La Bibliothèque électronique du Québec








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XVI


L’après-midi commençait et ils n’avaient pas fini de savourer leur joie. Pour Sheila cette journée en effaçait beaucoup d’autres, amères et presque désespérées. D’abord, lorsqu’elle était sortie au bras de Sydney du poste de police, après avoir fait devant l’inspecteur un bref exposé de ce qui s’était passé, les gens de Sonitone prévenus, on ne savait par qui, s’étaient rassemblés pour lui faire une discrète ovation... Lord Cheyne avait dû serrer de nombreuses mains pour bien montrer que, magnanime, il oubliait...

Et puis c’avait été l’arrivée au château... Les domestiques rangés en deux files sur le perron, tandis que, par la haute porte ouverte à deux battants, on apercevait le hall tout fleuri et décoré par les soins de Dood et de ses aides. Et Sydney s’était baissé et l’avait soulevée dans ses bras pour lui faire franchir le seuil de Sitwell. La serrant contre sa poitrine si étroitement qu’elle entendait son cœur battre très fort... Un moment comme celui-là vous payait de toutes les souffrances endurées pendant de longs mois.

Maintenant, ils étaient assis dans le petit salon, devant la cheminée, où flambait un grand feu. Elle, drapée dans une chaude et charmante robe de chambre, avec ses cheveux bien lissés et coiffés et l’air si heureux, tandis que Sydney la regardait avec adoration.

– Je suppose que vous avez dû me trouver affreuse, ce matin, fit-elle, j’étais horrible, sale à faire frémir.

– Vous étiez plus belle que vous ne serez jamais, mon ami, belle de toute la force de votre amour... Quand je pense aux heures que vous avez passées à cause de moi...

– J’en suis amplement dédommagée... Mais, savez-vous que je me suis aperçue, ajouta-t-elle avec un peu de coquetterie mêlée d’une certaine mélancolie, je me suis aperçue que j’avais deux cheveux blancs... Je vais devenir très vieille femme et vous ne m’aimerez plus...

– Je vous aimerais davantage si c’était possible...

– Vous êtes véritablement très galant, Sydney... Mais j’aimerais faire le point de toute cette affaire. Expliquez-moi. Georgina savait donc le secret du coffre ?

– Sans doute et, sur les documents que j’avais apportés à Sitwell avec moi, pendant une courte permission, parce que je croyais qu’ils seraient plus en sécurité que dans mon bureau, elle releva les renseignements et les transmit à des agents allemands... Elle devait faire partie du service secret allemand et, sans doute, une partie de ses revenus était le produit des renseignements qu’elle communiquait... L’Intelligence Service ne s’en douta jamais... Elle était fort habile et n’avait aucun scrupule.

– Comment pensez-vous qu’Edgard connut sa trahison ?

– On ne peut le savoir. Mais il voulut essayer de sauver le commando que la trahison de sa femme vouait à la mort. Malheureusement lui aussi fut tué. Avant de partir, il avait écrit cette lettre que vous avez eue entre les mains et il la confia à Claypole pour que celui-ci la remît à Georgina. Mais Claypole détourna la lettre pour s’en servir à rançonner Georgina. Il espérait qu’elle serait assez astucieuse pour se faire épouser par le nouveau lord Cheyne. Son espoir fut déçu, Georgina resta pauvre et ne put lui donner que de petites sommes.

– Je me souviens l’avoir entendu exiger cinquante livres... Georgina m’assura ensuite qu’elle servait une petite rente à cet ancien serviteur de son mari.

– Elle savait arranger les choses à son honneur... Georgina donnant son argent, c’était une chose véritablement extraordinaire. Sans doute ne donnait-elle pas assez et Noé la menaça-t-il de tout dire ?... Peut-être aussi était-il vaguement inquiet. Tant que je me trouvais loin à l’autre bout du monde et qu’ici les passions semblaient apaisées, il n’avait pas de remords. Lorsque nous arrivâmes les perspectives changèrent... Bref, Georgina le tua pour s’emparer des papiers qu’il possédait. Et elle eut la diabolique idée de faire retomber ce meurtre sur moi... Chaussant mes vieux souliers pour aller rôder autour du mort. Elle dut être exaspérée lorsque Adam lui présenta les documents qu’il avait découverts.

– Adam l’aimait... Elle avait le don de se faire aimer. « Georgina... Georgina, comme mon cœur est lourd... » Voilà la dernière phrase de la lettre d’Edgard... Elle laisse percer tant d’amour et de regret, termina Sheila.

Ils restèrent un long moment silencieux. Et tandis qu’ils étaient là à contempler les flammes, songeurs, le ronflement d’un moteur d’auto retentit dehors.

– Qui donc nous arrive ? fit Sydney.

Ils n’eurent pas longtemps à attendre, car bientôt Jacobs pénétrait dans le salon d’un air important et présentait à lord Cheyne un bristol sur un plateau d’argent.

– Sa Grâce le duc et la duchesse de Maskery, prononça Sydney surpris... Qu’y a-t-il ? Faites entrer, Jacobs.

– Agréez nos excuses pour notre intrusion, dit lord Maskery en saluant, je conçois que vous auriez préféré jouir seuls de ces heures, mais ce que nous avions à vous dire ne souffrait aucun retard... Au nom du Ciel, Sydney, accordez-nous le pardon que nous venons solliciter ! Nous avons tout appris de la bouche même du coupable, qui, guidée semble-t-il par la main de Dieu, est venue se fracasser avec son engin devant le portail même de notre demeure.

Épilogue


Les fenêtres de Maskery-Castle brillaient de mille feux. Les salons étaient pleins d’une foule papotante et les femmes avaient mis leurs bijoux les plus précieux et de somptueuses toilettes. Toute la gentry de la région se pressait là en flots compacts. Nul n’avait voulu manquer au rendez-vous. C’était la première grande soirée donnée par le duc et la duchesse depuis la guerre et elle l’était en l’honneur de lord et lady Cheyne.

Sheila était la reine de la fête ; elle rayonnait de bonheur, mais restait aussi simple, aussi semblable à elle-même et accueillait les hommages avec une gentillesse charmante.

Près d’elle, Sydney, le front détendu, recevait avec dignité, mais sans morgue, les congratulations des invités. Sa poitrine s’ornait des décorations militaires qu’il n’avait plus portées depuis la tragédie.

La lamentable histoire avait sombré dans le passé. La reine elle-même avait manifesté le désir que lady Sheila lui fût présentée, et tout le monde se hâtait de semer l’oubli.

– Elle est charmante, chuchotait-on.

– Il est vraiment très bien.

– Et ils ont bien mérité d’être heureux. Sydney entraîna Sheila sur la terrasse.

– J’ai perdu un peu l’habitude du monde, fit-il, mais je vois, mon aimée, que tous ses hommages ne vous tournent pas la tête. Vous ne changerez pas, vous êtes toujours la même petite fille que ce beau soir où vous étiez assise près de moi, sur ce banc, dans cette charmille du palais de Ranchipur, vous souvenez-vous ? C’est votre même visage frémissant, les mêmes yeux confiants... Avec peut-être plus de clarté...

– Le bonheur, mon cher mari...

– Ainsi vous persistez à m’aimer, railla-t-il doucement.

– Oui, dès le premier jour, je vous ai aimé... J’ai eu foi en vous...

– Et c’est cette confiance qui a été mon soutien...

Ils levèrent les yeux... Au ciel on voyait par une déchirure des nuages un large coin de ciel où palpitaient des étoiles...

Cet ouvrage est le 263e publié

dans la collection Classiques du 20e siècle

par la Bibliothèque électronique du Québec.

La Bibliothèque électronique du Québec

est la propriété exclusive de

Jean-Yves Dupuis.

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