ; j’ai descendu peu à peu tous les degrés de l’abjection jusqu’au dégoût. Je vous demande pardon... Je demande pardon à mylord Cheyne... Peut-être me plaindrez-vous malgré tout, car vous m’avez paru meilleure que beaucoup d’autres.

« Vous trouverez ici une lettre qui me fut confiée autrefois par mon maître et que j’ai détournée à mon profit... »

Les mains de Sheila tremblaient tandis qu’elle dépliait la deuxième feuille... Ce message d’outre-tombe qui apportait la preuve de l’innocence de Sydney.

« Georgina, quand on vous remettra cette lettre, je serai loin, essayant de sauver Humphrey et ses compagnons que vous avez délibérément envoyés à la mort par votre trahison. Vous avez voulu faire de moi, l’héritier de Sitwell au prix de la mort d’Humphrey... Vous me faites horreur et, cependant, je ne puis cesser de vous aimer... Si je n’arrive pas à temps, vous ne me reverrez plus... Ainsi cette puissance pour laquelle vous avez trahi vous échappera... Georgina... Georgina, comme mon cœur est lourd... »

Un voile s’étendit sur les yeux de la jeune femme, ses dents s’entrechoquaient, comme sous l’effet d’une brusque fièvre...

« Georgina... Georgina... » ce nom tracé d’une main tremblante disait toute la souffrance et l’amour d’Edgard à l’heure de mourir. Était-ce possible que le mépris ne puisse tuer l’amour ?

Sheila jeta ensuite un simple coup d’œil à la note d’Adam Sheyne, qui affirmait que la veuve avait tué Claypole pour s’emparer des documents que celui-ci possédait et qu’il avait l’intention de remettre à lady Cheyne.

La fumée se faisait de plus en plus dense et asphyxiante, la chaleur devenait intenable et tout le moulin flambait au-dessus de cette voûte où s’abritait le laboratoire. La jeune femme n’avait plus rien à faire en cet endroit, elle glissa les documents dans le sac de cuir et suspendit celui-ci à son cou.

Une nouvelle fois elle s’engagea sur l’échelle de fer. Lorsqu’elle atteignit le fond de la cuve, elle se rendit compte qu’Adam était mort. Elle s’arrêta un moment près du cadavre et murmura une prière. Elle pardonnait à Adam sans restriction. Il avait réparé le mal qu’il avait fait. Elle lui ferma les yeux, puis se mit en marche dans le canal. Le sol était boueux et glissant avec des creux dans lesquels restaient des flaques d’eau et où on voyait barboter des poissons aux écailles argentées. Elle parcourut ainsi une cinquantaine de mètres sous la voûte du moulin, avant d’arriver à l’air libre. De l’autre côté du mur, elle entendait le fracas des eaux de la rivière. Au-dessus, le bâtiment flambait de toutes parts. Elle prit son élan et s’éloigna en courant. La chaleur de l’incendie était telle qu’elle sentait sa chevelure près de s’enflammer et sa robe était brûlante. Le pire eût été que les papiers qu’elle avait découverts avec tant de peine fussent brûlés... Des flammèches, projetées par des éclatements brusques des bois de charpente, voltigeaient en tous sens.

La jeune femme se hissa hors du canal et continua sa course affolée jusqu’en haut de la colline, trébuchant dans l’obscurité. Alors elle se retourna pour regarder dans le vallon. La lueur de l’incendie éclairait la nuit. Des silhouettes se dessinaient en noir sur le fond lumineux du brasier, mais les gens ayant sans doute entendu parler des substances dangereuses employées par Cheyne pour ses expériences, n’osaient avancer. Brusquement, il y eut un immense jet de flammes, de bois enflammés et de pierres, puis le bruit formidable de l’explosion roula d’écho en écho. Les jambes de Sheila tremblèrent sous elle d’une terreur rétrospective... Elle resta là un moment comme clouée au sol, tandis que la nuit devenait plus profonde, semblait-il. Au loin résonnaient des appels...

La jeune femme reprit sa course à travers les prairies vers Sonitone... Tout à coup, elle se prit le pied dans une racine et s’abattit près d’une haie où elle s’évanouit.
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